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Full text of "Origine des plantes cultivées;"

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BIBLIOTHEQUE 

SCIENTIFIQUE INTERNATIONALE 

PUBLIÉE sons LA DIRECTION 

DE M. ÉM. ALGLAVE 

XLIII 



BIBLIOTHEQUE 
SCIENTIFIQUE INTERNATIONALE 

PUBLIÉE SOUS LA DIRECTION 

DE M. ÉM. ALGLAVE 

Volumes in-8°, reliés en tdile anglaise. — Prix : 6 fr. 
Avec reliure d'amateur, tranche sup. dorée, dos et coins en veau. 10 fr. 



La Bibliothèque scientifique inteimationle n'est pas une entreprise de 
librairie ordinaire. C'est une œuvre dirigée par les auteurs mêmes, en vue 
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La Bibliothèque scientifique internationale ne comprend pas seulement 
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sujets de ce genre se rattacheront encore aux sciences naturelles, en leur 
empruntant les méthodes d'observation et d'expérience qui les ont ren- 
dues si fécondes depuis deux siècles. 



VOLUMES PARUS 

J. Tyndall. Les glaciers et les transformations de l'eau, suivis d'une 
étude de M. Helmholtz sur le même sujet, avec 8 planches tirées 
à part et nombreuses figures dans le texte. 3e édition. . . C fr. 

W. Bagehot. Lois scientifiques du développement des nations. 4e édi- 
tion C fr. 

J. Marey. La machine animale, locomotion terrestre et aérienne, avec 
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relations, avec figures. ¥ édition 6 fr. 

Pettigre^w. La locomotion chez les animaux, avec 130 figures. . 6 fr. 

Herbert Spencer. Introduction a la science sociale. 6® édition. 6 fr. 

Oscar Schmidt. Descendance et darwinisme , avec figures. 3^ édi- 
tion 6 fr. 

H. Maudsley. Le crime et la folie. 4® édition 6 fr. 

P.-J. Van Beneden. Les commensaux et les parasites dans le règne 
animal, avec 83 figures dans le texte. 3e édition 6 fr. 

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sur La nature de la force, par P. de Saint-Robert. 4® édition. 6 fr. 

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Léon Dumont. Théorie scientifique de la sensibilité. 3® édit. 6 fr. 

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Cooke et Berkeley. Les^champignons, avec 110 figures. S^ édit. 6 fr. 

Bernsteln. Les sens, avec 91 figures dans le texte. 3^ édition. . 6 fr. 

Berthelot. La synthèse chimique. 4® édition 6 fr. 

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dans le texte et un frontispice tiré en photoglyptie. 3® édition. 6 fr. 

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avec nombreuses figures et deux planches hors texte. 2« édit. 6 fr. 

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Blaserna et Helmholtz. Le son et la musique, avec 50 figures dans 
le texte. 2e édition 6 f r. 

Rosenthal. Les muscles et les nerfs. 1 vol. in-8, avec 75 figures dans 
le texte. 2® édition 6 fr. 

Brucke et Helmholtz. Principes scientifiques des beaux-arts, suivis 
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N. Joly. L'homme avant les métaux. Avec 150 figures. 3® édition. 6 fr. 

A. Bain. La science de l'éducation. 1 vol. in-8. 3® édition. . . 6 fr. 

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mentée d'une Introduction par J. Hirsch, 2 vol., avec 140 figures dans 
le texte, 16 planches tirées à part et nombreux culs-de-lampe. 12 fr. 

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Herbert Spencer. Les bases de la morale évolutionniste. 1 volume 
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De Roberty. La sociologie. 1 vol. in-8 6 fr. 

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l'art et à J'industrie. 1 vol. in-8, avec 130 figures dans le texte et une 
planche en couleurs 6 fr. 

G. de Saporta et Marion. L'évolution du règne végétal. Les crypto- 
games, 1 vol. avec 85 figures dans le texte 6 fr. 

Charlton Bastian. Le système nerveux et la pensée, 2 vol., avec 184 
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James Sully. Les illusions des sens et de l'esprit. 1 vol. . . 6 fr. 

Alph. de Candolle. L'origine des plantes cultivées. 1 yoI, . 6 fr. 

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VOLUMES SUR LE POINT DE PARAITRE 

Semper. Les conditions d'existence des animaux. 2 vol., avec 106 fig. et 
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E. Cartailhac. La France préhistorique d'après les sépultures, 1 vol. 
avec figures. 

Ed. Perrier. La philosophie zoologique jusqu'à Darwin. 

G. de Saporta et Marion. L'évolution du règne végétal. Tome II, 
Les phanérogames, 

E. Oustalet. L'origine des animaux domestiques, avec fig. 

G. Pouchet. La vie du sang, avec figures. 

Angot. La météorologie. 



© 



ORIGINE 



DES 



PLANTES CULTIVÉES 



l'A H 

Alph. de CANDOLLE 



Associé étranger de rAcadémîe des sciences de l'Institut de France. 

Membre étranger des sociétés royales de Londres, Edimbourg et Dublin, 

des Académies de Saint-Pétersbourg, Stockholm, Berlin, Munich. 

Bruxelles, Copenhague, Amsterdam, Rome, Turin, 

Madrid, Boston, etc. 



PARIS 

LIBRAIRIE GERMER BÂILLIÈRE ET G 

108, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 108 

1883 

Tous droits réservés. 





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HARVARD 

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PRÉFACE 



La question de l'origine des plantes cultivées intéresse les 
agriculteurs, les botanistes et même les historiens ou les philo- 
sophes qui s*ôccupent des commencements de la civilisation. 

JëJ!ai traitée jadis dans un chapitre de ma Géographie hota- 
tique raisonnée; mais cet ouvrage est devenu rare, et d'ailleurs 
des faits importants ont été découverts, depuis 1855, par les 
voyageurs, les botanistes et les archéologues. Au lieu de faire 
une seconde édition de mon travail, j'en ai rédigé un autre, 
complètement nouveau et plus étendu. Il traite de l'origine 
d'un nombre presque double d'espèces des pays tropicaux ou 
des régions tempérées. C'est à peu près la totalité des plantes 
que Ton cultive, soit en grand, pour des emplois économiques, 
soit fréquemment, dans les jardins fruitiers ou potagers. 

Mon but a été surtout de chercher l'état et l'habitation de 
chaque espèce avant sa mise en culture. Il a fallu pour cela 
distinguer, parmi les innombrables variétés, celle qu'on peut 
estimer la plus ancienne, et voir de quelle région du globe elle 
est sortie. Le problème est plus difficile qu'on ne pourrait le 
croire. Dans le siècle dernier, et jusqu'au milieu de celui-ci, 
les auteurs s'en occupaient bien peu, et les plus habiles ont 
contribué à répandre des idées fausses. Je crois vraiment que 
les trois quarts des indications de Linné sur la patrie des plantes 
cultivées sont ou incomplètes ou erronées. On a répété ensuite 
ses assertions, et, malgré ce que les modernes ont constaté 
pour plusieurs espèces, on les répète encore dans des jour- 
naux et des ouvrages populaires. Il est temps de corriger des 
erreurs qui remontent quelquefois jusqu'aux Grecs et aux Ro- 
mains. L'état actuel de la science le permet, à condition de 
s'appuyer sur des documents variés, dont plusieurs tout à fait 
récents ou même inédits, et de les discuter, comme cela se 
pratique dans les recherches historiques. C'est un de ces cas, 
assez rares, dans lesquels les sciences d'observation doivent 
se servir de preuves testimoniales. On verra qu'elles condui- 
sent à de bons résultats, puisque j'ai pu déterminer l'origine de 
presque toutes les espèces, tantôt d'une manière certaine et 
tantôt avec un degré de probabilité satisfaisant. 



VIII PRÉFACE 

Je me suis efforcé en outre de constater depuis combien de 
siècles ou de milliers d'années chaque espèce a été cultivée et 
comment la culture s'en est répandue dans différentes direc- 
tions, à des époques successives. 

Pour quelques plantes cultivées depuis plus de deux mille ans, 
et même pour d'autres, il arrive qu'on ne connaît pas aujour- 
d'hui l'état spontané, c'est-à-dire sauvage, ou bien que cette 
condition n'est pas assez démontrée. Les questions de ce genre 
sont délicates. Elles exigent — comme la distinction des es- 
pèces — beaucoup de recherches dans les livres et les her- 
biers. J'ai même été obligé de recourir à l'obligeance de quel- 
ques voyageurs ou botanistes dispersés dans toutes les parties 
du monde, pour obtenir des renseignements nouveaux. Je les 
donnerai à l'occasion de chaque espèce, avec l'expression de 
ma sincère reconnaissance. 

Malgré ces documents et en dépit de toutes mes recherches, 
il existe encore plusieurs espèces qu'on ne connaît pas à l'état 
spontané. Lorsqu'elles sont sorties de régions peu ou point 
explorées par les botanistes, ou quand elles appartiennent à 
des catégories de plantes mal étudiées jusqu'à présent, on 
peut espérer qu'un jour l'état indigène sera découvert et suffi- 
samment constaté. Mais cette espérance n'est pas fondée quand 
il s'agit d'espèces et de pays bien connus. On est conduit alors 
à deux hypothèses : ou ces plantes ont changé de forme dans 
la nature comme dans la culture, depuis l'époque historique, 
de telle manière qu'on ne les reconnaît plus pour appartenir à 
la même espèce; — ou ce sont des espèces éteintes. La lentille, 
le Pois chiche n'existent probablement plus dans la nature, 
et d'autres espèces, comme le Froment, le Maïs, la Fève, le 
Carthame, trouvées sauvages très rarement, paraissent en voie 
d'extinction. Le nombre des plantes cultivées dont je me suis 
occupé étant de 249, le chiffre de trois, quatre ou cinq espèces 
éteintes ou près de s'éteindre serait une proportion considé- 
rable, répondant à un millier d'espèces pour l'ensemble des 
végétaux phanérogames. Cette déperdition de formes aurait 
eu lieu pendant la courte période de quelques centaines de 
siècles, sur des continents où elles pouvaient cependant se 
répandre et au milieu de circonstances qu'on a l'habitude de 
considérer comme stables. On voit ici de quelle manière l'his- 
toire des plantes cultivées se rattache aux questions les plus 
importantes de l'histoire générale des êtres organisés. 

Genève, !•' septembre 1882. 



ORIGINE 



DES PLANTES CULTIVÉES 



PREMIÈRE PARTIE 

NOTIONS PRÉUHINAIRES ET MÉTHODES EMPLOYÉES 



CHAPITRE PREMIER 

DE QUELLE MANIÈRE ET A QUELLES ÉPOQUES LA CULTURE 

A COMMENCÉ DANS DIVERS PAYS 

Les traditions des anciens peuples, embellies par les poètes, 
ont attribué communément les premiers pas dans la voie de 
l'agriculture, et l'introduction de plantes utiles à quelque divinité 
ou tout au moins à quelque grand empereur ou Inca. On trouve 
en réfléchissant que ce n'est guère probable, et l'observation 
des essais d'agriculture chez les sauvages de notre époque mon- 
tre que les faits se passent tout autrement. 

En général, dans les progrès qui amènent la civilisation, les 
commencements sont faibles, obscurs et limités. Il y a des 
motifs pour que cela soit ainsi dans les débuts agricoles ou 
horticoles. Entre l'usage de récolter des fruits, des graines ou 
des racines dans la campagne et celui de cultiver régulière- 
ment les végétaux qui donnent ces produits, il y a plusieurs 
degrés. Une famille peut jeter des graines autour de sa demeure 
et l'année suivante se pourvoir du même produit dans la forêt. 
Certains arbres fruitiers peuvent exister autour d'une habitation 
sans que l'on sache s'ils ont été plantés ou si la hutte a été 
construite à côté d'eux pour en profiter. Les guerres et la 
chasse interrompent souvent les essais de culture. Les rivalités et 
les défiances font que d'une tribu à l'autre l'imitation marche 
lentement. Si quelque grand personnage ordonne de cultiver 
une plante et institue quelque cérémonie pour en montrer 
l'utilité, c'est probablement que des hommes obscurs et in- 

De Gandolle. 1 



2 NOTIONS PRÉLIMINAIRES 

connus en ont parlé précédemment et que des expériences déjà 
faites ont réussi. Avant de semblables manifestations, propres à 
frapper un public déjà nombreux, il doit s'être écoulé un temps 
plus ou moins long de tentatives locales et éphémères. Il a fallu 
des causes déterminantes pour susciter ces tentatives, les renou- 
veler et les faire réussir. Nous pouvons facilement les comprendre. 

La première est d'avoir à sa portée telle ou telle plante 
offrant certains des avantages que tous les hommes recherchent. 
Les sauvages les plus arriérés connaissent les plantes de leur 
pays ; mais l'exemple des Australiens et des Patagoniens montre 
que s'ils ne les jugent pas productives et faciles à élever, ils 
n'ont pas l'idée de les mettre en culture. D'autres conditions 
sont assez évidentes : un climat pas trop rigoureux; dans les 
pays chauds, des sécheresses pas trop prolongées; quelque 
degré de sécurité et de fixité; enfin une nécessité pressante, 
résultant du défaut de ressources dans la pèche, la chasse ou 
le produit de végétaux indigènes à fruits très nourrissants, . 
comme le châtaignier, le dattier, le bananier ou l'arbre à pain. 
Quand les hommes peuvent vivre sans travailler, c'est ce qu'ils 
préfèrent. D'ailleurs l'élément aléatoire de la chasse et de la pêche 
tente les hommes primitifs — et même quelques civilisés — plus 
que les rudes et réguliers travaux de l'agriculture. 

Je reviens aux espèces que les sauvages peuvent être disposés 
à cultiver. Ils les trouvent quelquefois dans leur pays, mais 
souvent ils les reçoivent de peuples voisins, plus favorisés qu'eux 
par les conditions naturelles, ou déjà entrés dans une civilisa- 
tion quelconque. Lorsqu'un peuple n'est pas cantonné dans une 
île ou dans quelque localité difficilement accessible, il reçoit 
vite certaines plantes, découvertes ailleurs, dont l'avantage est 
évident, et cela le détourne de la culture d'espèces médiocres 
de son pays. L'histoire nous montre que le blé, le maïs, la 
batate, plusieurs espèces de genre Panicura, le tabac et autres 
plantes, — surtout annuelles, — se sont répandus rapidement, 
avant l'époque historique. Ces bonnes espèces ont combattu et 
arrêté les essais timides qu'on a pu faire çà et là de plantes 
moins productives ou moins agréables. De nos jours encore, ne 
voyons-nous pas, dans divers pays, le froment remplacer le 
seigle, le maïs être préféré au sarrasin, et beaucoup de millets, 
de légumes ou de plantes économiques tomber en discrédîl parce 
que d'autres espèces, venues de loin quelquefois, présentent 
plus d'avantage. La disproportion de valeur est pourtant moins 
grande entre des plantes déjà cultivées et améliorées qu'elle ne 
l'était jadis entre des plantes cultivées et d'autres complètement 
sauvages. La sélection — ce grand facteur que Darwin a eu 
le mérite d'introduire si heureusement dans la science — joue 
ua-rûlûJiJiportant une fois l'agriculture établie ; mais à toute 
époque, et surTout dans les commencements, le choix des espèces 
a plus d'importance que la sélection des variétés. 



COMMENCEMENT DES CULTURES 3 

Les causes variées qui favorisent ou contrarient les débuts de 
l'agriculture expliquent bien pourquoi certaines régions se trou- 
vent, depuis des milliers d'années, peuplées de cultivateurs, 
tandis que d'autres sont habitées encore par des tribus errantes. 
Evidemment, le riz et plusieurs légumineuses dans TAsie méri- 
dionale, Torge et le blé en Mésopotamie et en Egypte, plusieurs 
Panicées en Afrique, le maïs, la pomme de terre, la batate et le 
manioc en Amérique ont été promptement et facilement cul- 
tivés, grâce à leurs qualités évidentes et à des circonstances 
favorables de climat. Il s'est formé ainsi des centres d'où les 
•espèces les plus utiles se sont répandues. Dans le nord de l'Asie, 
de l'Europe et de l'Amérique, la température est défavorable et 
les plantes indigènes sont peu productives; mais comme la 
chasse et la pêche y présentaient des ressources, l'agriculture a 
dû s'introduire tard, et l'on a pu se passer des bonnes espèces 
•du midi sans souffrir beaucoup. Il en était autrement pour l'Aus- 
tralie, la Patagonie et même l'Afrique australe. Dans ces pays, 
les plantes des régions tempérées de notre hémisphère ne pou- 
vaient pas arriver à cause de la distance, et celles de la zone 
intertropicale étaient exclues par la grande sécheresse ou par 
l'absence de températures élevées. En même temps, les espèces 
indigènes sont pitoyables. Ce n'est pas seulement le défaut d'in- 
telligence ou de sécurité qui a empêché les habitants de les 
■cultiver. Leur nature y contribue tellement, que les Européens, 
•depuis cent ans qu'ils sont établis dans ces contrées, n'ont mis 
en culture qu'une seule espèce, le Tetragonia^ légume vert assez 
•médiocre. Je n'ignore pas que sir Joseph Hooker * a énuméré plus 
de cent espèces d'Australie qui peuvent servir de quelque ma- 
nière ; mais en fait on ne les cultivait pas, et, malgré les pro- 
cédés perfectionnés des colons anglais, personne ne les cultive. 
€'est bien la démonstration des principes dont je parlais tout à 
l'heure, que le choix des espèces l'emporte sur la sélection, et 
•qu'il faut des qualités réelles dans une plante spontanée pour 
qu'on essaye de la cultiver. 

Malgré l'obscurité des commencements de la culture dans 
chaque région, il est certain que la date en est extrêmement 
différente. Un des plus anciens exemples de plantes cultivées 
est , en Egypte , un dessin représentant des figues , dans la 
pyramide de Gizeh, L'époque de la construction de ce monu- 
ment est incertaine. Les auteurs ont varié entre 1500 et 4200 ans 
avant l'ère chrétienne! Si l'on suppose environ deux mille ans, 
ce serait une ancienneté actuelle de quatre mille ans. Or, la 
•construction des pyramides n'a pu se faire que par un peuple i 
nombreux, organisé et civilisé jusqu'à un certain point, ayant \ 
par conséquent une agriculture établie, qui devait remonter plus \ 

(haut, de quelques siècles au moins. En Chine, 2700 ans avant \ 

1. Hooker, Flora Tasmanùe, I, p. ex. \ 



4 NOTIONS PRÉLIMINAIRES 

Jésus-Christ Tempereur Ghen-nung institua la cérémonie dan& 
laquelle chaque année on sème cinq espèces de plantes utiles^ 
le ci», Ift soja^ le ^lû. et deu x sortes .de. joaillets *. Ces plantes 
devaient être cultivées depuis quelque temps, dans certaines 
localités, pour avoir attiré à ce point l'attention de l'empereur 
L'agriculture paraît donc aussi ancienne en Chine qu'en Egypte. 
Les rapports continuels de ce dernier pays avec la Mésopotamie 
font présumer une culture à peu près contemporaine dans les 
régions de PEuphrate et du Nil. Pourquoi ne serait-elle pas tout 
aussi ancienne dans l'Inde et dans l'archipel Indien? L histoire 
des peuples dravidiens et malais ne remonte pas haut et présente 
bien de l'obscurité, mais il n'y a pas de raisons de croire que 
la culture n'ait pas commencé chez eux il y a fort longtemps., 
en particulier au bord des fleuves. 

Les anciens Egyptiens et les Phéniciens ont propagé beaucoup 
de plantes dans la région de la Méditerranée, et les peuples 
Aryens, dont les migrations vers l'Europe ont commencé à peu 
près 2500 ou au plus tard 2000 ans avant Jésus-Christ ont répandu 
plusieurs espèces qui étaient déjà cultivées dans l'Asie occiden- 
tale. Nous verrons, en étudiant l'histoire de quelques espèces, 
qu on cultivait probablement déjà certaines plantes en Europe 
et dans le nord de l'Afrique. Il y a des noms de langues anté- 
rieures aux Aryens, par exemple finnois, basques, berbères et 
guanches (des îles Canaries), qui l'indiquent. Cependant les restes^ 
appelés Kjôkkenmôddings, des habitations anciennes du Dane- 
mark, n'ont fourni jusqu'à présent aucune preuve de culture et 
len même temps aucun indice de la possession d'un métal *. Les 
Scandinaves de cette époque vivaient surtout de pêche, de 
chasse et peut-être accessoirement de plantes indigènes. Comme 
le chou, qui ne sont pas de nature à laisser des traces dans les 
fumiers et les décombres, et qu'on pouvait d'ailleurs se passer de 
cultiver. L'absence de métaux ne suppose pas, dans ces pays du 
nord, une ancienneté plus grande que le siècle de Périclès ou 
même des beaux temps de la république romaine. Plus tard^ 
quand le bronze a été connu en Suède, région bien éloignée des 
pays alors civilisés, l'agriculture avait fini par s'introduire. On 
a trouvé dans les restes de cette époque la sculpture d'une 
charrue attelée de deux bœufs et conduite par un homme ^. 

Les anciens habitants de la Suisse orientale, lorsqu'ils avaient 
des instruments de pierre polie et pas de métaux, cultivaient 
plusieurs plantes, dont quelques-unes étaient originaires d'Asie. 

1. Bretschneider, On the study and value of chinese botanical works,^ 
p. 7. 

2. De Nadaillac, Les premiers hommes et les temps ^ré historiques ^ I, 
p. 266, 268. L'absence de traces d'agriculture dans ces débris m'est certifiée 
d'ailleurs par M. Heer et M. Cartailhac, très au courant tous les deux des- 
découvertes en archéologie. 

3. M. Montelius, d'après Gartailhac, Revue, 1875, p. 237. 



COMMENCEMENT DES CULTURES g 

M. Heer * a montré, dans son admirable travail sur les pala- 
fîttes, qu'ils avaient des communications avec les pays situés au 
midi des Alpes. Ils pouvaient aussi avoir reçu des plantes culti- 
vées par les Ibères, qui occupaient la Gaule avant les Celtes. A 
l'époque où les lacustres de Suisse et de Savoie ont possédé le 
bronze leurs cultures étaient plus variées. Il paraît même que 
les lacustres d'Italie, lorsqu'ils avaient ce métal, cultivaient 
moins d'espèces que ceux des lacs de Savoie *, ce qui peut tenir 
à une ancienneté plus grande ou à des circonstances locales. 
Les restes des lacustres de Laybach et du Mondsee, en Autriche, 
accusent aussi une agriculture tout à fait primitive : point de 
céréales à Laybach, et un seul grain de blé au Mondsee '\ L'état 
si peu avancé de l'agriculture dans cette partie orientale de 
i'fiurope est en opposition avec l'hypothèse, basée sur quelques 
mots des anciens historiens, que les Aryas auraient séjourné 
d'abord dans la région du Danube et que la Thrace aurait été 
civilisée avant la Grèce. Malgré cet exemple l'agriculture 
paraît, en général, plus ancienne dans la partie tempérée de 
l'Europe qu'on ne pouvait le croire d'après les Grecs, disposés, 
comme certains modernes, à faire sortir tout progrès de leur 
propre nation. 

En Amérique, l'agriculture n'est peut-être pas aussi ancienne 
qu'en Asie et en Egypte, si l'on en juge par les civilisations du j 

Mexique et du Pérou, qui ne remontent pas même aux premiers ,■ 

siècles de l'ère chrétienne. Cependant la dispersion immense de * 

certaines cultures, comme celle du maïs, du tabac et de la i 

batate, fait présumer une agriculture ancienne, par exemple / 

de deux mille ans ou à peu près. L'histoire fait défaut dans ce / 

cas, et l'on ne peut espérer quelque chose que des découvertes en / 
archéologie et géologie. / 

1. Heer, Die Pflanzen der Pfahlbauten, in-4, Zurich, 1863. Voir rarticle 
du lin. 

2. Pemu, Etude préhistorique de la Savoie, m-4, 1870 ; Castelfranco, 
Notizie intomo alla Stazione lacustre di Lagozza, et Sordelli, Sulle piante 
délia torbiera délia Lagozza^ dans les Actes de la Soc. ital, des se. 
nat,, 1880. 

3. Much, Mittheil, d. anthropoL Ges, in Wien, vol. 6 ; Sacken, Sitzber. 
Akad. Wien, vol. 6. Lettre de M. Heer sur ces travaux, et leur analyse 
^ans Nadaillac, I, p. 247. 



CHAPITRE II 

MÉTHODES POUR DÉCOUVRIR OU CONSTATER L'ORIGINE 

DES ESPÈCES 



§ 1. — Réflexions s^énérales. 

La plupart des plantes cultivées ayant été mises en culture à 
une époque ancienne et souvent d'une manière peu connue, il 
est nécessaire d'user de différents moyens lorsqu'on veut s'assu- 
rer de leur origine. C'est, pour chaque espèce, une recherche 
dans le genre de celles que font les historiens et les archéologues, 
recherche variée, dans laquelle on se sert tantôt d'un procédé 
et tantôt d'un autre, pour les combiner ensuite et les appré- 
cier selon leur valeur relative. Le naturaliste n'est plus ici dans 
son domaine ordinaire d'observations et de descriptions. Il doit 
s'appuyer sur des preuves testimoniales, dont il n'est jamais 
question dans les laboratoires, et, quand les faits de botanique 
sont invoqués, il ne s'agit pas de l'anatomie, dont on s'occupe de 
préférence aujourd'hui, mais de la distinction des espèces et 
de leur distribution géographique. 

J'aurai donc à me servir de méthodes qui sont étrangères, les 
unes aux naturalistes, les autres aux personnes versées dans 
les sciences historiques. Pour comprendre comment il faut les 
employer et ce qu'elles peuvent valoir, je dirai quelques mots de 
chacune. 



§ 2. — Botanique. 

Un des moyens les plus directs pour connaître l'origine géo- 
graphique d'une espèce cultivée est de chercher dans quel pays 
elle croît spontanément, c'est-à-dire à l'état sauvage, sans le 
secours de l'homme. 

La question parait simple au premier coup d'oeil. Il semble^ 



BOTANIQUE 7 

en effet, qu'en consultant les flores, les ouvrages sur l'ensemble 
des espèces ou les herbiers, on doit pouvoir la résoudre aisé- 
ment dans chaque cas particulier. Malheureusement, c'est, au 
contraire, une question qui exige des connaissances spéciales de 
botanique, surtout de géographie botanique, et une appréciation 
des botanistes et des collecteurs d'échantillons basée sur une 
longue expérience. Les savants occupés d'histoire ou d'inter- 
prétation d'écrivains de l'antiquité s'exposent à faire de grandes 
erreurs lorsqu'ils se contentent des premiers témoignages venus 
dans un livre de botanique. D'un autre côté, les voyageurs qui 
récoltent des plantes pour les herbiers ne font pas toujours assez 
d'attention aux localités et aux circonstances dans lesquelles ils 
trouvent les espèces. Souvent ils négligent de noter ce qu'ils ont 
remarqué à cet égard. On sait cependant qu'une plante peut 
venir d'individus cultivés dans le voisinage; que les oiseaux, les 
vents, etc., peuvent en avoir transporté les graines à de grandes 
distances, et qu'elles arrivent quelquefois par le lest des vais- 
seaux ou mêlées avec des marchandises. Ces cas se présentent 
pour des espèces ordinaires, à plus forte raison pour les plantes 
cultivées qui sont abondantes autour de l'homme. Il faut, chez 
un collecteur ou voyageur, de bonnes habitudes d'observation 
pour estimer jusqu'à quel point un végétal est issu de pieds 
sauvages, appartenant à la flore du pays, ou d'une autre origine. 
Quand la plante croît près des habitations, sur des murailles, 
dans des décombres, au bord des routes, etc., c'est une raison 
pour se défier. 

11 peut aussi arriver qu'une espèce se répande hors des cul- 
tures, même loin des localités suspectes, et n'ait cependant 
qu'une durée éphémère, parce qu'elle ne supporte pas, à la 
longue, les conditions du climat ou la lutte avec les plantes in^ \ 
digènes. C'est ce qu'on appelle en botanique une espèce adven- 
tive. Elle paraît et disparait, preuve qu'elle n'est pas originaire 
du pays. Les exemples abondent dans chaque flore. Lorsqu'ils 
deviennent plus nombreux qu'à l'ordinaire, le public en est 
frappé. Ainsi les troupes amenées brusquement d'Algérie en 
France, en 4870, avaient répandu, par les fourrages et autre- 
ment, une foule d'espèces africaines ou méridionales qui ont 
excité l'étonnement, mais dont il n'est pas resté de trace après 
deux ou trois hivers. 

Il y a des collecteurs et des auteurs de flores très attentifs à 
signaler ces faits. -Grâce à mes relations personnelles et à Tem- 

Sloi fréquent des herbiers et des livres de botanique, je me 
atte de les connaître. Je citerai donc volontiers leur témoignage 
dans les cas douteux. Pour quelques pays et quelques espèces, 
je me suis adressé directement à ces estimables naturalistes. J'ai 
fait appel à leurs souvenirs, à leurs notes, à leurs herbiers, et, 
d'après ce qu'ils ont bien voulu me répondre, j'ai pu ajouter des 
documents inédits à ceux qu'on trouve dans les ouvrages pu-. 



8 MÉTHODES POUR DÉCOUVRIR L'ORIGINE DES ESPÈCES 

bliés. Je dois de sincères remerciements pour des informations de 
ce genre que j'ai reçues de M. G. B. Glarkesurles plantes deTInde, 
de M. Boissier sur celles d'Orient, de M. Sagot sur les espèces de 
la Guyane française, de M. Gosson sur celles d'Algérie, de 
MM. Decaisne et Bretschneider sur les plantes de Chine, de 
M. Pancic sur des céréales de Servie, de MM. Bentham et Baker 
sur des échantillons de l'herbier de Kew, enfin de M. Edouard 
André sur des plantes d'Amérique. Ge zélé voyageur a bien 
voulu me prêter des échantillons très intéressants d'espèces 
cultivées dans l'Amérique méridionale, qu'il a recueillis avec 
toutes les apparences de végétaux indigènes. 

Une question plus difficile, qu'on ne peut pas résoudre sur le 
terrain, est de savoir si une espèce bien spontanée, ayant toutes 
les apparences des espèces indigènes, existe dans le pays depuis 
un temps très reculé ou s'y est introduite à une époque plus ou 
moins ancienne. 

Il y a, en eCTet, des espèces naturalisées^ c'est-à-dire qui s'in- 
troduisent parmi les anciennes plantes de la flore et s'y main- 
tiennent, quoique d'origine étrangère, au point que la simple 
observation ne permet plus de les distinguer et qu'il faut pour 
cela des renseignements historiques ou des considérations de 
pure botanique ou géographie botanique. Dans un sens très géné- 
ral, en tenant compte des temps prolongés dont la science pst 
obligée de s'occuper, presque toutes les espèces, surtout dans les 
régions hors des tropiques, ont été naturalisées une fois, c'est- 
à-dire qu'elles ont passé d'une région à une autre, par l'eCTet de 
circonstances géographiques et physiques. Lorsque j'ai émis 
l'idée, en 1855, que des conditions antérieures à notre époque 
ont déterminé la plupart des faits de la distribution actuelle des 
végétaux, — c'était l'expression de plusieurs des articles et la 
conclusion de mes deux volumes sur la géographie botanique *, 
— on a été quelque peu surpris. La paléontologie venait bien 
de conduire, par des vues générales, un savant allemand, le 
D' Unger, à des idées analogues 2, et, avant lui, Edouard Forbes 
avait émis, pour quelques espèces du midi des îles britanniques, 
l'hypothèse d'une ancienne contiguïté avec l'Espagne '. Mais, la 
preuve donnée, pour l'ensemble des espèces actuelles, de l'im- 
possibiUté d'expliquer leurs habitations au moyen des condi- 
tions qui existent depuis quelques milUers d'années, a produit 
plus d'impression, parce qu'elle était davantage dans le domaine 
des botanistes et qu'elle ne concernait pas quelques plantes, d'un 
seul pays. L'hypothèse proposée par Forbes, devenue dès lors 

1. Alph. de Caodolle, Géographie botanique raisonnée, chap. X, p. 1055 ; 
chap. XI, XIX, XXVII. 

2. Unger, Versuch einer Geschichte der Pflanzenwelt, 1852. 

3. Forbes, On the connexion between the distribution ofthe existing fo^na 
and flora of the british isles with the geological changes which hâve ajfected 
their area, in-8, dans : Memoirs of tne geological sw^ey, vol. I, 1846. 



BOTANIQUE 9 

un fait général et certain, est à présent un des lieux communs 
de la science. Tout ce qu'on écrit sur la géographie botanique 
ou zoologique s'appuie sur cette base, qui n'est plus contestée. 

Elle offre, dans les applications à chaque pays ou chaque espèce, 
de nombreuses difficultés, car, une cause étant une fois reconnue, 
il n'est pas toujours aisé de savoir comment elle a agi dans cha- 
que cas particulier. Heureusement, en ce qui concerne les plantes 
cultivées, les questions qui se présentent n'exigent pas de re- 
monter à des temps très anciens, ni surtout à des dates qu'on 
ne peut préciser en nombre d'années ou de siècles. Sans doute 
la plupart des formes spécifiques actuelles remontent à un temps 
plus reculé que la grande extension des glaciers dans l'hémi- 
sphère boréeu, phénomène qui a duré bien des milliers d'années 
si l'on en juge par l'énormité des dépôts que les glaces ont enlevés 
et transportés ; mais les cultures ont commencé depuis ces 
événements et même, dans beaucoup de cas, depuis une époque 
historique. Nous n'avons guère à nous occuper de ce qui a 
précédé. Les espèces cultivées peuvent avoir changé de pays 
avant leur culture, ou, dans un temps plus long, avoir changé 
de forme, cela rentre dans les questions générales de tous les 
^tres organisés ; notre travail demande seulement que chaque 
espèce soit examinée depuis qu'on la cultive, ou dans les temps 
qui ont précédé immédiatement sa culture. C'est une grande 
simplification. 

La question d'ancienneté, ainsi limitée, peut être abordée au 
moyen des renseignements historiques ou autres, dont je par- 
ierai tout à l'heure, et par les principes de la géographie bota- 
nique. 

Je rappellerai ceux-ci sommairement, pour montrer de quelle 
manière ils aident à découvrir l'origine géographique d'une 
plante. 

Chaque espèce présente ordinairement une habitation continue 
ou à peu près. Cependant quelquefois elle est disjointe^ c'est-à- 
dire que les individus qui la composent sont divisés entre des 
régions éloignées. Ces cas, très intéressants pour l'histoire du 
règne végétal et des surfaces terrestres du globe, sont loin de 
former la majorité. Par conséquent, lorsqu'une espèce cultivée 
se trouve à l'état sauvage, très abondamment en Europe , et 
moins abondamment aux Etats-Unis, il est probable que, mal- , 
gré son apparence indigène en Amérique, elle s'y est natura- / 
iisée, à la suite de quelque transport accidentel. f 

Les genres du règne végétal, bien que formés ordinairement 
de plusieurs espèces, son tsouvent limités à telle ou telle région. 
11 en résulte que plus un genre compte d'espèces toutes de la 
même grande division du globe, plus il est probable qu'une des 
espèces en apparence originaire d'une autre partie du monde y a 
été transportée et s'y est naturalisée, par exemple, en s'échap- 
pant des cultures. Cela est vrai surtout dans les genres qui habi- 






10 MÉTHODES POUR DÉCOUVRIR L'ORIGINE DES ESPÈCES 

tent les pays tropicaux, parce qu'ils sont plus souvent limités à 
l'ancien ou au nouveau monde. 

La géographie botanique apprend quelles flores ont en commun 
des genres et même des espèces, malgré un certain éloignement, 
et quelles, au contraire, sont très difi'érentes, malgré des ana- 
logies de climat ou une distance assez faible. Elle fait connaître 
aussi quels sont les espèces, genres et familles ayant des habi- 
tations vastes et quels autres ont une extension ou aire moyenne 
restreinte. Ces données aident beaucoup à déterminer l'origine 
probable d'une espèce. Les plantes qui se naturalisent se répan- 
dent rapidement. J'en ai cité jadis * des exemples, d'après ce qui 
s'est passé depuis deux siècles, et des faits semblables ont con- 
tinué d'être observés d'année en année. On connaît la rapidité 
de l'invasion récente de VAnacharis Alsinastrum dans les eaux 
douces d'Europe, et celle de beaucoup de plantes européennes à 
la Nouvelle-Zélande, en Australie, en Califormie, etc., signalée 
dans plusieurs flores ou voyages modernes. 

L'extrême abondance d'une espèce n'est pas une preuve d'an- 
cienneté. V Agave americana, si commun dans la région médi- 
terranéenne, quoique venu d'Amérique, et notre Cardon, qui 
couvre maintenant d'immenses étendues des pampas de la Plata, 
en sont des exemples remarquables. Le plus souvent, l'invasion 
d'une espèce marche rapidement, et au contraire l'extinction est 
le résultat d'une lutte de plusieurs siècles contre des circons- 
tances défavorables ^. 

La désignation la plus convenable à adopter pour des espèces 
ou, dans un langage plus scientifique, pour des formes voisines, 
est un problème qui se présente souvent en histoire naturelle, et 
dans la catégorie des espèces cultivées plus que dans les autres. 
Ces plantes changent par la culture. L'homme s'empare des 
formes nouvelles qui lui conviennent et les propage par des 
moyens artificiels, tels que les boutures, la grefî'e, le choix des 
graines, etc. Evidemment, pour connaître l'origine d'une de ces 
espèces, il faut éliminer le plus possible les formes qui semblent 
artificielles et concentrer son attention sur les autres. Une ré- 
flexion bien sinaple doit guider dans ce choix : c'est qu'une 
espèce cultivée offre des diversités principalement dans les parties 
pour lesquelles on la cultive. Les autres peuvent rester sans mo- 
difications, ou avec des modifications légères, dont le cultiva- 
teur ne tient pas compte, parce qu'elles lui sont inutiles. Il faut 
donc s'attendre à ce qu'un arbre fruitier primitif et sauvage ait 
de petits fruits, de saveur médiocrement agréable; à ce qu'une 
céréale ait de petites graines, la pomme de terre sauvage de pe- 
tits tubercules, le tabac indigène des feuilles étroites, etc., etc., 
sans aller cependant jusque s'imaginer qu'une espèce aurait pris 

1. A. de Candolle, Géogr, bot, raisonnée, chap. VII et X. 

2. A. de Candolle, Géogr, bot. raisonnée ^ chap. VIII, p. 804. 



ARCHÉOLOGIE ET PALÉONTOLOGIE lî 

tout à coup de grands développements par l'effet de la culture, 
car l'homme n'aurait pas commencé à la cultiver si elle n'avait 
offert dès l'origine quelque chose d'utile ou agréable. 

Une fois la plante cultivée réduite à ce qui permet de la com- 
parer raisonnablement aux formes analogues spontanées, il 
faut savoir encore quel groupe de plantes à peu près semblables 
on juge à propos de désigner comme constituant une espèce. 
Sur ce point, les botanistes sont seuls compétents, parce qu'ils 
ont l'habitude d'apprécier les différences et les ressemblances, et 
qu'ils n'ignorent pas la confusion de certains ouvrages en fait 
de nomenclature. Ce n'est pas ici le lieu de discuter ce qu'on 
peut appeler raisonnablement une espèce. On verra dans quel- 
ques-uns de mes articles les principes qui me paraissent les 
meilleurs. Gomme leur application exigerait souvent des obser- 
vations qui n'ont pas été faites, j'ai pris le parti de distinguer 
quelquefois des formes quasi spécifiques dans un groupe qui me 
paraît être une espèce, et j'ai cherché l'origine géographique de 
ces formes comme si elles étaient vraiment spécifiques. 

En résumé, la botanique fournit des moyens précieux pour 
deviner ou constater l'origine des plantes cultivées et pour éviter 
des erreurs. Il faut se bien persuader cependant que la combi- 
naison d'observations sur le terrain et dans le cabinet est néces- 
saire. Après le collecteur qui voit les plantes dans une localité 
ou une région et qui rédige peut-être une flore ou un catalogue 
d'espèces, il est indispensable d'étudier les distributions géogra- 
phiques, connues ou probables, d'après les livres et les herbiers, 
et de penser aux principes de la géographie botanique et aux ques- 
tions de classification, ce qui ne peut se faire ni en voyageant ni 
en herborisant. D'autres recherches, dont je vais parler, doivent 
être combinées avec celles de botanique, si l'on veut arriver à 
des conclusions satisfaisantes. 



§ 3. — Archéologie et paléontologie. 

La preuve la plus directe qu'on puisse imaginer de l'existence 
ancienne d'une espèce dans un pays est d'en voir des fragments 
reconnaissables dans de vieux édifices ou de vieux dépôts, d'une 
date plus ou moins certaine. 

Les fruits, graines et fragments divers de plantes sortis des 
tombeaux de l'ancienne Egypte et les dessins qui les entourent 
dans les pyramides, ont donné lieu àdes recherches d'une grande 
importance, dont j'aurai souvent à faire mention. Il y a pourtant 
ici une chance d'erreur : l'introduction frauduleuse de plantes 
modernes dans les cercueils de momies. On l'a reconnue facile- 
ment, quand il s'est agi, par exemple, de grains de maïs, plante 
d'origine américaine, glissés par les Arabes; mais on peut avoir 
ajouté des espèces cultivées en Egypte depuis deux ou trois mille 



42 MÉTHODES POUR DÉCOUVRIR L'ORIGINE DES ESPÈCES 

ans, qui semblent alors d'une antiquité trop reculée. Les tumuli 
ou mounds de TAmérique septentrionale et les monuments des 
anciens Mexicains et Péruviens ont fourni des documents sur les 
plantes qu'on cultivait dans cette partie du monde. Il s'agit alors 
de temps moins anciens que celui des pyramides d'Egypte. 

Les dépôts des lacustres ou palafittes de Suisse ont donné 
lieu à des mémoires très importants, parmi lesquels il faut citer 
en première ligne celui de Heer, mentionné tout à l'heure. Des 
travaux analogues ont été faits sur les débris végétaux trouvés 
dans d'autres lacs ou tourbières de Suisse, Savoie, Allemagne 
et Italie. Je les mentionnerai à l'occasion de plusieurs espèces. 
M. le D*" Gross a eu Tobligeance de me communiquer des fruits 
«t graines tirés des palafittes du lac de Neuchatel, et mon col- 
lègue le professeur Heer m'a favorisé de quelques renseigne- 
ments recueillis à Zurich depuis sa publication . J'ai dit que les 
dépôts appelés Kjôkkenmôddings dans les pays Scandinaves 
n'ont fourni aucune trace de végétaux cultivés. 

Les tufs du midi de la France contiennent des feuilles et autres 
débris de plantes qui ont été déterminés par MM. Martins, 
Planchon, de Saporta et autres savants. Leur date n'est peut- 
être pas toujours plus ancienne que les premiers dépôts des 
lacustres, et il est possible qu'elle concorde avec celle d'anciens 
monuments d'Egypte et d'anciens livres des Chinois. Enfin, les 
couches minérales, dont les géologues s'occupent spécialement, 
apprennent déjà beaucoup sur la succession des formes végétales 
dans divers pays; mais il s'agit alors d'époques bien antérieures 
à l'agriculture, et ce serait un hasard singulier, et assurément 
précieux, si l'on découvrait à l'époque tertiaire européenne une 
-espèce actuellement cultivée. Gela n'est pas arrivé jusqu'à pré- 
sent, d'une manière tout à fait certaine, quoique des espèces 
non cultivées aient été reconnues dans des couches antérieures à 
notre époque glaciaire de l'hémisphère boréal. Du reste, si l'on 
ne parvient pas à en trouver, les conséquences ne seront pas 
claires, attendu qu'on pourra dire : telle plante est arrivée de- 
puis, d'une autre région, ou bien elle avait jadis une forme diffé- 
Tente, qui n'a pas permis de la reconnaître dans les fossiles. 

§ 4. — Histoire. 

Les documents historiques sont importants pour la date de 
^certaines cultures dans chaque pays. Ils donnent aussi des indi- 
pations sur l'origine géographique des plantes quand elles ont 
été propagées par les migrations d'anciens peuples, les voyages 
pu des expéditions militaires. 

; 11 ne faut pourtant pas accepter sans examen les assertions 
des auteurs. 

La plupart des anciens historiens ont confondu le fait de la 



HISTOIRE i 



o 



culture d'une espèce dans un pays avec celui de son habitation 
antérieure, à l'état sauvage. On a dit communément, — même de 
nos jours — d'une espèce cultivée en Amérique ou en Chine 
qu'elle habite l'Amérique ou la Chine. Une erreur non moins, 
fréquente a été de croire une espèce originaire d'un pays, parce 
qu'on l'a reçue de là et non du pays véritablement de son ori- 
gine. Ainsi les Grecs et les Romains ont appelé pomme de Perse 
la pèche, qu'ils avaient vue cultivée en Perse, qui n'y était pro- 
bablement pas sauvage et que j'ai prouvée naguère être origi- 
naire de Chine. Ils ont appelé pomme de Garthage (Malum 
punicum) la grenade, qui s'était répandue progressivement dans 
les jardins, de Perse en Mauritanie. A plus forte raison, les 
très anciens auteurs, tels que Bérose et Hérodote, ont pu se 
tromper, malgré leur désir d'être exacts. 

Nous verrons, à l'occasion du maïs, que des pièces historiques 
entièrement forgées, peuvent tromper sur l'origine d'une espèce. 
C'est singulier, car pour un fait de culture il semble que per- 
sonne n'a intérêt à mentir. Heureusement les indices botaniques^ 
ou archéologiques aident à faire présumer les erreurs de cette 
nature. 

La principale difficulté — celle qui se présente ordinairement 
pour les anciens historiens — est de traduire exactement les 
noms des plantes qui, dans leurs livres, sont toujours des noms 
vulgaires. Je parlerai bientôt de la valeur de ces noms et des 
ressources de la linguistique dans les questions qui nous occu- 
pent ; mais il faut indiquer auparavant quelles notions histori- 
ques sont le plus utiles dans l'étude des plantes cultivées. 

L'agdcjilture est sortie anciennement, du moins en ce qui 
concerne les principales espèces, de trois grandes régions oik 
croissaient certaines plantes et qui n'avaient aucune communi- 
cation les unes avec les autres . Ce sont : l a Chine, le ^d-ouest 
de. l'Asie (lié avec rEgypte^et l'Amérique mtertropicalerjeTie 
veux^às^dire qîTeh "Europe, en Afrique ou ailleurs des peuples 
sauvages n'aient cultivé quelques espèces , à une époque re- 
culée, d'une manière locale, comme accessoires de la chasse ou 
de la pêche ; mais les grandes civilisations, basées sur l'agricul- 
ture, ont commencé dans les trois régions que je viens d'indi- 
quer. Chose digne de remarque, dans l'ancien monde, c'est sur 
le bord des fleuves que les populations agricoles se sont surtout 
constituées, tandis qu'en Amérique c'est sur les plateaux du 
Mexique et du Pérou . Il faut peut-être l'attribuer à la situation 
primitive des plantes bonnes à cultiver, car les rives du Missis- 
sipi, de rOrénoque et de l'Amazone ne sont pas plus malsaines 
que celles des fleuves de l'ancien monde. 

Quelques mots sur chacune des trois régions. 

La Cnine avait depuis des milliers d'années une agriculture 
et même une horticulture florissantes lorsqu'elle est entrée, 
pour la première fois, en communication avec l'Asie occiden- 




14 MÉTHODES POUR DÉCOUVRIR L'ORIGINE DES ESPÈCES 



î 



\ 



I taie, par la mission de Gbang-Kien, sous le règne de l'empereur 
Wu-ti, dans le ii© siècle avant Tère chrétienne. Les recueils ap- 
pelés Pent-sao, écrits à Tépoque de notre moyen âge, constatent 
qu'il rapporta la fève, Je concombre, la luzerne, le safran, le 

I sésame, le noyer, le pois, Fépinard, le melon d'eau et d'autres 
plantes de l'ouest S alors inconnues aux Chinois. Ghang-Kien, 
comme on voit, n'a pas été un ambassadeur ordinaire. 11 a 
étendu singulièrement les connaissances géographiques et amé- 
lioré les conditions économiques de ses compatriotes. Il est vrai 
qu'il avait été forcé de demeurer dix ans dans l'ouest et qu'il 
appartenait à une population déjà civilisée, chez laquelle un 
empereur , 22ÛO ans avant Jésus-Christ , avait entouré de céré- 
monies imposantes la culture de quelques plantes. Les Mon - 
goles étaient trop barbares et venaient d'un pays trop froid 
pour avoir pu introduire beaucoup d'espèces utiles en Chine ; 
mais, en étudiant l'origine du pêcher et, de rabricotier, nous ver- 
rons que ces'iraWës ôîil été portés de Chine dans l'Asie occiden- 
tale, probablement par des voyageurs isolés, marchands ou 
autres, qui passaient au nord de l'Himalaya. Quelques espèces 
ont pu se répandre de la même manière de l'ouest en Chine, 
avant l'ambassade de Chang-Kien. 

Les communications régulières de la Chine avec l'Inde ont 
commencé seulement à l'époque de ce même personnage, et par 
la voie détournée de la Bactriane ^, mais il a pu y avoir des 
transmissions de proche en proche par la presqu'île malaise et 
la Cochinchine. Les lettrés qui écrivaient dans le nord de la 
Chine ont pu les ignorer, d'autant plus que les provinces méri- 
dionales ont été jointes à l'empire seulement au ii« siècle avant 
Fère chrétienne ^. 

Les premiers rapports du Japon avec la Chine ont été vers 
l'an 57 de notre ère, par l'envoi d'un ambassadeur, et les Chi- 
nois n'eurent vraiment connaissance de leurs voisins orientaux 
que dans le me siècle, époque de l'introduction de l'écriture 
chinoise au Japon *. 

La vaste région qui s'ét^fid du Gange à l'Arménie et au Nil 
n'a pas été anciennement aussi isolée que la Chine. Ses peuples 
ont échangé, de place en place, et même transporté à distance 
des plantes cultivées, avec une grande facilité. Il suffit de rap- 
peler que d'anciennes migrations ou conquêtes ont mêlé sans 
cesse les populations touraniennes, aryennes et sémites entre la 
mer Caspienne, la Mésopotamie et le Nil. De grands Etats se 
sont formés, à peu près dans les mêmes temps, sur les bords de 
l'Euphrate et en Egypte, mais ils avaient succédé à des tribus 

1. Bretschaeider, l, c, p. 15. 

2. Bret8clineider, /. c. 

3. Bretschneider, /. c, p. 23. 

4. Àtsuma-giuta. Recueil pour servir à la connaissance de Vextréme Orient^ 
publié par Fr. 'Turretini, vol. 6, p. 200, 293. 



LINGUISTIQUE 18 

qui cultivaient déjà certaines plantes. L'agriculture est plus 
ancienne dans cette région que Babylone et les premières dynas- 
ties égyptiennes, lesquelles datent de plus de quatre mille ans . 
Les empires assyriens et égyptiens se sont ensuite disputé la 
suprématie, et dans leurs luttes ils ont transporté des popula- 
tions, ce qui ne pouvait manquer de répandre les espèces culti- 
vées. D'un autre côté, les peuples aryens, qui habitaient primiti- 
vement au nord de la Mésopotamie, dans une contrée moins 
favorable à l'agriculture, se sont répandus à l'ouest et au midi, 
refoulant ou subjuguant les nations touraniennes et dravidiennes. 
Leur langue, et surtout celles qui en sont dérivées en Europe et 
dans l'Inde, montrent qu'ils ont connu et transporté plusieurs 
espèces utiles *. Après ces anciens événements, dont les dates 
sont généralement incertaines, les voyages par mer des Phéni- 
ciens, les guerres entre les Grecs et les Perses, l'expédition 
d'Alexandre jusque dans l'Inde, et finalement la domination 
romaine ont achevé de répandre les cultures dans Tintérieur de 
l'Asie occidentale et même de les introduire en Europe et dans 
le nord de l'Afrique, partout où le climat pouvait leur être favo- 
rable. Plus tard, à l'époque des croisades, il restait bien peu de 
plantes utiles à tirer de l'Orient. Il est arrivé alors en Europe 
quelques variétés d'arbres fruitiers que les Romains ne possé- 
daient pas et des plantes d'ornement. 

La découverte de l'Amérique, en 1492, a été le dernier grand 
événement qui a permis de répandre les plantes cultivées dans 
tous les pays. Ce sont d'abord les espèces américaines, comme 
la pomme de terre, le maïs, la figue d'Inde, le tabac, etc., qui 
ont été apportées en Europe et en Asie. Ensuite une foule d'es- 
pèces de l'ancien monde ont été introduites en Amérique. Le 
voyage de IVlagellan (1520-21) fut la première communication 
directe entre l'Amérique méridionale et l'Asie. Dans le même 
siècle, la traite des nègres vint multiplier les rapports entre 
l'Afrique et l'Amérique. Enfin la découverte des îles de la mer 
Pacifique au xviii* siècle, et la facilité croissante des moyens de 
communication, combinée avec un désir général d'améliorer, 
ont produit la dispersion plus générale des plantes utiles dont 
nous sommes aujourd'hui les témoins. 

§ 5. — Llng^ulstiqae. 

Les noms vulgaires de plantes cultivées sont ordinairement 
très connus et peuvent donner des indications sur l'histoire 

1. Il existe, en langue française, deux excellents résumés des connais- 
sances actuelles sur rOrient et l'Egypte . Je ne saurais trop les recom- 
mander aux naturaliste^ qui ne se sont pas occupés spécialement de ces 
questions. L'un de ces ouvrages est le Manuel de V histoire ancienne de 
VOrient, par François Lenormand, 3 vol. in-12, Paris, 1869. L'autre est 
C Histoire ancienne des peuples de l'Orient, par Maspero, un vol. in-8, Paris, 
1878. 



46 MÉTHODES POUR DÉCOUVRIR L'ORIGINE DES ESPÈCES 

d'une espèce, mais il n'est pas sans exemple qu'ils soient 
absurdes, basés sur des erreurs , ou vagues et contestables , ce 
qui oblige à user d'une certaine prudence dans leur emploi. 

Je pourrais citer beaucoup de noms absurdes, pris dans 
toutes les langues . Il suffit de rappeler : 

En français : blé de Turquie (maïs), pour une plante qui n'est 
pas un blé et qui vient d'Amérique. 

En anglais : Jérusalem artichoke , pour le Topinambour 
(Helianthus tuberosus), qui ne vient pas de Jérusalem, mais de 
l'Amérique septentrionale, et n'est pas un artichaut. 

En allemand : Haferwurzel, racine d'avoine, pour le Salsifis 
(Tragopogon), plante à racine charnue I 

Une quantité de noms donnés par les Européens à des plantes 
étrangères, lorsqu'ils se sont établis dans les colonies, expriment 
des analogies fausses ou insignifiantes. Par exemple, le lin de la 
Nouvelle-Zélande ressemble aussi peu que possible au lin ; seule- 
ment on tire de ses feuilles une matière textile. La pomme 
d'acajou, des Antilles françaises, n'est pas le fruit d'un pommier, 
ni même d'une pomacée, et n'a rien à voir avec l'acajou. 

Quelquefois les noms vulgaires se sont altérés en passant d'une 
langue à l'autre, de manière à donner un sens faux ou ridicule. 
Ainsi l'arbre de Judée des Français (Gercis Siliquastrum) est 
devenu en anglais Judas tree, arbre de Judas ! Le fruit appelé 
Ahuaca parles Mexicains est devenu Y Avocat des colons français. 

Assez souvent, des noms de plantes ont été pris par le même 
peuple, à des époques successives ou dans des provinces diffé- 
rentes, tantôt comme noms de genres et tantôt comme noms 
d'espèces. Par exemple, blé peut signifier ou plusieurs espèces 
du genre Triticum, et même de plantes nutritives très difi'érentes 
(maïs et blés), ou telle espèce de blé en particulier. 

Plusieurs noms vulgaires ont été transportés d'une plante à 
l'autre, par suite d'erreurs ou d'ignorance. Ainsi, la confusion 
faite par d'anciens voyageurs entre la Batate (Gonvolvolus Ba- 
tatas) et la Pomme de terre (Solanum tuberosum), a entraîné 
Fusage d'appeler la Pomme de terre en anglais Potatoe et en 
espagnol Patatas, 

Si des peuples modernes, civilisés, qui ont de grandes facilités 
pour comparer les espèces, connaître leur origine et vérifier les 
noms dans les livres, ont fait de semblables erreurs, il est pro- 
bable que les anciens en ont fait plus encore et de plus gros- 
sières. Les érudits déploient infiniment de science pour expliquer 
l'origine linguistique d'un nom ou ses modifications dans les 
langues dérivées, mais ils ne peuvent pas découvrir les fautes ou 
les absurdités populaires. Ce sont plutôt les botanistes qui les 
devinent ou les démontrent. Remarquons en passant que les 
noms doubles ou composés sont les plus suspects. Ils peuvent 
avoir deux erreurs : Tune dans la racine ou le nom principal, 
l'autre dans l'addition ou nom accessoire, destiné presque tou- 



• LINGUISTIQUE 17 

j ours à indiquer une origine géographique, une qualité appa- 
rente ou quelque comparaison avec d'autres espèces. Plus un 
nom est bref, plus il mérite qu'on en tienne compte dans la 
question d'origine ou d'ancienneté, car c'est à la suite des 
années, des migrations de peuples et des transports de plantes 
que s'ajoutent les épithètes souvent erronées. De même, dans les 
écritures s^rmboliques, comme celles des Chinois et des Egyp- 
tiens, les signes uniques et simples font présumer des espèces 
anciennement connues, ne venant pas de pays étrangers, et les 
signes compliqués sont suspects ou indiquent une origine étran- 
gère. N'oublions pas cependant que les signes ont été souvent 
des rébus, basés sur des ressemblances fortuites de mots, ou sur 
des idées superstitieuses et fantastiques. 

L'identité d'un nom vulgaire pour une espèce dans plusieurs 
langues peut avoir deux significations très différentes. Elle peut 
venir de ce qu'une plante a été transportée par un peuple qui 
s'est divisé et dispersé. Elle peut résulter aussi de ce qu'une 
plante a été transmise d'un peuple à l'autre avec le nom du 
pays d'origine. Le premier cas est celui du chanvre, dont le 
nom est semblable, au moins quant à sa racine, dans toutes les 
langues dérivées des Aryas primitifs. Le second se voit dans le 
nom américain du tabac et le nom chinois du thé, qui se sont 
répandus dans une infinité de pays, sans aucune filiation linguis- 
tique ou ethnographique. Ce cas s'est présenté plus fréquem- 
ment dans les temps modernes que dans les anciens, parce que 
la rapidité des communications permet aujourd'hui d'introduire 
à la fois une plante et son nom, même à de grandes distances. 

La diversité des noms pour une même espèce peut avoir aussi 
des causes variées. En général, elle indique une existence an- 
cienne dans divers pays, mais elle peut aussi provenir du mélange 
des peuples ou de noms de variétés qui usurpent le nom primitif. 
Ainsi, en Angleterre, on peut trouver, suivant les provinces, un 
nom celte, saxon, danois ou latin, etnous voyons en Allemagne 
les noms de Flachs et Lein pour le lin, qui ont évidemment des 
origines difl'érentes. 

Lorsqu'on veut se servir des noms vulgaires pour en tirer 
certaines probabilités sur l'origine des espèces, il faut consulter 
les dictionnaires et les dissertations des philologues, mais on est 
obligé d'estimer les chances d'erreur de ces érudits, qui, n'étant 
ni agriculteurs ni botanistes, peuvent s'être trompés dans l'ap- 
plication d'un nom à une espèce. 

Le recueil le plus considérable de noms vulgaires est celui de 
Nemnich *, publié en 1793. J'en possède un autre, manuscrit, 
plus étendu encore, rédigé dans notre bibliothèque par mon 
ancien élève Moritzi, au moyen des flores et de plusieurs livres 

1. NemDich, Allgemeinei polyglotten-Leoncon der Naiurgeschichte^ 2 vol. 
in-4. 

De Gandolle. 2 



18 MÉTHODES POUR DÉCOUVRIR L'ORIGÏ^E DES ESPÈCES 

de voyages écrits par des botanistes. Il y a, en outre, des dic- 
tionnaires concernant les noms d'espèces de tel ou tel pays ou 
d'une langue en particulier. Ces sortes de recueils ne contiennent 
pas souvent des explications sur les étymologies ; mais, quoi qu'en 
dise M. Hehn *, un naturaliste, pourvu de l'instruction générale 
ordinaire, peut reconnaître les connexités ou les diversités fon- 
damentales de certains noms dans des langues différentes et ne 
pas confondre les langues modernes avec les anciennes. Il n'est 
pas nécessaire pour cela d'être initié dans les subtilités des 
suffixes et des affixes, des labiales et des dentales. Sans doute 
un philologue pénètre mieux et plus loin dans les étymologies, 
mais il est rare que ce soit nécessaire pour les recherches sar les 
plantes cultivées. D'autres connaissances sont plus utiles, sur- 
tout celles de pure botanique, et elles manquent aux philologues 
plus que la linguistique aux naturahstes, par la raison fort 
évidente qu'on donne plus de place dans l'instruction générale 
aux langues qu'à l'histoire naturelle. 11 me paraît aussi que les 
linguistes, notamment ceux qui traitent du sanscrit, veulent 
beaucoup trop chercher des étymologies à chaque nom. Ils 
ne pensent pas assez à la bêtise humaine, qui a fait naître dans 
tous les temps des mots absurdes, sans base réelle, déduits 
d'une erreur ou d'une idée superstitieuse. 

La filiation des langues modernes européennes est connue de 
tout le monde. Celle des langues anciennes a été l'objet, depuis 
un demi-siècle, de travaux importants. Je ne puis en donner ici 
un aperçu, même abrégé. Il suffît de rappeler que toutes les 
langues européennes actuelles dérivent de la langue des Aryens 
occidentaux, venus d'Asie, à l'exception du basque (dérivé de 
Tibère), du finnois, du turc et du hongrois, dans lesquels au 
surplus beaucoup de mots d'origine aryenne se sont introduits. 
D'un autre côté, plusieurs langues actuelles de llnde, Ceylan et 
Java dérivent du sanscrit des Aryens orientaux, sortis de l'Asie 
centrale après les Aryens de l'Occident. On suppose, avec assez 
de vraisemblance, que les premiers Aryens occidentaux sont 
arrivés en Europe 2500 ans avant notre ère, et les Aryens orien- 
taux dans l'Inde un millier d'années plus tard. 

Le basque (ou ibère), le guanche des îles Canaries, dont on 
connaît quelques noms de plantes, et le berbère se rattachaient 
probablement aux anciennes langues du nord de l'Afrique. 

Les botanistes sont obligés, dans beaucoup de cas, de douter 
des noms vulgaires attribués aux plantes par les voyageurs, les 
historiens et les philologues. C'est une conséquence des doutes 

3u'ils ont eux-mêmes sur la distinction des espèces et de la 
iffîculté qu'ils savent très bien exister lorsqu'on veut s'assurer 
du nom vulgaire d'une plante. L'incertitude devient d'autant 

1. Hehn, Kulturpflanzen und Hausthiere in ihren Uebergang aus Asien, 
in-8, 3e édition, 1877. 



LINGUISTIQUE 19 

plus grande qu'il s'agit d'espèces plus faciles à confondre ou 
moins connues du publie, ou de langues de nations peu civilisées. 
Il y a des degrés, pour ainsi dire, entre les langues, sous ce 
point de vue, et les noms doivent être acceptés plus ou moins 
suivant ces degrés. 

En tète, pour la certitude^ se placent les langues qui possè- 
dent des ouvrages de botanique. On peut en effet reconnaître 
une espèce au moyen d'une description grecque de Dioscoride ou 
de Théophraste, et des textes latins moins développés de Caton, 
Columelle ou Pline. Les livres chinois donnent aussi des des- 
criptions. Leur étude a fait l'objet d'excellents travaux du docteur 
Bretschneider, médecin de la légation russe à Peking, que je ci- 
terai fréquemment *. 

Le second degré est celui des langues qui ont une littérature 
•composée seulement d'ouvrages de théologie, de poésie, ou de 
-chroniques sur les rois et les batailles. Ces sortes d'ouvrages 
mentionnent çà et là des plantes, avec des épithètes ou des ré- 
flexions sur leur floraison, leur maturité, leur emploi, etc., qui 
permettent de comprendre un nom et de le rapporter à la no- 
menclature botanique actuelle. En s'aidant d'ailleurs de notions 
sur la flore du pays et des noms vulgaires dans les langues 
dérivées de l'ancienne, on arrive, tant bien que mal, à fixer le 
sens de quelques mots. C'est ce qui a été fait pour le sans- 
'iini ^, l'hébreu ' et l'araméen *. 

Enfin, une troisième catégorie dans les langues anciennes ne 
peut donner aucune certitude, mais seulement des présomptions 

1. Bnetsclmeider, On the study and value of chinese botanical works, 
with notes on the history of plants and geographical botany from chinese 
sources, In-S, 51 pages avec figures, Foochoo, saus date, mais la préface 
datée d« décembre 1870. — Notes on some botanical questions, ln-8, 
14 pages, 1880. 

2. Le dictionnaire de Wilson contient des noms de plantes, mais les 
botanistes se fient davantage aux noms indiqués par Roxburgh dans son 
Flora indixra (éd. de 1832, 3 vol. in-8) et au dictionnaire spécial de Pid- 
•dington, English index to the plants of India^ Calcutta, 1832. Les érudits 
prétendent découvrir un plus grand nombre de noms dans les textes, 
mais ils ne donnent pas assez la preuve du sens de ces noms. Générale- 
ment, il manque pour le sanscrit ce que nous avons pour Thébreu, le grec 
et le chinois, la citation, traduite en langue moderne, des phrases concer- 
nant chaque mot. 

3. Le meilleur oiivrage sur les noms des plantm de F Ancien Testament 
est celui de Rosenmûller, Handbuch der bibtischen Alterkunde, in-8, vol. 4, 
Leipzig, 1830. Un bon ouvrage, s^régé, en français, est La botanique de la 
Bible, par Fred. Hamilton, in-8, Nice, 1871. 

4. Reynier, botaniste suisse, qui avait séjourné en Egypte, a donné 
avec sagacité le sens de beaucoup de noms de plantes dans le Talmud. 
Voir ses volumes intitulés : Economie publique et rurale des Arabes et des 
Juifs, in-8, 1820, et Economie publique et rurale des Egyptiens et des Car- 
thaginois, in-8, Lausanne, 1823. Les ouvrages plus récents de Duschak et 
de 'Lôv7 ne reposent pas sur la connaissance des plantes d'Oneot et sont 
illisibles, pour les botanistes, à cause des noms en lettres syriaques, 
hébraïques, etc. 



20 MÉTHODES POUR DÉCOUVRIR L'ORIGINE DES ESPÈCES 

OU des indications hypothétiques assez rares. C'est celle des lan- 
gues dont on ne connaît aucun ouvrage, comme le celte, avec tous 
ses dialectes, le vieux slave, le pélasge, l'ibère, la langue des- 
Aryas primitifs, des Touraniens, etc. On arrive à présumer cer- 
tains noms, ou leur forme approximative, dans ces anciennes 
langues, par deux procédés, tous deux sujets à caution. 

Le premier, et le meilleur, est de consulter les langues déri- 
vées ou qu'on croit dérivées directement des anciennes, comme 
le basque pour Tibère, l'albanais pour le pélasge^ le breton, l'ir- 
landais et le gaëlic pour le celte. Le danger est de se tromper 
sur la filiation des langues, et surtout de croire à l'ancienneté 
d'un nom de plante qui peut être venu par un autre peuple. 
Ainsi le basque a beaucoup de noms qui paraissent tirés du latin 
à la suite de la domination romaine. Le berbère est rempli de 
noms arabes, et le persan de noms de toutes sortes, qui n'exis- 
taient probablement pas dans le zend. 

L'autre procédé consiste à reconstruire une langue ancienne 
sans littérature, au moyen de ses dérivées, par exemple la lan- 
gue des Aryas occidentaux au moyen des mots communs à plu- 
sieurs langues européennes qui en sont issues. Pour les mots des 
anciennes langues aryennes, le dictionnaire de Fick ne peut guère 
être employé, car il donne peu de noms de plantes, et sa dispo- 
sition ne le met pas du tout à la portée des personnes qui ne 
connaissent pas le sanscrit. Bien plus important pour les natu- 
ralistes est 1 ouvrage d'Adolphe Pictet, dont il a paru, après la 
mort de l'auteur, une seconde édition, augmentée et perfection- 
née *. Les noms de plantes et les termes de l'agriculture y sont 
exposés et discutés d'une manière d'autant plus satisfaisante 
qu'elle est combinée avec des notions exactes de botanique. Si 
l'auteur attribue peut-être plus d'importance qu'il ne faudrait à 
des étymologies douteuses, il le compense par des notions d'une 
autre nature et par beaucoup de méthode et de clarté. 

Les noms de plantes en langue euskarienne, soit basque, ont 
été commentés, au point de vue des étymologies probables, par 
M. le comte de Gharencey *. J'aurai l'occasion de citer ce travail^ 
où les difficultés étaient bien grandes, à cause de l'absence de 
toute littérature et de langues dérivées. 



§ 6. — Nécessité de comlilner le» dlITéreiite» 

méthode». 

Les divers procédés dont je viens de parler n'ont pas une 
valeur égale. Evidemment lorsqu'on peut avoir sur une espèce 

1. Adolphe Pictet, Les origines des peuples indo-européens, 3 vol. in-8. 
Paris. 4878. 

2. Charencey, dans Actes de la Société philologique, vol. I, n« 1, 1869. 



NÉCESSITÉ DE COMBINER LES DIFFÉRENTES MÉTHODES 21*^ 

des documents archéologiques , comme ceux des monuments 
égyptiens ou des lacustres suisses, ce sont des faits d'une exac- 
titude remarquable. Viennent ensuite les données de botanique, 
surtout celles sur Texistence spontanée d'une espèce dans 
tel ou tel pays. Elles peuvent avoir beaucoup d'importance, à 
condition qu'on les examine soigneusement. Les assertions con- 
tiennes dans les livres soit d'historiens, soit même de naturalistes 
d'une époque à laquelle la science ne faisait que commencer, 
n'ont pas la même valeur. Enfin les noms vulgaires ne sont 
qu'un moyen accessoire, surtout dans les langues modernes, et 
un moyen, comme nous avons vu, dont il faut se défier. Voilà 
<^e qu'on peut dire d'une manière générale, mais dans chaque 
cas particulier telle ou telle méthode prend quelquefois plus 
d'importance. 

Chacune conduit à une simple probabilité, puisqu'il s'agit de 
faits anciens qui échappent aux observations directes et actuelles. 
Heureusement, si l'on arrive à la même probabilité par trois ou 
•quatre voies différentes, on approche beaucoup de la certitude. 
Il en est des recherches sur Thistoire des plantes comme de celles 
sur l'histoire des peuples. Un bon auteur consulte les historiens 
qui ont parlé des événements, les archives où se trouvent des 
documents inédits, les inscriptions de vieux monuments, les 
journaux, les lettres particulières, enfin les mémoires et même 
la tradition. Il tire des probabilités de chaque source, et ensuite 
il compare ces probabilités, les pèse et les discute avant de se 
décider. C'est un travail de l'esprit, qui exige de la sagacité et 
du jugement. Ce travail diffère beaucoup de l'observation, usitée 
«n histoire naturelle, et du raisonnement pur, qui est le propre 
des sciences mathématiques. Néanmoins, je le répète, lorsqu'on 
4irrive par plusieurs méthodes à une même probabilité, celle-ci 
approche ae la certitude. On peut même dire qu'elle donne la 
certitude à laquelle on peut prétendre dans les sciences histo- 
riques. 

J'en ai eu la preuve en comparant mon travail actuel avec 
•celui que j'avais fait, d'après les mêmes méthodes, en i855. 
Pour les espèces que j'avais étudiées alors, j'ai eu plus de docu- 
ments et des faits mieux constatés, mais les conclusions sur 
l'origine de chaque espèce ont été à peine changées. Gomme elles 
reposaient déjà sur une combinaison des méthodes, les choses 
probables sont devenues ordinairement plus probables ou cer- 
taines, et il ne m'est pas arrivé d'être conduit à des résultats 
•absolument contraires aux précédents. 

Le^jlonaées^ archéologiques, linguistiques et botaniques de- 
viennenTâe plus en plus nombreuses. C'est par leur moyen que 
l'histoire des plantes cultivées se perfectionne, tandis que les 
assertions des anciens auteurs perdent de leur importance au 
lieu d'en acquérir. Grâce aux découvertes des antiquaires et des 
philologues, les modernes connaissent mieux que les Grecs la 



2â MÉTHODES POUR DÉCOUVRIR L'ORIGINE DES fiSPÉCfiS 

Ghaldée et l'ancienne Egypte. Ils peuvent constater des erreurs 
dans Hérodote. Les botanistes de leur côté corrigent Théophraste, 
Dioscoride et Pline d'après la connaissance des flores de Grèce et 
d'Italie, tandis que la lecture des anciens, faite si souvent par les 
érudits depuis trois siècles, a donné ce qu'elle pouvait donner. 
Je ne puis m 'empêcher de sourire en voyant aujourd'hui des 
savants répéter des phrases grecques ou latines bien connues, 
pour en tirer ce qu'ils appellent des conclusions. C'est vouloir 
extraire du jus d'un citron pressé déjà mainte et mainte fois. 
Il faut le dire franchement, les ouvrages qui répètent et com- 
mentent les auteurs de l'antiquité grecque ou latine, sans mettre 
en première ligne les faits botaniques et archéologiques, ne sont 
plus au niveau de la science. Je pourrais en citer cependant qui 
ont eu, en Allemagne, les honneurs de trois éditions! Mieux au- 
rait valu réimprimer les publications antérieures de Fraas et de 
Lenz, de Targioni et de Heldreich, qui ont toujours mis les 
données actuelles de la botanique au-dessus des descriptions 
vagues d'anciens écrivains , c'est-à-dire les faits au-dessus des 
mots et des phrafles. 



DEUXIÈME PARTIE 

ÉTUDE DES ESPÈCES 

AU POIIWT DE TUE DE LEUR ORIGINE 

DES PREMIERS TEMPS DE LEUR CULTURE 

EX DES PRINCIPAUX FAITS DE LEUR DISPERSION <. 



CHAPITRE PREMIER 

PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS PARTIES SOUTEïtRAINES 
TELLES QUE RACINES, BULBES OU TUBERCULES ^. 

Radis, Raifort. — Raphanus sativus, Linné. 

Le radis est cultivé pour ce qu'on appelle la racine, qui est, 
à proprement parler, la partie inférieure de la tige avec la 
racine pivotante '. On sait à quel point la grosseur, la forme et 
la couleur de ces organes, qui deviennent charnus, peuveat va- 
rier, suivant le terrain et les races cultivées. 

11 n'y a pas de doute que l'espèce est originaire des régions 
tempérées de l'ancien monde ; mais, comme elle s'est répandue 
dans les jardins, depuis les temps historiques les plus reculés, de 
la Chine et du Japon jusqu'en Europe, et qu'elle se sème fré- 
quemment autour des cultures, il est difficile de préciser son 
pioint de départ. 

Naguère on confondait avec le Raphanus sativus des espèces 
voisines, de la région méditerranéenne, auxquelles on attribuait 
certains noms grecs; mais le botaniste J. Gay, qui a beaucoup 

1. Un certain nombre d'espèces, dont l'origine est bien connue, comme 
la carotte, l'oseille, etc., sont mentionnées seulement dans le résumé 
au commencement de la dernière partie, avec une indication des faits prin- 
cipaux qui les concernent. 

2. Quelques espèces sont cultivées tantôt pour leurs racines et tantôt 
pour leurs feuilles ou leurs graines. Dans cf autres chapitres se trouvent 
des espèces cultivées pour leurs feuilles Cfourrages) ou pour leurs grai- 
nes, etc. J'ai classé en raison de l'usage le plus habituel. Au surplus, l'index 
alphabétique renvoie à la place adoptée pour chaque espèce. 

3. Voir l'état jeune de la plante lorsque la partie de la tige au-dessous 
des cotylédons n'est pas encore renflée. Turpin en a donné nne figure 
dans les Annales des sciences naturelles, série 1, vol. 21, pi. 5. 



24 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS PARTIES SOUTERRAINES 

contribué à éliminer ces formes analogues * , regardait le 
R, sativus comme originaire d'Orient, peut-être de Chine. Linné 
supposait aussi une origine chinoise, du moins quant à une 
variété qu'on cultive en Chine pour extraire Thuile des graines 2. 
Plusieurs flores du midi de l'Europe mentionnent l'espèce comme 
subspontanée ou échappée des cultures, jamais comme spon- 
tanée. Ledebour avait vu un échantillon recueilli près du mont 
Ararat. Il en avait semé les graines et vérifié l'espèce '. Cepen- 
dant M. Boissier *, en 1867, dans sa flore d'Orient, se borne à 
dire : « Subspontané dans les cultures de l'Anatolie, près de 
Mersiwan (d'après Wied), en Palestine (d'après lui-même), en 
Arménie (diaprés Ledebour) et probablement ailleurs », ce qui 
ressemble aux assertions des flores européennes. M. Buhse ^ 
cite une localité^ les monts Ssahend, au midi du Caucase, qui 
paraît devoir être assez en dehors des cultures. Les flores récentes 
de l'Inde anglaise® et l'ancienne flore de Cochinchine de Loureiro 
indiquent 1 espèce seulement comme cultivée. M. Maximowicz 
l'a vue dans un jardin du nord-est de la Chine \ Thunberg en 
parle comme d'une plante généralement cultivée au Japon et 
croissant aussi le long des chemins * ; mais ce dernier fait n'est 
pas répété par les auteurs modernes, probablement mieux 
informés ^. 

Hérodote {Hist.y 1. 2, c. 125) parle d'un radis, qu'il nomme 
Surmaia^ dont une inscription de la pyramide de Chéops men- 
tionnait l'emploi par les ouvriers. Unger *^ a copié dans l'ou- 
vrage de Lepsius deux figures du temple de Karnak, dont la 
première tout au moins parait représenter le radis. 

D'après cela, en résumé : 1° l'espèce se répand facilement hors 
des cultures dans la région de l'Asie occidentale et de l'Europe 
méridionale, ce qui n'est pas mentionné d'une manière certaine 
dans les flores de l'Asie orientale; 2« les localités au midi du 
Caucase, sans indication de culture, font présumer que la plante 
y est spontanée. Par ces deux motifs, elle semble originaire de 
l'Asie occidentale, entre la Palestine, l'Anatolie et le Caucase, 
peut-être aussi de la Grèce ; la culture l'aurait répandue vers 
l'ouest et l'est, depuis des temps très anciens. 

Les noms vulgaires appuient ces hypothèses. En Europe, ils 
offrent peu d'intérêt quand ils se rapportent à la qualité de ra- 



i. Dans A. de Candolle, Géogr, bot. raisonnée^ p. 826. 

2. Linné, Spec. plant,, p. 935. 

3. Ledebour, FI. ross., I, p. 225. 

4. Boissier, FI orient., I, p. 400. 

5. Buhse, Aufzàhlung Transcaucasien, p. 30. 

6. Hooker, FI. brit. hfiia, I, p. 166. 

7. Maximowicz, Primitiœ florx Amurensis, p. 47. 

8. Thunberg, FI. jap., p. 263. 

fl. Franchet et Savatier, Enum. plant. Jap. I, p. 39. 

10. Unger, Pflanzen des alten jÈgyptens, p. 51, fig. 24 et 29. 



RADIS, RAIFORT 25 

cine (Radis) ou à quelque comparaison avec la rave {Ravanello 
en italien, Rabica en espagnol, etc.), mais les Grecs anciens avaient 
créé le nom spécial de Raphanos (qui lève facilement). Le mot 
italien Ramoraccio dérive du grec Armoracia^ qui signifiait le 
R, sativus ou quelque espèce voisine . Les modernes l'ont trans- 
porté, par erreur, au Cochlearia Armoracia soit Cran^ dont il est 
question plus loin. Les Sémites* ont des noms tout autres {Fugla 
en hébreu, Fuil, fidgel, fi^l^ etc., en arabe). Dans Tlnde, d'après 
Hoxburgh ^, le nom vulgaire d'une variété à racine énorme, aussi 
grosse quelquefois que la jambe d'un homme, est Moola ou Moolee 
Tprononcez Moula^ Mouli), en sanscrit Mooluka (prononcez Mou- 
iouka]. Enfin, pour la Gochinchine, la Chine et le Japon, les 
auteurs citent des noms variés, très différents les uns des autres. 
D'après cette diversité, la culture serait très ancienne de la Grèce 
au Japon ; mais on ne peut rien en conclure relativement à la 
patrie originelle comme plante spontanée. 

A cet égard, il existe une opinion complètement différente qu'il 
faut aussi examiner. Plusieurs botanistes ' soupçonnent que 
le Raphanm sativus est simplement un état particulier, à grosse 
racine et à fruit non articulé, du Raphanus Raphanisti^um^ plante 
très commune dans les terrains cultivés de l'Europe et de l'Asie 
tempérées et qu'on trouve aussi à l'état spontané dans les sables 
et les terrains légers du bord de la mer, par exemple à Saint- 
Sébastien , en Dalmatie et à Trébizonde *. Les localités ordi- 
naires dans les champs abandonnés, et beaucoup de noms vul- 
gaires qui signifient radis sauvage montrent l'affinité des deux 
plantes. Je n'insisterais pas si leur identité supposée n'était qu'une 
présomption, mais elle repose sur des expériences et des obser- 
vations qu'il est important de connaître. 

Dans le R, Raphanistrum la silique est articulée, c'est-à-dire 
étroite de place en place, et les graines sont contenues dans 
chaque article. Dans le ^. sativus^ la silique est continue et forme 
une seule cavité intérieure. Quelques botanistes avaient constitué 
sur cette différence des genres distincts, Raphanistrum et Ra- 
phanus. Mais trois observateurs très exacts, Webb, J. Gay et 
Spach, ont constaté, parmi des pieds de Raphanv^s sativus^ ve- 
nant des mêmes grames, des siliques tantôt uniloculaires et 
tantôt articulées, qui sont alors bi ou pluriloculaires ^. Webb 
ayant répété plus tard ces expériences est arrivé aux mêmes ré- 
sultats, avec un détail de plus, assez important : le radis semé de 

1. D'après mon Dictionnaire manuscrit des noms vulgaires, tiré des 
flores qui existaient il y a trente ans. 

2. Roxburgh, FL, ina.^ III, p. 126. 

3. Webb, Phytogr. Canar., p. 83; Iter hisp., p. 71 ; Bentham, FI. Hongkong, 
p. 17; Hooker, FL brit. Ind., I, p. 166. 

4. Willkomm et Lange, Prodr, fi. hisp., III, p. 748; Viviani FL dalmaL, 
III, p. 104; fioissier, FÏ. orient., I, p. 401. 

5. Webb, Phytographia canariensts, I, p. 83. 



26 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS PARTIES SOUTERRAINES 

Im-même au hasard , et non cultivé, donoait des siliques de 
Raphanistrum *. Une autre différence entre les deux plantes est 
celle des racines, charnues dans le R, sativus , grêles daii8 le 
R, Raphanistî'um, mais cela change selon les cultures, d'après 
des expériences de M. Carrière, jardinier en chef des pépinières 
du Muséum d'histoire naturelle de Paris ^. Il a euTidée de semer 
dans un terrain fort et dans un terrain léger du Raphanistrum 
à racine grêle, et dès la quatrième génération il a récolté des 
radis charnus, de forme et de couleur variées, comme ceux des 
jardins. Il en donne même les figures, qui sont véritablement 
curieuses et probantes. Le goût piquant du radis ne faisait pas 
défaut. Pour obtenir ces changements, M. Carrière semait au 
mois de septembre, de manière à rendre la plante presque bi- 
sannuelle, au lieu d'annuelle. On comprend qu'il en résulte Tépais- 
sissement de la racine, car beaucoup de plantes bisannuelles 
ont des racines charnues. 

Il resterait à faire l'expérience inverse, de semer des radis cul- 
tivés dans un mauvais terrain. Probablement, les racines devien- 
draient de plus en plus maigres , comme les siiiques devien- 
nent, en pareil cas, de plus en plus articulées. 

D'après l'ensemble des expériences dont nous venons de parler, 
le Raphanus sativus pourrait bien être une forme du R. Rapha- 
nistrum^ forme peu stable, déterminée par l'existenee de quelques 
générations dans un terrain fertile. On ne peut pas supposer que 
les anciens peuples non civilisés aient fait des essais comme 
ceux de M. Carrière, mais ils ont pu remarquer des Raphanis- 
trum venus dans des terrains fortement fumés, ayant des racines 
plus ou moins charnues; sur quoi l'idée de les cultiver a pu leur 
venir facilement. 

Je ferai cependant une objection tirée de la géographie bota- 
nique. Le Raphanus Raphanistrum est une plante d'Europe, qui 
n'existe pas en Asie ^. Ce n'est donc pas de cette espèce que les 
habitants de l'Inde, du Japon et de la Chine ont pu tirer les radis 
qu'ils cultivent depuis des siècles. D'un autre côté, comment le 
R. Raphanisti^m, qu'on suppose transformé en Europe, auirait- 
il été transmis daiis ces temps anciens au travers de toute l'Asie? 
Les transports de plantes cultivées ont marché communément 
d'Asie en Europç. Ghang-kien avait bien apporté des légumes de 
Bactriane en Chine dans le ii« siècle avant Jésus-Christ, mais on 
ae cite pas le radis comme étant du nombre, 

Gran^ Granson, Raifort sauvage. — Cochlearia Armo- 
racia, Linné. 

1. Webb, lier hispaniense, 1838, p. 72. 

2. Carrière, Origine des plantes domestiques démontrée par la cultw*e du 
Radis saunage. Lq-8, 24 pages. 1869. 

3. Ledebour, FI. ross,\ Boissier, FI. orient.; les ouvrages sur la flore de la 
région du fleuve Amur. 



CRAN, CRANSON, RAIFaRT SAUVAGE 2T 

Cette Crucifère, dont la racine d'une consistance assez dure a 
le goût de moutarde, était appelée quelquefois Cran ou Cranson 
de Bretagne, C'était une erreur, causée par un ancien nom bota- 
jiique, Ajinaracia^ qu'on prenait pour Armortca (de Bretagne). 
Armorada est déjà dans Pline et s'appliquait à une Crucifère de 
la province du Pont qui était peut-être le Raphanus sativus. 
Après avoir signalé jadis * cette confusion, je m exprimais de la 
manière suivante sur l'origine méconnue de l'espèce : 

« Le Cochlearia Armoracia n'est pas sauvage en Bretagne. C'est 
constaté par les botanistes zélés qui explorent aujourd'hui la 
France occidentale. M. l'abbé Delalande en parle dans son opus- 
cule intitulé Hœdic et Houat *, où il rend compte d'une ma- 
nière si intéressante des usages et des productions de ces deux 
petites îles de la Bretagne. Il cite l'opinion de M. Le Gall, qui, 
dans une Flore (non publiée) du Morbihan, déclare la plante 
étrangère à la Bretagne. Cette preuve, du reste, est moins forte 
que les autres, parce que le côté septentrional de la péninsule 
bretonne n'est pas encore assez connu des botanistes, et que 
l'ancienne AnoEkorique s'étendait sur une portion de la Normandie 
où maintenant on trouve quelquefois le Cochlearia sauvage *. 
Ceci me conduit à parler de la patrie primitive de Tespèce. 

Les botanistes anglais Tindiquent comme spontanée dans la 
Grande^retagne, mais ils doutent de son origine. M. H.-C. 
Watsoct * la regarde comme introduite. La difficulté, dit -il, de 
l'extirper des endroits où on la cultive est bien connue des jar- 
diniers. Il n'est donc pas étonnant que cette plante s'empare 
des terrains abandonnés et y persiste, au point de paraître 
aborigène. M. Babington ^ ne mentionne qu'une seule localité 
cil l'espèce ait véritablement l'apparence d'être sauvage, savoir 
Swansea, dans le pays de Galles. Tâchons de résoudre le pro- 
i»ièiiiepar d'autres arguments. 

Le Cochlearia Armoracia est une plante de l'Europe tem- 
pérée, or»en/a/e principalement. Elle est répandue de la Fin- 
lande à Astrakhan et au désert de Cuman ^ Grisebach Tin- 
dîque aussi dans plusieurs locatités de la Turquie d'Europe, par 
ex^EQple près d'Enos, où elle est abondante au bord de la 
mer^. 

Plus on avance vers l'ouest de l'Europe, moins les auteurs de 
Flores paraissent certains de la qualité indigène, plus les loca- 
lités sont éparses et suspectes. L'espèce est plus rare en Norwège 

1. A. de Candolle, Géographie botanique raisonnée, p. 654. 

2. Delalande, Hœdic et Houat, brochure in -8, Nantes, 1850, p. 109. 

3. Hardouin, Renou et Leclerc, Catal. du Calvados^ p. 85; de Brebisson, 
FI. de Normandie^ p. 25. 

4. Watson, Cybete^ I, p. 159. 

5. Babington, Manual of Brit. bot., 2» éd., p. 28. 

6. Ledebour, FI. j^oss., I, p. 159. 

7. Grisebach, Spicilegium FI. ^wnel.^ I, p. 565. 



28 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS PARTIES SOUTERRAINES 

■ 

qu'en Suède \ et dans les îles britanniques plus qu'en Hollande, 
où l'on ne soupçonne pas une origine étrangère ^. 

Les noms de l'espèce confirment une habitation primitive à 
Test plutôt qu'à l'ouest de l'Europe; ainsi le nom Chren^ en 
russe ', se retrouve dans toutes les langues slaves : Krenai en 
lithuanien, Chren en illyrien ^, etc. Il s'est introduit dans quel- 
ques dialectes allemands, par exemple autour de Vienne *, ou 
bien il a persisté dans ce pays, malgré la superposition de la 
langue allemande. Nous lui devons aussi le mot français Cran 
ou Cranson. Le mot usité en Allemagne, Meerretig^ et en Hol- 
lande, Meei^-radys^ d'où notre dialecte de la Suisse romande a 
tiré le mot Méridi ou Mérédi^ signifie radis de mer et n'a pas 
quelque chose de primitif comme le mot Chren. Il résulte pro- 
bablement de ce que l'espèce réussit près de la mer, circon- 
stance commune avec beaucoup de Crucifères et qui doit se 
présenter pour celle-ci, car elle est spontané dans la Russie 
orientale, où il y a beaucoup de terrains salés. Le nom suédois 
Peppar-rot ^ peut faire penser que l'espèce est plus récente en 
Suède que l'introduction du poivre dans le commerce du nord 
de l'Europe. Toutefois ce nom pourrait avoir succédé à un 
autre plus ancien demeuré inconnu. Le nom anglais Horse 
radish (radis de cheval) n'est pas d'une nature originale, qui 
puisse faire croire à l'existence de l'espèce dans le pays avant 
la domination anglo-saxonne. Il veut dire radis très fort. Le 
nom gallois Rhuddygl maurth ' n'est que la traduction du 
mot anglais, d'où l'on peut inférer que les Celtes de la Grande- 
Bretagne n'avaient pas un nom spécial et ne connaissaient pas 
l'espèce. Dans la France occidentale, le nom de Raifort, qui 
est le plus usité, signifie simplement racine forte. On disait au- 
trefois en France Moutarde des Allemands, Moutarde des capu- 
cins, ce qui montre une origine étrangère et peu ancienne. Au 
contraire, le mot Chren de toutes les langues slaves, mot qui a 
pénétré dans quelques dialectes allemands et français sous la 
forme de Kreen et Cran ou Cranson, est bien d'une nature 
primitive, montrant l'antiquité de l'espèce dans l'Europe orien- 
tale tempérée. Il est donc infiniment probable que la culture a 
propagé et naturalisé la plante de l'est à l'ouest, depuis en- 
viron un millier d'années. » 

Raves et Navets â racines charnues. — Brassicœ spe- 
ries et varietates radiée incrassata. 

1. Pries, Summa, p. 30. 

2. Miquel, Disquisitio pi, regn. Bat. 

3. Moritzi, Dict. inéd, des noms vulgaires, 

4. Moritzi, ibid,; Visiani, FL daim., III, p. 322. 
0. Neilreich, FI. Wien, p. 502. 

6. Linné, FL suecica, n« 540. 

7. H. Davies, Welsh Botanology, p. 63. 



RAVES ET NAVETS A RACINES CHARNUES 2^ 

Les innombrables variétés connues sous les noms de Raves, 
Navets^ Choux-raves^ Rutabagas^ Twmeps, avec leurs sous- 
variétes, se rapportent à quatre espèces de Linné : Brassica 
Napus , Br. oleracea, Br, Râpa et Br, campestris , ces deux 
dernières devant être plutôt réunies en une, d après les auteurs 
modernes. D'autres variétés des mêmes espèces sont cultivées 
pour les feuilles (choux), les inflorescences (choux-fleurs), ou en- 
core pour rhuile qu'on extrait des graines (colza, navette, etc.). 
Quand la racine ou le bas de la tige * sont charnus, les graines 
n'abondent pas, et il ne vaut pas la peine d'en tirer de l'huile; 

Suand ces organes sont minces, c'est au contraire la production 
e graines qui l'emporte et qui décide de l'emploi économique. 
En d'autres termes, les réserves de matières nutritives se dé- 
posent tantôt dans la partie inférieure et tantôt dans la partie 
supérieure de la plante, quoique l'organisation de la fleur et du 
fruit reste semblable ou à peu près. 

Nous n'avons pas à nous occuper pour la question d'origine 
des limites botaniques des espèces et de la classification des 
races, variétés et sous- variétés , attendu que tous les Brassica 
sont originaires d'Europe et de Sibérie et s'y voient encore, 
sous quelque forme, à l'état spontané ou presque spontané. 

Des plantes aussi communes dans les cultures et dont la ger- 
mination est si facile se répandent fréquemment autour des ter- 
rains cultivés. De là quelque incertitude sur la spontanéité des 
pieds que l'on rencontre en rase campagne. Cependant Linné 
indique le Brassica Napus dans les sables du bord de la mer, en 
Suède (Gotland), en Hollande et en Angleterre, ce qui est con- 
firmé pour la Suède méridionale par Pries ^, lequel, toujours 
attentif aux questions de cette nature, mentionne le Brassica 
campestris L. (type du Rapa^ avec racines grêles) comme vrai- 
ment spontané dans toute 1^ péninsule Scandinave, la Finlande 
et le Danemark. Ledebour * l'indique dans toute la Russie, la 
Sibérie et sur les rives de la mer Caspienne. 

Les flores de l'Asie tempérée et méridionale mentionnent le&^ 
raves et navets comme cultivés, jamais comme se répandant 
hors des cultures ^. C'est déjà un indice d'origine étrangère. Les- 
documents linguistiques ne sont pas moins significatifs. 

1. Dans les raves et navets, la partie renflée est, comme dans le radis, le 
bas de la tige (au-dessous des cotylédons) avec une portion plus ou moins 
persistante de la racine (Voir Turpin, Ann, se. nat, sér. 1, vol. 21); dans 
le choux-rave (Brassica oleracea caulo-Rapa), c'est la tige. 

2. Cette classification a été le sujet d'un mémoire d'Augustin Pyramus 
de Candolle, couronné par la Société d'horticulture de Londres, qui se 
trouve dans les Transactions de cette Société, vol. V, dans les Annales de 
Vagric, franç,^ vol. 19 et, en abrégé, dans le Systema regni veget.^ vol. 2, 
p. '582. 

3. Pries, Summa veget, Scand., I, p. 29. 

4. Ledebour, PL ross,, I, p. 216. 

5. Boissier, Flora orientalis; Sir J. Hooker, Flora of british India; Thun- 



30 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS PARTIES SOUTERRAINES 

Il n'existe aucun nom sanscrit pour ces plantes, mais seule- 
ment des noms modernes indous et bengalis, et encore poiM- lies 
seuls Brasslca Râpa et oleracea^, Kœmpfer * cite pour la rave 
des noms japonais, Busei ou plus communém«nt Aona, maïs 
rien ne prouve que ces noms soient anciens. Le docteur Brets- 
choeider, qui a étudié attentivement les auteurs chinois, ne men- 
tionne aucun Brassiea. Apparemment il n'en est pas question daafi 
les anciens ouvrages de botanique et d'agriculture, quoique 
maintenant en Chine on en cultive plusieurs variétés. 

Transportons- nous en Europe. C'est tout l'opposé. Les lan- 
gues anciennes ont une foule de noms qui paraissent origimanx. 
Le Brassica Râpa se nomme dans le celtique du pays de Galles 
Meipen ou Frfinen ^ ; dans plusieurs^ langues slaves *, Repa^ 
Rippa, ce qui répond au Râpa des Latins et n'est pas éloigné eu 
Neipa des Anglo- Saxons. Le Brassica Napus est en celtique 
gallois Bresych yr yd; dans le dialecte irlandais, Braisseagfk 
dmgk , d'après Threlkeld ^, qui voit dans Braisseagk l'ori- 
gine du Brassica des Latins. On cite un nom polonais Kar- 
piele^ un nom lithuanien Jellazoji ^, sans parler d'une foule 
d'autres noms, parfois transposés dans le langage populaire d'une 
espèce à une autre. Je parlerai plus loin des noms du Brassa 
oleracea à l'occasion des légumes. 

Les Hébreux n'avaient point de noms pour les ehoux, raves 
ou navets ', mais il existe des noms arabes : Selgam pour le 
Br. Napus, et Subjum ou Subjumi pour le Br, Rapa^ noms qui 
se retrouvent en persan et même en bengali, transposés peut-- 
être d'une espèce à l'autre . La culture de ces plantes dans le sud- 
ouest de l'Asie s'est donc répandue depuis l'antiquité hébraïque. 

Eln définitive, on parvient par toutes les voies, botanique, his- 
torique et linguistique, aux conclusions suivantes : 

l** Les Brassica à racines charnues sont originaires de rBurope 
tempérée. 

2° Leur culture s'est répandue en Europe avant et dans FInde 
après l'invasion des Aryas. 

3* La forme primitive, à racine grêle, du Brassica Napus, ap- 
pelée Br, campestris, avait probablement une habitation primi- 
tive plus étendue, de la péninsule Scandinave vers la Sibérie et 
le Caucase. Sa culture s'est propagée peut-être en Chine et au 
Japon par la Sibérie, à une époque qui ne paraît pas beaucoup 
plus reculée que la civilisation gréco-romaine. 

berg, Flora japonica ; Franchet et Savatier, Enumeratio plant japoni- 
<:arum. 

1. Piddington, Index. 

2. Kaempfer, Amœn., p. 822. 

3. Davies, Wdsh botanology^ p. 65. 

4. Moritzi, Dic.t. ms. tiré des flores publiées. 

5. Threlkeld, Synopsis stirpium hibemicarum, 1 vol. in-S, t727. 

6. Moritzi, Dict. ms. 

7. Rosenmûller, Biblische Naturgeschichte, vol. I, n'en indique aucun. 



CHERVIS 31 

4^ La culture des diverses formas ou espèces de Brassica s'est 
propagée dans le sud-ouest de TAsie depuis les anciens Hébreux. 

Ghervis. — Sium Sisarum^ Linné. 

Cette Ombellifère vivace, pourvue de plusieurs racines diver- 
gentes en forme de carotte, est considérée comme venant de 
l'Asie orientale. Linné indiquait avec doute la Chine, et Lou- 
reiro * la Ciiine et la Cochinchine, où, disait-il, on la cultive. 
D'autres ont mentionné le Japon et la Corée, mais il y a dans 
ces pays des espèces qu'il est aisé de confondre avec celle-ci, en 
particulier le Sium Ninsi et le Panax Ginseng, M. Maximowicz ', 
qui a vu ces plantes au Japon et en Chine, et pour lequel les 
herbiers de Saint-Pétersbourg ont été très instructifs, ne recon- 
naît comme patrie du Sium Sisarum spontané que la Sibérie al- 
taïque et la Perse septentrionale. Je doute beaucoup qu'on la 
découvre en Chine ou dans l'Himalaya, attendu que les ouvrages 
modernes sur la région du fleuve Amour et sur l'Inde anglaise 
ne la mentionnent pas. 

n est douteux que les anciens Grecs et Romains aient connu 
cette plante. On lui attribue le nom Sisaron de Dioscoride, Siser 
de Columelleet de Pline*. Certainement le nom italien actuel Si- 
sarOj 5isero est à l'appui de cette idée; mais comment les auteurs 
n'auraient-ils pas noté que plusieurs racines descendent du bas 
de la tige , tandis que dans toutes les autres Ombellifères culti- 
vées en Europe il n'y a qu'une racine pivotante? A la rigueur, le 
Siser de Columelle, plante cultivée, était peut-être le Cher- 
vis; mais ce que dit Pline du Siser * ne lui convient pas. Selon 
lui, « c'était une plante officinale » Tinter medica dicendum). Il 
raconte que Tibère en faisait venir a' Allemagne, chaque année, 
une grande quantité, ce qui prouve, ajoute-t-il, qu'elle aime les 
pays froids. 

Si les Grecs avaient reçu la plante directement de la Perse, il 
est probable que Théophraste l'aurait connue. Elle est peut être 
venue de Sibérie en Russie et de là en Allemagne. Dans ce cas, 
l'anecdate sur Tibère s'appliquerait bien au Chervis. Je ne vois 
pas, il est vrai, de nom russe; mais les Allemands ont des noms 
originaux Krizel^ ou Grizel^ Gôriein ou Gieriein qui indiquent 
une ancienne culture, plus que le nom ordinaire Zuckerwurzel^ 
qui signifie racine sucrée ^. Le nom danois a le même sens : 
Sokerot, d'où les Anglais ont fait Skirret, Le nom Sisaron n'est 
pas connu dans la Grèce moderne; il ne Tétait même pas au 

1. Linné, Species, p. 361 ; Loareiro, FI. cochinch , p. 225. 

2. Maximowicz, Didgnoses plantarum Japonix et Mandshurise, dans 
Hélcmqea biologiques du Bulletin de VAcad. St-Pètersbourg, décad. l'3, p. 18. 

3. Ôioscopides, i\iîat. med., 1. 2, c. 139; Calumella, i. 11, c. 3, 18, 35; 
Lenz, Bot. der Alten, p. 560. 

4. Pline, Hist. plant., 1. 19, c. 5. 

5. Nemnich, Polygl. Lexicon^ II, p. 1313. 



32 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS PARTIES SOUTERRAINES 

moyen âge, et la plante n'est pas cultivée actuellement dans ce 
pays *. Ce sont des motifs pour douter du vrai sens des mots 
Sisaron et Siser, Quelques botanistes du xvi® siècle ont pensé 
que Sisaron était peut-être le Panais, et Sprengel ^ appuie cette 
idée. 

Les noms français Chervis et Girole ^ apprendraient peut-être 
quelque chose si Ton en connaissait l'origine. Littré fait dériver 
Chervis de l'espagnol Chirivia^ mais il est plus probable que 
celui-ci dérive du français. Jean Bauhin * indique, dans la basse 
latinité, Servillum , Chervillum ou Servillam , mots qui ne sont 
pas dans le Dictionnaire de Ducange. Ce serait bien l'origine de 
Chervis^ mais d'où venait Servillum soit Chervillum? 

« 

Arracacha ou Arracacia. — Arracacha esculenta^ de Can- 
doUe. 

Ombellifère généralement cultivée dans le Venezuela, la Nou- 
velle-Grenade et l'Equateur comme plante nutritive. Dans les 
régions tempérées de ces pays, elle soutient la comparaison avec 
la pomme de terre et donne même, assure-t-on, une fécule plus 
légère et plus agréable. La partie inférieure de la tige est renflée 
en une bulbe sur laquelle se forment, quand la plante végète 
bien et pendant plusieurs mois, des tubercules ou caïeux latéraux 
plus estimés que la bulbe centrale et qui servent aux planta- 
tions ultérieures ^. 

L'espèce est probablement indigène dans la région où on la 
cultive, mais je ne vois pas chez les auteurs des assertions posi- 
tives à cet égard. Les descriptions qui existent ont été faites sur 
des pieds cultivés. Grisebach dit bien qu'il a vu (je présume dans 
l'herbier de Kew) des échantillons recueiUis à la Nouvelle-Gre- 
nade, au Pérou et à la Trinité ^; mais il ne s'explique pas sur 
la spontanéité. Les autres espèces du genre, au nombre d'une 
douzaine, croissent dans les mêmes parties de l'Amérique, ce qui 
rend l'origine indiquée plus vraisemblable. 

L'introduction de l'Arracacha en Europe a été tentée plusieurs 
fois, sans avoir jamais réussi. Le climat numide de l'Angleterre 
devait faire échouer les essais de sir W. Hooker; mais les nôtres, 
faits à deux reprises, dans des conditions très différentes, n'ont 
pas eu plus de succès. Les caïeux latéraux ne se sont pas formés, 
et la bulbe centrale a péri dans la serre où nous l'avions dépo- 

1. Lenz, l. c, Heidreich, Nutzpflanzen Griechenlands ; Langkavel, lio- 
tanik der spàteren Griechen. 

2. Sprengel, Dioscoridis, etc., II, p. 462. 

3. Olivier de Serres, Théâtre de l'agriculture ^ p. 471. 

4. fiauhia, Hist. plant., III, p. 154. • 

5. Les meilleures informations sur la culture ont été données par Bau- 
croit à sir William Hooker et se trouvent dans le Botanical Magazine^ pi. 
3092. A.-P. de Candolle a publié, dans la 5* Notice sur les plantes rares du 
Jardin bot. de Genève, une figure qui montre la bulbe pnncipale. 

6. Grisebacb, Flora of british W, India islands. 



GARANCE 33 

sée pendant Thiver. Les bulbes que nous avions communiquées 
à divers jardins botaniques, en Italie, en France et ailleurs, ont 
eu le même sort. Evidemment, si la plante, en Amérique, vaut 
réellement la pomme de terre comme produit et comme goût, 
ce ne sera jamais le cas en Europe. Sa culture ne s'est pas ré- 
pandue au loin en Amérique, jusqu'au Chili et au Mexique, 
comme celle de la pomme de terre ou de la Batate, ce qui con- 
firme les difficultés de propagation observées ailleurs. 

Garance. — Rubia tinctorum^ Linné. 

La garance est certainement spontanée en Italie, en Grèce, 
en Crimée, dans TAsie Mineure, en Syrie, en Perse, en Arménie 
et près de Lenkoran *. En avançant de Test à Touest dans le 
midi de l'Europe, la qualité de plante spontanée, originaire, est 
de plus en plus douteuse. Déjà en France on hésite. Dans le 
nord et Test, la plante paraît < naturalisée dans les haies, sur 
les murailles *, » ou « subspontanée » à la suite d'anciennes 
cultures ^. En Provence, en Languedoc, elle est plus spontanée 
ou, comme on dit « sauvage », mais il se peut bien qu'elle se 
soit répandue à la suite des cultures, faites assez en grand. 
Dans la péninsule espagnole, elle est indiquée comme « subspon- 
tanée 4 ». De même dans l'Afrique septentrionale ^. Evidem- 
ment l'habitation naturelle, ancienne et incontestable est l'Asie 
tempérée occidentale et le sud-est de l'Europe. Il ne paraît pas 
qu'on ait trouvé la plante au delà de la mer Caspienne, dans le 
pays occupé jadis par les Indo-Européens, mais cette région est 
encore peu connue. L'espèce n'existe dans l'Inde qu'à l'état de 
plante cultivée, sans aucun nom sanscrit ^. 

On ne connaît pas davantage un nom hébreu, tandis que les 
Grecs, les Romains, les Slaves, les Germains, les Celtes avaient 
des noms variés qu'un érudit ramènerait peut-être à une ou 
deux racines, mais qui indiquent cependant par leurs flexions 
multiples une date ancienne. Probablement on a recueilli les 
racines sauvages, dans la campagne, avant d'avoir l'idée de 
cultiver l'espèce. Pline dit bien qu'on la cultivait en Italie de 
son temps ', et il est possible qu'en Grèce et dans l'Asie Mineure 
cet usage fût plus ancien. 

La culture de la garance est souvent mentionnée dans les 
actes français du moyen âge ®. Ensuite on l'avait négligée ou 

1. Bertolonî, Flora fte/eca, II, p. 146; Decaisne, Recherches sur la Garance^ 
p. 58; Boissier, Flora orientalis, III, p. 17 ; Ledebour, Flora rossicOy II, p. 405. 

2. Cosson et Germain, Flore des environs de Paris t II, p. 365. 

3. Kirschleger, Flore if Alsace, I, p. 359. 

4. Willkomm et Lange, Prodromus florx hispanicse, II, p. 307. 

5. Bail, Spicilegium Florœ fnaroccanxy p. 483 ; Munby, Catal. plant, 
Alger., éd. 2, p. 17. 

6. Piddington, Index, 

7. Plinius, lib. 19, cap. 3. 

8. De Gasparin, Traité d'agriculture y IV, p. 253. 

De Candolle. 3 



34 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS PARTIES SOUTERRAINES 

abandonnée, jusqu*à l'époque où Althen l'introduisit de nouveau 
dans le comté d Avignon, au milieu du xvine siècle. Elle était 
jadis florissante en Alsace, en Allemagne, en Hollande et sur- 
tout dans la Grèce, TAsie Mineure et la Syrie, d'où Texportaition 
était considérable, mais la découverte de matières tinctoriales 
tirées de substances inorganiques a supprimé cette culture, au 
détriment des provinces qui en obtenaient de grands bénéfices. 

Topinambour. — Helianthus tuberosus, Linné. 

C'est dans Tannée 1616 que les botanistes européens ont parlé 
pour la première fois de cette Composée à grosse racine, meilleure 
pour la nourriture des animaux que pour celle de l'homme. 
Golumna * l'avait vue dans le jardin du cardinal Farnèse et 
l'avait nommée Aster peruanus tuberosus. D'autres auteurs du 
même siècle ont donné des épithètes qui montrent qu'on la 
croyait ou du Brésil, ou du Canada, ou de l'Inde, ce qjui vou^ 
lait dire l'Amérique. Linné ^ avait adopté, d'après l'opmion de 
Parkinson, l'origine canadienne, dont il n'avait cependant au- 
cune preuve. J'ai fait remarquer autrefois ^ qu'il n'y a pa& 
d'espèces du genre Helianthus au Brésil, et qu'elles sont au 
contraire nombreuses dans l'Amérique du Nord. 

Schlechtendal *, après avoir constaté que le Topinambour sup- 
porte des hivers rigoureux dans le centre de l'Europe, fait ob- 
server que c'est favorable à l'idée d'une origine canadienne et 
contraire à celle d'une provenance de quelque région méridio- 
nale. Decaisne ^a pu élaguer dans la synonymie de 1'^. tuberosus 
plusieurs citations qui avaient fait croire à une origine de l'Amé- 
rique méridionale ou du Mexique. Comme les botanistes améri- 
cains, il rappelle ce que d'anciens voyageurs avaient dit sur cer- 
taines coutumes des indigènes du nord des Etats-Unis et du 
Canada. Ainsi Champlain, en 1603, avait vu « entre leurs mains 
des racines qu'ils cultivent, lesquelles ont le goût d'artichaut. » 
Lescarbot ^ parle de ces racines, ayant goût de cardon, qui mul- 
tiplient beaucoup, et qu'il avait rapportées en France, où Ton 
commençait à les vendre sous le nom de Topinambaux, Les 
sauvages, dit-il, les appellent Chiquebi, Decaisne cite encore 
deux horticulteurs français du xvu^ siècle. Colin et Sagard, qui 
parlent évidemment du Topinambour et disent qu'il venait du 
Canada. Notons qu'à cette époque le nom de Canada avait un 
sens vague et comprenait quelques parties des Etats-Unis actuels. 

1. Columna, Ecphram, II, p. 11. 

2. Linné, H or tus clijfortianuSy p. 420. 

3. A. de Candolle, Géogr. bot. raisonnée^ p. 824. 

4. Schlechtendal, Bot. Zeit., 1858, p. 113. 

5. Decaisne, Recherches sur l'origine de quelques-unes de nos plantes ali- 
mentaires, dans la Flore des serres et Jardins, vol. 23, 1881. 

6. Lescarbot, Histoire de la Nouvelle-France, éd. 3, 1618, t. VI, p. 93K 



SALSIFIS. SCORSONÈRE 35 

Gk>okin, auteur américain sur les coutumes des indigènes, dit 
que ceux-ci mettaient des morceaux de Topinambour (Jérusalem 
artichok-e) dans leurs potages *. 

Les analogies botaniques et les témoignages de contemporains 
s'accordent, comme on voit, dans le sens de l'origine du nord- 
est de TAmérique. Le D*" Asa Gray, voyant qu'on ne trouvait 
pas la plante sauvage, l'avait supposée une forme de VH, doro- 
nicoides de Lamarck, mais on dit maintenant qu'elle est spon- 
tanée dans l'état d'Indiana^. 

Le nom Topinambour paraît venir de quelque nom réel ou 
supposé des langues américaines. Celui des Anglais, Jérusalem 
articàoke, est une corruption de l'italien Girasole (Tournesol), 
combinée avec une allusion au goût d*artichaut de la racine. 

Salsifis. — Tragopogon porrifoUmn^ Linné. 

Le salsifis ou, comme on écrivait jadis, Sercifi ^, était plus 
cultivé il y a un siècle ou deux qu'à présent. C'est une Com- 
posée bisannuelle, qu'on trouve à l'état sauvage en Grèce, en 
Dalmatie, en Italie et même en Algérie *. Elle s'échappe assez 
souvent des jardins dans l'ouest de l'Europe et se naturalise à 
moitié ^ . 

Les commentateurs ^ attribuent le nom Tragopogon (barbe 
de bouc) de Théophraste tantôt à l'espèce actuelle et tantôt au 
Tragopogon crocifolium, qui croît également en Grèce. Il est 
difficile de savoir si les anciens cultivaient le Salsifis ou le re- 
cueillaient dans la campagne. Dans le xvi« siècle, Olivier de Serres 
dit que c'était une culture nouvelle pour son pays, le midi de la 
France. Notre mot Salsifis vient de l'italien Sassefrica^ qui 
frotte les pierres, sens qui n'a rien de raisonnable. 

Scorsonère d'Espace. — Scorzonera hispanica^ Linné. 

On donne quelquefois à cette plante le nom de Salsifis ou 
Salsifis d'Espagne, parce qu'elle ressemble au salsifis {Trago- 
pogon porrifolium) ; mais sa racine est brune extérieurement : 
d'où viennent le nom botanique et celui à'^écorce noire, usité 
dans quelques provinces. 

Elle est spontanée en Europe, depuis l'Espagne, où elle est 
commune, le midi de la France et l'Allemagne, jusqu'à la ré- 
gion du Caucase et peut-être jusqu'en Sibérie, mais elle manque 



\. Kckering, Chronol. arrang., p. 749, 972. 

2. Catalogue of Indiana plants y 1881, p. 15. 

3. Olivier de Serres, Théâtre de Vagriculture, p. 470. 

4. Bois8ier, Flora orient., III, p. 745; Visiani, FI. dalmat., II, p. 108; Berto- 
loni, FI. ital., VIII, p. 348; Gussone, Synopsis fl. sicul^e, II, p. 384; Munby, 
Catal, Alger., éd. 2, p. 22. 

5. A. de CandoUe, Géogr. bot. vaisonnée, p. 671. 

6. Fraas, Synopsis fl. class., p. 196; Lenz, Botanik der Alten, p. 485. 



36 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS PARTIES SOUTERRAINES 

à la Sicile et la Grèce *. Dans plusieurs localités d'Allemagne, 
l'espèce est probablement naturalisée à la suite des cultures. 

Il ne paraît pas qu'on cultive cette plante depuis plus de cent 
ou cent cinquante ans. Les botanistes du xvi® siècle n'en par- 
lent que comme d'une espèce sauvage, introduite quelquefois 
dans les jardins botaniques. Olivier de Serres ne la mentionne pas. 

On avait prétendu jadis que c'était un antidote contre la 
morsure des vipères, et on appelait quelquefois la plante vipé- 
rine. Quant à 1 étymologie du nom Scorzonère, elle est si évi- 
dente qu'on ne comprend pas pourquoi d'anciens auteurs, même 
Tournefort ^^ ont avancé que l'origine est escorso, vipère, en 
espagnol ou en catalan. Vipère se dit plutôt, en espagnol, vibora. 

Il existe en Sicile un Scorzonera deliciosa, Gmsone^ dont la 
racine extrêmement sucrée sert à confectionner des bonbons et 
des sorbets à Païenne ^. Gomment n'a-t-on pas essayé de la cul- 
tiver ? Je conviens qu'on m'a servi, à Naples, des glaces à la 
Scorzonera^ que j'ai trouvées détestables, mais elles étaient faites 
peut-être avec l'espèce ordinaire (Scorzonera hispanica). 

Pomme de terre. — Solanum tuberosum^ Linné. 

J'ai exposé, en 1855, et discuté ce qu'on savait alors sur l'ori- 
gine de la Pomme de terre et sur son introduction en Europe *. 
J'ajouterai maintenant ce qu'on a découvert depuis un quart de 
siècle. On verra que les données acquises autrefois sont deve- 
nues plus certaines et que plusieurs questions accessoires un peu 
douteuses sont restées telles, avec des probabilités cependant 
plus fortes en faveur de ce qui me paraissait jadis vraisemblable. 

Il est bien prouvé qu'à 1 époque de la découverte de l'Amé- 
rique la culture de la Pomme de terre était pratiquée, avec 
toutes les apparences d'un ancien usage, dans les régions tem- 
pérées qui s'étendent du Ghili à la Nouvelle-Grenade, à des hau- 
teurs différentes selon les degrés de latitude. Gela résulte du 
témoignage de tous les premiers voyageurs, parmi lesquels je 
rappellerai Acosta "^ pour le Pérou, et Pierre Gieca, cité par ae 
L'Ecluse ®, pour Quito. 

Dans les parties tempérées orientales de l'Amérique méridio- 
nale, par exemple sur les hauteurs de la Guyane et du Brésil, 
la Pomme de terre n'était pas connue des indigènes, ou, s'ils 

1. Willkomm et Lange, Prodromus florœ hispanicse^ II, p. 223 ; de Can- 
doUe, Flore française, IV, p. 59 ; Koch, Synopsis fl, germ,, éd. 2 p., 488 ; 
Ledebour, Flora rossica, II, p. 794 ; Boissier, FL orient, III, p. 767 ; Bertoloni, 
Flora italica, VIII, p. 365. 

2. Tournefort, Eléments de botanique, p. 379. 

3. GussoiïE, Synopsis florœ sicuUe, 

4. A. de CandoUe, Géogr. bot, raisonnée, p. 810 à 816. 

5. Acosta, p. 163, verso. 

6. De L'Ecluse (soit Clusius), Rariarum plantarum historia, 1601, pars 2, 
p. 79, avec figure. 



POMME DE TERRE 37 

connaissaient une plante analogue, c'était le Solanum Corn- 
mersonii, qui a aussi des tubercules et se trouve sauvage à Mon- 
tevideo et dans le Brésil méridional. La vraie Pomme de terre 
est bien cultivée aujourd'hui dans ce dernier pays, mais elle 
y est si peu ancienne qu'on lui a donné le nom de Batate des 
Anglais *. D'après de Humboldt, elle était inconnue au Mexique *, 
circonstance confirmée par le silence des auteurs subséquents, 
mais contredite, jusqu'à un certain point, par une autre donnée 
historique. 

On dit, en effet, que Walter Raleigh, ou plutôt son compa- 
gnon dans plusieurs voyages, Thomas Herriott, avait rapporté, 
en 1585 ou 1586, des tubercules de Pomme de terre de la Vir- 
ginie ^ en Irlande. Le nom du pays était Openawk (prononcez 
Openauk). D'après la description de la plante par Herriott, 
citée par sir Joseph Banks *, il n'y a pas de doute que c'était la 
pomme de terre et non la Batate, qu on confondait quelquefois 
avec elle à cette époque. D'ailleurs Gérard ^ nous dit avoir reçu 
de Virginie la Pomme de terre, qu'il cultivait dans son jardin 
en 1597 et dont il donne une figure parfaitement conforme au 
Solanum tuberosum. Il en était si fier que son portrait, à la 
tête de l'ouvrage , le représente ayant en main un rameau 
fleuri de cette plante. 

Comment l'espèce était-elle en Virginie ou dans la Caroline au 
temps de Raleign, en 1585, tandis que les anciens Mexicains ne 
la possédaient pas et que la culture ne s'en était point répandue 
chez les indigènes au nord du Mexique? Le D' Roulin, qui a 
beaucoup étudié les ouvrages concernant l'Amérique septen- 
trionale, m'affirmait jadis qu'il n'avait trouvé aucune indica- 
tion de la Pomme de terre aux Etats-Unis avant l'arrivée des 
Européens. Le D»" Asa Gray me le disait aussi, en ajoutant que 
M. Harris, un des hommes les plus versés dans la connaissance 
de la langue et des usages des tribus du nord de l'Amérique, 
avait la même opinion. Je n'ai rien lu de contraire dans les pu- 
blications récentes, et il ne faut pas oublier qu'une plante aussi 
facile à cultiver se serait répandue, même chez des peuples 
nomades, s'ils l'avaient possédée. La probabilité me paraît être 
que des habitants de la Virginie — peut-être des colons anglais 
— auraient reçu des tubercules par les voyageurs espagnols ou 
autres, qui trafiquaient ou cherchaient des aventures pendant 
les quatre-vingt-dix ans écoulés depuis la découverte de l'Amé- 
rique. Evidemment, à dater de la conquête du Pérou et du Chili, 
en 1535, jusqu'en 1585, beaucoup de vaisseaux ont pu emporter 

!. De Martius, Flora h^asiLj vol. 10, p 12. 

2. De Humboldt, Nouvelle-Espagne^ éd. 2, vol. 2, p. 451 ; Essai sur la 
géographie des plantes^ p. 29. 

3. A cette époque, on ne distinguait pas la Virginie de la Caroline. 

4. Banks. Transactions of the horticult. Society^ 1805, vol. 1, p. 8. 

5. Gérard, Herbaly 1597, p. 781, avec figure. 



38 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS PARTIES SOUTERRAINES 

des tubercules de Pommes de terre comme provision, et W. Ra- 
leigh, faisant une guerre de flibustier aux Espagnols, lui ou un 
autre peut avoir pillé quelque vaisseau qui en contenait. Ceci 
est d'autant moins invraisemblable que les Espagnols avaient 
introduit la plante en Europe avant 1585. 

Sir Joseph Banks * et Dunal ^ ont eu raison d'insister sur ce 
fait de l'introduction première par les Espagnols, attendu que 
pendant longtemps on a parlé surtout de Walter Raleigh, qui a 
été le second introducteur, et même d'autres Anglais, qui avaient 
apporté, non la Pomme de terre, mais la Batate, plus ou moins 
confondue avec elle ^, Un botaniste célèbre, de L'Ecluse *, avait 
pourtant précisé les faits d'une manière remarquable. C'est lui 
qui a publié la première bonne description et bonne figure de 
la Pomme de terre, sous le nom significatif de Papas Perua- 
norum. D'après ce qu'il dit, l'espèce a bien peu changé par 
TefTet d'une culture de près de trois siècles, car elle donnait à 
l'origine jusqu'à 50 tubercules de grosseur inégale, ayant de un 
à deux pouces de longueur, irrégulièrement ovoïdes, rougeâtres, 
qui mûrissaient en novembre (à Vienne) . La fleur était plus ou 
moins rose à l'extérieur et rosée à l'intérieur, avec cinq raies 
longitudinales de couleur verte, ce qu'on voit souvent aujour- 
d'hui. On a obtenu sans doute de nombreuses variétés, mais 
l'état ancien n'est pas perdu. De L'Ecluse compare le parfum des 
fleurs à celui du tilleul, seule diflerence d'avec nos plantes 
actuelles. Il sema des graines qui donnèrent une variété à fleurs 
blanches, comme nous en voyons quelquefois. 

Les plantes décrites par de L'Ecluse lui avaient été envoyées 
€n 1588 par Philippe de Sivry, seigneur de Waldheim, gouver- 
neur de Mons, qui les tenait de quelqu'un de la suite du légat 
du pape en Belgique. De L'Ecluse ajoute que l'espèce avait été 
reçue en Italie d'Espagne ou d'Amérique (certum est vel ex His- 
paniis, vel ex America habuissej, et il s'étonne qu'étant de- 
venue commune en Italie, au pomt qu'on la mangeait comme 
des raves et qu'on en donnait aux porcs, les savants de l'école 
de Padoue en avaient eu connaissance par les tubercules qu'il 
leur envoya d'Allemagne. Targioni ^ n'a pas pu constater que 
la Pomme de terre eût été cultivée aussi fréquemment en Italie 
à la fin du xvi* siècle que le dit de L'Ecluse, mais il cite le Père 
Magazzini, de Valombrosa, dont l'ouvrage posthume, publié 



1. Banks, /. c. 

2. Dunal, Histoire naturelle des Solanurrij in-4. 

3. La plante apportée par sir Francis Drake et sir John Hawkins était 
clairement la Batate, dit sir J. Banks ; d'où il résulte que les questions 
discutées par de Humboldt sur les localités visitées par ces voyageurs ne 
s'appliquent pas à la Pomme de terre. 

4. De L'Ecluse, Le. 

5. Targioni-Tozzetti, Lezzioni, II, p. 10; Cenni storici sulla introduztom 
di varie pianie nelV agricoltura di Toscana, 1 vol. in-8, Florence, 1853, p. 37. 



POMME DE TERRE 39 

€n 1623, mentionne l'espèce comme apportée précédemment, 
sans indication de date, d'Espagne ou de Portugal, par des 
carmes déchaussés. Geserait donc vers la fin du xvio siècle ou 
au commencement du xvii® que la culture se serait répandue en 
Toscane. Indépendamment de ce que disent de L'Ecluse et l'agro- 
nome de Valombrosa sur l'introduction par la péninsule espa- 
gnole, il n'est nullement probable que les Italiens aient eu des 
rapports avec les compagnons de Raleigh. 

Personne ne peut douter que la Pomme de terre ne soit origi- 
naire d'Amérique ; mais, pour connaître de quelle partie précisé- 
ment de ce vaste continent, il est nécessaire de savoir si la plante 
s'y trouve à l'état spontané et dans quelles localités. 

Pour répondre nettement à cette question, il faut d'abord 
écarter deux causes d'erreurs : l'une qu'on a confondue avec la 
Pomme de terre des espèces voisines du genre Solanum ; l'autre 
que les voyageurs ont pu se tromper sur la qualité de plante 
spontanée. 

Les espèces voisines sont le Solanum Commersonii de Dunal, 
dont j'ai déjà parlé; le S, Maglia de Molina, espèce du Chili; le 
jS. immite de Dunal, qui est du Pérou; et le S. verrucosum de 
Schlechtendal, qui croît au Mexique. Ces trois sortes de Solanum 
ont des tubercules plus petits que le S. tubermum et diffèrent 
aussi par d'autres caractères indiqués dans les ouvrages spéciaux 
•de botanique. Théoriquement, on peut croire que toutes ces 
formes et d'autres encore croissant en Amérique, dérivent d'un 
seul état antérieur; mais, à notre époque géologique, elles se 
présentent avec des diversités qui me paraissent justifier des 
distinctions spécifi,ques, et il n'a pas été fait d'expériences pour 
prouver qu'en fécondant l'une par l'autre on obtiendrait des 
produits dont les graines (et non les tubercules) continueraient 
îa race *. Laissons de côté ces questions plus ou moins douteuses 
sur les espèces. Cherchons si la forme ordinaire du Solanum 
tuberosum a été trouvée sauvage, et notons seulement que 
l'abondance des Solanum à tubercules croissant en Amérique 
•dans les régions tempérées, du Chili ou de Buenos- Ayres jusqu'au 
Mexique, confirme le fait de Torigine américaine. On ne saurait 
rien de plus que ce serait une forte présomption sur la patrie 
primitive. 

La seconde cause d'erreur est expliquée très nettement par le 
botaniste Weddell ^, qui a parcouru avec tant de zèle la Bolivie 
et les contrées voisines. « Quand on réfléchit, dit-il, que dans 
l'aride cordillière les Indiens établissent souvent leurs petites 



1. Le Solanum verrucosum^ dont j*ai raconté, en 1855, l'introduction 
dans le pays de Gex, près de Genève, a été abandonné, parce que ses tuber- 
cules sont trop petits et qu'il ne résistait pas à l'oïdium, comme on s'en 
-était flatté. 

2, Chloris Andina, in-4, p. 103, 



40 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS PARTIES SOUTERRAINES 

cultures sur des points qui paraîtraient presque inaccessibles à la 
grande majorité de nos fermiers d'Europe, on comprend qu'un 
voyageur visitant par hasard une de ces cuHures depuis longtemps 
abandonnées, et y rencontrant un pied de Solanum tuberosum qui 
y a accidentellement persisté, le recueille, dans la persuasion qu'il 
y est réellement spontané; mais où en est la preuve? » 

Voyons maintenant les faits. Ils sont nombreux pour ce qui 
concerne la spontanéité au Chili. 

En 1822, Alexandre Galdcleugh *, consul anglais, remet à la 
Société d'horticulture de Londres des tubercules de Pommes de 
terre qu'il avait recueillis « dans des ravins autour de Valpa- 
raiso ». Il dit que ces tubercules sont petits, tantôt rouges et 
tantôt jaunâtres, d'un goût un peu amer ^ « Je crois, ajoute-t-il, 
que cette plante existe sur une grande étendue du littoral, car 
elle se trouve dans le Chili méridional, où les indigènes l'aDellent 
Maglia. » Il y a probablement ici une confusion avec le S, maglia 
des botanistes; mais les tubercules de Valparaiso, plantés à 
Londres, ont donné la vraie Pomme de terre, ce qui saute aux 
yeux en voyant la planche coloriée de Sabine dans les Transactions 
de la Société d'horticulture. On continua quelque temps à cul- 
tiver cette plante, et Lindley certifia de nouveau, en 1847, son 
identité avec la Pomme de terre commune ^. Voici ce qu'un 
voyageur expliquait à sir William Hooker * sur la plante de 
Valparaiso : « J ai noté la Pomme de terre sur le littoral jus- 
qu'à 15 lieues au nord de cette ville, et au midi, mais sans 
savoir jusqu'à quelle distance. Elle habite sur les falaises et les 
collines près de la mer, et je n'ai pas souvenir de l'avoir vue 
à plus de deux ou trois lieues de la côte. Bien qu'on la trouve 
dans les endroits montueux, loin des cultures, elle n'existe pas 
dans le voisinage immédiat des champs et des jardins où on la 
plante, excepté lorsqu'un ruisseau traverse ces terrains et porte 
des tubercules dans les endroits non cultivés. » Les Pommes de 
terre décrites par ces deux voyageurs avaient des fleurs blan- 
ches, comme cela se voit dans quel(jues variétés cultivées en 
Europe, et comme la plante semée jadis par de L'Ecluse. On 
peut présumer que c'est la couleur primitive pour l'espèce ou, 
au moins, une des plus fréquentes à l'état spontané. 

Darwin, dans son voyage à bord du Beagle, trouva la 
Pomme de terre sauvage dans l'archipel Chonos, du Chili méri- 
dional, sur les sables du bord de la mer, en grande abondance, 



1. Sabine, Transactions of the horticultural Society^ vol. 5, p. 249. 

2. II ne faut pas attacher de l'importance à cette saveur, ni à la qualité 
aqueuse de certains tubercules, attendu que dans les pays chauds, même 
dans le midi de l'Europe , la Pomme de terre est souvent médiocre. Une 
exposition à la lumière verdit les ti:Q)ercules, qui sont des rameaux souter- 
rains de la tige, et les rend amers. 



3. Journal of the hortic. Society^ vol. 3, p. 66. 

4. Hooker, Èotanical miscelL, 1831, vol. 2, p. 203. 



POMME DE TERRE 41 

et végétant avec une vigueur singulière, qu'on peut attribuer à 
riiumidité du climat. Les plus grands individus avaient quatre 
pieds de hauteur. Les tubercules étaient petits, quoique Tun 
d'eux eût deux pouces de diamètre. Ils étaient aqueux, insipides, 
mais sans mauvais goût après la cuisson. « La plante est mdu- 
bitablement spontanée », dit l'auteur *, et l'identité spécifique a 
été confirmée par Henslow d'abord et ensuite par sir Joseph 
Hooker, dans son Flora antarctica ^. 

Un échantillon de notre herbier recueilli par Claude Gay, 
attribué au Solarium tuberosum par Dunal, porte sur l'étiquette : 
« Au centre des cordillières de Talcagoué et de Cauquenès, dans 
les endroits que .visitent seulement les botanistes et les géologues, » 
Le même auteur. Cl. Gay, dans son Flora chilena ', insiste sur 
la fréquence de la Pomme de terre sauvage au Chili, jusque chez 
les Araucaniens, dans les montagnes de Malvarco, où, dit-il, les 
soldats de Pincheira allaient les chercher pour se nourrir. Ces 
témoignages constatent assez l'indigénat au Chili pour que j'en 
omette d'autres moins probants, par exemple ceux de Molina et 
de Meyen, dont les échantillons du Chili n'ont pas été examinés. 

Le climat des côtes du Chili se prolonge sur les hauteurs en 
suivant la chaîne des Andes, et la culture de la Pomme de terre 
est ancienne dans les régions tempérées du Pérou, mais la qualité 
spontanée de l'espèce y est beaucoup moins démontrée qu'au 
Chili. Pavon * prétendait l'avoir trouvée sur la côte, à Chancay 
et près de Lima. Ces localités paraissent bien chavdes pour une 
espèce qui demande un climat tempéré ou même un peu froid. 
D'ailleurs l'échantillon de l'herbier de M. Boissier recueilli par 
Pavon, appartient, d'après Dunal, à une autre espèce qu'il a 
nommée ^ Solanum immite. J'ai vu l'échantillon authentique et 
n'ai aucun doute que ce ne soit une espèce distincte du *S'. tube- 
rosum. Sir W. Hooker ® cite un échantillon, de Mac Lean, des col- 
lines autour de Lima, sans aucune information sur la sponta- 
néité. Les échantillons (plus ou moins sauvages ?) que Matthews 
a envoyés du Pérou à sir W. Hooker appartiennent, d'après sir 
Joseph ', à des variétés un peu diff'érentes de la vraie Pomme de 
terre. M. Hemsley ®, qui les a vus récemment dans l'herbier de 
Kew, les juge « des formes distinctes, pas plus cependant que 
certaines variétés de l'espèce. » 

Weddelt,'*dont nous connaissons la prudence dans cette ques- 
tion, s'exprime ainsi ' : a Je n'ai jamais rencontré au Pérou le 

1. Jowmal of the voyage^ etc., éd. 1852, p. 285. 

2. Vol. 1, part. 2, p. 329. 

3. Vol. 5, p. 74. 

4. Ruiz et Pavon, Flora peruviana, II, p. 38. 

5. Dunal, Prodromus^ 13. sect. 1, p. 32. 

6. Hooker, Bot. miscell.y II, 

7. Hooker, ^Flora antarctica, 1. c. 

8. Journal of the royal hortic, Society , new serieS; vol. 5. 

9. Weddell, Chloris Andina, 1. c. 



42 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS PARTIES SOUTERRAINES 

Solanum tuberosum dans des circonstances telles qu'il ne me 
restât aucun doute qu'il fût indigène; je déclare même que je ne 
crois pas davantage à la spontanéité d'autres individus rencon- 
trés de loin en loin sur les Andes extra-chiliennes et regardés 
jusqu'ici comme en étant indigènes. » 

D'un autre côté, M. Ed. André * a recueilli, avec beaucoup de 
soin, dans deux localités élevées et sauvages de la Colombie et 
dans une autre près de Lima, sur la montagne des Amancaes, 
des échantillons qu'il pensait pouvoir attribuer au S, tuberosum, 
M. André a eu l'obligeance de me les prêter. Je les ai comparés 
attentivement avec les types des espèces de Dunal dans mon 
herbier et dans celui de M. Boissier. Aucun de. ces Solanum, à 
mon avis, n'appartient au S. tuberosum^ quoique celui de La 
Union, près du fleuve Gauca, s'en rapproche plus que les autres. 
Aucun, et ceci est encore plus certain, ne répond au S, immite, 
de Dunal. Ils sont plus près du "S. Colombianum, du même 
auteur, que du tuberosum ou de Yimmite. L'échantillon du mont 
Quindio présente un caractère bien singulier. Il a des baies 
ovoïdes et pointues ^. 

Au Mexique, les Solanum tubéreux attribués au aS. tuberosum^ 
ou, selon M. Hemsley ^, à des formes voisines, ne paraissent pas 
pouvoir être considérés comme identiques avec la plante culti- 
vée. Ils se rapportent au S, Fendleri^ que M. Asa Gray a con- 
sidéré d'abord comme espèce propre et ensuite * comme une 
forme du S. tujberosum ou du S, verrucosum. 

Nous pouvons conclure de la manière suivante : 

1° La pomme de terre est spontanée au Chili, sous une forme 
qui se voit encore dans nos plantes cultivées. 

2° Il est très douteux que l'habitation naturelle s'étende jus- 
qu'au Pérou et à la Nouvelle-Grenade. 

3° La culture était répandue, avant la découverte de l'Amé- 
rique, du Chili à Nouvelle-Grenade. 

4*^ Elle s'était introduite, probablement dans la seconde moitié 
du xvi« siècle, dans la partie des Etats-Unis appelée aujourd'hui 
Virginie et Caroline du Nord. 

5« Elle a été importée en Europe, de 1580 à 1585, d'abord 
par les Espagnols, et ensuite par les Anglais, lors des voyages 
de Raleigh en Virginie ^. 

Batate ou Patate, Siveet Potatoe (en anglais) — Convoi- 
volus Batatas, Linné. Batalas edulis, Choisy. 

1. André, dans Illustration horticole^ 1877, p. H4. 

2. La forme des baies n'est pas encore connue dans les S. Colombianum 
et immite. 

3. Hemsley, 1. c. 

4. Asa Gray, Synoptical flora of N. Am,^ II, p. 227. 

5. Sur l'introduction successive dans différentes parties deFEurope, voir: 
Clos, Quelques documents sur l'histoire de la pomme de terre, in-8, 1874, 
dans Journal d*agric. pratiq. du midi de la France, 



BATATE 43 

Les racines de cette plante, renflées en tubercules, ressemblent 
aux Pommes de terre, d'où il est résulté que les navigateurs du 
XVI® siècle ont appliqué le même nom à ces deux espèces très 
différentes. La Batate est de la»famille des Convolvulacées, la 
Pomme de terre de celle de Solanées ; les parties charnues de la 
première sont des racines, celles de la seconde des rameaux 
souterrains *. 

La Batate est sucrée, en même temps que farineuse. On la cul- 
tive dans tous les pays intertropicaux ou voisins des tropiques, 
plus peut-être dans le nouveau monde que dans l'ancien % 

Son origine est douteuse d'après un grand nombre d'auteurs. 
De Humboldt ^, Meyen *, Boissier ^, indiquent une origine amé- 
ricaine; Bojer ^, Ghoisy ''y etc., une origine asiatique. La même 
diversité se remarque dans les ouvrages antérieurs. La question 
est d'autant plus difficile que les Convolvulacées sont au nom- 
bre des plantes les plus répandues dans le monde, soit depuis 
des époques très anciennes, soit par l'effet de transports mo- 
dernes. 

En faveur de l'origine américaine, il y a des motifs puissants. 
Les 15 espèces connues du genre Batatas se trouvent toutes en 
Amérique, savoir 11 dans ce continent seul et 4 à la fois en Amé- 
rique et dans l'ancien monde, avec possibilité ou probabilité de 
transports. La culture de la Batate commune est très répandue 
en Amérique. Elle remonte à une époque reculée. Marcgraff ® la 
cite pour- le Brésil, sous le nom de Jetica, Humboldt dit que le 
nom Camote vient d'un mot mexicain. Le mot de Batatas (d'où 
par transposition erronée on a fait Potatoe, pomme de terre) est 
donné pour américain. Sloane et Hughes ^ parlent de la Batate 
comme d'une plante très cultivée, ayant plusieurs variétés aux 
Antilles. Ils ne paraissent pas soupçonner une origine étrangère. 
Clusius, qui l'un des premiers a parlé de la Batate, dit en avoir 
mangé dans le midi de l'Espagne, où l'on prétendait l'avoir 
reçue du nouveau monde *°. 11 indique les noms de Batatas^ Ca- 
motes, Amotes, Ajes ^\ qui étaient étrangers aux langues de 



1. Turpîn a publié de bonnes figures qui montrent clairement ces faits» 
Voy. Mémoires du Muséum^ in-4, vol. 19, pi. 1, 2 et 5. 

2. Le Dr Sagot a donné des détails intéressants sur le mode de culture, 
le produit, etc., dans le Jowmal de la Société d'hortic. de France, vol. 5, 
5« série, p. 450-458. 

3. Humboldt, Nouv. -Espagne, éd. 2, vol. 2, p. 470. 

4. Meyen, Grundrisse Pflanz. geogr.y p. 373. 

5. Boissier, Voyage botanique en Espagne, 

6. Bojer, Hort. maurit., p. 225. 

7. Choisy, dans Prodromus, 9, p. 338. 

8. Marcgraff, Bres., p. 16, avec fig. 

9. Sloane, Hist. Jam., I, p. 150 ; Hughes, Baj^b. p. 228. 

10. Clusius, hist,, 11, p. 77. 

11. Ajes était un nom de l'igname (Humb., Noiiv-Esp., 2« édit., vol. 2, 
p. 467, 468;. 



44 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS PARTIES SOUTERRAINES 

l'ancien monde. Son livre date de 1601. Humboldt * dit que, 
d'après Gomara, Christophe Colomb, lorsqu'il parut pour la 
•première fois devant la reine Isabelle, lui offrit divers produits 
du nouveau monde, entre autres ^es Bâtâtes. Aussi, ajoute-t-il, la 
culture de cette plante était-elle déjà commune en Espagne dès le 
milieu du xvi« siècle. Oviedo *, qui écrivait en 1526, avait vu la 
Batate très cultivée par les indigènes de Saint-Domingue, et 
l'avait introduite lui-même à Avila, en Espagne. Rumphius ' dit 
positivement que, selon l'opinion commune, les Batatas ont été 
apportées par les Espagnols d'Amérique à Manille et aux Molu- 
ques, d'où les Portugais les ont répandues dans l'archipel indien. 
Il cite des noms vulgaires , qui ne sont pas malais et qui 
indiquent une introduction par les Castillans. Enfin, il est cer- 
tain que la Batate était inconnue aux Grecs, aux Romains et aux 
Arabes ; qu'elle n'était pas cultivée en Egypte, et cela même il y 
a quatre-vingts ans *, ce qui ne s'expliquerait guère si l'on sup- 
pose une origine de l'ancien monde. 

D'un autre côté, il y a des arguments pour une origine asiati- 
que. L'Encyclopédie chinoise d'agriculture parle de la Batate 
et mentionne diverses variétés ^ ; mais le D*^ Bretschneider ® a 
constaté que l'espèce est décrite pour la première fois dans un 
livre du ii<» ou me siècle de notre ère. D'après Thunberg ', la Ba- 
tate a été apportée au Japon par les Portugais. Enfin la plante 
cultivée à Taïti, dans les îles voisines et à la Nouvelle-Zélande, 
sous les noms Ûmara^ Guman^a et Gumalla, décrite par Forster ^ 
sous le nom de Convolvolus chrysorhizus, est la Batate, d'après 
sir Joseph Hooker ^. Seemann *^ fait observer que ces noms res- 
semblent au nom quichuen de la Batate, en Amérique, qui est, 
dit-il, Cumar. La culture de la Batate était répandue dans l'Inde 
au xviii* siècle ". On lui attribue plusieurs noms vulgaires, et 
même, selon Piddington *^, un nom sanscrit, Ruktaloo (prononcez 
Roktalou)^ qui n'a d'analogie avec aucun nom à moi connu et 
n'est pas dans le dictionnaire sanscrit de Wilson. D'après une 
note que m'avait donnée Adolphe Pictet, Ruktaloo semble un 
nom bengali composé du sanscrit Alu {Rutka^ plus a/w, nom 
de l'Arum campanulatum). Ce nom, dans les dialectes modernes, 
désigne l'Igname et la Pomme de terre. Cependant Wallich *^ in- 

1. Humboldt, Nouv.-Esp., 1. c. 

2. Oviedo, trad. de Ramusio, vol. III, part. IIL 

3. Rumphius, Amboin., V, p. 368. 

4. Forskal, p. 54 ; Delile, lit. 

5. D'Hervey Saint-Denys, Rech. sur Vagric. des Chin,^ 1850, p. 109. 

6. Study and value of chinese bot. works, p. 13. 

7. Thunberg, Flora japon., p. 84. 

8. Forster, Plantée escul.^y. 56. 

9. Hooker, Handb. New Zealand. florOf-p. 194. 

10. Seemann, Journal of bot., 1866, p. 328. 

11. Roxburgh, édit. Wall., II, p. 69. 

12. Piddington, Index. 

13. Wallich, Flora Ind.y 1. c. 



BATATE 45 

dique plusieurs autres noms que Piddington omet. Roxburgh * 
ne cite aucun nom sanscrit. Rheede * dit que la plante était cul- 
tivée au Malabar. Il cite des noms vulgaires indiens. 

Les motifs sont beaucoup plus forts, ce me semble, en faveur 
de l'origine américaine. Si la Batate avait été connue dans 
rinde à l'époque de la langue sanscrite, elle se serait répandue 
dans l'ancien monde, car sa propagation est aisée et son uti- 
lité évidente. Il parsût, au contraire, que les îles de la Sonde, 
TEgypte, etc., sont restées étrangères pendant longtemps à cette 
culture. 

Peut-être un examen attentif ramènera-t-il à l'opinion de 
G. P. W. Meyer, qui distinguait ' la plante asiatique des espèces 
américaines. Cependant on n'a pas suivi généralement cet au- 
teur, et je soupçonne que, s'il y a une espèce asiatique différente, 
ce n'est pas, comme le croyait Meyer, la Bàtate décrite par Rum- 
phius, que celui-ci dit apportée d'Amérique, mais la plante 
indienne de Roxburgh. 

On cultive des Bâtâtes en Afrique; mais, ou leur culture est 
rare, ou les espèces sont différentes. Robert Brown * dit que le 
voyageur Lockhardt n'avait pas vu la Batate, dont les mission- 
naires portugais mentionnaient la culture. Thonning ^ ne Tin- 
dique pas. Vogel a rapporté une espèce cultivée sur la côte 
occidentale, qui est certainement, d'après les auteurs du Flora 
Nigritiaruiy le Batatas paniculata Ghoisy. Ce serait donc une 
plante cultivée pour ornement ou comme espèce officinale, car 
la racine en est purgative®. On pourrait croire que, dans certains 
pays de l'ancien ou du nouveau monde, Ylpomœa tuberosa L. 
aurait été confondu avec la Batate; mais Sloane ^ nous avertit 
que ses énormes racines ne sont pas bonnes à manger ®. 

Une Gonvolvulacée à racine comestible qui peut bien être con- 
fondue avec la Batate, mais dont les caractères botaniques sont 
pourtant distincts , est VIpomœa mammosa , Ghoisy [Convoi- 
tmliLS mammosuSy Loureiro Batata mammosa y Rumphius, Amb.^ 
1. 9, tab. 131). Gette espèce croit spontanément près d'Amboine 
(Rumphius), où elle est aussi cultivée. Elle est estimée en Go- 
chinchine. 

Quant à la Batate [Batatas edulis)^ aucun botaniste, à ma con- 



1. Roxburgh, éd. 1832, vol. i, p. 483. 

2. Rheede, Mal., 7, p. 95. 

3. Meyer, Primitise Fl. Esseq., p. 103. 



2. Rheede, Ma/., 7, p. 95. 

Fl. Esseq., p. 
4. R. 'Brown, Bot. Congo, p. 55. 



5. Thonning, PI. Guin, 

6. Wallich, dans Roxburgh, Fl. Ind., II, p. 63. 

7. Sloane, Jam., I, p. 152, 

8. Plusieurs Convolvulacées ont des racines (plus exactement des souches) 
volumineuses, mais alors c'est la base de la tige avec une partie de la 
racine qui est épaissie, et oette souche radicale est toujours purgative 
(Jalaps, Turbith, etc.), tandis que dans la Batate ce sont les racines laté- 
rales, organe différent, qui s'épaississent. 



46 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS PARTIES SOUTERRAINES 

naissance, ne dit Tavoir trouvée lui-même sauvage, ni dans 
l'Inde, ni en Amérique *. Clusius ^ affirme, sur ouï-dire, qu'elle 
croit spontanée dans le nouveau monde et dans les îles voisines. 
Malgré la probabilité d'une origine américaine, il reste, comme 
nous venons de le voir, bien des choses inconnues ou incertaines 
sur la patrie primitive et le transport de cette espèce, qui joue 
un rôle considérable dans les pays chauds. Quelle que fût son 
origine, du nouveau ou de l'ancien monde, comment expliquer 
qu'elleeût été transportée d'Amérique en Chine au commencement 
de notre ère et dans les îles de l'océan Pacifique à une époque 
ancienne, ou d'Asie et d'Australie en Amérique dans un temps 
assez reculé pour que la culture s'en soit répandue jadis des 
Etats-Unis méridionaux jusqu'au Brésil et au Chili? Il faut sup- 
poser des communications préhistoriques entre l'Asie et l'Amé- 
rique, ou se livrer à un autre genre d'hypothèses, qui, dans le 
cas actuel, n'est pas inappliquable. Les Convolvulacées sont une 
des rares familles de Dicotylédones dans lesquelles certaines 
espèces ont une aire, ou extension géographique, très étendue 
et même divisée entre des continents éloignés ^. Une espèce qui 
supporte actuellement le climat de la Virginie et du Japon peut 
avoir existé plus au nord avant l'époque de la grande extension 
des glaciers dans notre hémisphère, et les hommes préhistoriques 
l'auraient transportée vers le midi quand les conditions de climat 
ont changé. Dans ces hypothèses, la culture seule aurait con- 
servé l'espèce, à moins qu'on ne finisse par la découvrir sauvage 
en quelque point de son ancienne habitation, peut-être, par 
exemple, au Mexique ou en Colombie. 

Betterave, Bette, Poirée. — Beta vulgaris eiB. mantîma, 
Linné. — Beta vulgaris^ Moquin 

Elle est cultivée tantôt pour ses racines charnues (Betterave) 
et tantôt pour ses feuilles, employées comme légume (Bette, 
Poirée), mais les botanistes s'accordent généralement à ne pas 
distinguer deux espèces. On sait, par d'autres exemples, que des 
plantes à racines minces dans la nature prennent facilement 
des racines charnues par un effet du sol ou de la culture. 

La forme appelée nette ^ à racines maigres, est sauvage dans 
les terrains sablonneux, surtout du bord de la mer, aux îles 
Canaries, et dans toute la région de la mer Méditerranée, jusqu'à 
la mer Caspienne, la Perse et Babylone *, peut-être même dans 

1. Le n<* 701 de Schomburgk, coll. 1, est spontané dans la Gayane. 
Selon M. Choisy, c'est une variété du Batatas edulis; selon M. Bentham 
(Hook, Journ, bot.,, V, p. 352\ c'est le Batatas paniculata. Mon échantillon, 
assez imparfait, me semble différer des deux. 

2. Clusms, Hist., 2, p. 77. 

3. A. de Candolle, Géog. bot, raisonnée, p. 1041-1043 et p. 516, 518. 

4. Mo^uin-Tandon, dans Prodromus, vol. 13, part. 2, p. 55 ; Boissier, 
Flora orienlalis, 4, p. 898 ; Ledebour, F/, rossica, 3, p. 692. 



MANIOC 47 

l'Inde occidentale, d'après un échantillon rapporté par Jaque - 
mont, sans que la qualité spontanée en soit certifiée. La flore 
dellnde de Roxburgh, et celle, plus récente, du Punjab et du 
Sindh, par Aitchison, ne mentionnent la plante que comme cul- 
tivée. 

Elle n'a pas de nom sanscrit *, d'où Ton peut inférer que les 
Aryens ne l'avaient pas apportée de TAsie tempérée occidentale, 
où elle existe. Les peuples de leur race émigrés en Europe anté- 
rieurement ne la cultivaient probablement pas non plus, car je 
ne vois pas de nom commun aux langues indo-européennes. Les 
anciens Grecs, qui faisaient usage des feuilles et des racines, ap- 
pelaient l'espèce Teutlion ^, les Romains Beta. M. de Heldreich * 
donne aussi comme nom ancien grec Sevkle ou Sfekelie, qui 
ressemble au nom arabe Selg, chez les Nabathéeris Silq *. Le 
nom arabe a passé en portugais, Selga, On ne connaît point de 
nom hébreu. Tout indique une culture ne datant pas de plus de 
quatre à six siècles avant Tère chrétienne. 

Les anciens connaissaient déjà les racines rouges et blanches, 
mais le nombre des variétés a beaucoup augmenté dans les 
temps modernes, surtout depuis qu'on a cultivé la Betterave en 
grand, pour la nourriture des bestiaux et la production du sucre. 
C'est une des plantes les plus faciles à améliorer par sélection,. 
comme les expériences de Vilmorin l'ont prouvé ^, 

Manioc. — Manlhot utilissimay Pohl. — Jatropha Manihot, 
Linné . 

Le Manioc est un arbuste ou arbrisseau de la famille des 
Buphorbiacées, dont plusieurs racines se renflent dès la pre- 
mière année, prennent une forme ellipsoïde irrégulière et ren- 
ferment de la fécule (Tapioca), avec un suc plus ou moins véné- 
neux. 

La culture en est commune dans les régions équatoriales ou 
tropicales, surtout en Amérique, du Brésil aux Antilles. En 
Afrique, elle est moins générale et parait moins ancienne. Dans 
certaines colonies asiatiques, elle est décidément d'introduction 
moderne. On la pratique au moyen de boutures des tiges. 

Les botanistes se sont divisés sur la convenance de regarder 
les innombrables formes de Maniocs comme appartenant à une, 
à deux ou même plusieurs espèces difl'érentes. Pohl ^ en admet- 
tait plusieurs à côté de son Manlhot utilissima^ et le D"" J. Mûller "^^ 

1. Roxburgh, Flcyra indica^ 2, ç. 59 ; Piddington, Index. 

2. Théophraste et Dioscoride cités par Lenz, Botanik der Griechen und 
RÔmer, p. 446 ; Fraas, Synopsis fl. class., p. 233. 

3. Heldreich, Die Nutzpflanzen Griecfienlands, p. 22. 

4. Alawwftm, Agriculture nabathéenne (premiers siècles de l'ère chrét. ?), 
d'après E. Meyer, Geschichte der Botanik, 3, p. 75. 

5. Notices sur V améliorât ion des plantes par le semis, p. 15. 

6. Pohl, Plantarum Brasilise icônes et descriptiones, in-folio, vol. 1. 

7. J. Mûller, dans Prodromus, XV, sect. 2, p. 1062, 1064. 



48 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS PARTIES SOUTERRAINES 

dans sa monographie des Euphorbiacées, rapporte à une espèce 
voisine {M, palmata) la forme Aipi, qui est cultivée au Brésil 
avec les autres et dont la racine n'est pas vénéneuse. Ce 
dernier caractère n'est pas aussi tranché qu'on le croirait 
d'après certains ouvrages et même d'après les indigènes. Le 
D' Sagot S qui a comparé une douzaine de variétés de Manioc 
cultivées à Gayenne, dit expressément : « Il y a des Maniocs plus 
vénéneux les uns que les autres ; mais je doute qu'aucun soit 
absolument exempt de principes nuisibles. » 

On peut se rendre compte de ces singulières différences de 
propriétés entre des plantes fort semblables par l'exemple de la 
Pomme de terre. Le Manihot et le Solanum tuberosum appar- 
tiennent tous deux à des familles suspectes (Euphorbiacées et 
Solanacées). Plusieurs de leurs espèces sont vénéneuses dans 
certains de leurs organes; mais la fécule, où qu'elle se trouve, 
ne peut pas être nuisible, et il en est de même du tissu cellulaire 
lavé de tout dépôt, c'est-à-dire réduit à la cellulose. Or dans la 
préparation de la Cassave (farine de Manioc), on a grand soin 
de racler Fécorce extérieure de la racine, ensuite de piler ou 
écraser la partie charnue, de manière à en expulser le suc plus 
ou moins vénéneux, et finalement on soumet la pâte à une cuis- 
son qui chasse des parties volatiles *. Le tapioca est de la fécule 
pure, sans mélange des tissus qui existent encore dans la cas- 
save. Dans la pomme de terre, la pellicule extérieure prend des 
qualités nuisibles quand on la laisse verdir en l'exposant à la lu- 
mière, et il est bien connu que des tubercules mal mûrs ou 
viciés, contenant une trop faible proportion de fécule avec beau- 
coup de sucs, sont mauvais à manger et feraient positivement du 
mal aux personnes, qui en consommeraient une certaine quan- 
tité. Toutes les Pommes de terre, comme probablement tous les 
Maniocs, renferment quelque chose de nuisible, dont on s'aper- 
çoit jusque dans les produits de la distillation, et qui varie par 
plusieurs causes; mais il ne faut se défier que des matières 
autres que la fécule. 

Les doutes sur le nombre des espèces à admettre dans les 
Manihots cultivés ne nous embarrassent nullement pour la ques- 
tion de l'origine géographique. Au contraire, nous allons voir 
que c'est un moyen important de constater l'origine améri- 
caine. 

L'abbé Raynal avait répandu jadis l'opinion erronée que le 
Manioc aurait été apporté d'Afrique en Amérique. Robert Brown 
le niait en 1818 % sans donner des motifs à l'appui, et de Hum- 

1. Sa^otj dans Bull, de la Société botanique de France du 8 décembre 1871. 

2. J'indique la préparation dans ce qu'elle a d'essentiel. Les détails 
diffèrent suivant les pays. Voir à cet égard : Aublet, Guyane^ 2, p. 67 ; 
Descourtilz, Flore des Antilles, 3, p. 113 ; Sagot, /. c, etc. 

3. R. Brown, Botany of Congo, p. 50. 



MANIOC 49 

boldt *, Moreau de Jonnes *, Auguste de Saint-Hilaire ' ont in- 
sisté sur l'origine américaine. On ne peut guère en douter, 
d'après les raisons suivantes : 

1« Les Manihots étaient cultivés par les indigènes du Brésil, 
de la Guyane et des parties chaudes du Mexique avant l'arrivée 
des Européens, comme le témoignent tous les anciens voyageurs. 
Aux Antilles, cette culture était assez commune dans le xvi® siècle, 
d'après Acosta ^, pour qu'on puisse la croire également d'une 
certaine ancienneté. 

2° Elle est moins répandue en Afrique, surtout dans les régions 
éloignées de la côte occidentale. On sait que le Manioc a été in- 
troduit dans l'île de Bourbon par le gouverneur de Labour- 
donnais ^. Dans les contrées asiatiques, où probablement une 
culture aussi facile se serait propagée si elle avait été ancienne 
sur le continent africain, on la mentionne çà et là, comme un 
objet de curiosité d'origine étrangère ^. 

3° Les indigènes d'Amérique avaient plusieurs noms anciens 
pour les variétés de Maniocs, surtout au Brésil ^, ce qui ne pa- 
rait pas avoir existé en Afrique, même sur la côte de Guinée *. 

Ap Les variétés cultivées au Brésil, à la Guyane et aux Antilles 
sont très nombreuses,, par où l'on peut présumer une culture 
très ancienne. Il n'en est pas de même en Afrique. 

5" Les 42 espèces connues du genre Manihot , en dehors 
de M. utilissima, sont toutes spontanées en Amérique; la plu- 
part au Brésil, quelques-unes à la Guyanne, au Pérou et au 
Mexique ; pas une dans l'ancien monde *. 11 est très invraisem- 
blable qu'une seule espèce, et encore celle qu'on cultive, fut 
originaire à la fois de l'ancien et du nouveau monde, d'autant 
plus que dans la famille des Euphorbiacées les habitations des 
espèces ligneuses sont généralement restreintes et qu'une com- 
munauté entre l'Afrique et l'Amérique est toujours rare dans 
les plantes Phanérogames. 

L'origine américaine du Manihot étant ainsi démontrée, on 
peut se demander comment l'espèce a été introduite en Guinée 
et au Congo. Probablement c'est un résultat des communications 
fréquentes, au xvi« siècle, des trafiquants portugais et des négriers. 

1. De Uumboldt, Nouvelle- Espagne, éd. 2, vol. 2, p. 398. 

2. Histoire de VAcad. des sciences ^ 1824. 

3. Giiillemin, Archives de botanique, 1, p. 239. 

4. Acosta, Hist. nat. des Indes, trad. fraoç. 1598, p. 163, 

5. Thomas, Statistique de Bourbon ^ 2, p. 18. 

6. Le catalogue du jardin botanique de Buitenzorg, 1866, p. 222, dit 
expressément que le Manihot utilissima vient de Bourbon et d Amérique. 

*. Aypi, Mandioca, Manihot, Manioch, Yuca, etc., dans Pohl, Icônes et 
descr., 1, p. 30, 33. Martius, Beitràge z. Ethnographie, etc., Brasilien's, 2, 
p. 122, indique une quantité de noms. 

8. Thonning (dans Schumacher, Plant, guin.), qui cite volontiers les noms 
vulgaires, n'en donne aucun pour le Manihot. 

9. J. MûUer, dans Prodromus, 15, sect. 1, p. 1057. , 

De Candolle. 4 



80 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS PARTIES SOUTERRAINES 

Le Manihot utilissima^ et l'espèce voisine ou variété appelée 
Aîfd, que Ton cultive également, n'ont pas été trouvés à Tétat 
sauvage d'une manière certaine. Humboldt et Bonpland ont 
bien recueilli sur les bords de la Magdalena, un pied de Manihot 
utilissima qu'ils ont dit presque spontané *, mais le D*" Sagot 
me certifie qu'on ne Ta point découvert à la Guyane, et les 
botanistes qui ont exploré la région cbaude du Brésil n'ont pas 
été plus heureux. Gela ressort des expressions de Pohl, qui a 
beaucoup étudié ces plantes, qui connaissait les récoltes de 
Martius et ne doutait pas de l'origine américaine. S'il avait re- 
marqué une forme spontanée identique avec celles qu'on cul- 
tive, il n'aurait pas émis l'hypothèse que le Manioc provient 
de son Manihot pusilla ^ de la province de Goyaz, dont la stature 
est minime et qu'on regarde comme une véritable espèce ou 
comme une variété du Manihot palmata ^. De Martius déclarait 
en 1867, c'est-à-dire après avoir reçu de nombreuses informa- 
tions postérieures à son voyage, qu'on ne connaissait pas la 
plante à l'état sauvage *. Un ancien voyageur, ordinairement 
exact, Piso % parle d'un Mandihoca sauvage dont les Tapuyeris, 
indigènes de la côte au nord de Rio-de- Janeiro, mangeaient les 
racines. Il est, dit-il, « très semblable à la plante cultivée » ; mais 
la figure qu'il en donne a paru bien mauvaise aux auteurs qui 
ont étudié les Manihots. Pohl la rapporte à son M, Aïpi^ et le 
D' Millier la passe sous silence. Quant à moi, je suis disposé à 
croire ce que dit Piso, et sa planche ne me paraît pas absolu- 
ment mauvaise. Elle vaut mieux que celle de Vellozo d'un Ma- 
nihot sauvage qu'on rapporte avec doute au M, Aïpi *. Si l'on 
ne veut pas accepter cette origine du Brésil oriental intertropical, 
il faut recourir à deux hypothèses : ou les Manihots cultivés 
proviennent de l'une des espèces sauvages modifiée par la cul- 
ture ; ou ce sont des formes qui subsistent seulement par l'action 
de l'homme, après la disparition de leurs semblables de la végé- 
tation spontanée actuelle. 

Ail. — Allium sativum^ Linné. 

Linné, dans son Species^ indique la Sicile comme la patrie 
de l'ail commun ; mais dans Ynortus cliffortianus^ où il est 
ordinairement plus exact, il ne donne pas d'origine. Le fait 
est que d'après les flores les plus récentes et les plus com- 
plètes de Sicile, de toute l'Italie, de la Grèce, de France, 
d'Espagne, et d'Algérie, l'ail n'est pas considéré comme indi- 

1. Kunth, dans Humb. et B., Nova Gênera^ 2, p. 108. 

2. Pohl, Icônes et descript., 1, p. 36, pi. 26. 

3. MûUer, dans le Proaromus. 

4. De Martius, Beitràge zur Ethnographie, etc. 1, p. 19, 136. 

5. Piso, Historia naturalis BrasilÙBy m-folio, 1658, p. 55, cum icône. 

6. Jatropia sylvestris VelL FI. flum., 16, t. 83. Voir Mûller, dans Pro- 
dvomiis, 15 p. 1063, 



AIL 81 

gène, quoique çà et là on en ait recueilli des échantillons qui 
avaient plus ou moins l'apparence de l'être. Une plante aussi 
habituellement cultivée et qui se propage si aisément peut se 
répandre hors des jardins et durer quelque temps, sans être d'ori- 
gine spontanée. Je ne sais sur quelle autorité Kunth cite l'es- 
pèce en Egypte *. D'après des auteurs plus exacts sur les plantes 
•de ce pays ^, elle y est seulement cultivée. M. Boissier, dont 
l'herbier est si riche en plantes d'Orient, n'en possède aucun 
échantillon spontané. Le seul pays où l'ail ait été trouvé à l'état 
sauvage, d'une manière bien certaine, est le désert des Kirghis 
de Soongarie, d'après des bulbes rapportées de là et cultivées 
à Dorpat ^ et des échantillons vus ensuite par Regel *. Ce der- 
nier auteur dit aussi avoir vu un échantillon que Wallich avait 
recueilli comme spontané dans l'Inde anglaise ; mais M. Baker **, 
qui avait sous les yeux les riches herbiers de Kew, n'en parle 
pas dans sa revue des AUium des Indes, de Chine et du Japon. 

Voyons si les documents historiques et linguistiques confirment 
une origine uniquement du sud-ouest de la Sibérie. 

L'Ail est cultivé depuis longtemps en Chine sous le nom de 
Suan, On l'écrit en chinois par un signe unique, ce qui est ordinai- 
rement l'indice d'une espèce très anciennement connue et même 
spontanée *. Les flores du Japon ^ n'en parlent pas, d'où je pré- 
sume que l'espèce n'était pas sauvage dans la Sibérie orientale 
et la Daourie,mais que les Mongols l'auraient apportée en Chine. 

D'après Hérodote (Hist., 1. 2, c. i2o), les anciens Egyptiens en 
faisaient grand usage. Les archéologues n'en ont pas trouvé la 
preuve dans les monuments, mais cela tient peut-être à ce que 
la plante était réputée impure par les prêtres *. 

Il existe un nom sanscrit, Mahoushouda ', devenu Loshoun en 
bengali, et dont le nom hébreu Schoum^ Schumin *®, qui a pro- 
duit le Thoum ou Toum des Arabes, ne paraît pas éloigné. Le 
nom basque, Baratchouria^ a été rapproché des noms aryens 
par M. de Charencey **. A l'appui de son hypothèse, je airaî 
que le nom berbère, Tiskert, est tout différent, et que par consé- 
quent les Ibères paraissent avoir reçu la plante et son nom des 
Aryens plutôt que de leurs ancêtres probables du nord de 
l'Afrique. Les Lettons disent KiplohkSy les Esihoniens Krunslauk, 
d'où probablement le Knoblauch des Allemands. L'ancien nom 

1. Kunth. Enum., 4, p. 381. 

2. Schwemfùrth et Ascherson, Aufzàhlung, p. 294. 

3. Ledebour, Flora altaica, 2, p. 4; Flora rossica, 4, p. 162. 

4. Regel, Allior. monogr., p. 44. 

5. Baker, dans Joum. of. bot., 1874, p. 295. 

6. Bretschneider, Study and valite, etc., p. 15, 47 et 7. 

7. Thunberg, FI. jap.; Franchet et Savatier, Enumevatio, 1876, vol. 2. 



82 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS PARTIES SOUTERRAINES 

grec paraît avoir été Scorodon, en grec moderne S cordon. Les 
noms chez les Slaves d'Illyrie sont Bili^ Cesan. Les Bretons 
disent Quinen J. Les Gallois Crafy Cenhinen ou Garlleg^ d'où 
le Garlic des Anglais. L'Allium des Latins a passé dans les 
langues d'origine latine *. Cette grande diversité de noms fait 
présumer une ancienne connaissance de la plante et même 
une ancienne culture dans l'Asie occidentale et en Europe. 
D'un autre côté, si l'espèce n'avait existé que dans le pays 
des Kirghis, où on la trouve maintenant, les Aryas auraient pu 
la cultiver et l'avoir transportée dans l'Inde et en Europe ; mais 
alors pourquoi tant de noms celtiques, slaves, grecs, latins, diffé- 
rents du sanscrit ? Pour expliquer cette diversité, il faudrait sup- 
Eoser une extension de la patrie primitive vers l'ouest de l'ha- 
itation connue aujourd'hui, extension qui aurait été antérieure 
aux migrations des Aryas. 

Si le genre Allium était une fois, dans sa totalité, l'objet d'un 
travail aussi sérieux que celui de J. Gay sur quelques-unes de ses 
espèces ^, on trouverait peut-être que certaines formes sponta- 
nées en Europe, comprises par les auteurs dans les A, arena- 
rium L., ou A,arenarium Sm., ou A. ScorodoprasumL., ne sont 
que des variétés de l'A. sativum. Alors tout concorderait ; les 
peuples les plus anciens d'Europe et de l'Asie occidentale auraient 
cultivé l'espèce telle qu'ils la trouvaient depuis la Tartarie 
jusqu'en Espagne, en lui donnant des noms plus ou moins diffé- 
rents. 

Oignon. — Allium Cepa, Linné. 

Je dirai d'abord ce qu'on savait en 1855 *. J'ajouterai ensuite 
des observations botaniques récentes qui confirment ce qu'on 
pouvait présumer d'après les données hnguistiques. 

L'Oignon est une des espèces le plus anciennement cultivées. 
Son habitation primitive est inconnue, d'après Kunth ^. Voyons 
s'il est possible de la découvrir. Les Grecs modernes appellent 
Krommudi l'AUium Gepa, qu'ils cultivent beaucoup®. G est une 
bonne raison pour croire que le Krommuon de Théophraste ^ est 
la même espèce , comme les auteurs du xvi® siècle le pensaient 

1. Davies, Welsh botanology. 

2. Tous ces noms vulgaires se trouvent dans mon dictionnaire compilé 
par Moritzi, d'après les flores. J'aurais pu en citer un plus grand nomnre 
et mentionner des étymologies probables d'après les philologues, par 
exemple d'après l'ouvrage de Hehn, Kulturpflanzen -aus Asien, p. 171 et 
suivantes; mais ce n'est pas nécessaire pour indiquer le fait crorigines^ 
géographiques multiples et de la culture ancienne en divers pays. 

3. Annales des se. nat., 3» série, vol. 8. 

4. A. de CandoUe, Géogr. bot, raisonnée, 2, p. 828, 

5. Kunth, Enum., 4, p. .394. 

6. Fraas, Syn. fl, class,, p. 291. 

7. Théophraste?, HisL^ 1. 7, c. 4. 



OIGNON 53 

déjà ^ Pline ^ traduisait ce mot par Cœpa. Les anciens en con- 
naissaient plusieurs variétés, qu'ils distinguaient par des noms de 
pays : Gyprium, Gretense, Samothraciae, etc. On en cultivait une 
en Egypte ', si excellente qu'elle recevait des hommages, 
comme une divinité, au grand amusement des Romains *. Les 
Egyptiens modernes désignent l'A. Gepa sous le nom de Basai ^ 
ou Bussul ^, d'où il est probable que le Betsalim ou Bezalim des 
Hébreux est bien la même espèce, comme le disent les commen- 
tateurs ^. Il y a des noms sanscrits tout à fait différents : Palandu^ 
Latarka, Sukandaka ®, et une foule de noms indiens modernes. 
L'espèce est généralement cultivée dans l'Inde, en Gochinchine, 
en Chine ^, et même au Japon *^. Les anciens Egyptiens en fai- 
saient une grande consommation. Les dessins de leurs monu- 
ments montrent souvent cette espèce '*. Ainsi la culture remonte 
dans l'Asie méridionale et dans la région orientale de la mer 
Méditerranée à une époque partout très reculée. En outre, les 
noms chinois, sanscrits, nébreux, grecs et latins n'ont pas de 
connexité apparente. De ce dernier fait, on peut déduire l'hy- 
pothèse que la culture aurait été imaginée après la séparation 
des peuples indo-européens, l'espèce se trouvant à portée dans 
divers pays à la fois. Ge n'est pourtant pas l'état , actuel des 
choses, car on trouve à peine des indices vagues de la qualité 
spontanée de l'A. Cepa. Je n'en ait point découvert dans les 
flores européennes ou du Caucase ; mais Hasselquist ** a dit : « Il 
croit dans les plaines près de la mer, aux environs de Jéricho. » 
Le docteur Wallich a mentionné dans sa Liste de plantes in- 
diennes, no 5072, des échantillons qu'il a vus dans des localités du 
Bengale, sans dire qulls fussent cultivés. Cette indication, quoi- 
que peu suffisante, l'ancienneté des noms sanscrits et hébreux 
et les communications qu'on sait avoir existé entre les peuples 
de rinde et les Egyptiens me font présumer que l'habitation 
était vaste dans l'Asie occidentale, s'étendant peut-être de la 
Palestine à l'Inde. Des espèces voisines, prises quelquefois pour 
ie Cepa, existent en Sibérie *^. 

On connaît mieux maintenant les échantillons recueillis par 
les botanistes anglo-indiens dont Wallich avait donné une pre- 



1. J. Baiihin, Hist., 2, p. 548. 

2. Pline, Hist., 1. 19, c. 6. 

3. Plioe, 1. c. 

4. Juvenalis, Sat., 15. 

5. Forskal, p. 65. 

6. Ainslies, Mat. med. Ind., 1, p. 269. 

7. Hiller, Hieroph., 2, p. 36 ; Rosenmûller, Handb. bibl. Alterk.^ 4, p. 96. 

8. Piddington, Index; Ainslies, /. c. 

9. Roxburgh, FI. ind., 2; Loureiro, FI. cochinch., p. 249. 

10. Thanberg, FI. jap.y p. 132. 

11. Unger, Pflanzen d. Alt. j^gypt., p. 42, fig. 22, 23, 24. 

12. Hasselquist, Voy. and trav., p. 279. 

13. Ledebour, FI. ross., 4, p. 169. 



84 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS PARTIES SOUTERRAINES 

mière notion. Stokes a découvert VAllium Cepa indigène dans 
le Belouchistan. Il dit : « Sauvage sur le Chehil Tun. » Griffith Ta 
rapporté de l'Afghanistan et Thomson de Lahore, sans parler 
d'autres collecteurs qui ne se sont pas expliqués sur la nature 
spontanée ou cultivée*. M. Boissier possède un échantillon spon- 
tané recueilli dans les régions mon tueuses du Khorassan. Les 
ombelles sont plus petites que dans la plante cultivée, mais d'ail- 
leurs il n'y a pas de difTérence. Le D^ Regel fils l'a trouvé au 
sud de Kuldscha, Sibérie occidentale ^. Ainsi mes conjectures 
d'autrefois sont tout à fait justifiées; et il n'est pas improbable 
que l'habitation s'étende jusqu'en Palestine, comme le disait 
Hasselquist. 

L'Oignon est désigné en Chine par un caractère unique (or- 
thographié Tsung)^ ce qui peut faire présumer une ancienne 
existence à titre de plante indigène ^. Je doute cependant beau- 
coup que l'habitation s'étende aussi loin vers Test. 

Humboldt ^ dit que les Américains connaissaient de tout temps 
les oignons, en mexicain XonacatL « Gortès, dit-il en parlant des 
comestibles qui se vendaient sur le marché de l'ancien Tenoch- 
titlan, cite des oignons, des poireaux et de l'ail. » Je ne puis 
croire cependant que ces divers noms s'appliquent à nos espèces 
cultivées en Europe. Sloane, dans le xvii« siècle, n'avait vu 
qu'un seul Allium cultivé à la Jamaïque (A. Cepa), et c'était dans 
un jardin, avec d'autres légumes d'Europe ^. Le mot Xonacati 
n'est pas dans Hermandez, et J. Acosta * dit expressément que 
les Oignons et les Aulx du Pérou sont originaires d'Europe. Les 
espèces du genre Allium sont rares en Amérique. 

Ciboule commune. — Allium fistulosum, Linné. 

Pendant longtemps, cette espèce a été mentionnée dans les 
flores et les ouvrages d'horticulture comme étant d'une origine 
inconnue ; mais les botanistes russes lont trouvée sauvage en 
Sibérie, vers les monts Altaï, du pays des Kirghis au lac 
Baïcal '. 

Les anciens ne la connaissaient pas ^. Elle doit être arrivée 
en Europe par la Russie, dans le moyen âge ou peu après. Un 
auteur du xvi® siècle, Dodoens ®, en a donné une figure, peu 
reconnaissable, sous le nom de Cepa oblonga, 

1. Aitchison, A catalogue of the plants of Punjab and Sindh, iii-8, 1869, 
p. 19 ; Baker, dans Journal of bot., 1874, p. 295. 

2. m. hortic, 1877, p. 167. 

3. Bretschneider, Study and value, etc, p. 47 et 7. 

4. De Humboldt, Nouv.-Esp.j 2* édit., 2, p. 476. 

5. Sloane, Jam., 1, p. 75. 

6. Acosta, Hist. nat, des Indes, trad. franc., p. 165. 

7. Ledebour, Flora rossica, 4, p. 169. 

8. Lenz, Botanik dei^ ait Griechen und Rœme?', p. 295, 

9. Dodoens, Pemptades, p. 687. 



ÉCnALOTE 55 

Echalote. — AlHum Ascalonicum, Linné. 

On croyait, sur le dire de Pline S que le nom était tiré de la 
ville d'Ascalon, en Judée ;mais M. le D** E. Fournier * pense que 
Fauteur latin s'est trompé sur le sens du mot Askalônion de 
Théophraste. Quoi qu'il en soit, ce nom s'est conservé dans nos 
langues modernes sous la forme d'Echalote en français, Chalote 
en espagnol, Scalogno en italien, Aschafuch ou Escklauck en 
allemand, etc. 

En 1855, j'avais parlé de cette espèce de la manière suivante ' : 

« D'après Roxburgh *, on cultive beaucoup V AlHum Ascalo- 
nicum dans l'Inde. On lui attribue le nom sanscrit de Pulandoo 
(prononcez Poulandou)^ mot presque identique avec Palandxi^ 
attribué à V AlHum Cepa ^, Evidemment la distinction entre ces 
deux espèces n'est pas claire dans les ouvrages indiens ou anglo- 
indiens. 

« Loureiro dit avoir vu V AlHum Ascalonicum cultivé en Go- 
chinchine ®, mais il ne cite pas la Chine, et Thunberg n'indique 

Ï>as cette espèce au Japon. Ainsi, vers la région orientale de 
'Asie, la culture n'est pas générale. Ce fait et le doute sur le 
nom sanscrit me font croire qu'elle n'est pas ancienne dans 
l'Asie méridionale. Malgré le nom de l'espèce, je ne suis pas 
persuadé qu'elle existât non plus dans l'Asie occidentale. Rau- 
wolf, Forskal et Delile ne l'indiquent pas en Sibérie, en Arabie 
et en Egypte. Linné ' cite Hasselquist comme ayant trouvé l'es- 
pèce en Palestine. Malheureusement il ne donne pas de détails 
sur la localité ni sur la condition de spontanéité. Dans les 
Voyages de Hasselquist ®, je vois un Cepa montana croissant au 
mont Thabor et sur une montagne voisine ; mais rien ne prouve 
que ce soit l'espèce. Dans son article sur les Oignons et Aulx 
des Hébreux (p. 290), il ne mentionne que V AlHum Cepa, puis 
les Porrum et sativum, Sibthorp ne l'a pas trouvé en Grèce *, et 
Fraas ne l'indique pas comme cultivé actuellement dans ce 
pays ^^. D'après Koch ", il s'est naturalisé dans les vignes près 
de Fiume. Toutefois M. de Visiani " n'en parle que comme cul- 
tivé en Dalmatie. 

« D'après l'ensemble des faits, je suis amené à l'idée que l'A/- 



1. Pline, HisL, 1. 19, c. 6. 

2. Il doit en parier dans une publication intitulée Cibaria, qui va 
paraître. 

3. Géographie bot. raisonnée, p. 829. 

4. Roxburgh, FI. ind., éd. 1832, vol. 2. p. 142. 

5. Piddington, Index. 

6. Loureiro, FI. cochinch., p. 251. 

7. Linné, Species, p. 429. 

8. Hasselquist, Voy. and trav., 1766, p. 281, 282. 

9. Sibthorp, Prodr, 

10. Fraas, Syn. fl. class., p. 291. 

11. Koch, Synops. fl. Germ., 2« éd., p. 833. 

12. Visiani, Flora dalmat., p. 138. 



86 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS PARTIES SOUTERRAINES 

Hum Ascalonicum n'est pas une espèce. Il suffit, pour concevoir 
des doutes sur son existence primitive, de voir que : -1° Théo- 
phraste et les anciens, en général, en ont parlé comme d'un état 
de YAlHum Cepa, ayant même importance que les variétés culti- 
vées en Grèce, en Thrace et ailleurs; 2° on ne peut pas prouver 
qu'il existe à l'état sauvage ; 3» on le cultive peu ou point 
dans les pays où l'on présume qu'il a pris naissance, comme la 
Syrie, l'Egypte, la Grèce; 4° il est ordinairement sans fleurs, d'où 
venait le nom de Cepa sterilis, donné par G. Bauhin, et la multi- 
plicité des caïeux se lie tout naturellement à ce fait ; 5° lorsqu'il 
fleurit, les organes de la fleur sont semblables à ceux du Cepa^ 
ou du moins on n'a pas découvert de difi'érence jusqu'à pré- 
sent, et, d'après Koch *, la seule différence est d'avoir la hampe 
et les feuilles moins renflées, quoique fîstuleuses. » 

Telle était mon opinion ^. Les faits publiés depuis 1855 ne dé- 
truisent pas mes doutes. Ils les justiflent au contraire. M. Regel, 
en 1875, dans sa monographie des Allium, déclare qu'il a vu 
l'échalote seulement à l'état cultivé. Aucher Eloy a distribué 
une plante de l'Asie Mineure sous le nom d'A. Ascalonicum 
(n° 2012), mais d'après mon échantillon ce n'est certainement 
pas cette espèce. M. Boissier me donne l'information qu'il n'a 
jamais vu l'A. Ascalonicum en Orient et n'en a pas dans son 
herbier. La plante de Morée portant ce nom dans la flore de 
Bory et Ghaubard est une espèce toute différente, nommée par 
lui A. gomphrenoides, M. Baker ' dans sa revue des Allium des 
Indes, de laGhine et du Japon, cite l'A. Ascalonicum dans des 
localités du Bengale et du Punjab, d'après des échantillons de 
Griffith et d'Aitchison ; mais il ajoute : « Probablement ce sont 
des plantes cultivées. » Il rapporte h. V Ascalonicum V Allium 
Sulvia Ham., du Népaul, plante peu connue et dont la qualité 
de spontanée est incertaine. L'échalote produit beaucoup de 
caïeux qui peuvent se propager ou se conserver dans le voisi- 
nage des cultures et induire en erreur sur l'origine. 

En définitive, malgré le progrès des investigations botaniques 
en Orient et dans l'Inde, cette forme d'Alîium n'a pas été 
trouvée sauvage d'une manière certaine. Elle me paraît donc 
plus que jamais une modification du Cepa, survenue à peu près 
au commencement de l'ère chrétienne, modification moms con- 
sidérable que beaucoup de celles qu'on a constatées pour d'au- 
tres plantes cultivées, par exemple dans les choux. 

Rocambole. — Allium Scorodoprasum^ Linné, 
Si l'on jette les yeux sur les descriptions et la synonymie de 
l'A. Scorodoprasum dans les ouvrages de botanique depuis Linné 

1 . Koch, Synops. fl. Germ. 

2. A. de Candolle, Géogr. bot. raisonnée, p. 829. 
S.Baker, dans/owm. ofbot,, 1874, p. 295. 



CIBOULETTE 57 

jusqu'à nos jours, on verra que le seul point sur lequel s'accor- 
dent les auteurs est le nom vulgaire de Rocambole, Quant aux 
caractères distinctifs, tantôt ils rapprochent et tantôt ils éloi- 
gnent la plante de VAllium sativum. Avec des définitions aussi 
différentes, il est très difficile de savoir dans quel pays se trouve, 
à Tétat sauvage, la plante bien connue cultivée sous le nom de 
Rocambole. D'après MM. Cosson et Germain, elle croît aux envi- 
rons de Paris *. D'après Grenier et Godron *, la même forme 
croît dans Test de la France. M. Burnat dit avoir trouvé Tespèce 
bien spontanée dans les Alpes-Maritimes, Il en a donné des 
échantillons à M. Boissier. MM. Willkomm et Lange ne la re- 
gardent pas comme spontanée en Espagne ^, quoique F un des 
noms français de la plante cultivée soit Ail ou Echalote d'Espa- 
gne, Beaucoup d'autres localités européennes me paraissent 
douteuses, vu l'incertitude sur les caractères spécifiques. Je note 
cependant que, d'après Ledebour *, la plante qu'il nomme A, 
Scorodoprasum est très commune en Russie, depuis la Finlande 
jusqu'en Grimée. M. Boissier en a reçu un échantillon de la Do- 
brutscha, communiqué par le botaniste Sintenis. L'habitation 
naturelle de l'espèce viendrait donc toucher à celle de VAllium 
sativum, ou bien une étude attentive de toutes les formes 
prouvera qu'une seule espèce, comprenant plusieurs variétés, 
s'étend sur une grande partie de l'Europe et de ses confins en 
Asie. 

La culture de la Rocambole ne parait pas très ancienne. Il 
n'en est pas question dans les ouvrages sur la Grèce et Rome, ni 
dans rénumération des plantes recommandées par Gharlemagne 
aux intendants de ses jardins ^. Olivier de Serres n'en parle pas 
non plus. On ne peut citer qu'un petit nombre de noms vulgaires, 
originaux, chez des peuples anciens. Les plus distincts sont dans 
le nord : Skovlôg en Danemark, Keipe et Rackenboll en Suède ^. 
Rockenbolle, d'où vient le nom français, est allemand. Il n'a pas 
le sens qui lui est attribué par Littré. Son étymologie est Bx)lle, 
oignon, croissant parmi les rochers, Rocken '^, 

[f Ciboulette, Civette. — Allium Schœnoprasum, Linné. 

L'habitation de cette espèce est très étendue dans l'hémi- 
sphère boréal. On l'indique dans toute l'Europe, de la Corse ou 
la Grèce jusqu'à la Suède méridionale; en Sibérie jusqu'au 
Kamtschatka, et aussi dans l'Amérique septentrionale, mais seu- 

i. Cosson et Germain, Flore, 2, p. 553. 

2. Grenier et Godron, Flore de France^ 3, p. 197. 

3. Willkomm et Lange, Prodr. fl. hisp.^ 1, p. 885. 

4. Ledebour, Flora rossica, 4, p. 163. 

5. Le Grand d'Aussy, Histoire de la vie des Français, vol. 1, p. 122. 

6. Nemnich, Polyglott, Lexicon, p. 187. 

7. Nemnich, /. c. 



88 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS PARTIES SOUTERRAINES 

lement près des lacs Huron, Supérieur et plus aii nord *, cir- 
constance assez singulière, comparée à l'habitation européenne. 
La forme qui se trouve dans les Alpes est la plus rapprochée de 
celle qu'on cultive ^, 

Les anciens devaient certainement connaître l'espèce, puis- 
qu'elle est sauvage en Italie et en Grèce. Targioni croit que c'est 
le Scorodon Schiston de Théophraste, mais il s'agit de mots 
sans descriptions, et les auteurs spéciaux dans l'interprétation 
des textes grecs, comme Fraas et Lenz, ont la prudence de ne 
rien affirmer. Si les noms anciens sont douteux, le fait de la 
culture à cette époque Test encore plus. Il est possible qu'on eût 
l'habitude de récolter la plante dans la campagne. 

Golocase. — Arum esculentum^ Linné. — Colocasia anti- 
quorum^ Schott ^. 

On cultive cette espèce, dans les localités humides de la plu- 
part des pays intertropicaux, à cause du renflement de la partie 
mférieure de la tige, qui forme un rhizome comestible, analogue 
à la partie souterraine des Iris. Les pétioles et les jeunes feuilles 
sont utilisés accessoirement comme légume. 

Depuis que les différentes formes de l'espèce ont été bien 
classées et qu'on possède des documents plus certains sur les 
flores du midi de l'Asie, on ne peut plus douter que cette plante 
ne soit spontanée dans l'Inde, comme le disait jadis Roxburgh*, 
et plus récemment Wight *, et autres ; à Geylan ®, à Sumatra "^ 
et dans plusieurs îles de l'archipel indien ^. 

Les livres chinois n'en font aucune mention avant un ou- 
vrage de l'an 100 de notre ère ®. Les premiers navigateurs 
européens l'ont vue cultivée au Japon et jusqu'au nord de la 
Nouvelle-Zélande *^ , par suite probablement d'introductions 
anciennes sans coexistence certame avec des pieds sauvages. 
Lorsqu'on jette des fragments de la tige ou du tubercule ils 
se naturalisent aisément au bord des cours d'eau. C'est peut- 
être ce qui est arrivé aux îles Fidji et au Japon, d'après les 
localités indiquées par les auteurs **. On cultive la Golocase çà 

1. Asa Gray, Botany ofnorthern States, éd. 5, p. 534. 

2. De Candolle, Flore française, 4, p. 227. 

3. Arum Mgyptium, Columna, Ecphrasis 2, p. 1, tab. 1 ; Rumphias, Am- 
hoin.y vol. 5, lab. 109. — Arum Colocasia et A. esculentum, Linné. — Colo- 
casia antiquomfn, Schott, Melet., 1, 18; Engler in D, C, Monogr, Phaner., 
2, p. 491. 

4. Roxburgh, FI. ind., 3, p. 495. 

5. Wight, Icônes, t. 786. 

6. Thwaites, Enum, plant. Zeytan., p. 335. 

7. Miquel, Sumatra, p. 258. 

8. Runiphius, Amboin., vol. 5, p. 318. 

9. Bretschneider, On the study and value of chinese botanical works, p. 12. 

10. Fors ter. Planta escul.,ja. 58. 

11. Franchet et Savatier, Enum., p. 8; Seemann, Flora Vitiensis, p. 284. 



COLOCASE 89 

et là aux Antilles et ailleurs dans TAmérique tropicale, mais 
beaucoup moins qu'en Asie ou en Afrique, et sans la moindre 
indication d'une origine américaine. 

Dans les pays où l'espèce est spontanée, il y a des noms vul- 
gaires, quelquefois très anciens, qui diffèrent complètement les 
uns des autres, ce qui confirme une origine locale. Ainsi le 
nom sanscrit est Kuchoo (prononcez Koutschou), qui subsiste 
dans les langues modernes de l'Inde, par exemple dans le 
bengali*. A Geylan, la plante sauvage se nomme Gahala, la 
plante cultivée Kandalla *. Les noms malais sont Kelady ^, 
Tallus, Tallas, Taies ou Taloes *^ duquel vient peut-être le nom 
si connu des 0-taïtiens et Novo-Zélandais de Tallo ou Tarro ^, 
aux îles Fidji Dalo •. Les Japonais ont un nom tout à fait distinct, 
Imo ', qui montre une existence très ancienne, soit originelle 
soit de culture. 

Les botanistes européens ont connu la Golocase d'abord par 
l'Egypte, où elle est cultivée depuis un temps qui n'est peut-être 
pas très reculé. Les monuments des anciens Egyptiens n'en 
ont fourni aucun indice, mais Pline ^ en a parlé sous le nom 
d'Arum jEgyptium, Prosper Alpin l'avait vue dans le xvi^ siècle 
et en parle longuement ^. 11 dit que le nom dans le pays est 
Culcas, qu'il faut prononcer Coulcas, et que Delile *° a écrit Qolkas 
et Koul/cas. On aperçoit dans ce nom arabe des Egyptiens 
quelque analogie avec le sanscrit Koutschou, ce qui appuie 
Phypothèse, assez probable, d'une introduction de l'Inde ou de 
Geylan. De L'Ecluse *^ avait vu la plante cultivée en Portugal, 
comme venant d'Afrique, sous le nom Alcoleaz, évidemment 
d'origine arabe. Dans quelques localités du midi de l'Italie où 
l'espèce a été naturalisée, elle se nomme Aro di Egitto^ selon 
Parlatore *^ 

Le nom Colocasia donné par les Grecs à une plante dont la 
racine était employée par les Egyptiens peut venir évidemment 
de Colcas, mais par transposition à une autre plante que le vrai 
Golcas. En effet, Dioscoride l'applique à la Fève d'Egvpte ou 
Nelumbium *^, qui a une grosse racine ou plutôt un rhizome, 
dans le sens botanique, assez filandreux et mauvais à manger. 

1. Roxburgh, /. c. 

2. Tbwaites, /. c. 

3. Rumphius, /. c. 

4. Miquel, Sumatra^ p. 258 ; Hasskarl, CataL horti bogor, alter, p. 55. 

5. Forster, l. c. 

6. Seemann, /. c. 

7. Franchet et Savatier, /. c. 

8. Pline, Hist., 1. 19, c. 5. 

9. Alpinus, Hist. Mgypt. naturalisa éd. 2, vol. 1, p. 166 ; 2, p. 192. 

10. Delile, Flora Egygt ilL, p. 28. De la Colocase des anciens, br. in-8, 1846. 

11. Clusius, Historia, 2, p. 75. 

12. Parlatore, FI. ital., 2, p. 255. 

13. Prosper Alpinus, /. c; Coliimna; Delile, Ann, du Mus., 1, p. 375, De la 
colocase des anciens ; Reynier, Economie des Egyptiens, p. 321. 



60 PLANTES CULTIVÉES ï>OUR LEURS PARTIES SOUTERRAINES 

Les deux plantes sont très différentes, surtout par la fleur. 
L'une est une Aracée, l'autre une Nymphéacée; l'une est de la 
classe des Monocotylédones , l'autre des Dicotylédones. Le 
Nelumbium , originaire de l'Inde, a cessé de vivre en Egypte, tandis 
que la Golocase des botanistes modernes s'est conservée. S'il y a 
eu confusion chez les auteurs grecs, comme cela paratt probable, 
il faut l'expliquer par le fait que le Colcas fleurit rarement, du 
moins en Egypte. Au point de vue de la nomenclature bota- 
nique il importe peu qu'on se soit trompé jadis sur les plantes 
qui devaient s'appeler Golocase. Heureusement, les noms scien- 
tifiques modernes ne s'appuient pas sur les définitions douteuses 
des anciens, et il suffît de dire aujourd'hui, si l'on tient aux 
étymologies, que Golocasia vient de Colcas, à la suite d'une 
erreur. 

Alocase à grande racine. — Alocasia macrorrhiza Schott. 
— Arum 7nacrorr1iizum^ Linné [FL ZeyL, 327). 

Cette Aracée, que Schott rapportait tantôt au genre Golocasia 
et tantôt à l'Alocasia, et dont la synonymie est bien plus com- 
pliquée qu'il ne semble d'après les noms indiqués ci-dessus *, est 
cultivée moins souvent que la Golocase ordinaire, mais de la 
même façon et à peu près dans les mêmes pays. Ses rhizomes 
atteignent la longueur d'un bras. Ils ont une saveur acre bien 
prononcée, qu'il est indispensable de faire disparaître au moyen 
de la cuisson. 

Les indigènes d'0-Taïti la nomment Apé et ceux des îles des 
Amis Kappe *. A Ceylan, le nom vulgaire est Habara^ d'après 
Thwaites ^ Elle a d'autres noms dans l'archipel indien, ce qui 
fait présumer une existence plus ancienne que les peuples 
actuels de ces régions. 

La plante paraît sauvage surtout dans l'île d'0-Taïti *. Elle 
l'est aussi à Ceylan, d'après M. Thwaites, qui a herborisé long- 
temps dans cette île. On l'indique encore dans l'Inde ^ et même 
en Australie ®, mais sans affirmer la qualité de plante sauvage, 
toujours difficile à établir pour une espèce cultivée au bord des 
ruisseaux et qui se propage par caïeux. En outre, elle est quel- 
quefois confondue avec le Coîocasia indica Kunth, qui végète de 
la même manière, qu'on trouve çà et là dans les cmtures, et qui 
se voit, spontanée ou naturalisée, dans les fossés ou les ruis- 
seaux de l'Asie méridionale, sans que son histoire soit encore 
bien connue. 



1. Voir Engler, dans nos Monographie Phanerogainirriy 2, p. 502. 

2. Forster, De plantis esculentis insularum Oceani australis, p. 58. 

3. Thwaites, Enum. plant. Zeyl., 336. 

4. Nadeaud, Enum, des plantes indigènes^ p. 40. 
^. Engler, /. c. 

■6. Bentham, Flora austral 8, p. 155. 



IGNAMES 61 

KoDjak. — Amorphophallus Konjak, C. Koch. — Amorpho- 
phallus Jtivieri, du Hieu, var. Konjak, Engler ^ 

Le Konjak, cultivé en grand par les Japonais, et sur lequel 
le Dr Vidal a donné des détails agricoles très complets dans le 
Bulletin de la Société d'acclimatation de îuillet 1877, est une 

Klante bulbeuse de la famille des Aracées. Elle est considérée par 
[. Engler comme une variété de TAmorphophallus Rivieri, de 
Cochinchine, dont les journaux d'horticulture ont donné plusieurs 
figures depuis quelques années *. On peut la cultiver dans le 
midi de l'Europe, à la manière des Dahlias, comme une sorte de 
curiosité ; mais, pour apprécier la valeur comestible des bulbes, 
il faudrait leur faire subir la préparation au lait de chaux, usitée 
par les Japonais, et s'assurer du produit en fécule pour une 
surface donnée. 

M. Vidal n'a pas de preuve que la plante du Japon soit sau- 
vage dans le pays. Il le suppose d'après le sens du nom vulgaire, 
qui est, dit-il, Konniyakou ou Yamagonnivakou, Yama signi- 
fiant montagne. MM. Franchet et Savatier ** n'ont vu la plante 
que dans les jardins. La forme cochinchinoise, qu'on croit de la 
même espèce, est venue par les jardins, sans qu'on puisse affir- 
mer qu'elle soit sauvage dans le pays. 

Ignames. — Dioscorea sativa, D, Batatas^ D, japonica et 
Z>. alata. 

Les Ignames , plantes monocotylédones , de la famille des 
Dioscorées, constituent le genre vioscorea, dont les botanistes 
ont décrit à peu près deux cents espèces, répandues dans tous les 
pays intertropicaux ou subtropicaux. Elles ont ordinairement 
des rhizomes, c'est-à-dire des tiges ou ramifications de tiges sou- 
terraines, plus ou moins charnues, qui grossissent quand la 
partie aérienne et annuelle de la plante est près de finir *. Plu- 
sieurs espèces sont cultivées en divers pays pour ces rhizomes 
farineux, qu'on mange cuits, comme les pommes de terre. 

La distinction botanique des espèces a toujours offert des diffi- 
cultés, parce que les fleurs mâles et femelles sont sur des indi- 
vidus différents et que les caractères à tirer des rhizomes et du 
bas des tiges aériennes ne se voient pas dans les herbiers. Le 
dernier travail d'ensemble est celui deKunth ^, qui date de 1850. 
Il devrait être revu, à cause des nombreux échantillons rapportés 
par les voyageurs depuis quelques années. Heureusement, lors- 



1. Engler, dans DC. Monogr, Phaner., vol. 2, p. 313. 

2. Gardener's Chronicle, 1873, p. 610; Flore des serres et Jardins ^ t. 1958» 
1959 ; Hooker, Bot. mag., t. 6195. 

3. Franchet et Savatier, Enum. plant, Japonix, 2, p. 7. 

4. M. Sagot, Buli de la Soc. bot. de France^ 1871, p. 306, a très bien 
décrit la manière de végéter et la culture des ignames, telle qu'il les a obser- 
vées & Cavenne. 

5. Kuntn, Enumeratio, vol. 5. 



62 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS PARTIES SOUTERRAINES 

qu'il s'agit de Torigine des espèces cultivées, certaines considéra- 
tions historiques et linguistiques peuvent guider, sans qu'il soit 
absolument besoin de connaître et d'apprécier les caractères bo- 
taniques de chacune. 

Roxburgh énumère plusieurs Dipscoreas * cultivés dans l'Inde, 
mais il n'en a trouvé aucun à l'état sauvage, et ni lui ni Pid- 
dington * ne citent des noms sanscrits. Ce dernier point fait pré- 
sumer une culture peu ancienne, ou jadis peu répandue dans 
l'Inde, provenant soit d'espèces indigènes encore mal définies, 
soit d'espèces étrangères cultivées ailleurs. Le nom générique 
bengali et hindou est Aloo (prononcez A/om), précédé d'un nom 
spécial pour chaque variété ou espèce, par exemple Kam Aloo, 
pour Dioscorea alata. L'absence de noms distincts dans chaque 
province fait encore présumer une culture peu ancienne. A Geylan 
M. Thwaites * indique six espèces spontanées, et il ajoute que 
les Dioscorea saliva L., D, alata L., et D, purpurea Roxb, sont 
cultivés dans les jardins, mais non sauvages. 

U Igname de Chine, Dioscorea Batatas de Decaisne *, cultivé 
en grand par les Chinois, sous le nom de Sain-In et introduit 
par M. de Montigny dans les jardins d'Europe, où il reste comme 
un légume de luxe, n'a pas été trouvé sauvage en Chine jusqu'à 
présent. D'autres espèces moins connues sont aussi cultivées 
par les Chinois, en particulier le Chou-Yu, Tou-Tchou, Chan-Yu, 
mentionné dans leurs anciens ouvrages d'agriculture et qui a 
des rhizomes sphériques (au lieu des fuseaux pyriformes du 
D. Batatas). Les noms signifient, d'après Stanislas Julien, Arum 
de montagne, par où l'on peut inférer une plante véritablement du 
pays. Le D"" Bretschneider ^ indique trois Dioscoreas comme 
4îultivés en Chine {Dioscorea Batatas, alata, saliva), et il ajoute : 
« Le Dioscorea est indigène en Chine, car ij est mentionné dans le 
plus ancien ouvrage de matière médicale, celui de l'empereur 
Schen-nung. » 

Le Dioscorea japonica, Thunberg, cultivé au Japon, a été ré- 
colté aussi dans les taillis de localités diverses, sans qu'on sache 
positivement, disent MM. Franchet et Savatier *, jusqu'à quel 
point il est indigène ou répandu par un effet de la culture. Une 
autre espèce, plus souvent cultivée au Japon, se propage çà et 
là dans la campagne, d'après les mêmes auteurs. Ils la rappor- 
tent au Dioscorea sativa de Linné, mais on sait que l'illustre 
Suédois avait confondu plusieurs espèces asiatiques et améri- 
caines sous ce nom, qu'il faut ou abandonner, ou restreindre à 

1 . Ce sont les D. globosa, alata, rubella, purpurea, fasciculata, dont deux 
ou trois paraissent de simples variétés. 

2. Pidaington, Index. 

3. Thwaites, Envm. plant, Zeylan, p. 326. 

4. Decaisne, Histoire et culture de tlgname de Chine, dans Revue horti- 
cole, 1" juillet et déc. 1853 ; Flore des serres et jardins X, pi. 971. 

î). Bretschneider, Study and value of chinese botanical works, p. 12. 
6. Franchet et Savatier, Enum, plant, Japonia, 2, p. 47. 



IGNAMES 63 

Tune des esçèces de TArchipel indien. Si l'on adopte ce dernier 
parti, le vrai D. sativa serait la plante cultivée à Geylan, dont 
Linné avait eu connaissance, et que Thwaites nomme effective- 
ment Dioscorea sativa^ Linné. Divers auteurs admettent l'identité 
de la plante de Geylan avec d'autres cultivées au Malabar, à 
Sumatra, à Java, aux Philippines, etc. Blume * prétend que le 
D. sativa L., auquel il attribue la planche 51 de Rheede (Ma- 
labar, vol. 8), croît dans les lieux humides des montagnes de Java 
et du Malabar. Il faudrait, pour ajouter foi à ces assertions, que 
la question de l'espèce eût été étudiée soigneusement, d'après des 
échantillons authentiques. 

L'Igname la plus généralement cultivée dans les îles de la mer 
Pacifique, sous le nom de Ubi (prononcez Oubi), est le Dioscorea 
alata de Linné. Les auteurs des xvii® et xviir siècles en parlent 
comme étant très répandue à Taïti, à la Nouvelle-Guinée, aux 
Moluques, etc. ^ On en distingue plusieurs variétés, suivant la 
forme des rhizomes. Personne ne prétend avoir trouvé cette 
espèce à l'état sauvage, mais la flore des îles d'où elle est proba- 
blemenl originaire, en particulier celle des Gélèbes, de la Nouvelle- 
Guinée, etc., est encore peu connue. 

Transportons-nous en Amérique. Là aussi, plusieurs espèces 
de ce genre croissent spontanément, par exemple au Brésil, dans 
la Guyane, etc., mais il semble que les formes cultivées ont été 
plutôt introduites. En effet, les auteurs indiquent peu de variétés 
ou espèces cultivées (Plumier une, Sloane deux), et peu de noms 
vulgaires. Le plus répandu est Yam^ Igname ou inhame, qui 
est d'origine africaine, suivant Hugues, ainsi que la plante cul- 
tivée de son temps aux Barbades ^. 

Le mot Yam^ d'après lui, signifie manger^ dans les idiomes de 
plusieurs des nègres de la côte de Guinée. Il est vrai que deux 
voyageurs plus rapprochés de la découverte de l'Amérique, cités 
par M. de Humboldt *, auraient entendu prononcer le nom 
d Igname sur le continent américain : Vespucci, en 1497, sur la 
côte de Paria; Gabral, en 1500, au Brésil. D'après celui-ci, le 
nom s'appliquait à une racine dont on faisait du pain, ce qui 
convienarait mieux au Manioc et me fait craindre une erreur, 
d'autant plus qu'un passage de Vespucci, cité ailleurs par M. de 
Humboldt ^, montre la confusion qu'il faisait entre le Manioc et 
rigname. Le D, Cliffbrtiana Lam. croît sauvage au Pérou ^ et 
au Brésil ', mais il ne m'est pas prouvé qu'on le cultive. Presl 

1. Blume, Enum. plant, Javse, p. 22. 

2. Forster, Plant, esculent.^ p. 56; Rumphius, Amboin.^ vol. o, pi. 120, 
121 etc. 

3! Hughes, Hist. nat, Barb-., p. 226 et 1750. 

4. De Humboldt, Nouv, Esp,, 2« éd., vol. 2, p. 468. 

5. De Humboldt, ihid», p. 403. 

6. Hsenke, dans Presly Rel., p. 133. 

7. Martius^ Flora brasiliensis, V, p. 43. 



64 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS PARTIES SOUTERRAINES 

dit « verosimiliter colitur », et le Flora brasiliensis ne parle pas 
de culture. 

Dans la Guyane française, d'après le D"" Sagot *, on cultive 
surtout le Discorea triloba Lam, appelé Igname indien, qui est 
répandu aussi au Brésil et aux Antilles. Le nom vulgaire fait 
présumer une origine du pays, tandis qu'une autre espèce, D. 
Cayennensls Kunth, aussi cultivée à la Guyane, mais sous le nom 
d'Igname pays-nègre^ aurait été plutôt apportée d'Afrique, opi- 
nion d'autant plus vraisemblable que sir W. Hooker assimile 
au />. Cayennensls Tlgname cultivée en Afrique au bord du 
Nun et du Quorra ^. Enfin V Igname franche de la Guyane est. 
selon M. Sagot, le D, alata^ introduit de Tarchipel malais et de 
rOcéanie. 

En Afrique, il y a moins de Dioscoreas indigènes qu'en Asie ou 
en Amérique, et la culture des Ignames est moins répandue. Sur 
la côte occidentale, on ne cultive qu'une ou deux espèces d'après 
Thonning ^. Lockhard, au Congo, n'en avait vu qu'une et dans 
un seul endroit *. Pour l'île Maurice, Bojer ^ énumère 4 espèces 
cultivées, qu'il dit originaires d'Asie, et une, le /). bulbifera Lam., 
qui serait de l'Inde, si le nom est exact. Il prétend qu'elle est venue 
de Madagascar et s'est répandue dans les forêts, hors des plan- 
tations. A Maurice, elle porte le nom de Cambare marron. Or 
Cambare se rapproche assez du nom indien Kam, et marron 
indique une plante échappée des cultures. Les anciens Egyptiens 
ne cultivaient pas d'Ignames, ce qui fait présumer une culture 
moins ancienne dans l'Inde que celle de la Golocase. Forskal et 
Delile ne mentionnent pas d'Ignames cultivées en Egypte à l'épo- 
que moderne. 

En résumé, plusieurs Dioscoreas sauvages en Asie (surtout dans 
l'archipel asiatique) et d'autres, moins nombreux, croissant en 
Amérique et en Afrique, ont été introduits dans les cultures comme 
plantes alimentaires, à des époques probablement moins reculées 
que beaucoup d'autres espèces. Cette dernière conjecture repose 
sur l'absence de nom sanscrit, sur la faible extension géogra- 
phique des cultures et la date, qui ne paraît pas très ancienne, 
des habitants des îles de la mer Pacifique. 

Arro"W-root. — Maranla aymndinacea^ Linné. 

Plante de la famille des Scitaminées, voisine du genre Canna^ 
dont les drageons souterrains * produisent l'excellente fécule 
appelée arrow-root. On la cultive aux Antilles et dans plusieurs 
autres pays intertropicaux de l'Amérique continentale. Elle a 

\. Sagot, Bull. Soc. bot. France, 1871, p. 305. 

2. Hooker, Flora nignt., p. 53. 

3. Thonning, Plantée guineenses, p. 447, 

4. Brown, Congo, p. 49. 

5. Bojer, Hortus mauritianus. 

6. Voir la description de Tusaac, Flore des Antilles, 1, p. 183. 



ARROW-ROOT 65 

•été introduite aussi dans l'ancien monde, par exemple sur la 
côte de Guinée ^ . 

Le Maranta arundinacea est certainement américain. D'après 
les indications de Sloane 2, il avait été apporté de la Dominique 
aux Barbades et de là à la Jamaïque, ce qui fait présumer qu'il 
«l'est pas originaire des Antilles. Le dernier auteur qui ait étudié 
le genre Maranta, Kôrnicke ^, a vu plusieurs échantillons re- 
cueillis à la Guadeloupe, à Saint-Thomas, au Mexique, dans 
l'Amérique centrale, à la Guyane et au Brésil ; mais il ne s'est 
pas occupé de savoir s'ils venaient de plantes spontanées, culti- 
vées ou naturalisées. Les collecteurs ne l'indiquent presque 
jamais, et l'on manque pour le continent américain, excepté 
pour les Etats-Unis, de flores locales et surtout de flores faites 
par des botanistes ayant résidé dans le pays. D'après les ou- 
vrages publiés, je vois l'espèce indiquée comme cultivée *, ou 
venant dans les plantations ^, ou sans aucune explication. Une 
localité du Brésil, dans la province peu habitée de Matto 
grosso, citée par Kôrnicke, fait présumer l'absence de culture. 
Seemann * indique l'espèce dans les endroits exposés au soleil 
près de Panama. 

On cultive aussi aux Antilles une espèce, Maranta indica^ que 
Tussac dit avoir été apportée de l'Inde orientale. Kôrnicke lui 
rapporte le M, ramosissima de Wallich, trouvé à Sillet, dans 
l'Inde, et pense que c'est une variété du M. arundinacea. Sur 
trente-six espèces plus ou moins connues du genre Maranta, une 
trentaine au moins sont d'Amérique. Il est donc assez impro- 
bable que deux ou trois autres soient asiatiques. Jusqu'à ce que 
la Flore de l'Inde anglaise de sir J. Hooker soit achevée, ces ques- 
tions sur les espèces de scitaminées et leurs origines seront très 
obscures. 

Les Anglo-Indiens tirent de l'arrow-root d'une autre plante de 
la même famille qui croît dans les forêts du Deccan et au Ma- 
labar^ le Curcuma angustifolia Roxhurgh '^. Je ne sais si on la 
<5ultive. 

1. Hooker^ Nigei^ flora^ p. 331. 

2. Sloane, Jamaïca, 1707, vol. 1, p. 234. 

3. Dans^i^//. Soc. des natur. de Moscou^ 1862, vol. 1, p. 34. 

4. Aublet, Guyane^ 1, p. 3. 

0. Meyer, Flotta Esseguebo., p. H. 

6. Seemann, Boiaay of Heraldj p. 213. 

7. Roxbur^h, FI. indica^ 1, p. 31 ; Porter, The tropical agricultuvist, 
p. 241; Ainsbes, Materia medica, 1, p. 19. 



De Candolle. t 



o 



CHAPITRE II 



PLANTES CULTIVEES POUR LEURS TIGES OU LEURS FEUILLES- 



Article 1. — E.ég;uiiies. 

Chou ordinaire. — Brassica oleracea^ Linné. 

Le Chou, tel qu'il est figuré dans ÏFnglish botany^ t. 637, le 
Flora Danica^ t. 2056, et ailleurs, se trouve sur les rochers dti 
bord de la mer : i® dans Tîle de Laland en Danemark, Tile 
Heligoland, le midi de l'Angleterre et de l'Irlande, la Nor- 
mandie, les îles de Jersey et Guernesey et la Gharente-Infé^ 
rieure * ; 2° sur la côte septentrionale de la Méditerranée, 
près de Nice, Gênes et Lucques ^. Un voyageur du siècle der- 
nier, Sibthorp, disait l'avoir trouvé au mont Athos, mais aucun 
botaniste moderne ne l'a confirmé, et l'espèce parait étrangère 
à la Grèce, aux bords de la mer Caspienne, de même qu'à 
la Sibérie, où Pallas disait jadis l'avoir vue, et à la Perse ^. 
Non seulement les nombreux voyageurs qui ont exploré ces 
pays ne l'ont pas trouvée, mais les hivers paraissent trop 
rigoureux pour elle dans l'Europe orientale et la Sibérie. La 
distribution sur des points assez isolés, et dans deux régions 
différentes de l'Europe, peut faire soupçonner ou que des pieds 
en apparence indigènes seraient le résultât, dans plusieurs cas, 
d'une dissémination provenant des cultures *, ou que l'espèce 
aurait été autrefois plus commune et tendrait à disparaître. La 

1. Pries, Summa, p. 29 ; Nylander, Conspectus, p. 46 ; Bentham, Bandb, 
brit. flora^ éd. 4 p. 40 ; Mackay, FI. hibem., p. 28 ; Brebisson, Flore de 
Normandie, éd. 2, p. 18; Babington, Primitiœ fl. sarnicae,^, 8; Clavaud^ 
Floi^e de la Gironde^ I, p. 68, 

2. Bertoloni, Fl. ital.y 7, p. 146 ; Nylander, /. c. 

3. Ledebour, Fl. ross.\ Grisebach, Spicilegium fl. rumel; Boissier, FL 
or. y etc. 

4. Watson, si attentif aux questions de ce genre, doute de i'indigénat 
en Angleterre. (Compendium of the Cybele, p. 103), mais la plupart de» 
auteurs de flores britanniques l'admettent. 



LÉGUMES. — CHOU ORDINAIRE 67 

présence dans les îles de l'Europe occidentale est favorable à 
cette dernière hypothèse, mais l'absence dans celles de la mer 
Méditerranée lui est contraire * . 

Voyons si le^ données historiques et linguistiques ajoutent 
quelque chose aux faits de la géographie botanique. 

Et d'abord c'est en Europe que les variétés innombrables de 
choux se sont formées ^, principalement depuis les anciens 
Grecs. Théophraste en distinguait trois, Pline un nombre dou- 
ble, Tournefort une vingtaine, de Gandolle plus de trente. Ce 
n'est pas d'Orient que sont venues ces modifications, — nouvel 
indice d'une ancienne culture en Europe et d'une origine euro- 
péenne. 

Les noms vulgaires sont également nombreux dans les lan- 
gues européennes et rares ou modernes dans les asiatiques. 
Sans répéter une foule de noms que j'ai cités autrefois ^, je dirai 
qu'en Europe ils se rattachent à quatre on cinq racines dis- 
tinctes et anciennes : 

Kap ou Aaô, dans plusieurs noms celtiques et slaves. Notre 
nom français Cabus en dérive. L'origine est évidemment la même 
qae pour Caput, à cause de la forme en tète du chou. 

Cauly Kohl^ de plusieurs langues latines {CauliSy signifiant 
tige et chou), germaniques (Chôli en ancien allemand, Kokl en 
allemand moderne, Kaal en danois) et celtiques {Cal en irlan- 
dais, Kaol et Kol en breton) ^, 

Bresic , Bresych^ Brassic^ des langues celtiques ^ et latines 
(Brassica)^ d'où probablement Berza et Verza des Espagnols et 
Portugais, Varza des Roumains ^. 

Aza^ des Basques (Ibères), que M. de Gharencey ' regarde 
comme propre à la langue euskarienne, mais qui diffère peu 
des précédents. 

Kramhai^ Crambe, des Grecs et des Latins. 

La variété des noms dans les langues celtiques concorde avec 
l'existence de l'espèce sur les côtes occidentales d'Europe. Si les 
Aryens Celtes avaient apporté la plante d'Asie, ils n'auraient 
probablement pas inventé des noms tirés de trois sources diffé- 
rentes. Il est aisé d'admettre, au contraire, que les peuples 
aryens, voyant le Chou indigène et peut-être employé déjà en 

1. Les Brassica àalearica et Br, cretica sont vivafies, presque ligneux, 
non bisannuels. On s'accorde à les séparer du Br. oleracea. 

2. Aug. Pyr. de Gandolle a publié, sur les divisions et subdivisions du 
Brassica oleracea, un mémoire spécial (Transactions of tke hortic. Soc, 
vol. 5, traduit en allemand, et en français dans la Bihl. univ, agricult., 
vol. 8), qui est souvent cité comme un modèle dans ce genre. 

3. Alpn. de Gandolle, Géogr, bot. maisonnée, p. 839. 

4. Ad. Pictet, Les origines indo-européennes, éd. 2, vol. i, p. 380. 

5. Alph. de Gandolle, /. c. ; Ad. Pictet, /. c. 

6. Brandza, Pi^odr, fl romane, p. 122. 

7. De Gharencey, Recherches sur les noms basques, dans Actes de Ix So- 
ciété philologique, 1" mars 1869. 



68 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS TIGES OU FEUILLES 

Europe par les Ibères od les Ligures, ont créé des noms ou se 
sont servis de ceux des peuples plus anciens dans le pays. 

Les philologues ont rattaché le Krambai des Grecs au nom 
persan Karamby Karam^ Kalam. kourde Kalam, arménien Ga- 
ghamb * ; d'autres à une racine de la langue mère supposée des 
Aryens, mais ils ne s'accordent pas sur les détails. Selon Fick *, 
Karambha, dans la langue primitive indo-germanique, signifie 
« Gemusepflanze (légume), Kohi (chou), Karambha voulant dire 
tige, comme caulis. » Il ajoute que Karambha en sanscrit est le 
nom de deux légumes. Les auteurs anglo-indiens ne citent pas 
ce nom prétendu sanscrit, mais seulement un nom des langues 
modernes de l'Inde, Kopee '. Ad. Pictet, de son côté, parle du 
mot sanscrit Kalamba^ « tige de légume, appliqué au chou. » 
J'ai beaucoup de peine, je l'avoue, à admettre ces étymologies 
orientales du mot gréco-latin Crambe, Le sens du mot sanscrit 
est très douteux (si le mot existe), et, quant au mot persan, il 
faudrait savoir s'il est ancien. J'en doute, car, si le chou avait 
existé dans l'ancienne Perse, les Hébreux l'auraient connu *. 

Par tous ces motifs, l'espèce me paraît originaire d'Europe. 
La date de sa culture est probablement très ancienne, anté- 
rieure aux invasions aryennes, mais on a commencé sans doute 
par récolter la plante sauvage avant de la cultiver. 

Cresson alénois. — Lepidium sativum^ Linné. 

Cette petite Crucifère, usitée aujourd'hui comme salade, était 
recherchée dans les temps anciens pour certaines propriétés des 
graines. Quelques auteurs pensent qu'elle répond un Car- 
damon de Dioscoride ; tandis que d'autres appliquent ce nom à 
ÏErucaria aleppica ^. En l'absence de description suffisante, le 
nom vulgaire actuel étant Cardamon ^, la première des deux 
suppositions est vraisemblable. 

La culture de l'espèce doit remonter à des temps anciens et 
s'être beaucoup répandue, car il existe des noms très différents: 
en arabe Heschad, en persan Turehtezuk ^, en albanais, langue 
dérivée des Pelasges, Diéges *, sans parler de noms tirés de l'ana- 
logie de goût avec le cresson {Nasturtium officinale). Il y a des 
noms très distincts en hindoustani et bengali, mais on n'en con- 
naît pas en sanscrit ^. 

Aujourd'hui, la plante est cultivée en Europe, dans l'Afrique 

1. Ad. Pictet. /. c. 

2. Fick, Vorterb, d. indo-germ. Sprachen^ p. 34. 

3. Piddington, Index ; Ainsiies, Mat, méd, ind, 

4. Roseomûller, BibL Alterk., ne cite aucun nom. 

5. VoirFraas, Syn. fl. class., p. 120, 124; Lenz, Bot. rf. Alteny p. 617. 

6. Sibthorp, Proar. fl. graec, 2, p. 6; Heldreich, Nutzpfl, Griechenl., p. 47. 

7. Ainsiies, Mat. méd. ind., 1, p. 95. 

8. Heldreich, /. c, 

0. Piddington, Index; Ainsiies, /. c. 



LÉGUMES. — CRESSON. ~ POURPIER 69 

septentrionale, TAsie occidentale, l'Inde et ailleurs ; mais, d'où 
est-elle originaire ? C'est assez obscur. 

Je possède plusieurs échantillons recueillis dans l'Inde, où sir 
J. Hooker* ne regarde pas l'espèce comme indigène. Kotschy Ta 
rapportée de l'île Karek ou Karrak , du golfe Persique. L'éti- 
quette ne dit pas que ce fût une plante cultivée. M. Boissier^ en 
parle, sans ajouter aucune réflexion, et il mentionne ensuite des 
échantillons d'Ispahan et d'Jilgypte recueillis dans les cultures. 
Olivier est cité pour avoir vu le Cresson alénois en Perse, mais 
on ne dit pas si c'était à l'état vraiment spontané '. On répète 
dans les livres que Sibthorp l'a trouvé dans l'île de Chypre, et, 
quand on remonte à son ouvrage, on voit que c'était dans les 
champs *. Poech ne l'a pas mentionné à Chypre ^. Unger et 
et Kotschy ^ ne le disent pas spontané dans cette île. D'après 
Ledebour '', Koch l'a trouvé autour du couvent du Mont Ararat, 
Pallas près de Sarepta, Falk au bord de l'Oka, affluent du Volga; 
enfin H. Martius l'a cité dans sa flore de Moscou; mais on n'a 
pas de preuves de la spontanéité dans ces diverses localités. 
Lindemann *, en 1860, ne comptait pas l'espèce parmi celles 
de Russie, et, pour la Crimée, il l'indique seulement comme 
cultivée *. D'après Nyman *°, le botaniste Schur l'aurait trouvée 
sauvage en Transylvanie, tandis que les flores de l'Au triche- 
Hongrie ne citent pas Fv^spèce, ou la disent cultivée ou croissant 
dans les terrains cultivés. 

Je suis porté à croire, d'après l'ensemble de ces données plus 
ou moins douteuses, que la plante est originaire de Perse, d'où 
elle a pu se répandre, après l'époque du sanscrit, dans les jar- 
dins de l'Inde, de la Syrie, de la Grèce, de l'Egypte et jusqu'en 
Abyssinie ". 

Pourpier. — Portulaca oleracea, Linné. 

Le pourpier est une des plantes potagères les plus répandues 
dans l'ancien monde , depuis des temps très reculés. On l'a 
transportée en Amérique, où elle se naturalise, comme en 
Europe, dans les jardins, les décombres, au bord des che- 
mins, etc. C'est un légume plus ou moins usité, une plante offi- 
cinale et en même temps une excellente nourriture pour les 
porcs. 

1. Booker, FL brit. India, 1, p. 160. 

2. Boissier. FI. orient., vol. 1. 

3. De Candolle, Syst., 2, p. 533. 

4. Sibthorp et Smith, Prodr. fl. gi^œcœ, 2, p. 6. 

5. Poech, Enum. plant. Cypi^i^ 1842. 

6. Unger et Kotschy, Inseln Cypern, p. 331. 

7. Ledebour, F. ross., 1, p. 203. 

8. Lindemann, Index plant, in Ross.,, Bull. Soc. nat. ilfo^c., 1860, vol. 33. 

9. Lindemann, Prod7\ fl. Cherson. p. 21. 

10. Nyman, Conspectus fl. europ., 1878, p. 65. 

11. Schweinfurth, Beitr. fl. Mth., p. 270. 



70 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS TIGES OU FEUILLES 

On lui connaît un nom sanscrit, Lonica ou Lounia, qui se re- 
trouve dans les langues modernes de Tlnde *. Les noms grec 
Andrackne et latin Fortulaca sont tout autres, de même que le 
groupe des noms Cholza en persan, Khursa ou Koursa en hin- 
doustani, Kourfa Kara-or en arabe, en tartare, qui paraissent 
l'origine de Kurza-noga en polonais, Kurj-noha en bohème, 
Kreusel en allemand, sans parler du nom Schrucha des Russes 
et de quelques autres de l'Asie orientale *. Il n'est pas néces- 
saire d'être linguiste pour voir certaines dérivations dans ces 
noms, indiquant que les peuples asiatiques dans leurs migra- 
tions diverses ont transporté leurs noms de la plante ; mais cela 
ne prouve pas qu'ils l'aient transportée elle-même. Ils peuvent 
l'avoir reconnue dans les pays où ils arrivaient. D'un autre côté 
l'existence de trois ou quatre racines différentes fait présumer 
que des peuples européens antérieurs aux migrations des Asia- 
tiques avaient déjà des noms pour l'espèce, et que celle-ci, par 
conséquent, est très ancienne en Europe comme en Asie. 

L'état cultivé, naturalisé autour des cultures ou spontané est 
bien difficile à connaître pour une plante si répandue et qui se 
propage facilement au moyen de ses petites graines; en nombre 
immense. 

A l'est du continent asiatique, elle ne paraît pas aussi ancienne 
que dans l'ouest, et jamais les auteurs ne disent que ce soit une 
plante spontanée ^. Dans l'Inde, c'est bien différent. SirJ. Hooker 
dit * : Croissant dans l'Inde jusqu'à 5000 p. dans l'Himalaya. II 
indique aussi dans le nord-ouest de l'Inde la variété à tige 
dressée qu'on cultive, avec l'ordinaire, en Europe. Je ne trouve 
rien de positif sur les localités de Perse, mais on en mentionne 
de si nombreuses et dans des pays si peu cultivés, sur les bords 
de la mer Caspienne, autour du Caucase, et même dans la Russie 
méridionale ^, qu'il est difficile de ne pas admettre Tindigénat 
dans cette région centrale d'où les peuples asiatiques ont envahi 
l'Europe. En Grèce, la plante est spontanée aussi bien que cul- 
tivée ^. Plus loin, vers l'ouest, en Italie, etc., on recommence à 
trouver dans les flores pour toute indication les champs, les 
jardins, les décombres et autres stations suspectes ^. 

Ainsi les documents linguistiques et botaniques concourent à 
faire regarder l'espèce comme originaire de toute la région qui 
s'étend de l'Himalaya occidental à la Russie méridionale et la Grèce. 

1. PiddingtoD, Index to indian plants. 

2. Nemnich, Polygl. Lexicon Naturgesch., % p. 1047. 

3. Loureiro, FI. Cochinch. 1, p. 359 ; Franchet et Savatier, Enum. plant 
Japon., i, p. 53; Bentham, Fl. Hongkong^ p. 127. 

4. Hooker, Fl. brit. Ind., 1, p. 240. 

5. Ledebour, FL ross., 2, p. 145. Lindemann, Prodr. fl. Chers., p. 74, 
dit : fn desertis et arenosis inter Cherson et Berislaw, circa Odessam. 

6. LeDz, Bot. d. Alt., p. 632 ; Heldreich, Fl. attisch. Ebene, p. 483. 

7. Bertol., ^7. it.^ v. 5 ; Gussone, Fl. sic, vol. 1 ; Moris, Fl. sard,, v. 2; 
Willkomm et Lange, Prodr. fl. hisp.^ v. 3. 



LÉGUMES. — CÉLERI — CERFEUIL 71 

Tétragone étalée. — Tetragonia expama^ Munray. 

Les Anglais appellent cçtie plante Epmard de la Nouvelle-Zé- 
iande^ parce qu elle avait été rapportée de ce pays et cultivée 
par sir Joseph Banks, lors du célèbre voyage du capitaine 
Gook, C'est une plante singulière, sous deux points de vue. 
D'abord elle est la seule espèce cultivée qui provienne de la 
Nouvelle-Zélande; ensuite elle appartient à une famille de 
plantes ordinairement charnues, les Ficoïdes, dont aucune autre 
«spèce n'est employée. Les horticulteurs * la recommandent, 
•comme un léçume annuel, dont le goût est à peu près celui de 
l'Epinard, mais qui supporte mieux la sécheresse et devient par 
ce motif une ressource dans la saison où TEpinard fait défaut. 

Depuis le voyage de Gook, on Ta trouvée sauvage, principale- 
aiient sur les côtes de la mer, non seulement à la Nouvelle-Zé^ 
lande, mais en Tasmanie, dans le sud et Touest de TAustralie, 
au Japon et dans TAmérique australe *. Reste à savoir si, dans 
ces dernières localités, elle n'est pas naturalisée, car elle est in- 
diquée près des villes, au Japon et au Chili '. 

Céleri caltivé. — Apium graveolens, Linné. 

Comme beaucoup d'Ombellifères, des lieux humides, le Céleri 
«auvage a une habitation étendue. Il existe depuis la Suède 
jusqu'à l'Algérie, l'Egypte, TAbyssinie, et en Asie depuis le 
Caucase jusque dans le Belouchistan et les montagnes de l'Inde 
anglaise *. 

Il en est question déjà dans V Odyssée, sous le nom de Selinon, 
et dans Théophraste ; mais plus tard Dioscoride et Pline ^ dis- 
tinguent le Céleri sauvage et le Céleri cultivé. Dans celui-pi, on 
fait blanchir les feuilles, ce qui diminue beaucoup l'amertume. 
L'ancienneté de la culture fait comprendre pourquoi les variétés 
de jardin sont nombreuses. Une des plus différentes de l'état 
naturel est le Céleri rave, dont la racine charnue se mange 
€uite. 

Cerfeuil. — Scandix Cerefolium^ Linné. -^ Anthriscus Cere» 
folium^ Hoffmann. 

Il n'y a pas longtemps que l'origine de cette petite Ombel- 
ilifère, si commune dans nos jardins, était inconnue. Gomme 

1. Boianical magazine, t. 2362; Bon jardinier^ 1880, p. 567. 

2. Sir J. Hooker, Handbook of New Zealand flora, p. 84 ; Bentham, Flo7'a 
australiensis, 3, p. 327; Franchet et Savatier, Enum. plant. Japonix, 
1, p. 177. 

3. Cl. Gay, Flora chilena, 2, p. 468. 

4. Friea, Summa veget. Scandinavie ; Munby, CataL Alger, ^ p. 11 ; 
£oissier, Flora orientalis, 2, p. 856 ; Schweinfurth et Ascherson, Aufzàhlung^ 
p. 272 ; Hooker, Flora of brii, India, 2 p. 679. 

5. Dioscoride, Mat med.j l. 3, c. 67, 68; Pline, HisL, 1. 19, c. 7, 8; Lenz, 
Bot d, alten Gi^iechen und Bœmery p. 557. 



72 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS TIGES OU FEUILLES 

beaucoup d'espèces annuelles, on la voyait paraître dans les 
décombres, les bords de haies, les .terrains peu cultivés, et 
Ton ne savait pas s'il fallait la regarder comme spontanée. Dans 
l'Europe occidentale et méridionale, elle semble adventive, plus 
ou moins naturalisée; mais, dans le sud-est dé la Russie et dans 
l'Asie occidentale tempérée, elle parait spontanée. Steven * l'in- 
dique dans « les bois de la Grimée, çà et là ». M. Boissier * a reçu 
plusieurs échantillons des provinces au midi du Caucase, de 
Turcomanie et des montagnes de la Perse septentrionale, loca- 
lités probablement naturelles de l'espèce. Elle manque aux 
flores de l'Inde et de TAsie orientale. 

Les auteurs grecs n'en ont pas parlé. La première mention 
chez les anciens est dans Golumelle et Pline ', c'est-à-dire au 
commencement de l'ère chrétienne. On la cultivait. Pline l'ap- 
pelle Cerefolium. Probablement l'espèce s'était introduite dans 
le monde gréco-romain depuis Théophraste, c'est-à-dire dans le 
laps des trois siècles qui ont précédé l'ère actuelle.* 

PersiL — Petroselinum sativum, Moench 

Cette Ombellifère bisannuelle est sauvage dans le midi de 
l'Europe, depuis l'Espagne jusqu'en Macédoine. On l'a trouvée 
aussi à Tlemcen en Algérie et dans le Liban *. 

Dioscoride et Pline en ont parlé sous le nom de Pet?'oselinon 
et Petroselinum^ mais comme d'une plante sauvage et ofBci- 
nale ^. Rien ne prouve qu'elle fût cultivée de leur temps. 
Dans le moyen âge Gharlemagne la comptait parmi les plantes 
qu'il ordonnait de cultiver dans ses jardins *. Olivier de Serres, 
au xvie siècle, cultivait le Persil. Les jardiniers anglais l'ont reçu 
en 1548 ^ 

Quoique la culture ne soit pas ancienne et importante, il s'est 
produit déjà deux races, qu'on appellerait des espèces, si on les 
voyait à l'état spontané : le Persil à feuilles frisées et celui dont 
la racine charnue est comestible. 

Ache ou Maceron. — Smyrnium Olus-atrum^ Linné. 

De toutes les Ombellifères servant de légumes, celle-ci a été 
une des plus communes dans les jardins pendant environ quinze 
siècles, et maintenant elle est abandonnée. On peut suivre ses 
commencements et sa fin. Théophraste en parlait comme d'une 
plante officinale sous le nom de Ippos e linon ^ mais trois cents an» 

1. Steven, Verzeichniss iaurischen Halbinseln, p. 183. 

2. Boissier, Flora orient.^ 2, p. 913. 

3. Lenz, Botanik der alten Griechen und Rœmer, p. 572. 

4. Munby, Catal. Alger., éd. 2, p. 22; Boissier, Flora orientalis, 2 p., 857- 

5. Dioscorides, Mat, médical 1. 3, c. 70 ; Pline, Hist., 1. 20, c. 12. 

6. La liste de ces plantes est dans Meyer, Geschichte der Botanik j 3, 
p. 401. " 

7. Phillips, Companion to kitchen garden, 2, p. 35. 



LÉGUMES. — PERSIL. — ACHE. — MACHE. — ARTICHAUT 73 

plus tard Dioscoride * dit qu'on en mangeait la racine ou les 
feuilles, à volonté, ce qui fait supposer une culture. Les Latins 
l'appelaient Olus-atrum^ Charlemagne Olisatum, et il ordon- 
nait d'en semer dans ses fermes ^. Les Italiens Font beaucoup 
employée, sous le nom de Macerone '. A la fin du xviii» siècle, 
la tradition existait en Angleterre que cette plante était jadis 
cultivée ; ensuite les horticulteurs anglais ou français n'en par- 
lent plus *. 

Le Smyrnium Olus-atrum est spontané dans toute l'Europe 
méridionale, en Algérie, en Syrie et dans l'Asie Mineure ". 

Mâche ou Doucette. — Valerianella oHtoria, Linné. 

Cultivée fréquemment pour salade, cette plante annuelle, de 
la famille des Valérianées, se trouve à l'état spontané dans toute 
l'Europe tempérée jusqu'au 60^ degré environ, dans l'Europe 
méridionale, aux îles Canaries, Madère et Açores, dans le nord 
de l'Afrique, l'Asie Mineure et les environs du Caucase ^. Elle y 
est souvent dans les terrains cultivés , aux abords des vil- 
lages, etc., ce qui rend assez difficile de savoir où elle existait 
avant d'être cultivée. On la cite cependant, en Sardaigne et en 
Sicile, dans les prés et pâturages de montagnes ^. Je soupçonne 
qu'elle est originaire de ces îles seulement, et que partout ailleurs 
elle est adventive ou naturalisée. Ce qui me le fait penser, c'est 
qu'on n'a découvert chez les auteurs grecs ou latins aucun nom 
qui paraisse pouvoir lui être attribué. On ne peut même citer,, 
d'une manière certaine, aucun botaniste du moyen âge ou du 
xvi° siècle qui en ait parlé. Il n'en est pas question non plus 
parmi les légumes usités en France au xvii^ siècle, d'après le 
Jardinier français de 1651 et l'ouvrage de Laurenberg, Horticul- 
tura (Francfort, 1632). La culture et même l'emploi de cette 
salade paraissent donc modernes, ce qui n'avait pas été re- 
marqué. 

Gardon. — Cynara Cardunculus^ Linné . 

Artichaut. — Cynaî^a Scolymus, Linné. — C. CardunculuSy 
var. sativa, Moris. 
Depuis longtemps, quelques botanistes ont émis l'idée que 

1. Theophrastes, Hist.y 1. 1, 9; 1. 2, 2; I. 7, 6 ; Dioscorides, Mat. med.. 
I. 3, c. 71. 

2. E. Meyer, Geschichte der Botanik, 3, p. 401. 

3. Targioni, Cenni storici, p. 58. 

4. English botany, t. 230; Phillips, Companion to the kitchen garden; Le 
bon jardinier. 

5. Boissier, Flora orientalis, 2, p. 927. 

6. Krok, Monographie des Valerianella, Stockolm, 1864, p. 88 ; Boissier, 
Flora 07nent.f 3, p. 104. 

7. Bertoloni, Flora ital., 1, p. 185; Moris, Flora sardoa, 2, p. 314; Gussone, 
Synopsis fl. Siculse, éd. 2, vol. 1, p. 30. 



74 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS TIGES OU FEUILLES 

l'artichaut est probablement une forme obtenue, par la cul- 
ture, du Cardon sauvage *. Aujourd'hui, de bonnes obser- 
vations en ont donné la preuve. Moris *, par exemple, ayant 
cultivé, dans le jardin de Turin, la plante spontanée de Sar- 
daigne à côté de l'Artichaut, afOrme qu'on ne pouvait plus les 
distinguer par de véritables caractères. MM. Wilkomm et 
Lange ^, qui ont bien observé, en Espagne, la plante spontanée 
et l'Artichaut qu'on y cultive, ont la même opinion, D'iulleuES 
l'Artichaut n'a pas été trouvé hors des jardins, et comme la 
région de la Méditerranée, patrie de tous les Cynara, a été 
explorée à fond, on peut affirmer qu'il n'existe nulle part spon- 
tané. 

Le Gardon dans lequel il faut comprendre le C, koî^rida, de 
Sibthorp, est indigène à Madère et aux Gamaries, dans les mon- 
tagnes du Maroc près de Mogador, dans le midi et l'orient de 
la péninsule ibérique, le midi de la France, de l'Italie, de la 
Grèce et dans les îles de la mer Méditerranée, jusqu'à celle de 
Chypre *. Munby ^ n'admet pas le C. Cardunculus comme 
spontané en Algérie, mais bien le Cynara humilis Linné, qui est 
considéré par quelques auteurs comme une variété. 

Le Gardon cultivé varie beaucoup au point de vue de la 
division des feuilles, du nombre des épines et de la taille, diver- 
sités qui indiquent une ancienne culture. Les Romains man-. 
geaient le réceptacle qui porte les fleurs, et les Italiens le man- 
gent aussi sous le nom de glrello. Les modernes cultivent le 
Gardon pour la partie charnue des feuilles, usage qui n'est pas 
i^ncore introduit en Grèce ^. 

L'Artichaut présente moins de variétés, ce qui appuie Topinion 
qu'il est une dérivation obtenue du Gardon. Targioni % dans un 
excellent article sur cette plante, raconte que l'Artichaut a été 
apporté de Naples à Florence en 1466, et il prouve que les 
anciens, même Athénée, ne connaissaient pas l'Artichaut, mais 
seulement les Gardons sauvages et cultivés. Il faut citer cepen- 
dant, comme indice d'ancienneté dans le nord de l'Afrique, la 
circonstance que les Berbères ont deux noms tout à fait particu- 
liers pour les deux plantes : Addad pour le Gardon, Taga pour 
l'artichaut ^. 

On croit que les Kactos, Kinara et ScoHmos des Grecs et le 

1. Dodoens, Hist, plant, p. 724; Linné, Species, p. 1159; de Gandolle' 
Frodromus, 6, p. 620. 

2. Moris, Flora sardoa, 2, p. 61. 

.3. Willkomm et Lange, Prodr. fl. hisp.^ 2, p. 180. 

4. Webb, PhyL Canar., 3, sect. 2, p. 384; Bail, Spicilegium fl. maroçc, 
p. 524 ; Willkomm et Lange, /. c. ; Bertoloni, fl. ital., 9 p. 86 ; Boissiw, 
fl. orient., 3, p. 357 ; Unger et Kotschy, Insein Cypern, p. 246. 

5. Munby, CataL, éd. 2. 

6. Heldreich, Nutzpflanzen Griechenland^s, p. 27. 

7. Targioni, Cenm storici, p. 52. 

8. Dictionnaire français-berbère, publié par le gouvernement, 1 vol. in-8. 



LÉGUMES. — LAITUE 75 

Carduus des horticulteurs romains étaient le Cynara Cardun- 
culus *, quoique la description la plus détaillée, celle des Théo- 
phraste, soit assez confuse. « La plante, disait-il, croît en 
Sicile » ce qui est encore vrai; et il ajoutait : « non en Grèce. » 11 
est donc possible que les pieds observés de nos jours dans ce 
pays soient le résultat de naturalisations par le fait des cultures. 
D'après Athénée * le roi d'Egypte Ptolomée Euergètes, du 
II® siècle avant Jésus-Christ, avait trouvé en Lybie une grande 
quantité de Kinara sauvages, dont ses soldats avaient profité. 

Malgré la proximité de l'habitation naturelle de l'espèce je 
doute beaucoup que les anciens Egyptiens aient cultivé le Gardon 
ou l'artichaut. Pickering et Unger ^ ont cru le reconnaître dans 
quelques dessins des monuments ; mais les deux figures que 
Unger regarde comme le plus admissibles me paraissent extrê- 
mement douteuses. D'ailleurs on ne connaît aucun nom hébreu, 
et les Juifs auraient probablement parlé de ce légume s'ils 
l'avaient vu en Egypte. L'extension de l'espèce doit s être faite 
en Asie assez tardivement. 11 y a un nom arabe, Hirschuff ou Ker- 
schouffei un nom persan, Kunghir *, mais pas de nom sanscrit, 
et les Hindous ont pris le nom persan Kunjir ^, ce qui montre 
l'époque tardive de l'introduction. Les auteurs chinois n'ont 
mentionné aucun Cynara ^. En Angleterre, la culture de l'Arti- 
chaut n'a été introduite qu'en 1548 ^ L'un des faits les plus 
curieux dans l'histoire du Cynara Cardunculus est sa naturali- 
sation, dans le siècle actuel, sur une vaste étendue des pampas 
de Buenos-Ayres, au point de gêner les communications ^. Il 
devient incommode également au Chili ®. On ne dit pas que 
l'Artichaut se naturalise de cette manière nulle part, ce qui est 
encore l'indice d'une origine artificielle. 

Liaitiie. — Lactuca Scariola, var. sativa. 

Les botanistes s'accordent à considérer la laitue cultivée 
comme une modification de l'espèce sauvage appelée Lactuca 
Scariola *®. 



!. Theophrastes, Hiitt,^ 1. 6, c. 4 ; Pline, Hist., 1. 19, c. 8 ; Lenz, Botanik 
der cUten Griechen und Rœmer, p. 480. 

2. Athénée, Deipn,, 2, 84. 

3. Pickering, Ùhronol. arrangement, p. 71 ; Unger, Pflanzen des alten 
JSgyptens, p. 46, fig. 27 et 28. 

4. Âinslies, Mat. méd. ind., 1, p. 22. 

5. Piddington, Index. 

6. Bretschneider, Study, etc., et Lettres de 1881. 

7. Phillips, Companion to the kitchengarden^ p. 22. 

8. Aug. de Saint-Hilaire, Plantes remarq. du Brésil, Introd., p. 58 ; Darwin, 
Animais and plants under domestication, 2, p. 34. 

9. Cl. Gay, Flora chilena, 4, p. 317. 

10. L'auteur qui a examiné cette question avec le plus de soin est Bis- 
chofif, dans ses Beitràge zur flora Deutschlands und dei" Schweiz, p. 184. 
Voir aussi Moris, FI. sardoa, 2, p. 330. 



76 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS TIGES OU FEUILLES 

Celle-ci croît dans l'Europe tempérée et méridionale, aux îles 
Canaries et Madère *, en Algérie *, en Abyssinie ' et dans 
l'Asie occidentale tempérée. M. Boissier en cite des échantillons 
de l'Arabie Pétrée jusqu'à la Mésopotamie et le Caucase *. Il 
mentionne une variété à feuilles crispées, par conséquent ana- 
logue à certaines laitues de nos jardins , que le voyageur 
Hausknecht lui a apportée d'une montagne du Kurdistan. J'ai un 
échantillon de Sibérie, près du fleuve Irtysch, et on sait main- 
tenant d'une manière certaine que l'espèce croît dans l'Inde 
septentrionale, du Cachemir au Nepaul ^. Dans tous ces pays, 
elle est souvent près des cultures ou dans les décombres, mais 
souvent aussi dans des rocailles, des taillis ou des prés, comme 
une plante bien spontanée. 

La laitue cultivée se sème fréquemment dans la campagne, 
hors des jardins. Personne, à ma connaissance, ne l'a suivie 
dans ce cas pendant quelques générations ou n'a essayé de 
cultiver le Z. Scariola sauvage, pour voir si le passage d'une 
forme à l'autre est facile. Ils se pourrait que l'habitation pri- 
mitive de l'espèce se fût étendue par la diffusion de laitues 
cultivées faisant retour à la forme sauvage. Ce qui est connu, 
c'est l'accroissement du nombre des variétés cultivées, de[)uîs 
environ 2000 ans. Théophraste en indiquait trois ^; Le Bon jar- 
dinier^ de 1880, une quarantaine, existant en France. 

Les anciens Grecs et les Romains cultivaient la laitue, sur- 
tout comme salade. En Orient, la culture remonte peut-être 
à une époque plus ancienne. Cependant, d'après les noms vul- 
gaires originaux, soit en Asie, soit en Europe, il ne semble pas 
que cette plante ait été généralement et très anciennement 
cultivée. On ne cite pas de nom sanscrit, ni hébreu, ni de la 
langue reconstruite des Aryens. Il existe un nom grec, Tridax; 
latin, Lactuca ; persan et hindoustani, Kahu^ et l'analogue arabe 
Chuss ou Chass, Le nom latin existe aussi, légèrement modifié, 
dans plusieurs langues slaves et germaniques *^, ce qui peut 
signifier ou que les Aryens occidentaux l'ont répandu, ou que 
la culture s'est propagée plus tard, avec le nom, du midi au 
nord de l'Europe. 

Le D*" Bretschneider a confirmé ma supposition * que la 
Laitue n'est pas très ancienne en Chine et qu'elle y a été intro- 
duite de l'ouest. Il dit que le premier ouvrage où elle soit men- 
tionnée date de 600 à 900 de notre ère ^ 

1. Webb, Phytoar, canar,, 3, p. 422 ; Lowe, FL of Madeii^a, p. 544. 

2. Mnnbjr, Catal., éd. 2, p. 22, sous le nom de L. sylvestins. 

3. Schweinfurth et Ascherson, Aufzàhlung ^ p. 285. 

4. Boissier, FI. orient,, 3, p. 809. 

5. Glarke, Compos, indicx, p. 263. 

6. Theophrastes, 1. 7, caj). 4. 

7. Nemnich, Polygl. Lexicon. 

8. A. de Candolle, Géogr. bot. rais,, p. 843. 

P. Bretschneider, Stuay and value of chinese botanical works, p. 17. 



LÉGUMES. — CHICORÉES 77 

Chicorée sauvage. — Cichonum Intyôusy Linné. 

La Chicorée sauvage, vivace, qu'on cultive comme légume, 



ue 1 I}iUrU|JC «Jiicutaic a X xxigAxaujLsi/Ciii et ic AJCiuuuiiisiclll , UailS 

le Punjab et le Cachemir ^ et de la Russie au lac Baïkal en 
Sibérie *. La plante est certainement spontanée dans la plupart 
de ces pays; mais, comme elle croît souvent au bord des chemins 
et des champs, il est probable qu'elle a été transportée par 
rhomme en d'ehors de sa patrie primitive. Ce doit bien être le 
cas dans Tlnde, car on ne cite aucun nom sanscrit. 

Les Grecs et les Romains employaient cette espèce, sauvage et 
cultivée **, mais ce qu'ils en disent est trop abrégé pour être clair. 
D'après M. de Heldreich, les Grecs modernes emploient sous le 
nom général de Lachana, comme légume et salade, dix-sept 
Cichoracées différentes, dont il donne la liste ^. Selon lui, l'espèce 
ordinairement cultivée est le Cichorium divaricatum, Schousboe 
(C.pumilum, Jacquin), mais il est annuel, et la Chicorée dont 
parl^ Théophraste était vivace. 

Chicorée Endive. — Cichoriu7n Endivia^ Linné. 

Les Chickorées blanches, Endives ou Scarole, des jardins, se dis- 
tinguent du Cichorium Intybus en ce qu'elles sont annuelles et 
d'une saveur moins amère. En outre, les lanières de leur aigrette 
au-dessus de la graine sont quatre fois plus longues, et inégales, 
au lieu d'être égales. Aussi longtemps qu'on comparait cette 
plante avec le C. Intybus, il était difficile de ne pas admettre 
deux espèces. On ne connaissait pas l'origine du C. Endivia. 
Lorsque nous reçûmes, il y a quarante ans, des échantillons d'un 
Cichorium de l'Inde appelé par Hamilton C, Cosmia, ils nous 
parurent tellement semblables à l'Endive que nous eûmes l'idée 
de voir l'origine de celle-ci dans l'Inde, comme on l'avait quel- 
quefois supposé ^ ; mais les botanistes anglo-indiens disaient, et 
ils affirment de plus en plus, que la plante indienne est seule- 
ment cultivée ^. L'incertitude continuait donc sur l'origine géo- 
graphique. Dès lors, plusieurs botanistes ® ont eu l'idée de 
comparer l'Endive avec une espèce annuelle, spontanée dans la 

1. Bail, Spicilegium FL marocc, p. 534; Munby, Catal., éd. 2, p. 21. 

2. Boissier, /ï. orient., 3 p. 715. 

3. Clarke, Compos. ind., p. 250. 

4. Ledebour, FI. ross., 2, p. 774. 

5. Dioscorides, II, cap. 160; Pline, XIX, cap. 8; Palladius, XI, cap. H. Voir 
d'autres auteurs cités aans Leuz, Botanik d. Alten, p. 483. 

6. Heldreich, Die Nutzpflanzen Griechenland's, p. 28 et 76. 

7. Aug. ^yr. de Ganaolle, Prodr. 7 p. 84; Alph. de Candolle, Géoyr. 
bot. p. 845. 

8. Clarke, Compos. ind., p. 250. 

9. De Visiani, F/ora dalmat., II, p. 97; Schultz, dans Webb, Phyt. canar., 
«ect. II, p. 391 ; Boissier, FI. orient., III, p. 716. 



78 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS TIGES OU FEUILLES 

région méditerranéenne, le Cichorium pumilunij Jacquin (C. di- 
varicatum, Schousboe), et les différences ont été trouvées si 
légères que les uns ont soupçonné, les autres ont affirmé 
l'identité spécifique. Quant à moi, après avoir vu des échantil- 
lons sauvages, de Sicile, et comparé les bonnes figurés publiées 
par Reichenbach {Icônes, vol. 19, pi. 1357 et 1358), je n'ai 
aucune objection à prendre les Endives cultivées pour des 
variétés de la même espèce que le C. pumilum. Dans ce cas, le 
nom le plus ancien étant C. Fndivia, c'est celui qu'on doit con- 
server, comme Ta fait Schultz. Il rappelle d'ailleurs un nom 
vulgaire commun à plusieurs langues. 

La plante spontanée existe dans toute la région dont la 
Méditerranée est le centre, depuis Madère \ le Maroc a et 
l'Algérie ', jusqu'à la Palestine *, le Caucase et le Turkestan ^ 
Elle est commune surtout dans les îles de la Méditerranée et en 
Grèce. Du côté ouest, par exemple en Espagne et à Madère, il est 
probable qu'elle s'est naturalisée par un effet des cultures, d'après 
les stations qu'elle occupe dans les champs et au bord des routes. 

On ne trouve pas, dans les textes anciens, une preuve positive 
de l'emploi de cette plante chez les Grecs et les Romains®; 
mais il est probable qu'ils s'en servaient comme de plusieurs 
autres Chicoracées. Les noms vulgaires n'indiquent rien, parce 
qu'ils ont pu s'appliquer aux deux espèces de Cichorium, Ils 
sont peu variés ^ et font présumer une culture sortie du milieu 
gréco-romain. On cite un nom hindou, Kasnl, et tamul, Koschi *, 
mais aucun nom sanscrit, ce qui indique une extension tardive 
de la culture dans l'est. 

Epinard. — Spinacia oleracea^ Linné. 

Ce légume était inconnu aux Grecs et aux Romains ^. Il était 
nouveau en Europe au xvp siècle ^°,et l'on a discuté pour savoir 
s'il devait s'appeler Spanachia, comme venant d'Espagne, ou 
Spinacia^ à cause des épines du fruit **. La suite a montré que 
le nom vient de l'arabe Isfânâdscky Esbanach ou Sebanach^ 
suivant les auteurs '*. Les Persans disent /sjoawy ou Ispanaj^^,ei 

1. Lowe, Floy^a of Madeira^ p. 521. 

2. Bail, Spicileg., p. 534. 

3. Munby, Cat.y éd. 2, p. 21. 

4. Boissier, /. c. 

5. Bunge, Beitr. zur flora Russland's und Central-Asieri's, p. 197. 

6. Lenz, Botanik der Alten^ p. 483, cite les passages des auteurs. Voir 
aussi Heldreich, Die Nutzpflanzen Gviechenl.^ p. 74. 

7. Nemnich, Polygl. Lextc, au mot Cichorium Endivia, 

8. Royle, ///. HimaL, p. 247 ; Piddiugton, Index. 

9. J. Bauhin, Hist., II, p. 964 ; Fraas, Syn, fl. class,; Lenz, Bot. d. Alten. 

10. Brassavola, p. 176. 

11. Malhioli, éd. Valçr. p. 343. 

12. Ebn Baithar, ueberttz von Sondtheimer, I, p. 34 ; Forskal, Egypt, 
p. 77 ; Delile, lU. JEgypt, p. 29. 

13. Roxbur^h, Fl. tnd.j éd. 1832, v. III, p. 771, appliqué au Spinacia 
tetrandra, qui parait, la même espèce. 



LÉGUMES. — ÉPINARD 79 

les Hindous Isfany ou Palak, d'après Piddington, ou encore 
Pinnis^ d'après le même etRoxburgh. L'absenee de nom sans- 
crit indique une culture peu ancienne dans ces régions. Loureiro 
a vu TEpinard cultivé à Canton, et M. Maximowicz en Mand- 
schourie * ; mais M. Brestschneider nous apprend que le nom 
chinois signifie Herbe de Perse, et que les légumes occidentaux 
ont été introduits ordinairement en Chine un siècle avant l'ère 
chrétienne 2. Il est donc probable que la culture a commencé en 
Perse depuis la civilisation gréco-romaine, ou qu'elle ne s'est 
pas répandue promptement à l'est ni à l'ouest de son origine 
persane. On ne connaît pas de nom hébreu, de sorte que les 
Arabes doivent avoir reçu des Persans la plante et le nom. Rien 
ne fait présumer qu'ils aient apporté ce légume en Espagne. 
Ebn Baithar, qui vivait en 1235, était de Malaga ; mais les ou- 
vrages arabes qu'il cite ne disent pas où la plante était cultivée, 
si ce n'est Tun d'eux qui parle de sa culture commune à Ninive et 
Babylone. L'ouvrage de Herrera sur l'agriculture espagnole ne 
mentionne l'espèce que dans un supplément, de date moderne, 
d'où il est probable que l'édition de 1513 n'en parlait pas. Ainsi 
la culture en Europe doit être venue d'Orient à peu près dans le 
xv« siècle. 

On répète dans quelques livres populaires que l'Epinard est 
originaire de l'Asie septentrionale, mais rien ne peut le faire 
présumer. Il vient évidemment de l'ancien empire des Mèdes et 
des Perses. D'après Bosc ', le voyageur Olivier en avait rapporté 
des graines recueillies, en Orient, dans la campagne. Ce serait 
une preuve positive si le produit de ces graines avait été exa- 
miné par un botaniste pour s'assurer de l'espèce et de la variété. 
Dans l'état actuel des connaissances, il faut convenir qu'on n'a 
pas encore trouvé l'Epinard à l'état sauvage, à moins qu'il ne 
soit une modification cultivée du Spinacia tetrandra Steven, 
qui est spontané au midi du Caucase, dans le Turkestan, en 
Perse et dans l'Afghanistan, et qu'on emploie comme légume 
sous le nom de Schamum *. 

Sans entrer ici dans une discussion purement botanique, je 
dirai qu'en lisant les descriptions cité^ par M. Boissier, en re- 
gardant la planche de Wight ^ du Spinacia tetrandra Roxb.. 
cultivé dans l'Inde, et quelques échantillons d'herbier, je ne 
vois pas de caractère bien distinctif entre cette plante et l'Epi- 
nard cultivé à fruits épineux. Le terme de tetrandra exprime 
ridée que l'une des plantes aurait cinq et l'autre quatre éta- 
mines, mais le nombre varie dans nos Epinards cultivés ^. 

1. Maximowicz, Primitif fl, A^nuv,, p. 222. 

2. Bretschneider, Study^ etc., of chinese bot. works, p. 17 et 15. 

3. Dict. d'agric, V, p. 906. 

4. Boissier, Fl. orient^ VI, p. 234. 
:i. Wight, Icônes, t. 818. 

G. Nées, Gen. plant, fl. germ., livr. 7, pi. 15. 



60 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS TIGES OU FEUILLES 

Si, comme cela paraît probable, les deux plantes sont deux 
variétés, Tune cultivée, l'autre tantôt sauvage et tantôt cultivée, 
le nom le plus ancien S, oleracea doit subsister, d'autant plus 
que les deux plantes se voient dans les cultures du pays d'ori- 
gine. 

UEpinard de Hollande ou gros Ej)inard, dont le fruit n'a pas 
d'épines, est évidemment un produit des jardins. Tragus, soit 
Bock, en a parlé le premier dans le xvie siècle ^ 

Brède de Malabar. — Amarantus gangeticus, Linné. 

Plusieurs Amarantes annuelles sont cultivées, comme légume 
vert, dans les îles Maurice, Bourbon et Seychelles, sous le nom 
de Bipède de Malabar *. Celle-ci paraît la principale. On la cul- 
tive beaucoup dans l'Inde. Les botanistes anglo-indiens l'ont 
prise pendant quelque temps pour VAmarantus oleraceus de 
Linné, et Wight en a donné une ûgure sous ce nom ', mais on a 
reconnu qu'elle en diffère et qu'elle se rapporte à l'A. gange- 
ticus. Ses variétés, fort nombreuses, de taille, de couleur, etc., 
portent dans la langue télinga le nom de Tota Kura^ avec addi- 
tion quelquefois d'un adjectif pour chacune. Il y a d'autres 
noms en bengali et hindoustani. Les jeunes pousses remplacent 
quelquefois les asperges sur la table des Anglais *. lu A, melan- 
cholicus^ souvent cultivé dans les jardins d'Europe pour l'orne- 
ment, est regardé comme une des formes de l'espèce. 

Le pays d'origine est peut-être l'Inde, mais je ne vois pas 
qu'on y ait récolté la plante à l'état spontané ; du moins les 
auteurs ne l'afûrment pas. Toutes les espèces du genre Ama- 
rante se répandent dans les terrains cultivés, les décombres, les 
bords de routes, et se naturalisent ainsi à moitié, dans les pays 
chauds comme en Europe. De là une extrême difficulté pour 
distinguer les espèces et surtout pour deviner ou constater leur 
origine. Les espèces les plus voisines du gangeticus paraissent 
asiatiques. 

L'A. aangeticus est indiqué comme spontané en Egypte et en 
Abyssinie, par des auteurs très dignes de confiance ^ ; mais ce 
n'est peut-être que le fait de naturalisations du genre de celles 
dont je parlais. L'existence de nombreuses variétés et de noms 
divers dans l'Inde rend l'origine indienne très probable. 

Les Japonais cultivent comme légume les Amarantus cau- 
datus , mangostanus et melanckolicus (ou gangeticus) , de 
Linné ®, mais rien ne prouve qu'aucun d'entre eux soit indigène. 

1. Bauhin, Hist.^ II, p. 965. 

2. A. gangeticus, tristis et hybridus, de Linné, d'après Baker, Flora of 
Mauritius, p. 266. 

3. Wight, Icônes^ pi. 715. 

4. Roxburgb, Flora indica, éd. 2, vol. III, p. 606. 

5. Boissier, Flora orientalisy IV, p. 990 ; Schweinfurth et Ascherson, 
Aufzàhlung, etc.^ p. 289. 

6. Francnet et Savatier, Enum. plant. Japonix, I, p. 390. 



FOURRAGES. — LUZERNE 81 

A Java, on cultive VA. polystachyus, Blume, très commun dans 
les décombres, au bord des chemins *, etc. 
Je parlerai plus loin des espèces cultivées pour leurs graines. 

Poireau ou Porreau. — A llium Ampeloprasum^ var. Porrum . 

D'après la monographie très soignée de J. Gay *, le Porreau. 
conformément aux soupçons d'anciens auteurs ', ne serait qu'une 
variété cultivée de VAllium Ampeioprasum de Linné, si commun 
en Orient et dans la région de la mer Méditerranée, spéciale- 
ment en Algérie, lequel, dans l'Europe centrale, se naturalise 
quelquefois dans les vignes et autour d'anciennes cultures *. Gay 
semme s'être défié beaucoup des indications des flores du midi 
de l'Europe, car, à l'inverse de ce qu'il fait pour les autres es- 
pèces dont il énumère les localités hors de l'Algérie, il ne cite 
dans le cas actuel que les localités algériennes, admettant néan- 
moins la synonymie des auteurs pour d'autres pays. 

La forme du Porrum cultivé n'a pas été trouvée sauvage. On 
la cite seulement dans des localités suspectes, comme les vignes, 
les jardins, etc. Ledebour ^ indique, pour -l'A. Ampeioprasum^ 
les confins de la Grimée et les provinces au midi du Caucase. 
Wallich en a rapporté un échantillon de Kamaon, dans l'Inde ^, 
mais on ne peut pas être sûr qu'il fût spontané. Les ouvrages 
sur la Cochinchine (Loureiro), la Chine (Bretschneider), le Japon 
(Franchet et Savatier) n'en parlent pas. 



Article 9. — fourrage». 

Liuzeme. — Medicago sativa, Linné. 

La Luzerne était connue des Grecs et des Romains. Ils l'appe- 
laient en grec Médical^ en latin Medlca ou Herba medica^ parce 
qu'elle avait été apportée de Médie, lors de la guerre contre les 
Perses, environ 470 ans avant l'ère chrétienne ^. Les Romains 
la cultivaient fréquemment, du moins depuis le commencement 
du i«' ou 11^ siècle. Gaton n'en parle pas ^, mais bien Varron, 
Golumelle, Virgile, etc. De Gasparin ^ fait remarquer que Gres- 
cenz, en 1478, n'en faisait pas mention pour l'Italie, et qu'en 

1. Uasskarl, Plantœ javan. rariores^ p. 431. 

2. Gay, Ann, des se. nat., 3® série, vol. 8. 

3. Linné, Species; de Candolle, FI. franc. ^ III, p. 219. 

4. Koch, Synopsis fl, germ. ; Babington, Monual of Irit, fl, ; English bo- 
tany, etc., etc. 

5. Ledebour, Flora ross., IV, p. 163. 

6. Baker, Journal of bot., 1874, p. 295. 

7- Strabon, 12, p. 560 ; Pline, livre 18, chap. 10. 

8. Hehn, Cultwrpflanzen, etc., p. 355. 

9. Gasparin, Cours d'agric, iV, p. 424. 

De Candolle. 6 



8â PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS TIGES OU FEUILLES 

1711 Tull ne Tavait pas vue au delà des Alpes. Targioni cepen- 
dant, qui n'a pas pu se tromper sur ce point, dit que la 
culture de la Luzerne s'est maintenue en Italie, surtout en 
Toscane, depuis les anciens*. Dans la Grèce moderne, elle est 
rare *. 

Les cultivateurs français ont souvent appliqué à la Luzerne le 
nom de Sainfoin (jadis Sain foin), qui est celui de VOnobrychis 
sativa , et cette transposition existe encore aux environs de Ge- 
nève, par exemple. Le nom de Luzerne a été supposé venir de la 
vallée de Luzerne, en Piémont, mais il y a une autre origine 
plus probable. Les Espagnols avaient un ancien nom , Eruye, 
cité par J. Bauhin ', et les Catalans disent llserdas *, d'où vient 
peut-être le nom patois du midi de la France, Laouzerdo^ très 
voisin de Luzerne, La culture en était si commune en Espagne 
que les Italiens ont quelquefois appelé la plante Herba spagna ^. 
Les Espagnols, outre les noms indiqués, disent Mielga ou Melga^ 
qui paraît venir de Medica, mais ils emploient surtout les noms 
tirés de l'arabe Alfafa^ Alfasafat^ Alfalfa, Dans le xiii« siècle, 
le célèbre médecin Abn Baithar, qui écrivait à Malaga, emploie 
le mot arabe Fisftsat^ qu'il rattache au nom persan Isftst ®. 
On voit que si l'on se fiait aux noms vulgaires l'origine de la 
plante serait ou l'Espagne, ou le Piémont, ou plutôt la Perse. 
Heureusement les botanistes peuvent fournir des preuves directes 
et positives sur la patrie de l'espèce. 

Elle a été recueillie spontanée, avec toutes les apparences 
d'une plante indigène , dans plusieurs provinces de l'Anatolie, 
au midi du Caucase, dans plusieurs localités de Perse, en Afgha- 
nistan, dans le Belouchistan ^ et en Cachemir ^. D'autres loca- 
lités dans le midi de la Russie, indiquées par les auteurs, sont 
peut-être le résultat des cultures, comme cela se voit dans l'Eu- 
rope méridionale. Les Grecs peuvent donc avoir tiré la plante 
de l'Asie Mineure aussi bien que de la Médie, qui s'entendait 
surtout de la Perse septentrionale. 

Cette origine, bien constatée, de la Luzerne, me fait aperce- 
voir, comme une chose singulière, qu'on ne lui connaît aucun 
nom sanscrit ®. Le Trèfle et le Sainfoin n'en avaient pas non plus, 
ce qui fait supposer que les Aryens n'avaient pas de prairies 
artiiicielles. 

1. Targioni, Cenni storici, p. 34. 

2. Fraas, Synopsis florœ classicsBy p. 63 ; Heldreich, Die Nutzpflanzen 
ChnechenlandSf p. 70. 

3. Bauhin, Htst, plant,, II, p. 381. 

4. Colmeiro, Catal, 

5. Tozzetti, Dizion. bot, 

6. Ebn Baithar, Heil und Nahrungsmitiel, trad. de l'arabe par Sontheimer, 
vol. 2, p. 257. 

7. Boissier, FI, orient., II, p. 94. 

8. Royle, ///. Himal., p. 197. 

9. Piddington, Index, 



FOURRAGES. SAINFOIN 83 

Sainfoin. Esparcette. — Hedysarum Onobryckis , Linné. 
— Ombrychis saliva. Lamarck. 

Cette Légumineuse, dont l'utilité est incontestable dans les 
terrains secs et calcaires des régions tempérées, n'est pas d'un 
usage ancien. Les Grecs ne la cultivaient pas, et aujourd'hui 
encore leurs descendants ne Font pas introduite dans leur agri- 
culture *. La plante nommée Onobryckis dans Dioscoride et 
Pline est V Onobryckis Caput-Galli des botanistes modernes ^, 
espèce sauvage en Grèce et ailleurs, qu'on ne cultive pas. L'E'.s*- 
parcette^ Lupinella des Italiens, était fort estimée, comme four- 
rage, dans le midi de la France, à l'époque d'Olivier de Serres ^, 
c'est-à-dire au xvi® siècle; mais en Italie c'est surtout dans 
le xviii* que la culture s'en est répandue, particulièrement en 
Toscane *. 

L'Esparcette ou Sainfoin (autrefois Sain foin) est une plante 
vivace qui croît spontanément dans l'Europe tempérée, au 
midi du Caucase, autour de la mer Caspienne ^ et même au 
■delà du lac Baïkal ^. Dans le midi de l'Europe, elle est seulement 
sur les collines. Gussone ne la compte pas dans les espèces spon- 
tanées de Sicile, ni Moris dans celles de Sardaigne, ni Munby 
dans celles d'Algérie. 

On ne connaît pas de nom sanscrit, persan ou arabe. Tout 
indique pour la culture une origine du midi de la France, peut- 
être aussi tardive que le xv® siècle. 

Sulla ou Sainfoin d'Espagne. — Hedysaimm coronarium, 
Linné. 

La culture de cette Légumineuse, analogue au Sainfoin, dont 
on peut voir une bonne figure dans la Flore des sentes et des jar- 
dins^ vol. 13, pi. 1382, s'est répandue, dans les temps modernes, 
•en Italie, en Sicile, à Malte et dans les îles Baléares ^ Le mar- 
quis Grimaldi, qui l'a signalée le premier aux agriculteurs, eu 
1766, l'avait vue à Seminara, dans la Calabre ultérieure ; de 
Oasparin ® la recommande pour l'Algérie, et il est probable que 
les agriculteurs de pays analogues en Australie, au Cap et dans 
t'Amérique méridionale ou le Mexique feraient bien de l'essayer 
La plante a péri aux environs d'Orange par un froid de — 6** C. 

h' Hedysarum coronarium croit en Italie, depuis Gènes jusqu'à 

1. Heidreich, Nutzpflanzen Griechenlands^ p. 72. 

2. Fraas, Synopsis n, class., p. 58 ; Lenz, Boi, ait, Griechen und Rœmet\ 
p. 731. 

3. 0- de Serres, Théâtre de Cagric, p. 242, 

4. Targioni Tozzetti, Cenni storici, p. 34. 

5. Ledebour, FI. ross., I, ç. 708; Boissier, FI, or,, p. 532. 

6. Turczaninow, Flora baical. Dahur., 1, p. 340. 

7. Targioni Tozzetti, Cenni storici, p. 35; Mares et Vigineix, Catal, des 
Baléares, p. 100. 

S. De Gasparin, Cours d'agric, 4, p. 472. 



84 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS TIGES OU FEUILLES 

la Sicile et la Sardaigne S dans le midi de UEspagne * et en Al- 
gérie, où elle est indiquée comme rare '. C'est donc une espèce 
assez limitée quant à son aire géographique. 

Trèfle. — TrifoUum pratense, Linné. 

La culture du Trèfle n'existait pas dans l'antiquité, quoique 
sans doute la plante fût connue de presque tous les peuples d'Eu- 
rope et de l'Asie tempérée occidentale. L'usage s'en est introduit 
d'abord dans les Flandres, au xvi® siècle, peut-être même plus tôt, 
et, d'après Schwerz, les protestants expulsés par les Espagnols la 
portèrent en Allemagne, où ils s'établirent sous la protection de 
l'Electeur palatin. C'est aussi de Flandre que les Anglais la reçu- 
rent, en 1633, par l'influence de Weston, comte de Portland, 
lord Chancelier *. 

Le Trifolium pratense est indigène dans toutes les parties de 
l'Europe, en Algérie ^, sur les montagnes de l'Anatolie, en Armé- 
nie et dans le Turkestan *, en Sibérie vers l'Altaï ', et dans le 
Cachemir et le Garwall ^ 

L'espèce existait donc, en Asie, dans la région des peuples 
aryens, mais on ne lui connaît pas de nom sanscrit, d'où l'on 
peut inférer qu'elle n'était pas cultivée. 

Trèfle incarnat ou Farouch — Trifoliumincarnatum^ Linné. 

Fourrage annuel, dont la culture, dit Vilmorin, longtemps li- 
mitée à quelques-uns des départements méridionaux, devient tous 
les jours plus générale en France ^ De Candolle, au commence- 
ment du siècle actuel, ne l'avait vue effectivement que dans 
l'Ariège *°. Elle existe, depuis à peu près soixante ans, aux en- 
vironè de Genève. Targioni ne pense pas qu'elle soit ancienne 
en Italie **, et le nom très insignifiant de Trafogliolo di^^mQ cette 
opinion. 

Les noms catalans Fé^ Fench *^, et des patois du midi de la 
France*^ Farrac^e (Roussillon), Farratage{Ldiï\g\]iQàoQ)^Féroutgé 
(Gascogne), d'où le nom de Farouche ont au contraire une ori- 

1. Bertoloni, Flora itaL, 8, p. 6. 

2. Willkomm et Lauge, Prodr. fl. hisp,, 3, p. 262. 

3. Munby, Catal., éd. 2, p 12. 

4. De Gasparin, Cours d'agriculture , 4, p. 445, d'après Schwerz et 
A. Young. 

5. Munby, Catal., éd. 2, p. 11. 

6. Boissier, Flora orient,, 1, p. 115. 

7. Lodebour, Flora ross., 1, p. 548. 

8. Baker, dans, Hooker, Flora of brit, India, 2, p. 86. 

9. Bon jardinier, 1880, part. 1, p. 618. 

10. De Candolle, Flm^e franc, 4, p. 528. 

11. Targioni, Cenni storici, p. 35. 

12. Costa, Introd. fl. di Catal., p. 60. 

13. Moritzi, Dict. mss. rédigé d'après les flores publiées avant ïe milieu da 
siècle actuel . 



FOURRAGES. — TRÈFLES. — ERS 88 

ginalité qui dénote une culture ancienne autour des Pyrénées. Le 
terme, usité quelquefois, de Trèfle du Boussillon,\e montre éga- 
lement. 

La plante spontanée existe en Galice, dans la Biscaie et la Ca- 
talogne *, mais non dans les îles Baléares *; elle est en Sardai- 
gne ' et dans la province d'Alger *. On l'indique dans plusieurs 
localités de France, d'Italie, deDalmatie, de la région danubienne 
et de la Macédoine, sans savoir, dans beaucoup de cas, si ce 
n'est point l'effet des cultures voisines. Une localité singulière, 
qui paraît naturelle, au dire des auteurs anglais, est la côte de 
Gornouaille, près de la pointe de Lizard. Il s'agit dans ce cas, 
dit M. Bentham, de la variété jaune pâle, qui est vraiment sau- 
vage sur le continent, tandis que la variété cultivée à fleurs rouges 
est seulement naturalisée, en Angleterre, par suite des cultures^. 
Je ne sais jusqu'à quel point cette observation de M. Bentham 
sur la spontanéité de la seule forme à couleur jaunâtre (var. 
Molinerii, Seringe) sera confirmée dans tous les pays où croît 
l'espèce. Elle est la seule indiquée en Sardaigne par Moris et en 
Dalmatie par Visiani *, dans des localités qui paraissent natu- 
relles (in pascuis collinis, in montanis, in herbidis). Les auteurs 
du Bon jardinier ^ affirment, comme M. Bentham, que le Trèfle 
Molinerii est spontané dans le nord de la France, celui à fleurs 
Touges étant importé du midi, et, tout en admettant l'absence de 
i)onne distinction spécifique, ils notent que, dans la culture, la 
forme Molinerii est d'une végétation plus lente, souvent bisan- 
nuelle, au lieu d'être annuelle. 

Trèfle d'Alexandrie. — Trifolium alexandrinum^ Linné. 

On cultive beaucoup en Egypte, comme fourrage, cette espèce 
annuelle de Trèfle, dont le nom arabeest J9ersym ou Berzun ^. Rien 
ne prouve que ce soit un usage ancien. Le nom n'est pas dans 
les livres sur la botanique des Hébreux ou des Araméens. 

L'espèce n'est pas sauvage en Egypte, mais elle l'est certaine- 
jnent en Syrie et dans l'Asie Mineure ^. 

Ers. — Er\)um Ervilia^ Linné. — Vicia Frvilïa, Willdenow. 
Bertoloni *° ne mentionne pas moins de dix noms vulgaires ita- 
liens, Ervo^ Lero, Zirlo, etc. C'est un indice de culture générale 

1. AVillkomm et Lange, Prodr. fl. hisp., 3, p. 366. 

2. Mares et Virgineix, Catal. 1880. 
3 Moris, Flora sardoa^ 1, p. 467. 

4. Munby, Catal.^ éd. 2. 

5. Bentham, Handbook of bristish flora^ éd. 4, p. 117. 

6. Moris, Flora sardoa, 1, p. 467; Visiani, Fl. aalmat,, 3, p. 290. 

7. Bon jardinier, 1880, p. 619. 

8. Forstal, Flora segypt., P» 71; Delile, Plant, cuit, en Egypte, p. 10; 
^^ilkinson, Manners and cusioms of ancient Egyptians, 2, p. 398, 

9. Boissier, Flora orient., 2, p. 127. 

10. Bertoloni, FL it., 7, p. 500. 



86 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS TIGES OU FEUILLES 

et ancienne. M. de Heldreich * dit que les Grecs modernes culti- 
vent la plante en abondance, pour fourrage. Ils la nomment 
liobai, de l'ancien grec Orobos, de même que Ervo% vient du 
latin Èrvum. La culture de l'espèce est indiquée dans les auteurs 
de l'antiquité grecque et latine ^. Les anciens Grecs se servaient 
des graines, car on en a retrouvé dans les fouilles de Troie ^ 
On cite beaucoup de noms vulgaires en Espagne, même des 
noms arabes * ; mais l'espèce y est moins cultivée depuis quel- 
ques siècles^. En France, elle Test si peu que bien des ouvrages 
modernes d'agriculture n'en parlent pas. Elle est inconnue dans^ 
rinde anglaise ^. 

Les ouvrages généraux indiquent V Ervum Brvi lia comme 
croissant dans l'Europe méridionale; mais, si l'on prend l'une 
après l'autre les flores plus estimées, on voit qu'il s'agit de loca- 
lités telles que les champs, les vignes ou les terrains cultivés. 
De même dans l'Asie occidentale, où M. Boissier* parle d'échan- 
tillons de Syrie, de Perse et de l'Afghanistan. Quelquefois, dans 
des catalogues abrégés ^, la station n'est pas indiquée, mais nulle 
part je ne rencontre l'assertion que la plante ait été vue spon- 
tanée dans des endroits éloignés des cultures. Les échantillons 
de mon herbier ne sont pas plus probants à cet égard. 

Selon toute vraisemblance, l'espèce étaitjadis sauvage en Grèce, 
en Italie, et peut-être en Espagne et en Algérie, mais la fréquence 
de sa culture, dans les terrains mêmes où elle existait, empêche 
de voir maintenant des pieds sauvages. 

Vesce. — Vicia sativa, Linné. 

Le Vicia saliva est une Légumineuse annuelle, spontanée dans 
toute l'Europe, à l'exception de la Laponie. Elle est commune 
également en Algérie **^ et au midi du Caucase, jusqu'à la province 
de Talysch". Roxburgh la donne pour indigène dans le nord de 
l'Inde et au Bengale; ce que sir Joseph Hooker admet seulement 
en ce qui concerne la variété appelée angustifolià *^. On ne lui 
connaît aucun nom sanscrit, et dans les langues modernes de 
l'Inde seulement des noms hindous *^ Targioni croit que c'est le 

1. Heldreich, f^utzpflanzen Gnechenlands, p. 71. 

2. Voir Lenz, Botanik d, Alten, ^. 727; Fraas, FL class., p. 54. 

3. Wittmack, Sitzungsber. bot. Vereins Brandenburg, 19 déc. 187ÎT. 

4. Willkomm et Lange, Prodr. fl, hisp,, 3, p. 308.' 
0. Baker, dans Hooker, FI. brit. India. 

6. Herrera, Agricultura, éd. 1819, 4, p. 72. 

7. Baker, dans Hooker, FI. brit. India, 

8. Boissier, FI. orient.^ 2, p. 595. 

9. Par exemple : Munby, Catal. plant. Algeriœ, éd. 2, p. 12. 

10. Munby, Catal., éd. 2. 

11. Ledebour, FI. ross. 1, p. 666; Hohenacker, Emim, plant. Talych, 
p. 113; C.-A. Meyer, Verzeichniss^^, 147. 

12. Roxburgh, FI. ind., éd. 1832, v. 3, p. 323; Hooker, FI. brit. India, 2, 
p. 178. 

13. Piddington, Index^ eu indique quatre. 



FOURRAGES. — VESCE. — JAROSSE 87 

ILetsach des Hébreux *. J'ai reçu des échantillons du Cap et de 
Californie, L'espèce n'y est certainement pas indigène , mais 
naturalisée hors des cultures. 

Les Romains semaient cette plante, comme fourrage et pour 
les graines, déjà du temps de Gaton *, Je n'ai pas découvert de 
preuve d'une culture plus ancienne. Le nom Vik^ d'où Vicia, est 
d*une date très reculée en Europe, car il existe dans l'albanais ', 
qu'on regarde comme la langue des Pélasges, et chez les peuples 
slaves, suédois et germains, avec de légères modifications. Cela 
ne prouve pas que l'espèce fût cultivée. Elle est assez distincte 
et assez utile aux herbivores pour avoir reçu de tout temps des 
noms vulgaires. 
» 

Jarosse, Garousse, Gessette. — Lathyrus Cicera, Linné. 

Légumineuse annuelle, estimée comme fourrage, mais dont la 
graine, prise comme aliment dans une certaine proportion, pré- 
sente des dangers ^. 

On la cultive en Italie sous le nom deMochî°. Quelques auteurs 
soupçonnent que c'est le Cicera de Columelle et ïErvilïa de 
Varron, mais le nom vulgaire italien est très différent de ceux-ci. 
L'espèce n'est pas cultivée en Grèce ^ Elle l'est, plus ou moins, 
en France et en Espagne, sans indice que l'usage y remonte à 
des temps anciens. Cependant M. Wittmack ^ lui attribue, avec 
doute, certaines graines rapportées par M. Virchow des fouilles 
de Troie. 

D'après les flores, elle est évidemment spontanée dans des 
endroits secs, hors des cultures, en Espagne et en Italie ^. Elle 
l'est aussi dans la basse Egypte, d'après MM. Schweinfurth et 
Ascherson *° ; mais on n'a aucun indicé d'ancienne culture dans 
ce pays ou par les Hébreux. Vers l'orient, la qualité spontanée 
devient moins certaine. M. Boissier indique la plante dans «les 
terrains cultivés depuis la Turquie d'Europe et l'Egypte jusqu'au 
midi du Caucase et à Babylone ** ». Elle n'est mentionnée dans 
l'Inde ni comme spontanée ni comme cultivée ** et n'a pas le 
nom sanscrit. 



1. Targioni, Cenni storici,^. 30. 

2. Cato, De re rustica, éd. 153o, p. 34; Pline, 1. 18, c. 15. 

3. fleldreich, Nutzpflanzen GriecUenlands , p. 71. Dans la langue an- 
térieure aux Indo-Européens Vik a un autre sens, celui de hameau (Fick, 
Vorterb. indo-germ,y p. 189). 

4. y iXvDiOnn, Bon jardinier, 1880, p. 603. 

5. Targioni, Cenni storici, p. 31; Bertoloni, F. ital, 7, p. 444, 447. 

6. Lenz, Botanik d. Alten, p. 730. 

7. Fraas, FI. class. ; Heldreich, Nutzftanzen Griechenlands, 

8. Wittmack, Sitz. bef\ bot. Vereins Brandenburg, 19 déc. 1879. 

9. Willkomm et Lange, Prodr. fl. hisp., 3, p. 313; Bertoloni, U c, 

10. Schweinfurth et Ascherson, Aufàhlung^ etc., p. 257. 

11. Boissier, FL orient, 2, p. 605. 

12. J. Baker, dans Hooker, Fl. of bvit. India, 



88 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS TIGES OU FEUILLES 

Probablement, Tespèce est originaire de la région comprise 
entre TEspagne et la Grèce, peut-être aussi d'Algérie *, et une 
culture, pas très ancienne, Ta propagée dans l'Asie occidentale. 

Gesse. — Lathyrus sativus, Linné. 

Légumineuse annuelle, cultivée dans le midi de l'Europe, 
depuis un temps fort ancien, comme fourrage et accessoirement 
pour les graines. Les Grecs la nommaient Lathyros * et les 
Latins Cicercuia '. On la cultive aussi dans l'Asie occidentale 
tempérée et même dans l'Inde septentrionale * ; mais elle n'a 
pas de nom hébreu ^ ni sanscrit *, ce qui fait présumer que la 
culture n'en est pas très ancienne dans ces régions. 

Presque toutes les flores du midi de l'Europe et <l'Algérie 
donnent la plante comme cultivée et presque spontanée, rare- 
ment, et pour quelques localités seulement, comme spontanée. 
On comprend la difficulté de reconnaître la spontanéité quand 
il s'agit d'une espèce souvent mélangée avec les céréales et qui 
se maintient aisément ou se répand àla suite des cultures. M. de 
Heldreich n^admet pas. l'indigénat en Grèce ^. C'est une assez 
forte présomption que dans le reste de l'Europe et en Algérie 
la plante est sortie des cultures. 

Les probabilités me paraissent en sens contraire pour l'Asie 
occidentale. Les auteurs mentionnent en effet des localités assez 
sauvages, dans lesquelles l'agriculture joue un rôle moins con- 
sidérable qu'en Europe. Ainsi Ledebour ^ a vu des échantillons 
récoltés dans le désert près de la mer Caspienne et dans la pro- 
vince de Lenkorar. C.-A. Meyer ^ le confirme pour Lenkoran. 
Baker, dans la flore de l'Inde, après avoir indiqué l'espèce 
l'omme répandue çà et là dans les provinces septentrionales, 
ajoute « souvent cultivée », d'où l'on peut croire qu'il la regarde 
comme indigène, au moins dans le nord. M. Boissier n'affirme 
rien à l'égard des localités de Perse qu'il mentionne dans sa 
flore d'Orient *^ 

En somme, je regarde comme probable que l'espèce existent, 
ayant d'être cultivée, du midi du Caucase ou de la mer Cas- 
pienne jusqu'au nord de l'Inde, et qu'elle s'est propagée vers 
l'Europe, à la suite d'anciennes cultures, mélangée peut-être 
avec les céréales. 

1. Munby, Catal, 

2. Theophrastes, Hist. plant., 8, c. 2, 10. 

3. Columella, De t*e?nistica, 2, c. 10; Pline, 18, c. 13, 32. 

4. Roxburgh, FI. irid., 3; Hooker, FI. hrit. India, 2, p. 178. 

5. Rosenmûller, Hand6. hiàl. Alterk.YoX,, 1. 

6. Piddin^lon, Index, 

7. Heldreich, Pflanzen d. attisch. Ebene^ p. 476; Nutzpflanzen Griechen- 
landsy p. 72. 

8. Ledebour, Floi^a rossica, 1, p. 681, 

9. C.-A. Meyer, Verzeichniss^ p 148, 

10. Boissier, FL orient.^ 2, p. 606. 



FOURRAGES. — GESSE. -— FENU GREC 89 

Grosse Ochras. — Pisum Ochrus^ Linné. — Lathyrus Ochrus^ 
de Gandolle. 

Cultivée comme fourrage annuel en Catalogne, sous le nom 
de Tapisots *, et en Grèce, particulièrement dans Tîle de Crète, 
sous celui de Ochros ^, mentionné dans Théophraste ^, mais 
sans la moindre description. Les auteurs latins n'en parlent 
pas, ce qui fait présumer une culture locale et rare dans l'anti- 
quité. 

L'espèce est certainement spontanée en Toscane *. Elle paraît 
l'être aussi en Grèce et en Sardaigne, où elle est indiquée dans 
les haies ^, et en Espagne, où elle croît dans des lieux incultes ®, 
mais, quant au midi de la France, à l'Algérie et la Sicile, les 
auteurs ne s'expliquent pas sur la station ou indiquent ordi- 
nairement les champs et les terrains cultivés. Vers l'Orient, on 
ne connaît pas la plante plus loin que la Syrie ^, où probable- 
ment elle n'est pas spontanée. 

La belle planche publiée par Sibthorp, Flora grseca, t. 689, 
fait penser que l'espèce mériterait d'être cultivée plus souvent. 

Fenu grec. — TrigoneilaFœnnm'grœcu7n, Linné, 
La culture de cette Légumineuse annuelle était fréquente chez 
les anciens, en Grèce et en Italie *, comme fourrage de prin- 
temps ou comme donnant des graines officinales. Abandonnée 
presque partout en Europe, notamment en Grèce ', elle con- 
tinue en Orient et dans l'Inde *®, où probablement elle remonte 
à une époque très ancienne, et dans toute la région du Nil **. 

L'espèce est spontanée dans le Punjab et le Cachemir **, dans 
les déserts de la Mésopotamie et de la Perse *^, et dans l'Asie 
Mineure **, où cependant les localités indiquées ne paraissent pas 
assez distinctes des terrains cultivés. On l'indique aussi *^ dans 
plusieurs endroits de l'Europe méridionale, comme le mont 
Hy mette et autres localités de Grèce, les collines au-dessus de 
Bologne et de Gènes, quelques lieux incultes en Espagne ; mais 

1. Willkomm et Lange, Prodr, FL hisp., 3, p. 312. 

2. Lenz, BoL d, Alterth., p. 730; Heldreich, Nutzpfl, Griechenl, p. 72. 

3. Lenz, 1. c. 

4. Caruel, FL iosc, p. 193; Gussone, Syn, fl. sic. éd. 2. 

5. Boissier, fl. orient. 2, p. 602; Moris, fL sardoa, 1, p. 382. 

6. Willkomm et Lange, t. c. 

7. Boissier, /. c. 

8. TheophvasieSt Hist plant, f 8, c. 8; Columella, De re 7'ust., 2, c. 10; 
Pline, HisL, 18, c. 16. 

9. Fraas, Svn. fl. class.^ p. 63; Lenz, Bot. d. Alterth., p. 719. 

10. Baker, dans Hooker, FL brit. Ind.y II, p. 57. 

11. Schweinfurth, Beitr. z. FL Mthiop. p. 258. ^ 

12. Baker, Le. 

13. Boissier, FL orient. II, p. 70. 

14. Boissier, ibid, 

15. Sibthorp, Fl. grœca^ t. 766; Lenz, /. c; Bertoloni, FL itaL^ 8, p. 250; 
Willkomm et Lange, Prodr, fl. hisp., 3, p. 390. 



90 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS TIGES OU FEUILLES 

plus on avance vers Fouest, plus les stations mentionnées sont 
les champs, les terrains cultivés, etc. ; aussi les auteurs attentifs 
ont-ils soin de noter que l'espèce est probablement sortie des 
cultures *. Je ne crains pas de dire qu'une plante de cette sorte 
si elle était originaire de l'Europe méridionale, y serait beau- 
coup plus commune et ne manquerait pas, par exemple, aux 
flores insulaires, comme celles de Sicile, d'Ischia et des Baléares*. 
L'ancienneté de l'espèce et de son emploi dans Tlnde est 
appuyée par l'existence de plusieurs noms différents, selon les 
peuples, et surtout d'un nom sanscrit et hindou moderne, Methi '. 
Il existe un nom persan, Schemlit, et un nom arabe, Helbeh *, 
très connu en Egypte; mais on ne cite aucun nom hébreu **. 
L'un des noms de la plante en grec ancien, Tailis (TtjXiç), sera 
peut-être pour les philologues un dérivé du nom sanscrit ®, ce 
dont je ne suis pas juge. L'espèce pourrait avoir été introduite 
par les Aryens et le nom primitif n'avoir laissé aucune trace 
dans les langues du nord, parce qu'elle ne peut vivre que dans 
le midi de l'Europe. 

Serradelle. — Ornithopus sativus^ — Brotero. — 0, isthmo- 
carpus^ Cosson. 

La véritable Serradelle, spontanée et cultivée en Portugal, a 
été décrite pour la première fois, en 1804, par Brotero ', et 
M. Cosson l'a distinguée plus clairement des espèces voisines*. 
Quelques auteurs l'avaient confondue avec Y Ornithopus roseus 
de Dufour, et les agriculteurs lui ont attribué quelquefois le 
nom d'une espèce bien différente, VO, perpusillus^ qui serait 
par son extrême petitesse impropre à la culture. Il suffit de 
voir le fruit ou légume de VO, sativus pour être certain de 
l'espèce, car il est, à maturité, étranglé de place en place et 
arqué fortement. S'il y a dans les champs des individus de 
même apparence, mais à légumes droits et non étranfçlés, ils 
doivent provenir de quelque mélange de graines avec VO. roseus, 
et, si le légume est courbé, mais non étranglé, ce serait VO. 
compressus. D'après l'aspect de ces plantes, elles paraissent 

f)ouvoir être cultivées semblablement et auraient, je le suppose, 
es mêmes avantages. 

1. Caruel, FI. tosc.y p. 256; Willkomm et Lange, /. c. 

2. Les plantes qui se répandent d'un pays à l'autre arrivent plus difftci* 
lement dans les îles, selon les observations que j'ai publiées autrefois 
{Géogr. bot. raisonnée, p. 706). 

3. Piddington, Index. 

4. Ainslie, Mat. med. ind., I, p. 130. 

5. Rosenmùller, Bibl. Alterkunde. 

6. Comme d'ordinaire le dictionnaire classique de Fick, des langues 
indo-européennes, ne mentionne pas le nom de cette plante, que les An- 
glais disent être sanscrit. 

7. Brotero, Flora lusUanica, II, p. 160. 

8. Cosson, Notes sur quelques plantes nouvelles ou critiques du midi de 
V Espagne f p. 36. 



FOURRAGES. — SERRADELLE. — SPERGULE 91 

La Serradelle ne convient que dans les terrcdns sablonneux 
et arides. C'est une plante annuelle, qui fournit en Portugal un 
fourrage très précoce au printemps. Sa culture, introduite dans 
la Gampine, a bien réussi *. 

hO. sativus parait spontané dans plusieurs localités de Por- 
tugal et du midi de l'Espagne. J'en ai un échantillon de Tanger 
(Salzmann}, et M. Gosson l'a récolté en Algérie. Souvent on le 
trouve dans des champs abandonnés et même ailleurs. Il peut 
être difficile de savoir si les échantillons ne sont point échappés 
des cultures, mais on cite des localités où cela n'est pas probable, 
par exemple un bois de pins, près de Ghiclana, dans le midi de 
1 Espagne (WiUkomm). 

Spergnleou Spargoule. — Spergula arvensls^ Linné. 
Gette plante annuelle, sans apparence, de la famille des Ga- 




Abyssinie * et dans TAsie occidentale jusque 
rinde ' et même à Java ^. Il est difficile de savoir dans quelle 
étendue de l'ancien monde elle était primitivement indigène. 
Pour beaucoup de localités, on ignore si elle est vraiment spon- 
tanée ou si elle provient des cultures. Quelquefois on peut soup- 
çonner une introduction récente. Dans. l'Inde, par exemple, on 
en a recueilli depuis quelques années de nombreux échantillons 
mais Roxburgh n'a pas mentionné l'espèce, lui qui avait tant 
herborisé à la fin du siècle dernier et au commencement de 
celui-ci. On ne lui connaît aucun nom sanscrit ou de l'Inde mo- 
derne *, et on ne l'a pas récoltée dans les pays entre l'Inde et 
la Turquie. 

Les noms vulgaires peuvent indiquer quelque chose sur l'ori- 
gine de l'espèce et sa culture. 

On ne connaît aucun nom grec ni des auteurs latins. Gelui de 
Spergula, en italien Spergola, a toute l'apparence d'un nom 
vulgaire ancien en Italie. Un autre nom italien, Erba renaiolay 
indique seulement la croissance dans le sable {rena). Les noms 
français, espagnol {Esparcillas), portugais {Èsparguta), alle- 
mand (Spark) ont la même racine. Il semble que dans tout 
le midi de l'Europe l'espèce ait été portée de pays en pays par 
les Romains, avant la division des langues latines. Dans le 
nord, c'est toute autre chose. Il y a un nom russe, Toritsa " 



6 . 



1. Bùn jardinier, 1880, p. 512. 

2. Boissier, F/, or. 1, p. 731. 

3. Hooker, FI. brit. India, 1, p. 243, et plusienrs échantillons des Nilghi- 
ries et de Ceylan dans mon herbier. 

4. Zollinger, nO 2556, dans mon herbier. 

5. Piddington, Index, 

6. Sobolewski, Flora pelrop . , p. 109. 



92 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS TIGES OU FEUILLES 

plusieurs noms danois, Humb ou Hum^ Girr ou Kirr *, et sué- 
dois, Knutt, Fryle, Nàgde^ Skorff *. Cette grande diversité montre 
que lattention s'était portée depuis longtemps sur la plante 
dans cette partie de l'Europe, et fait présumer que la culture 
y est ancienne. Elle était pratiquée autour de Montbelliard 
dans le xvi* siècle ^, et Ton ne dit pas qu'elle y fût récente. Pro- 
bablement elle a pris naissance dans le midi de l'Europe à 
l'époque de l'empire romain, et dans le nord peut-être plus tôt. 
En tout cas, la patrie originelle doit avoir été l'Europe. 

Les agriculteurs distinguent une forme plus haute de Sper- 
gule *, mais les botanistes s'accordent à ne pas lui trouver des 
caractères suffisants pour la séparer comme espèce, et plusieurs 
n'en font pas même une variété. 

m 

Herbe de Guinée. — Panicum maxhnunij Jacquin ". 

La Graminée vivace, dite Herbe de Guinée {Guinea grass des 
Anglais), a une grande réputation dans les pays intertropicaux 
comme fourrage nutritif, aisé à cultiver. Avec un peu de soin, 
on peut faire durer un pré jusqu'à vingt ans ^. 

La culture parait avoir commencé dans les Antilles. P. Browne 
en parle dans son ouvrage sur la Jamaïque au milieu du siècle 
dernier, et après lui Swartz. 

Le premier mentionne le nom Guinea grassy sans aucune 
réflexion sur la provenance de l'espèce. Le second dit : « apporté 
autrefois des côtes d'Afrique aux Antilles ». Il s'est fié probable- 
ment à l'indication donnée par le nom vulgaire, mais nous savons 
à quel point les origines indiquées de cette manière sont quel- 
ijuefois fausses, témoin le blé dit de Turquie, qui vient d'Amé- 
rique. 

Swartz, excellent botaniste, dit que la plante croît « dans les 
pâturages cultivés secs des Indes occidentales, où elle est aussi 
cultivée », ce qui peut s'entendre d'une espèce naturalisée dans 
des terrains qui ont été cultivés. Je ne vois pas qu'aux Antilles 
on ait constaté un état vraiment spontané. Il en est autrement 
au Brésil. D'après les documents recueillis par de Martius et 
étudiés par Nées ^, documents augmentés depuis et encore mieux 

1. Reihïj Danmarks flora^ 2, p. 799. 

2. Wahlenberg, cité dans Moritzi, Dict. ms. ; Sveïisk Botanik, t. 308. 

3. Bauhin, Hist, plant. ^ 3, p. 722. 

i. Spergula maxima Bœhninghausen, figurée sans Reichenbach, Plantât 
crii., 6, p. 513. 

5. Panicum maximum Jacq., Coll. 1, p. 71 (en 1786); Jacq. icônes, 1, 
t. 13; Swartz, FI. hidiœ occ, 7, p. 170. P. polygamum Swartz, Pi^odr, 
p. 24 (1788). P. jumentorum Persoon Ench., l,p. 83 (1805). P. altissimum, 
de quelaues jardins et auteurs modernes. D'après la règle, le nom le plus 
ancien doit être adopté. 

6. A la Dominique, d'après Imray, dans Kew Report for 1879, p. 16. 

7. Nées, dans Martius, Tl. brasiL, in-8«, vol. 2, p. 166. 



THÉ 93 

étudiés par M. Dœll * , le Panicuni maximum croît dans les 
éclaircies des forêts voisines de l'Amazone, près de Santarem, 
dans les provinces de Bahia, Geara, Rio-de-Janeiro et Saint-Paul. 
Quoique la plante soit souvent cultivée dans ces pays, les loca- 
lités citées, par leur nature et leur multiplicité, font présumer 
l'indigénat. M. Dœll a vu aussi des échantillons de la Guyane 
française et de la Nouvelle-Grenade. 

Voyons ce qui concerne l'Afrique. 

Sir W. Hooker ^ mentionnait des échantillons rapportés de 
Sierra Leone, d'Aguapim, des bords du Quorra et de TUe de 
Saint- Thomas, dans l'Afrique occidentale. Nées ' indique Tes- 
pèce dans plusieurs localités de la colonie du Gap, même dans 
des broussailles et dans des pays montueux, A. Richard * men- 
tionne des localités d'Abyssinie, qui paraissent aussi en dehors 
des cultures, mais il convient n*être pas très sûr de l'espèce. 
M. Anderson, au contraire, n'hésite pas en indiquant le P. maxi- 
mum, comme rapporté des bords du Zambèze et de Mozambique 
par le voyageur Peters ^. 

On sait positivement que l'espèce a été introduite à l'île Mau- 
rice par l'ancien gouverneur Labourdonnais ^, et qu'elle s'y est 
répandue hors des cultures, de même qu'à Rodriguez et aux 
Seychelles ^. L'introduction en Asie ne peut pas être ancienne, 
car Roxburgh {FI. ind,) et Miquel [FL ind.-bat,) ne mentionneat 
pas l'espèce. A Geylan, elle est uniquement cultivée ^. 

En définitive, il y a un peu plus de probabilité, ce me semble, 
en faveur de l'origine africaine, conformément à l'indication du 
nom vulgaire et à Fopinion générale, mais peu aprofondie, des 
auteurs. Cependant, puisque la plante se répand si aisément, il 
est singulier qu'elle ne soit pas arrivée d'Abyssinie ou de Mozam- 
bique en Egypte et qu'on l'ait reçue si tard dans les îles de 
l'Afrique orientale. Si l'existence, antérieurement aux cultures, 
d'une môme espèce [phanérogame en Afrique et en Amérique 
n'était une chose extrêmement rare, on pourrait la supposer; 
mais c'est peu vraisemblable pour une plante cultivée, dont la 
diffusion est évidemment très facile. 



Article 8. — Emplois diTers des tiges ou des feuilles» 

Thé. — Thea sinensis, Linné. 

Au milieu du xvni® siècle, lorsqu'on connaissait encore très peu 

1. Dœll, dans Flora brasil., in- fol., vol. 2, part. 2. 

2. Sir W. Hooker, Niger flora, p. 560. 

3. Nées, Florse Africx austr, Graminese, p. 36. 

4. A. Richard, Aoyssinie, 2, p 373. 

5. Peters, Reise, Èotanik, p. 346. 

6. Boier, Hortus mauritianus, p. 565. 

7. BaKer, Flora of Mauritius and Seychelles, p. 436. 

8. Thwaites, Enum, plant. Ceylonœ. 



94 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS TIGES OU FEUILLES 

l'arbuste qui produit le thé, Linné le nomma Thea sinensis. 
Bientôt après, dans la seconde édition du Speciesplantatum, il 
crut mieux faire en distinguant deux espèces, Thea Bohea et 
Thea viridis^ qu'il croyait répondre à la distinction commer- 
ciale des thés noirs et verts. On a prouvé depuis qu'il n'y a 
qu'une espèce, comprenant plusieurs variétés, et qu'on obtient 
des thés noirs ou verts au moyen de toutes les variétés, selon les 
procédés de fabrication. Cette question était réglée lorsqu'il s'en 
est élevé une autre sur la réalité du genre Thea, en tant que dis- 
tinct du Camellia. Quelques auteurs font du Thea une section 
de l'ancien genre Camellia ; mais, si Ton réfléchit aux caractères 
indiqués d'une manière très précise par Seemann *, il est permis, 
ce me semble, de conserver le genre Thea, avec la nomenclature 
ancienne et usitée de l'espèce principale. 

On mentionne souvent une légende japonaise racontée par 
Ksempfer *. Un prêtre venu de l'Inde en Chine, dans l'année 519 
de notre ère, ayant succombé au sommeil lorsqu'il voulait veiller 
et prier, aurait coupé ses deux paupières, dans un mouvement 
d'indignation, et elles se seraient changées en un arbuste, le 
Thé, dont les feuilles sont éminemment propres à empêcher de 
dormir. Malheureusement pour les personnes qui admettent 
volontiers les légendes en tout ou en partie, les Chinois n'ont 
jamais entendu parler de celle-ci, quoique l'événement se fût 
passé chez eux. Le thé leur était connu bien avant l'année 519, et 
probablement il n'avait pas été apporté de l'Inde. C'est ce que 
nous apprend le D^ Bretschneider, dans son opuscule, riche de 
faits botaniques et linguistiques ^. Le Pent-sao^ dit-il, men- 
tionne le Thé 2700 ans avant Jésus-Christ , le Rya 5 à 
600 ans aussi avant Jésus-Christ, et le commentateur de ce der- 
nier ouvrage, au quatrième siècle de notre ère, a donné des dé- 
tails sur la plante et sur l'emploi de ses feuilles en infusion. 
L'usage est donc très ancien en Chine. Il l'est peut-être moins 
au Japon, et s'il existe depuis longtemps en Cochinchine, ce qui 
est possible, on ne voit aucune preuve qu'il se soit répandu 
jadis du côté de l'Inde ; les auteurs ne mentionnent aucun nom 
sanscrit, ni même des langues indiennes modernes. Le fait 
paraîtra singulier quand on verra ce que nous avons à dire sur 
l'habitation naturelle de l'espèce. 

Les graines de Thé se répandent souvent hors des cultures et 
mettent les botanistes dans le doute sur la qualité spontanée des 
pieds qu'on a rencontrés çà et là. Thunberg croyait l'espèce 
sauvage au Japon, mais MM. Franchet et Savatier * le nient com- 



1. Seemann, dans Transactions of the linnœan Society, 22, p. 337, pi. 61. 

2. Kœmpfer, Amœn, Japon. 

3. Bretschneider, On the siudy and value of chinese botanical works, 
p. 13 et 45. 

4. Franchet et Savatier, Enum. plant, Jap.y I, p. 61. 



LIN 98 

plètement. Fortune * , qui a si bien examiné la culture du Thé 
en Chine, ne parle pas de la plante spontanée. M. H. Fonta- 
nier * affirme que le Thé croît généralement à Tétat sauvage en 
Mandschourie. Il est probable qu'il existe dans les districts 
montueux du sud-ouest de la Chine, où les naturalistes n*ont pas 
pénétré jusqu'à présent. Loureiro le dit « cultivé et non cultivé» 
en Gochmchine *. Ce qui est plus certain, les voyageurs anglais 
l'ont recueilli dans l'Assam supérieur * et la province de 
Cachar ^ Ainsi le Thé doit être indigène dans les pays montueux 
qui séparent les plaines de Tlnde de celles de la Chine, mais 
l'emploi des feuilles n'était pas connu jadis dans Tlnde. 

La culture du Thé, introduite aujourd'hui dans plusieurs 
colonies, donne des résultats admiranles à Assam. Non seule- 
ment le produit y est d'une qualité supérieure à la moyenne des 
thés de Chine, mais la quantité obtenue augmente rapidement. 
En 1870, on a récolté dans l'Inde anglaise treize millions de 
livres de thé, en 1878 trente-sept millions, et l'on espérait pour 
1880 une récolte de soixante et dix millions de livres ^ I Le Thé 
ne supporte pas la gelée et souffre par la sécheresse. Comme je 
l'ai dit une fois ^, les conditions qui le favorisent sont tout à fait 
l'opposé de celles qui conviennent à la vigne. On m'a objecté 
que le thé prospère aux îles Açores, où l'on a du bon vin ® ; mais 
on peut cultiver dans les jardins ou sur une petite échelle bien 
des plantes qui ne donnent pas, en grand, des produits rému- 
nérateurs. On a de la vigne en Chine, et la vente des vins y joue 
un très petit rôle. Inversement aucun pays de vignobles n'a 
donné du thé pour l'exportation. Après la Chine, le Japon et 
Assam^ c'est à Java, à Ceylan et au Brésil qu'on fait le plus de 
thé, et assurément on n'y cultive pas du tout ou fort peu la 
vigne, tandis que les vins de régions sèches, comme l'Australie, 
le Cap, etc., se répandent déjà dans le commerce. 

Ldn* — Linum usitatissimum^ Linné. 

La question de l'origine du Lin, ou plutôt des Lins cultivés, 
est une de celles qui ont donné lieu aux recherches les plus inté- 
ressantes. 

Pour comprendre les difficultés qu'elle présente, il faut 
d'abord se rendre compte des formes, très voisines, que les au- 

!. Fortune, Three years wandering in China, 1 vol. iii-8». 

2. Fontanier, Bulletin soc, d'acclimatation, 1870, p. 88. 

3. Loureiro, FL cochinch., p. 414. 

4. Griffith, Reports; Wallich, cité par sir J. Hooker, Flora of brit. India, 
I, p. 293. 

5. Anderson, cité par sir J. Hooker. 

6. The colonies and India, d'après le Gardener*s Chronicle^ 1880, I, 
p. 659. 

7. Discours au congrès bot. de Londres, en 1866. 

8. Flora, 1868, p. 64. 



96 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS TIGES OU FEUILLES 

leurs désignent tantôt comme espèces distinctes du genre 
Linum et tantôt comme variétés d'une seule espèce. 

Le premier travail important sur ce point a été fait par 
M. J.-E. Planchon, en 1848 *. Il a montré clairement les diffé- 
rences des Linum usitatissimum, humile, et angustifolium^ qu'on 
connaissait mal. Ensuite M. Oswald Heer ^, à l'occasion de re- 
cherches approfondies sur les anciennes cultures, a revu les carac- 
tères indiqués, et en ajoutant Tétude de deux formes intermé- 
diaires, ainsi que la comparaison de nombreux échantillons, il 
est arrivé à Tidée d'admettre une seule espèce composée de plu- 
sieurs états légèrement différents. Je transcrirai, en français, 
son résumé latin des caractères, avec la seule addition de mettre 
un nom pour chaque forme distincte, suivant Tusage dans les 
livres de botanique. 

Linum usitatissimum, 

1. Annuum (annuel). Racine annuelle ; tige unique, droite; capsules de 7 
à 8 mill. de longueur ; graines de 4 à 6 mill., terminées par un bec. a. Vul- 
gare (ordinaire). Capsules de 7 mill. ne s'ouvrant pas à maturité, et offrant 
des replis intérieurs glabres. — Chez les Allemands : Schliesslein, Dres- 
chlein. p. Humile (petit). Capsules de 8 mill., s'ouvrant à maturité d'une ma- 
nière brusque, à replis intérieurs ciliés. — Linum humile Miller. L. cre- 
pitans Bœninshausen. Chez les Allemands : Klanglein, Springlein. 

2. Hyemale (d'hiver). Racine annuelle ou bisannuelle ; tiges nombreuses, 
diffuses à la base, arquées; capsules de 7 mill., terminées par un bec. — 
Linum hyemale romanum. Eu allemand : Winterlein. 

3. Anibiguum (ambigu). Racine annuelle ou vivace; tiges nombreuses; 
feuilles acuminées; capsules de 7 mill., à replis peu ciliés; graines de 
4 mill., terminées par un court bec. — Linum ambiguum, Jordan. 

4. Angustifolium (à feuilles étroites). Racine annuelle ou vivace: tiges 
nombreuses, diffuses à la base, arquées; capsules de 6 mill., à replis ci- 
liés; graines de 3 mill., à peine crochues au sommet. — Linum angustifo- 
lium Hudson. 

On voit combien de passages existent entre les formes. La 
qualité de plante annuelle, bisannuelle ou vivace, dont M. Heer 
soupçonnait le peu de fixité, est assez vague, en particulier 
pour V angustifolium, car M. Loret, qui a observé ce Lin aux en- 
virons de Montpellier, s'exprime ainsi ^ : « Dans les pays très 
chauds, il est presque toujours annuel, et c'est ce qui a lieu en 
Sicile, d'après le témoignage de Gussone ; chez nous il est annuel, 
bisannuel ou même vivace, selon la nature physique du sol où il 
croît, et l'on peut s'en assurer en l'observant sur le littoral, no- 
tamment à Maguelone. On y remarquera que le long des sentiers 
fréquemment piétines il a une durée plus longue que dans le» 

1. Planchon, dans Hooker, Journal of botany, vol. 7, p. 165. 

2. Heer, Die Pflanzen der Pfahlbauten, in-4% Zurich, 1865, p. 35; Ueber 
den Flachs und die Flachskultur, in-4'', Zurich, 1872. 

3. Loret, Observations critiques sur plusieurs plantes montpelliéraineSf 
dans la Revue des se. nat , 1875. 



LIN 97 

sables, où le soleil dessèche promptement ses racines et où 
Taridité du sol ne lui permet de vivre qu'une seule année. » 

Lorsque des formes ou des états physiologiques passent de 
î'un à l'autre et se distinguent par des caractères variables selon 
les circonstances extérieures, on est conduit à les considérer 
comme constituant une seule espèce, quoique ces formes ou 
états aient un certain degré d'hérédité et remontent peut-être à 
des temps très anciens. Nous sommes cependant obligés, dans 
des recherches sur les origines, de les considérer séparément. 
J'indiquerai d'abord dans quels pays on a trouvé chaque forme 
à Tétat spontané ou quasi spontané. Ensuite je parlerai des cul- 
tures, et nous verrons jusqu'à quel point les faits géographiques 
ou historiques confirment l'opinion de l'unité d'espèce. 

Le Lin annuel ordinaire n'a pas encore été trouvé dans un 
état spontané parfaitement certain. Je possède plusieurs échan- 
tillons de l'Inde, et M. Planchon en avait vu d'autres dans les 
herbiers de Kew, mais les botanistes anglo-indiens n'admettent 
pas que la plante soit indigène dans leur région. La flore 
récente de sir Joseph Hooker en parle comme d'une espèce 
cultivée, principalement pour l'huile qu'on tire des graines, et 
M. G.-B. Glarke, ancien directeur du jardin de Calcutta, m'écrit 
que les échantillons récoltés doivent venir des cultures, très fré- 
quentes en hiver, dans le nord de l'Inde. M. Boissier * mentionne 
un L, humile à feuilles étroites, que Kotschy a récolté « près 
de Schiraz, en Perse, au pied de la montagne Sabst Buchom. » 
Voilà peut-être une localité bien en dehors des cultures, mais je 
ne puis donner à cet égard des informations suffisantes. Hohe- 
Tiacker a trouvé le L. usitatissimum a subspontané » dans la 
province de Talysch, au sud du Caucase, vers la mer Caspienne ^. 
Steven est plus affirmatif pour la Russie méridionale '. Selon 
lui, le L, usitatissimum « se trouve assez souvent sur les collines 
^stériles de la Crimée méridionale, entre Jalta et Nikita, et le 
professeur Nordmann l'a récolté sur la côte orientale de la mer 
Noire. » En avançant vers l'ouest dans la Russie méridionale 
ou la région de la mer Méditerranée, on ne cite plus l'espèce 
'que rarement et comme échappée des cultures ou quasi spon- 
tanée. Malgré ces doutes et la rareté des documents, je regarde 
comme très possible qne le lin annuel, sous l'une ou l'autre de 
ses deux formes, soit spontané dans la région qui s'étend de la 
Perse méridionale à laCrimée, au moins dans certaines localités. 
Le Lin d'hiver est connu seulement comme cultivé, dans quel- 
tjues provinces d'Italie *. 

1. Boissier, Flora orient,, 1, p. 851. C'est le L, usitatissimum de Kotschy, 
II» 164. 

2. Boissier, ibid,; Hohenli., Eniun, Talysch, p. 168. 

3. Steven, Verzeichniss der auf d'ir taurischen Halbinseln wildwachsenden 
J^flanzen, Moscou, 1857, p. 91. 

4. Heer, t/6. d. Flachs, p. 17 et 22. 

De Candolle. 7 



98 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS TIGES OU FEUILLES 

Le Linum ambiguum de Jordan croît sur la côte de Provence 
et du Languedoc, dans les endroits secs *. 

Enfin le Linum angustifolïum, dont le précédent diffère à 
peine, présente une habitation bien constatée et assez vaste. I! 
croit spontanément, surtout sur les collines, dans toute l'éten- 
due de la région dont la mer Méditerranée est le centre, savoir 
dans les îles Canaries et Madère, au Maroc 2, en Algérie ' et 
jusque dans la Gyrénaïque ^, au midi de l'Europe jusqu'en 
Angleterre ^, jusqu'aux Alpes et aux Balkans, et enfin en Asie, 
du midi du Caucase ^ au Liban et à la Palestine ^ Je ne le vois 
pas mentionné en Crimée, ni au delà de la mer Caspienne. 

Voyons ce qui concerne la culture, destinée le plus souvent à 
fournir une matière textile, souvent aussi à donner de Thuile ou, 
chez certains peuples, une matière nutritive au moyen des 
graines. Je me suis occupé de la question d'origine, en 1855 *. 
Elle se présentait alors de la manière suivante : 

Il était démontré surabondamment que les anciens Egyptiens 
et les Hébreux se servaient d'étoff*es de lin. Hérodote l'affir- 
mait. On voit d'ailleurs la plante figurée dans les dessins de 
l'ancienne Egypte, et l'examen au microscope des bandelettes 
qui entourent les momies ne laisse subsister aucun doute ®. La 
culture du Lin était ancienne en Europe, par exemple chez les 
Celtes, et dans l'Inde, d'après les notions historiques. Enfin des 
noms vulgaires très diff'érents indiquaient aussi une culture an- 
cienne ou des usages anciens dans divers pays. Le nom celte Lin 
et gréco-latin Linon ou Linum n'a aucune analogie avec le nom 
hébreux Pischta ^^ ni avec les noms sanscrits Ooma (prononcez 
Ouma)y Atasi, Utasi^^, Quelques botanistes citaient le Lin comme 
« à peu près spontané » dans le sud-est de la Russie, au midi du 
Caucase et dans la Sibérie occidentale, mais on ne connaissait 
pas une véritable spontanéité. Je résumais alors les probabilités 
en disant : « L'étymologie multiple des noms, l'ancienneté de la 
culture en Egypte, en Europe et dans le nord de l'Inde à la fois, 

1. Jordan, cité dans Walpers, Annal,, vol. 2, et dans Heer, /. c, p. 22. 

2. Bail, Spicilegium fl. marocc,,^. 380. 

3. Munby, Catal., éd. 2, p. 7. 

4. Rohlf, d'aprtîs Cosson, HulL Soc, bot, de Fi\, 1875, p. 46. 

5. Planchon. /. c. ; Bentliam, Handhook of brit, fl. éd. 4, p. 89. 

6. Planchon, /. c. 

7. Boissier, Fl. or., 1, p. 861. 

8. A. de CandoUe, Géogr. bot, raisonnée, p. 833. 

9. Thomson, Annals of philos, juin 1834; Dutrochet, Larrey et Gostaz,. 
Comptes rendus de VAcad. des se. y Paris, 1837, sem. 1, p. 739; Unger, Bot, 
Stretf'zûge, 4, ç. 62. 

10. On a traauit d'autres mots Uébreux par lin, mais celui-ci est le plus 
certain. Voir Hamilton, La botanique de la Bible, Nice, 1871, p. 58. 

11. Piddington, Index Ind. plants; Roxburgh, Fl. ind , éd. 1832, 2, p. 110. 
Le nom Matusee (prononcez Matousi) indiqué par J*iddington, appartient 
h d'autres plantes, d'après Ad. Pictet, Origines indo-europ., éd. 2, vol. 1, 
p. 396. 



LIN 99 

la circonstance que dans ce dernier pays on cultive le Lin seule- 
ment pour faire de Thuile, me font croire que deux ou troi& 
espèces d'origine différente, confondues sous le nom de Linum 
usitatissimum parla plupart des auteurs, ont été cultivées jadis 
dans divers pays, sans imitation ou communication de Tun à 

l'autre Je doute, en particulier, que Tespèce cultivée par 

les anciens Egyptiens fut Tespèce indigène en Russie et en 
Sibérie. » 

Une découverte très curieuse de M. Oswald Heer, est venue, 
dix ans après, confirmer mes prévisions. Les habitants des pala- 
fittes de la Suisse orientale, à une époque où ils n'avaient que 
des instruments de pierre et ne connaissaient pas le chanvre^ 
cultivaient déjà et tissaient un lin qui n'est pas notre lin ordi- 
naire annuel, mais le lin vivace appelé Li?ium angustifolium 
spontané au midi des Alpes. Gela résulte de l'examen des cap- 
sules, des graines et surtout de la partie inférieure d'une plante 
extraite soigneusement du limon de Robenhausen *. La figure 
publiée par M. Heer montre clairement une racine surmontée de 
deux à quatre tiges, à la manière des plantes vivaces. Les tiges 
avaient été coupées, tandis qu'on arrache notre Lin ordinaire, 
ce qui prouve encore la qualité persistante de la plante. Avec les 
restes du Lin de Robenhausen se trouvaient des graines du Silène 
cretica^ espèce également étrangère à la Suisse, qui abonde en 
Italie dans les champs de Lin ^. M. Heer en a tiré la conclusion 
que les lacustres suisses faisaient venir des graines de Lin d'Italie. 
H semble en effet que ce devait être. nécessaire, à moins de sup- 
poser jadis un autre climat en Suisse que celui de nptre époque, 
car le Lin vivace ne supporterait pas habituellement aujourd'hui 
les hivers de la Suisse orientale^. L'opinion de M. Heer est appuyée 
par le fait, assez inattendu, que le Lin n'a pas été trouvé dans les 
restes lacustres de Laybach et Mondsee, des Etats autrichiens, 
qui renferment du bronze *. L'époque tardive de l'arrivée du 
Lin dans cette région empêche de supposer que les habitants de 
la Suisse l'aient reçu de l'Europe orientale, dont ils étaient 
séparés d'ailleurs par d'immenses forêts. 

Depuis les observations ingénieuses du savant de Zurich, on a 
découvert un Lin employé par les habitants des tourbières 
préhistoriques de Lagozza, en Lombardie; et M. Sordelli a 
constaté, que c'était celui de Robenhausen , le L. angiis^ 



1. Heer, Die Pflanzen der Pfahlbauten, br. iii-4o, Zurich, 1865, p. 35: 
Ueber den Flachsund die FlachscuUur in Altherthum, br. in- 4°, Zurich, 1872.. 

2. Bertoloni, Flora ital., 4, p. 612. 

3. Nous avons vu qu'il avance vers le nord-ouest de TEurope, mais il 
manque au nord des Alpes. Peut-être l'ancien climat de la Suisse était-il 
plus égal qu'à présent, avec plus de neiges pour abriter les plantes vi- 
vaces. 

4. Mittheil. anihropol, Gesellsrhaft . Wien. vol. 6, p. 122, 161; Abhandl. 
Wien, Akad,, 84, p. 488. 



100 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS TIGES OU FEUILLES 

tifolium *. Ces anciens habitants ne connaissaient pas le Chanvre 
m les métaux, mais possédaient les mêmes céréales que les 
lacustres de Tâge de pierre .en Suisse et mangeaient comme eux 
les glands de Chêne Rouvre. Il y avait donc une civilisation, 
déjà un peu développée, en deçà et au delà des Alpes, avant 
que les métaux, même le bronze, y fussent d'un usage habituel, 
et que le chanvre et la poule domestique y fussent connus 2. Ce 
serait avant l'arrivée des Aryens en Europe, ou un peu après '. 

Les noms vulgaires du Lin dans les anciennes langues d'Burope 
peuvent jeter quelque jour sur cette question. 

Le nom Lin, Lliriy Linu, Linon, Linum, Lein, Lan, existe dans 
toutes les langues européennes, d'origine aryenne, du centre 
et du midi de l'Europe, celtiques, slaves, grecques ou latines. 
Ce n'est pas un nom commun avec les langues aryennes de 
rinde; par conséquent, dit avec raison Ad. Pictet *, la culture 
du Lin doit avoir commencé par les Arvens occidentaux et avant 
leur arrivée en Europe. J'ai fait cepenaant une réflexion qui m'a 
conduit à une nouvelle recherche, mais sans résultat. Puisque 
le Lin, me suis-je dit, était cultivé par les lacustres de Suisse et 
d'Italie avant l'arrivée des peuples aryens, il l'était probable- 
ment par les Ibères, qui occupaient alors l'Espagne et la Gaule, 
et il en est resté peut-être quelque nom spécial chez les Basques, 
qu'on suppose descendre des Ibères. Or, d'après plusieurs dic- 
tionnaires de leur langue ^, Liho, Lino ou Li, suivant les dia- 
lectes, signifient Lin, ce qui concorde avec le nom répandu dans 
toute l'Europe méridionale. Les Basques paraissent donc avoir 
reçu le Lin des peuples d'origine aryenne, ou peut-être ils ont 
perdu un ancien nom auquel ils auraient substitué celui des 
Celtes et des Romains. Le nom Flachs ou Fldx, des langues ger- 
maniques, vient de l'ancien allemand Flahs *. Il y a aussi, dans le 
nord-ouest de l'Europe , des noms particuliers pour le lin : 
Pellawa^ Aiwina en finlandais ^; Hor^ Hôr, Hkrr en danois *; 

1 . Sordelli, Sulle piante délia torbiera e délia stazione preistorica délia 
Lagozza, p. 37 et 51, imprimé à la suite de Castelfranco, Notizie ail, sta- 
zione lacustre délia Lagozztty in-8', Atti délia Soc. ital. se. nat., 1880. 

2. La poule a été introduite d'Asie en Grèce dans le vi« siècle avant 
J.-C, d'après Heer, Ueb. d. Plachs^ p. 25. 

3. Ces découvertes dans les tourbières de Lagozza et autres lieux, en 
Italie, montrent à quel point M. V. Hehn {Kulturpfl., éd. 3, 1877, p. 524) 
s'est trompé en supposant les lacustres suisses des Helvétiens rapprochés 
du temps de César. Les hommes de la même civilisation qu'eux au midi 
des Alpes étaient évidemment plus anciens que la république romaine, 
peut-être plus que les Ligures. 

4. Ad. Picteiy Origines indo-eurojp , , éd. 2, vol. 1, p. 396. 

5. Van Eys, uict, basqiœ- français, 1876; Gèze, Eléments de grammaire 
basque suivis d*un vocabulaire y Bayonne, 1873; Salaberry, Mots basques 
navarraiSy Ba.jonn.ey 1856; Lécluse, Vocabul. français basque, 1826. 

6. Ad. Pictet, l. c. 

7. Nemnich, Polygl. Lexicon d. Naturgesch., 2, p. 420; Rafn, Danmark 
flora, 2, p 390. 

8. Nemnich, ibid. 



LIN 101 

Hôr et Tone en vieux goth *. Haar existe aussi dans rallemand 
de Salzburg 2, Sans doute on peut expliquer ce mot par le sens 
ordinaire en allemand de fil, cheveu, comme le nom de Li peut 
être rattaché à une même racine que ligare, lier, et comme Hôr^ 
au pluriel Hôrvar, est rattaché par les érudits ^ à Harva^ radi- 
cal allemand pour Flachs^ mais le fait n'en existe pas moins que 
dans les pays Scandinaves et en Finlande on a employé d'autres 
expressions que dans tout le midi de l'Europe. Cette diversité 
inaique l'ancienneté de la culture et concorde avec le fait que 
les lacustres de Suisse et d'Italie cultivaient un Lin avant 
les premières invasions des Aryens. Il est possible, je dirai 
même probable, que ceux-ci ont apporté le nom Li^ plutôt que 
la plante ou sa culture ; mais, comme aucun Lin n'est spontané 
dans le nord de l'Europe, ce serait un ancien peuple, les Finnois, 
d'origine touranienne, qui auraient introduit le Lin dans le nord 
avant les Aryens. Dans cette hypothèse, ils auraient cultivé le 
Lin annuel^ car le Lin vivace ne supporterait pas les rigueurs des 
pays septentrionaux, tandis que nous savons à quel point le 
climat de Riga est favorable en été à la culture du Lin ordinaire 
annuel. La première introduction dans la Gaule, en Suisse et en 
Italie a pu venir du midi, par les Ibères, et en Finlande par les 
Finnois; après quoi les Aryens auraient répandu les noms les 
plus habituels chez eux, celui de Lin dans le midi et de flahs 
dans le nord. Peut-être eux et les Finnois avaient-ils apporté 
d'Asie le Lin annuel, qu'on aurait vite substitué au Lin vivace, 
moins avantageux et moins adapté aux pays froids. On ne sait 
pas exactement à quelle époque la culture du Lin annuel a rem- 
placé, en Italie, celle du Linum angustifolium vivace, mais ce 
doit être avant l'ère chrétienne, car les auteurs parlent d'une 
culture bien établie, et Pline dit qu'on semait le Lin au printemps 
et qu'on l'arrachait en été ''. On ne manquait pas alors d'instru- 
ments de métal, ainsi on aurait coupé le Lin s'il avait été vivace. 
D'ailleurs celui-ci semé au printemps n'aurait pas été mûr avant 
l'automne. 

Par les mêmes raisons, le Lin cultivé chez les anciens Egyptiens 
devait être annuel. On n'a pas trouvé jusqu'à présent dans les 
catacombes des plantes entières ou des capsules nombreuses, de 
nature à donner des preuves directes et incontestables. Seulement 
Unger ' a pu examiner une capsule tirée des briques d'un mo- 
nument que Lepsius attribue au xiii^ ou xiv® siècle avant J. -G., et 
il l'a trouvée plus semblable à celles du Z. usitatissimum que du 

1. Nemnich, ibid, 

2. Nemnich, ibid. 

3. Fick, VergL Worterbuch Ind, germ. 2« éd., 1, p. 722. Le môme fait 
Tenir le nom Lina du latin Linum, mais ce nom remonte plus haut, étant 
commun à plusieurs langues aryennes européennes. 

4. Plinius, 1. 19, cap. 1 : Vere satum xstate vellitur. 

5. Unger, Botanische Streifzûge, 1866, n» 7, p. 15. 



102 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS TIGES OU FEUILLES 

L. angustifolium. Sur trois graines que Braun * a vues dans le 
musée de Berlin, mélangées avec d'autres de plantes diverses 
cultivées, une lui a paru appartenir au Z. angustifolium et les 
deux autres au L. humile^ mais il faut convenir qu'une seule 
graine, sans la plante ou la capsule, n'est pas une preuve suffi- 
sante. Les peintures de l'ancienne Egypte montrent qu'on ne 
récoltait pas le Lin comme les céréales avec une faoïcille. On 
l'arrachait *. En Egypte, le Lin est une culture d'hiver, car la sé- 
cheresse de l'été ne permettrait pas plus d'une variété persistante 
que le froid dans les pays septentrionaux où l'on sème au prin- 
temps pour récolter en été. Ajoutons que le Lin annuel, de la 
forme appelée kumik, est le seul cultivé de nos jours en Abys- 
sinie, le seul également que les collecteurs modernes aient vu 
cultivé en Egypte ^. • - 

M. Heer soupçonne que les anciens Egyptiens auraient cultivé 
le Linum angustifolium, de la région méditerranéenne, en le 
semant comme une plante annuelle *. Je croirais plutôt qu'ils ont 
emporté ou reçu leur Lin d'Asie, et déjà sous la forme de Vhut- 
mue. Les usages et les figures montrent que leur culture du Lin 
-datait d'une antiquité très reculée. Or, on sait maintenant que 
les Egyptiens des premières dynasties avant Ghéops apparte- 
naient à une race proto-sémitique, venue par l'isthme de Suez •. 
Le Lin a été retrouvé dans un tombeau de l'ancienne Ghaldée, 
antérieur à Babylone *, et son emploi dans cette région se perd 
dans la nuit des temps. Ainsi les premiers Egyptiens de la race 
blanche ont pu transporter le Lin cultivé, et, à défaut, leurs suc- 
cesseurs immédiats ont pu le recevoir d'Asie avant l'époque des 
•colonies phéniciennes en Grèce et avant les rapports directs de 
la Grèce avec l'Egypte sous la XIV® dynastie '. 

Une introduction très ancienne d'Asie en Egypte n'empêche 
ipas d'admettre des transports successifs de l'est à l'ouest dans 
des temps moins anciens que les premières dynasties égyptiennes. 
Ainsi les Aryens occidentaux et les Phéniciens ont pu transpor- 
ter en Europe le Lin, ou un Lin plus avantageux que le L, angus- 
tifolium^ pendant la période de 2500 à 1200 ans avant notre ère. 

L'extension par les Aryens aurait marché plus au nord que 
^elle par les Phéniciens. En Grèce, dans le temps de la guerre 
de Troie, on tirait encore les belles étoffes de Lin de la Golchide, 

1. A. Braiin, Die Pflanzenreste des Egyptischen Muséums in BetHin, in- 
80, 1877, p. 4. 

2. Rosellini, pi. 35 et 36, cité par Unger, Bot. Streifzûge, n® 4^ p. 62. 

3. W. Schimper, Ascherson, Boissier, Schweinfurth, citéB dans Al. 
BrauD, /. c, p. 4. 

4. Heer, Ueb. d. Flachs, p. 26. 

0. Maspero, Histoire ancienne des peuples de l'Orient, éd. 3, Paris, 1878, 
p. 13 et suivantes. 

6. Journal of the royal asiatic soc, vol. 15 p. 271, cité dans Heer, 
U, c, p. 6. 

7. Maspero, p. 213 et suivantes. 



JUTE 103 

c'est-à-dire de cette région au pied du Caucase, où Ton a trouvé 
de nos jours le Lin annuel ordinaire sauvage. Il ne semble pas 
que les Grecs aient cultivé la plante à cette époque i. Les Aryens 
en avaient peut-être déjà introduit la culture dans la région voi- 
sine du Danube. Cependant j'ai noté tout à l'heure que les restes 
des lacustres de Laybach et Mondsee n'ont indiqué aucun Lin. 
Dans les derniers siècles avant l'ère chrétienne, les Romains 
tiraient de très beau Lin d'Espagne ; cependant les noms de la 
plante dans ce pays ne font pas présumer que les Phéniciens en 
•aient été les introducteurs. Il n'existe pas en Europe un nom 
oriental du Lin, venant ou de l'antiquité ou du moyen âge. Le 
nom arabe Kattan^ Kettane ou Kittane, d'origine persane *, s'est 
propagé vers l'ouest seulement jusqu'aux Kabiles d'Algérie ^ 

L'ensemble des faits et des probabilités me paraît conduire 
à quatre propositions, acceptables jusqu'à nouvelles découvertes : 

1. Le Linum angustifolium, ordinairement vivace, rarement 
bisannuel ou annuel, spontané depuis les îles Canaries jusqu'à 
la Palestine et au Caucase, a été cultivé en Suisse et dans le 
nord de l'Italie par des populations plus anciennes que les con- 
quérants de race aryenne. Sa culture a été remplacée par celle 
<lu lin annuel. 

2. Le Lin annuel {L. usitatisslmum), cultivé depuis 4 ou 5000 ans 
au moins dans la Mésopotamie, l'Assyrie et l'Egypte était spon- 
tané et Test encore dans des localités comprises entre le golfe 
Persique, la mer Caspienne et la mer Noire. 

3. Ce Lin annuel paraît avoir été introduit dans le nord de 
l'Europe par les Finnois (de race touranienne) ; ensuite dans le 
«•este de l'Europe par les Aryens occidentaux, et peut-être, çà et 
là, par les Phéniciens ; enfin dans la péninsule indienne par les 
Aryens orientaux, après leur séparation des occidentaux. 

4. Ces deux formes principales ou états du Lin existent dans 
les cultures et sont probablement spontanées dans leurs localités 
actuelles depuis au moins 5000 ans. Il n'est pas possible de 
deviner leur état antérieur. Leurs transitions et variations sont si 
nombreuses qu'on peut les considérer comme une espèce, pour- 
vue de deux ou trois races ou variétés héréditaires, ayant elles- 
jnêmes des sous-variétés. 

Jute. — Cor chorus capsularis et Corchorus olitorius, Linné. 

Les fils 'de Jute, qu'on importe en grande quantité depuis 
quelques années, surtout en Angleterre, se tirent de la tige de 
ces deux Corchorus, plantes annuelles de la famille des Tiliacées. 
On emploie aussi leurs feuilles comme légume. 

1. Les textes grecs sont cités surtout dans Lenz, Botanik der Alten Grie- 
<hen und Rœmer, p. 672; Hehn, CiUturpflanzen und Hausthiere, éd. 3, 
p. 144. 

2. Ad. Pictet, l. c. 

3. Dictionnaire français- berbère, 1 vol. in-S®, 1844. 



404 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS TIGES OU FEUILLES 

Le C, capsularis a un fruit presque sphérique, déprimé au 
sommet et bordé de côtes longitudinales. On peut en voir une 
bonne figure coloriée dans Touvrage de Jacquin fils, Eclogx, 
pi. 119. Le C. olitoriusy au contraire, a un fruit allongé, comme 
une silique de crucifère. Il est figuré dans le Botam'c al magazine, 
t. 2810, et dans Lamarck, Jilustr,^ t. 478. 

Les espèces du genre sont distribuées assez également dans les 
régions cbaudes d'Asie , d'Afrique et d'Amérique ; par consé- 
quent, l'origine de chacune ne peut pas être présumée. Il faut 1» 
chercher dans les flores et les herbiers, en s'aidant de données 
historiques ou autres. 

Le Corchorus capsularis est cultivé fréquemment dans les îles 
de la Sonde, à Ceylan, dans la péninsule indienne, au Bengale^ 
dans la Chine méridionale, aux îles Philippines * ; en général 
dans l'Asie méridionale. Forster n'en parle pas dans son volume 
sur les plantes usitées par les habitants des îles de la mer Paci- 
fique, d'où l'on peut inférer que, lors du voyage de Gook, il y 
a un siècle, la culture ne s'en était pas répandue dans cette direc- 
tion. On peut même soupçonner, d après cela, qu'elle ne date pas- 
d'une époque très reculée dans les îles de l'archipel Indien. 

Blume dit que le Corchorus capsularis croît dans les terrains 
marécageux de Java, près de Parang *, et je possède deux échan- 
tillons de Java qui ne sont pas donnés pour cultivés ^. Thwaites 
l'indique à Ceylan comme « très commun » ^. Sur le continent 
indien, les auteurs en parlent plutôt comme d'une espèce cul- 
tivée au Bengale et en Chine. Wight, qui a donné une bonne 
figure de la plante , n'indique aucun lieu de naissance. 
Edgeworth ^ , qui a vu de près la flore du district de 
Banda, indique « les champs ». Dans la flore de l'Inde anglaise,. 
M. Masters, qui a rédigé l'article des Tiliacées, d'après les her- 
biers de Kew, s'exprime ainsi : « Dans les parties les plus chaudes 
de rinde; cultivé dans la plupart des pays tropicaux ®. » J'ai» 
un échantillon du Bengale qui n'est pas donné pour cultivé. 
Loureiro dit : «sauvage, et cultivé dans la province de Canton en- 
Chine % » ce qui signifie probablement sauvage en Cochinchine 
et cultivé dans la province de Canton. Au Japon, la plante croit- 
dans les terrains cultivés *. En somme, je ne suis pas persuadé 
que l'espèce existe, à l'état vraiment spontané, au nord de Cal- 
cutta. Elle s'y est peut-être semée çà et là par suite des cultures. 

1. Rumphius, Amboin., vol. 5. p. 212; Roxburgh, FL indica, 2, p. 581 » 
Loureiro, FI. cochinch., 1, p. 408, etc., etc. 

2. Blume, Bijdragen, 1, p. 110. 

3. Zollinger, n«« 1698 et 2761. 

4. Thwaites, Enum, Zeylan., p. 31. 

5. Edgeworth, Linnsan Soc, journ., IX. 

6. Masters, dans Hooicer, FL ind., 1, p. 397. 

7. Loureiro, FI. cochinch., 1, p. 408. 

8. Franchet et Savatier, Enum,, i, p. 66. 



JUTE 105 

Le C. capsularis a été introduit dans divers pays intertropi- 
caux d'Afrique ou même d'Amérique, mais il n'est cultivé en 
grand, pour la production des fils de jute, que dans l'Asie méri- 
dionale, surtout au Bengale. 

Le Corchorus olitorius est plus usité comme légume que pour 
les fibres. Hors d'Asie, il est employé uniquement pour les feuilles. 
C'est une des plantes potagères les plus communes des Egyptiens 
et Syriens modernes, qui la nomment en arabe Melokychy mais il 
n'est pas probable que les anciens en aient eu connaissance, car 
on ne cite aucun nom hébreu *. Les habitants actuels de la 
Crète la cultivent sous le nom de Mouchlia *, évidemment tiré de 
l'arabe, et les anciens Grecs ne la connaissaient pas. 

D'après les auteurs *, ce Corchorus est spontané dans plu- 
sieurs provinces de l'Inde anglaise. Thwaites dit qu'il est com- 
mun dans les parties chaudes de Ceylan, mais à Java Blume 
l'indique seulement dans les décombres (in ruderatis). Je ne le 
vois pas mentionné en Cochinchine et au Japon. M. Boissier 
(FL or,) a vu des échantillons de Mésopotamie, de l'Afghanistan, 
de Syrie et d'Anatolie, mais il donne pour indication générale i 
• Culta et in ruderatis subspontanea. » On ne connaît pas de nom 
sanscrit pour les deux Corchorus cultivés *. 

Quant à l'indigénat en Afrique, M. Masters, dans Oliver, Flora 
of tropical Africa (1, p. 262), s'exprime ainsi : « Sauvage, ou cul- 
tivé comme légume dans toute l'Afrique tropicale. » Il rapporte 
à la même espèce deux plantes de Guinée que G. Don avait dé- 
crites comme différentes et sur la spontanéité desquelles il ne 
savait probablement rien. J'ai un échantillon du Cordofan re- 
cueilli par Kotschy, n» 45, « au bord des champs de Sorgho. ». 
Le seul auteur, à ma connaissance, qui affirme la spontanéité est 
Peters. Il a trouvé le C. olitorius « dans les endroits secs et 
aussi dans les prés aux environs de Sena et de Tette. » Schwein- 
furth ne l'indique dans toute la région du Nil que comme cul- 
tivé *. Il en est de même dans la flore de Sénégàmbie de Guille- 
min, Perrotet et Richard. 

En résumé, le C. olitorius paraît spontané dans les régions 
d'une chaleur modérée de l'Inde occidentale, du Cordofan et 
probablement de quelques pays intermédiaires. Il se serait ré- 
pandu du côté de Timor et jusque dans l'Australie septentrionale 
(Bentham^ FI, austr,)^ en Afrique et vers l'Anatolie à la suite d'une 
culture qui ne date peut-être pas de plus loin que l'ère chré- 
tienne, même dans son point d'origine. 
Malgré ce qu'on répète dans beaucoup d'ouvrages, la culture de 

1. Rosenmûller, Bibl. Naturgeschichte. 

2. Von Heidreich, Die Nutzpflanzen Griechenlands, p. 53. 

3. Masters, dans Hooker, FI. brit, India^ 1, p. 397; Aitchison, CataL 
Punjabf p. 23; Roxburgb, FL ind.j 2, p. 581. 

4. Piddinçton, Index. 

5. Schwemfurth, Beitràge z. FI. ASthiop.y p. 264. 



106 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS TIGES OU FEUILLES 

<îette plante est rarement indiquée en Amérique. Je note cepen- 
dant que, d'après Grisebach *, elle a amené à la Jamaïque une 
naturalisation hors des jardins, comme cela se présente souvent 
pour les plantes annuelles cultivées. 

Sumac. — Rhus Coriaria^ Linné. 

On cultive cet arbuste en Espagne et en Italie ^, pour faire 
sécher les jeunes branches, avec les feuilles, et en faire une pou- 
dre, qui se vend aux tanneurs. J'en ai vu naguère une planta- 
tion en Sicile, dont les produits s'exportaient en Amérique. 
€omme les écorces de chêne deviennent plus rares et qu'on re* 
cherche beaucoup les matières tannantes, il est probable que 
cette culture s'étendra; d'autant plus qu'elle convient aux loca- 
lités sèches et stériles. En Algérie, en Australie, au Gap, dans la 
république Argentine, ce serait peut-être une introduction à 
essayer ^. 

Les anciens se servaient des fruits comme assaisonnement, un 
peu acide, de leurs mets, et l'usage s'en est conservé çà et là; mais 
je ne vois pas de preuve qu'ils aient cultivé l'espèce. 

Elle croît spontanément aux Canaries et à Madère, dans la 
région de la mer Méditerranée et de la mer Noire, de préfé- 
rence sur les rocailles et dans les terrains desséchés. En Asie, 
son habitation s'étend jusqu'au midi du Caucase, à la mer Cas- 
pienne et la Perse ^. L'espèce est assez commune pour qu'on ait 
commencé à l'employer avant de la cultiver. 

Sumach est le nom persan et tartare ^, Rous^ Rhus (prononcez 
Rhous) l'ancien nom chez les Grecs et les Romains ^. Une preuve 
de la persistance de certains noms vulgaires est qu'en français 
•on dit le Roux ou Roure des corroyeurs. 

Cat, — Catha edulls^ Forskal. — Celastrus eduliSy Vahl. 

Cet arbuste, de la famille des Gélastracées, est cultivé beau- 
coup en Abyssiriie, sous le nom de Tchut ou Tchat^ et dans 
l'Arabie Heureuse sous celui de Cat ou Gat. On mâche ses 
feuilles, à l'état frais, comme celles du Coca en Amérique. Elles 
ont les mêmes propriétés excitantes et fortifiantes. Celles des 
pieds non cultivés ont un goût plus fort et peuvent même eni- 
vrer. Botta a vu dans le Yemen des cultures de Cat aussi impor- 

1 . Grisebach, Flora of british India^ p. 97. 

2. Bosc, Dictionn. (Tagric, au mot Sumac. 

3. Les conditions et procédés de culture du Sumac ont fait Tobjet d'un 
mémoire important de M. Inzenga, traduit dans le Bulletin de la Société 
d acclimatation de février 1877. Dans les Transactions of the bot. Soc. of 
Edinburghy 9, p. 341^ on peut voir l'extrait d'un premier mémoire de l'au- 
teur sur le même sujet. 

4. Ledebour, FI. ross., 1, p. 509; Boissier, FI. orient,^ 2, p. 4. 

5. Nemnich, PolygL Lextcon, 2, p. 1156; Ainslie, Mat, med. ind., 1, 
p. 414. 

C. Fraas, Syn. fl, rlass., p. 85. 



SUMAC, CAT, MATÉ, COCA 107 

tantes que celles du café, et il note qu'un cheikh obligé de 
recevoir poliment beaucoup de visiteurs achetait pour 100 francs 
de feuilles par jour ^. En Abyssinie, on emploie aussi les feuilles 
en infusion comme, une sorte de thé ^. Malgré la passion avec 
laquelle on recherche les excitants, cette espèce ne s'est pas 
répandue dans les pays voisins où elle réussirait, comme le 
Belouchistan, llade méridionale, etc. 

Le Gatha est spontané en Abyssinie ^. On ne Ta pas encore 
trouvé tel en Arabie. Il est vrai que Tintérieur du pays est à peu 
près inconnu aux botanistes. Les pieds non cultivés dont parle 
Botta sont-ils spontanés et aborigènes, ou échappés des cul- 
tures et plus ou moins naturalisés ? C'est ce qu'on ne peut dire 
d'après son récit. Peut-être le Catha a-t-il été introduit d' Abys- 
sinie avec le caféier, qu'on n'a pas vu davantage spontané en 
Arabie. 

Maté. — llex paraguariensis^ Saint-Hilaire. 

Les habitants dxi Brésil et du Paraguay font usage, depuis un 
temps immémorial, des feuilles de cet arbuste, comme les Chi- 
nois de celles du thé. Ils les récoltent surtout dans les forêts hu- 
mides de l'intérieur^ entre les 20e et 30e degrés de latitude sud, 
et le commerce les transporte séchées, à de grandes distances^ 
dans la- plus grande partie de l'Amérique méridionale. Ces 
feuilles renferment, avec de l'arôme et du tannin, un principe 
analogue à celui du thé et du café ; cependant on ne les aime 
guère, dans les pays où le thé de Chine est répandu. Les planta- 
tions de Maté ne sont pas encore aussi importantes que l'exploi- 
tation des arbustes sauvages, mais elles pourront augmenter à 
mesure que la population augmentera. D'ailleurs la préparation 
^st- plus facile que celle du thé, parce qu'on ne roule pas les 
feuilles. 

Des figures et descriptions de l'espèce, avec de nombreux dé- 
tails sur son emploi et ses propriétés, se trouvent dans les 
ouvrages de Saint-Hilaire, sir W. J. Hooker et de Martius *. 

Coca. — Erythroxylon Coca, Lamarck. 

Les indigènes du Pérou et des provinces voisines, du moins 
dans les parties chaudes et humides, cultivent cet arbuste, dont 
ils mâchent les feuilles, comme on fait dans l'Inde pour le 
Bétel. L'usage en est très ancien. Il s'était répandu même dans 

1. Forskai, Flora œgypto-arab., p. 65; Richard, Tentamen fl, abyss., 1, 
p. 134, t. 30; Botta, Archives du Muséum, 2, p. 73. 

2. Hochstetter, dans FlorUy 1841, p. 663. 

3. Schweinfurth et Ascherson, Aufzàhlung, p. 263; Oliver, Flora of tro- 
pical Africa, 1, p. 364. 

4. Aug. de Saint-Hilaire, Mém. du Muséum, 9, p. 351, Ann, se, nat., 
3* série, 14, p. 52; Hooker, London journal of botany, 1, p. 34; de Martius, 
Flora brasiliensiSj vol. lï, part. 1, p. 119. 



108 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS TIGES OU FEUILLES 

les régions élevées, où l'espèce ne peut pas vivre. Depuis qu'on 
a su extraire la partie essentielle du Coca et qu'on a reconnu 
ses avantages comme tonique, propre à faire supporter des fati- 
gues sans avoir les inconvénients des boissons alcooliques, il 
est probable qu'on essayera d'en répandre la culture, soit en 
Amérique, soit ailleurs. Ce sera, par exemple, dans la Guyane, 
l'archipel Indien ou les vallées de Sikkim et Assam, dans l'Inde, 
car il faut de l'humidité dans l'air et de la chaleur. La gelée 
surtout est nuisible à l'espèce. Les meilleures localités sont sur 
les pentes de collines, où Teau ne séjourne pas. Une tentative 
faite autour de Lima n'a pas réussi, à cause de la rareté de& 
pluies et peut-être d'une chaleur insuffisante *. 

Je ne répéterai pas ici ce qu'on peut trouver dans plusieurs 
excellentes publications sur le Coca * ; je dirai seulement que la 
patrie primitive de l'espèce, en Amérique, n'est pas encore suf- 
fisamment certaine. Le D'* Gosse a constaté que les anciens 
auteurs, tels que Joseph de Jussieu, de Lamarck et Gavanilles, 
n'avaient vu que des échantillons cultivés. Mathews en avait 
récolté au Pérou dans le ravin (quebrada) de Chinchao ', ce qui 
parait devoir être une localité hors des cultures. On cite aussi 
comme spontanés des échantillons de Guchero, rapportés par 
Poeppig * ; mais le voyageur lui-même n'était pas assut'é de la 
condition spontanée ^. D'Orbigny pense avoir vu le Coca sau- 
vage sur un coteau de la Bolivie orientale *. Enfin M. André a 
eu l'obligeance de me communiquer les Erythroxylon de son 
herbier, et j'ai reconnu le Coca dans plusieurs échantillons de la 
vallée de la rivière Cauca, dans la Nouvelle-Grenade, portant 
l'indication : en abondance^ spontané ou subspontané, M. Triana 
cependant ne reconnaît pas l'espèce comme spontanée dans son 
pays, la Nouvelle- Grenade ^. L'extrême importance au Pérou,, 
sous le régime des Incas, comparée à la rareté de l'emploi à la 
Nouvelle-Grenade, fait penser que les localités de ce dernier 
pays sont en eff'et des cultures, et que l'espèce est originaire 
seulement de la partie orientale du Pérou et de la Bolivie, con- 
formément aux indications de divers voyageurs susnommés. 

Indigotier des teinturiers. — Indigofei^a tinctoria, Linné. 

Il a un nom sanscrit, Nili ®. Le nom latin Indicum montre 

que les Romains connaissaient l'indigo pour une substance* 

1. Martinet^ dans le Bull, de la Soc, d'acclimatation, 1874, p. 449. 

2. En particulier dans le résumé très bien fait dn D^ Gosse, intitulé :. 
Monographie de V Erythroxylon Coca, br. in-8«, 1861 (tirée à part des Mém^ 
de VÂcad, de Bruxelles, vol . 12) . 

3. Hooker, Companion to the Bot. mag,, 2, p. 25. 

4. Peyritsch, dans Flora brasil,, fasc. 81, p. 156. 

5. Hooker, /. c. 

6. Gosse, Monogr,, p. 12. 

7. Triana et Planchon, dans Ann. se. nat.^ sér. 4, vol. 18, p. 338. 

8. Roxburgh, Flof^a indica, 3, p. 379. 



INDIGOTIERS, HENNÉ 109 




^ plante comme 

cultivée *. Plusieurs autres Indigofera sont spontanés dans l'Inde. 
On a trouvé celui-ci dans les sables du Sénégal *, mais il n*est 
pas indiqué dans d'autres localités africaines, et il est souvent 
cultivé au Sénégal, ce qui me fait présumer une naturalisation. 
L'existence d'un nom sanscrit rend l'origine asiatique assez pro- 
bidi)le. 

Indigrotier argenté. — Indigofera argentea, Linné. 

Celui-ci est décidément spontané en Abyssinie, Nubie. Kor- 
dofan et Sennaar '. On le cultive en Egypte et en Arabie. D'après 
cela, on pourrait croire que c'est l'espèce dont les anciens Egyp- 
tiens tiraient une couleur bleue *, mais ils faisaient peut-être 
venir l'indigo de l'Inde, car la culture en Egypte ne remonte 
probablement pas au delà du moyen âge ^. 

Une forme un peu différente que Hoxburgh désignait comme 
espèce (Indigofera cserulea), et qui paraît plutôt une variété, est 
sauvage dans les plaines de la péninsule indienne et du Belou- 
chistan. 

Indigotiers d'Amérique. 

11^ existe probablement un ou deux Indigofera originaires 
d'Amérique, mais mal définis, souvent mélangés dans les cul- 
tures avec les espèces de Fancien monde et naturalisés hors des 
cultures. La synonymie en est trop incertaine pour que j'ose 
faire quelque recherche sur leur patrie. Quelques auteurs ont 
pensé que 1'/. Anil de Linné était une de ces espèces. Linné dit 
cependant que sa plante était de l'Inde (Mantissa, p. 273). La 
teinture bleue des anciens Mexicains était tirée d'un végétal 
bien différent des Indigofera, d'après ce que raconte Hernandez ^. 



Henné. — Lawsonia alba , Lamarck [Lawsonia Inermis et 
spinosa de divers auteurs). 
L usage des femmes de l'Orient de se teindre les ongles en 



1. Wight, IconeSf t. 365; Royle, ///. Hitnal, t. 195; Baker, dans Flora 
of briiisfi India, 2, p. 98; Brandis, Forest flora, p. 136. 

2. Guillemin, Perrottet et Richard, Florm Seneg. tentamen, p. 178. 

3. Richard, Tentamen fl. abyss., 1, 184; Oliver, FI. of trop. Africa, 2, 
p. 97; Schweiufurth et Ascherson, Aufzdhlung, p. 256. 

4. Unger, Pflanzend. alten JEgyptens, p. 66; Pickering, Chronol. an^ang. 
p. 443. 

5. Reynier, Economie des Juifs, p. 439; des Egyptiens, p. 354. 

6. Hernandez, Thés,, p. 108. 



dlO PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS TIGES OU FEUILLES 

rouge avec le suc tiré des feuilles du Henné remonte à une 
grande antiquité. La preuve en est dans les anciennes peintures 
et momies égyptiennes. 

Il est difficile de savoir quand et dans quel pays on a com- 
mencé à cultiver Tespèce pour subvenir aux nécessités de cette 
mode aussi ridicule que persistante, mais cela peut remonter à 
une époque très ancienne, puisque les habitants de Babylone, 
de Ninive et des villes d'Egypte avaient des jardins. Les érudils 
pourront constater si l'usage de teindre les ongles a commencé 
en Egypte sous telle ou telle dynastie, avant ou après certaines 
communications avec les peuples orientaux. Il suffît, pour nôtre 
but , de savoir que le Lawsonia , arbuste de la famille des 
Lythracées, est plus ou moins spontané dans les régions chaudes 
de l'Asie occidentale et de l'Afrique, au nord de l'équateur. 

J'en possède des échantillons venant de l'Inde, de Java, de 
Timor, même de Chine ' et de Nubie, qu'on ne dit pas recueillis 
sur des pieds cultivés, et d'autres échantillons de la Guyane 
et des Antilles, qui proviennent sans doute d'importations de 
l'espèce. Stoks l'a trouvé indigène dans le Belouchistan *. Rox- 
burgh le regardait aussi comme spontané sur la côte de Goro- 
mandel ^, et Thwaites * l'indique pour Ceylan d'une manière 
qui fait supposer une espèce spontanée. M. Glarke ^ la dit « très 
commune et cultivée dans l'Inde, peut-être sauvage dans la 
partie orientale ». Il est possible qu'elle se soit répandue dans 
l'Inde, hors de la patrie primitive, comme cela est arrivé 
au xvii" siècle à Amboine ^ et plus récemment peut-être aux 
Antilles ^, à la suite de cultures, car la plante est recherchée 
pour le parfum de ses fleurs, outre la teinture, et se propage 
beaucoup par ses graines . Les mômes doutes s'élèvent sur l'in- 
digénat en Perse, en Arabie, en Egjpte (pays essentiellement 
cultivé), en Nubie et jusqu'en Guinée, où des échantillons ont 
été recueillis ®. Il n'est pas fort improbable que l'habitation de 
cet arbuste s'étendit de l'Inde à la Nubie ; cependant c'est tou- 
jours un cas assez rare qu'une telle distribution géographique. 
Voyons si les noms vulgaires indiquent quelque chose. 

On attribue à l'espèce un rtom sanscrit, Sakachera ® ; mais^ 
comme il n'a laissé aucune trace dans les divers noms des lan- 
gues modernes de l'Inde, je doute un peu de sa réalité. Le nom 
f)ersan Hanna s'est répandu et conservé plus que les autres 
Hina des Indous, Henné h et Alhenna des Arabes, Kinnn des 

1. Fortune, n» 32. 

2. Aitchison, Catal. ofPunjahy etc., p. 60; Boissier, FI. or,, 2, p. 744. 

3. Roxburgh, FI. ind., 2, p. 258. 

4. Thwaites, Enum. CeyL, p. 122. 

5. Clarkc, dans llooker, FI. brit. India, 2, p. 573. 

6. Rnmphius, Amb., 4, p. 42. 

7. Gri?ebacb, FI. brit. VV. Ind., 1, p. 271. 

8. Oliver, FI, oftrop. Africa, 2, p. 483. 

9. Piddington, Index to plants of India. 



TABAC m 

Grecs modernes). Geluide Cyjoros, usité par les Syriens du temps 
de Dioscoride *, n'a pas eu la même faveur. Ce détail vient à 
Tappui de l'opinion que Tespèce était originairement sur les 
confins de la Perse et de Tlnde, ou en Perse, et que Tusage, 
ainsi que la culture, ont avancé jadis de Test à l'ouest, d'Asie 
en Afrique. 

Tabac. — Nicotiana Tabacum^ Linné, et autres Nicotiana, 

A l'époque de la découverte de l'Amérique, l'usage de fumer, 
de priser ou chiquer était répandu dans la plus grande partie 
de ce vaste continent. Les récits des premiers voyageurs, re- 
cueillis d'une manière très complète par le célèbre anatomiste 
Tiedemann •, montrent que dans l'Amérique méridionale on ne 
fumait pas, mais on prisait ou chiquait, excepté dans la région 
de la Plata, de l'Uruguay et du Paraguay, où le Tabac n'était 
employé d'aucune manière. Dans l'Amérique du Nord, depuis 
l'isthme de Panama et les Antilles jusqu'au Canada et en Cali- 
fornie, l'usage de fumer était général, avec des circonstances qui 
indiquent une grande ancienneté. Ainsi on a trouvé des pipes 
dans les tombeaux des Atztecs au Mexique ^ et dans les tertres 
[mounds) des Etats-Unis. Elles y sont en grand nombre et d'un 
travail extraordinaire. Quelques-unes représentent des animaux 
étrangers à l'Amérique du Nord *. 

Gomme les Tabacs sont des plantes annuelles, qui donnent 
une immense quantité de graines, il était aisé de les semer et 
de les cultiver ou de les naturaliser plus ou moins dans le voi- 
sinage des habitations, mais il faut remarquer qu'on employait 
des espèces différentes du genre Nicotiana, dans diverses région? 
de rAmérique, ce qui indique des origines différentes. 

Le Nicotiana Tabacum^ ordinairement cultivé, était l'espèce 
la plus répandue et quelquefois la seule usitée dans l'Amérique 
méridionale et aux Antilles. Ce sont les Espanols qui ont intro- 
duit l'usage du tabac dans la Plata, l'Uruguay et le Paraguay ^; • 
par conséquent il faut chercher l'orgine de la plante plus au 
nord. De Martius ne pensait pas qu'elle fût indigène au Brésil ^, 
et il ajoute que les anciens Brésiliens fumaient les feuilles d'une 
espèce de leur pays appelée par les botanistes Nicotiana Lang- 
sdorffîi. Lorsque j'ai examiné la question d'origine en 1855 ', 

■ 

1. Dioscorides, 1, cap. 124; Lenz, Bot. d, AUerk,, p. 177. 

2. Tiedemann, Geschichte des Tabacks in-8", 1854. Pour le Brésil, voir 
Martius, Beitràge zur Ethnographie und Sprachkunde Amerikas, i, p. 719. 

3. Tiedemann, p. 17, pi. 1. 

4. Les dessins de ces pipes sont reproduits dans l'ouvrage récent do 
M. de Nadaillac, Les premiers hommes et les tetnps préhistoriques, vol. 2, 
p. 45 et 48. 

5. Tiedemann, p. 38, 39. 

6. Martius, Syst. mat. med. bras., p. 120; FI. bras., vol. X, p. 191. 

7. A. de CandoUe, Geogr. bot. raisonnée, p. 849. 



H2 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS TIGES OU FEUILLES 

je n^avais pu connaître d'autres échantillons de N. l'abacum 
paraissant spontanés que ceux envoyés par Blanchet, de la pro- 
vince de Bania, sous le n" 3223, a. Aucun auteur, avant ou 
après cette époque, n'a été plus heureux, et je vois que MM. Flûc- 
kiger et Hanbury, dans leur excellent ouvrage sur les drogues 
d'origine végétale *, disent positivement : « Le tabac commua 
est originaire du nouveau monde, et cependant on ne l'y trouve 
pas aujourd'hui à l'état sauvage. » J'oserai contredire cette 
assertion, quoique la qualité de plante spontanée soit toujours 
contestable quand il s'agit d'une espèce aussi facile à répandre 
hors des plantations. 

Je dirai d'abord qu'on rencontre dans les herbiers beaucoup 
d'échantillons récoltés au Pérou, sans indication qu'ils fussent 
cultivés ou voisins des cultures. L'herbier de M. Boissier en 
contient deux, de Pavon, venant de localités différentes ^. Pavon 
dit dans sa flore (vol. 2, p. 16) que l'espèce croît dans les forêts 
humides et chaudes des Andes péruviennes, et qu'on la cultive. 
Mais, ce qui est plus significatif, M. Edouard André a recueilli 
dans la république de l'Equateur, à Saint-Nicolas, sur la pente 
occidentale du volcan Gorazon, dans une forêt vierge, loin 
de toute habitation, des échantillons, qu'il a bien voulu me 
communiquer et qui sont évidemment le N. Tabacum à taille 
élevée (2 à 3 mètres) et à feuilles supérieures étroites, longue- 
ment acuminées, comme on les voit dans les planches de Hayne 
et de Miller^. Les feuilles inférieures manquent. La fleur, qui 
donne les vrais caractères de l'espèce, est certainement du 
A^. Tabacum^ et il est bien connu que cette plante varie dans les 
cultures sous le rapport de la taille et de la largeur des feuilles*. 

La patrie primitive s'étendait-elle au nord jusqu'au Mexique, 
au midi vers la Bohvie, à l'est dans le Venezuela? C'est très 
possible. 

Le Nicotiania rustica^ Linné, espèce à fleurs jaunâtres, très 
différente du Tabacum ^, et qui donne un tabac grossier, était 
plus souvent cultivé chez les anciens Mexicains et les indigènes 
au nord du Mexique. Je possède un échantillon rapporté de 
Californie par Douglas, en 1839, époque à laquelle les colons 
étaient encore rares, mais les auteurs américains n'admettent 

1. Flûckiger et Hanbury, Histoire des drogues d'origine végétale, traduc- 
tion en français, 1878, vol. 2, p. 150. 

2. L'un d'eux est classé sous le nom deNicot, fruticosa, qui, selon moi, 
est la même espèce, à taille élevée, mais non ligneuse, comme le nom le 
ferait croire. Le N. auriculata Bertero est aussi le Tabacum, d'après mes 
échantillons authentiques. 

3. Hayne, Arzneikunde Gewachse, vol. 12, t. 41; Miller, Gardener's dict., 
«gures, t. 186, f. 1. 

4. La capsule est tantôt plus courte que le calice et tantôt plus longue, 
sur le même individu, dans les échantillons de M. André. 

"i. Voir les figures de N, rustica dans Plée, Types de familles naiureUen 
de France, Solanées; BuUiard, Herbier de France, t. 289. 



TABAC H3 

pas la plante comme spontanée, et le D»* Asa Gray dit qu'elle se 
sème dans les terrains vagues *. C'est peut-être ce qui était 
arrivé pour des échantillons de l'herbier Boissier, que Pavon a 
récoltés au Pérou et dont il ne parle pas dans la flore péru- 
vienne. L'espèce croît abondamment autour de Gordova, dans 
la république Argentine*, mais on ignore depuis quelle époque. 
D'après l'emploi ancien de la plante et la patrie des espèces les 

Slus analogues, les probabilités sont en faveur d'une origine du 
[exique, du Texas ou de Californie. 

Plusieurs botanistes, même des Américains, ont cru l'espèce 
de l'ancien monde. C'est bien certainement une erreur, quoique 
la plante se répande çà et là, même dans nos forêts et quelque- 
fois en abondance ^, à la suite des cultures. Les auteurs du 
XVI* siècle en ont parlé comme d'une plante étrangère, in- 
troduite dans les jardins et qui en sortait quelquefois *. On la 
trouve dans quelques herbiers sous les noms de N, tatarica^ 
turcica ou sibirica^ mais il s'agit d'échantillons cultivés dans les 
jardins^ et aucun botaniste n'a rencontré l'espèce en Asie ou sur 
les confins de l'Asie, avec l'apparence qu'elle fût spontanée. 

Ceci me conduit à réfuter une erreur plus générale et plus 
tenace, malgré ce que j'ai démontré en 1855, ceUe de considérer 
quelques espèces mal décrites d'après des échantillons cultivés, 
comme origmaires de l'ancien monde, en particulier d'Asie. Les 
preuves de l'origine américaine sont devenues si nombreuses et 
si bien concordantes que, sans entrer dans beaucoup de détails, 
je puis les résumer de la manière suivante : 

A. Sur une cinquantaine d'espèces du genre Nicotiana trouvées 
à l'état sauvage, deux seulement sont étrangères à l'Amérique, 
savoir : 1" le ÎV. suaveolens^ de la Nouvelle-Hollande, auquel on 
réunit maintenant le iV. rotundifolia du même pays, et celui que 
Ventenat avait appelé par erreur N. undulata; 2® le N, fragram 
Hooker {Bot, mag., t. 4865), de l'île des Pins, près de la Nou- 
velle-Calédonie, qui diffère bien peu du précédent. 

B. Quoique les peuples asiatiques soient très amateurs de tabac 
et que dès une époque reculée ils aient recherché la fumée de 
cerrtaines plantes narcotiques, aucun d'eux n'a employé le Tabac 
antérieurement à la découverte de l'Amérique. Tiedemann Ta 
très bien démontré par des recherches approfondies dans les écrits 
des voyageurs du moyen âge ^, Il cite même pour une époque 
moins ancienne et qui a suivi de près la découverte de TAmé- 
rique, celle de 1540 à 1603, plusieurs voyageurs dont quelques- 

1. Asa Gray, Synopiical flora of N. A. (1878), p. 241. 

2. Martin ae Moussy, Descript. de la rép. Argentine, 1, p. 196. 

3. Bulliard, /. c. 

4. Gaesalpinus, lib. VIII, cap. 44; Bauhin, Hist., 3, p. 630. 

5. Tiedemann, Geschichte des Tabaks (1854), p. 208. Deux ans aupara- 
vant, Volz, Beitràge zur Cultur geschichte, avait réuni déjà un très grand 
nombre de faits sur l'introduction du Tabac dans divers pays. 

De Gandolle. 8 



114 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS TIGES OU FEUILLES 

uns étaient des botanistes, tels que Belon et Rauwolf, qui ont 
parcouru Tempire turc et la Perse, observant les coutumes avec 
beaucoup d'attention, et qui n'ont pas mentionné une seule fois 
le Tabac. Evidemment il s'est introduit en Turquie au commen- 
cement du XVII® siècle, et les Persans l'ont reçu très vite par les 
Turcs. Le premier Européen qui ait dit avoir vu fumer en Perse 
est Thomas Herbert, en 1626. Aucun des voyageurs suivants n'a 
oublié de mentionner l'usage du narguilé comme bien établi. 
Olearius décrit cet appareil, qu'il avait vu en 1633. La première 
mention du Tabac dans l'Inde est de 1605 % et il est probable 
que l'introduction en est venue par les Européens. Elle com- 
mençait à Arracan et au Pégu en 1619, d'après le voyageur 
Methold *. Il s'est élevé quelques doutes à l'égard de Java, parce 
que Rumphius, observateur très exact, qui écrivait dans la 
seconde moitié du xvip siècle, a dit ^ que, selon la tradition, 
de quelques vieillards, le tabac était employé comme médica- 
ment avant l'arrivée des Portugais en 1496, et que l'usage de 
fumer avait seul été communiqué par les Européens. Rum- 
phius ajoute, il est vrai, que le nom Tabaco ou Tambuco, ré- 
pandu dans toutes les localités, est d'origine étrangère. Sir 
Stamford Raffles * , à la suite de nombreuses recherches histo- 
riques sur Java, donne au contraire l'année 1601 pour la date 
de l'introduction du tabac à Java. Les Portugais avaient bien 
découvert les côtes du Brésil de 1500 à 1504; mais Vasco de 
Gama et ses successeurs allaient en Asie par le Gap ou la mer 
Rouge, de sorte qu'ils ne devaient guère établir des communica- 
tions fréquentes ou directes entre l'Amérique et Java. Nicot avait 
vu la plante en Portugal en 1560; ainsi les Portugais l'ont portée 
en Asie probablement dans la seconde moitié du xvi« siècle. 
Thunberg affirme * que l'usage du Tabac a été introduit au 
Japon par les Portugais, et, d'après d'anciens voyageurs que cite 
Tiedemann, c'était au commencement du xvii® siècle. Enfin les 
Chinois n'ont aucun signe original et ancien pour indiquer le 
Tabac; leurs dessins sur porcelaines, dans la collection de 
Dresde, montrent fréquemment depuis l'année 1700 et jamais 
auparavant des détails relatifs au Tabac *; enfin les sinologues 
s'accordent à dire que les ouvrages chinois ne mentionnent pas 
cette plante avant la fin du xvi« siècle ''. Si Ton fait attention à 
la rapidité avec laquelle l'usage du tabac s'est répandu partout 
où il a été introduit, ces renseignements sur l'Asie ont une force 
incontestable. 

1. D'après un auteur anonyme indien, cité par Tiedemann, p. 229. 

2. Tiedemann, p. 234. 

3. Rumphius, iterb, Amboin,, 5, p. 225. 

4. Raffles, Description of Java, p. 85. 

5. Thunberg, Flora japonica, p. 91. 

6. Klemm, cité dans Tiedemann, p. 256. 

7. Stanislas Julien, dans de Gandolle, Géographie bot, rais.^ p. 851 ; Bret- 
Bchneider, Study and value ofchinese botanical works^ p. 17, 



TABAC 115 

C. Les noms vulgaires du Tabac confirment une origine améri- 
caine. S'il y avait eu des espèces indigènes dans l'ancien monde, 
il existerait une infinité de noms différents; mais au contraire 
les noms chinois, japonais, javanais, indiens, persans, etc., 
dérivent des noms américains J^e^wm, ou Tabaky Tabok, Tamboc, 
légèrement modifiés. Piddington, il est vrai, cite des noms 
sanscrits, Dhumrapatra et Tamrakouta * ; mais je tiens d'Adolphe 
Pictet que le premier de ces noms, qui n'est pas dans le diction- 
naire de Wilson, signifie feuille à fumer et paraît d'une compo- 
sition moderne, tandis que le second n'est probablement pas 
plus ancien et semble quelque modification moderne des noms 
américains. Le mot arabe Docchan veut dire simplement fumée ^. 
Enfin nous devons chercher ce que signifient deux Nicotiana 
qu'on prétend asiatiques. L'une, appelée par Lehmann Nicotiana 
ckinensis^ venait du botaniste russe Fischer, qui la disait de 
Chine. Lehmann l'avait vue dans un jardin; or on sait à quel 
point les origines des plantes cultivées par les horticulteurs sont 
fréquemment erronées, et d'ailleurs, d'après la description, il 
semble que c'était simplement le N. Tabacum^ dont on avait 
reçu des graines, peut-être de Chine ^. La seconde espèce est le 
N. persica^ de Lindîey , figurée sans le Botanical register (pi. 1592) , 
dont les graines avaient été envoyées d'Ispahan à la Société 
d'horticulture de Londres comme celles du meilleur Tabac 
cultivé en Perse, celui de Schiraz. Lindley ne s'est pas aperçu 
que c'était exactement le N, alata^ figuré trois ans auparavant 
par Link et Otto * d'après une plante du jardin de Berfin. 
Celle-ci venait de graines du Brésil méridional, envoyées par 
Selle. C'est une espèce certainement brésilienne , à corolle 
blanche, fort allongée, voisine du N, suaveolens de la Nouvelle- 
Hollande. Ainsi le Tabac cultivé quelquefois en Perse, concur- 
remment avec l'ordinaire et qu'on a dit supérieur pour le 
parfum, est d'origine américaine, comme je l'avais prévu dans 
ma Géographie botanique en 1855. Je ne m'explique pas com- 
ment cette espèce a été introduite en Perse. Ce doit être par des 
graines tirées d'un jardin ou venues, par hasard, d'Amérique, 
et il n'est pas probable que la culture en soit habituelle en Perse, 
car Olivier et Bruguière, ainsi que d'autres naturalistes qui ont 
vu les cultures de Tabac dans ce pays, n'en font aucune mention. 
Par tous ces motifs, il n'existe point d'espèce de Tabac 

1. Piddington, Index, 

2. Forskal, p. 63. 

3. Lehmann, Historia Nicotinarum, p. 18. L'expression de suffruticosa 
«st une exagération appliquée aux Tsibacs, qui sont toujours annuels. J'ai 
déjà dit que le iV. suffruticosa des auteurs est le N, Taoacum. 

4. Link et Otto, Icônes plant, rar. horti àer., in-4, p. 63, t. 32. Sen- 
dtner, dans Flora brasil . ^ vol. 10, p. 167, décrit la même plante de Sello, 
à ce qu'il semble, d'après des échantillons envoyés par ce voyageur, 
et Grisebach, Symholm /Z. argent., p. 243, mentionne le iV. alata dans la 
provipce 4!£ntrerios de la république Argentine. 



116 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS TIGES OU FEUILLES 

originaire d'Asie. Elles sont toutes d'Amérique, excepté les 
N, suaveolenSy de la Nouvelle Hollande, et N, fragrans, de Tîle 
des Pins, au sud de la Nouvelle-Calédonie. 

Plusieurs Nicotiana, autres que les Tabacum et rustica^ ont été 
cultivés çà et là par des sauvages ou, cdmme curiosité, par des 
Européens. Il est singulier qu'on s'occupe si rarement de ces essais, 
au moyen desquels on obtiendrait peut-être des tabacs très 

Earticuliers. Les espèces à fleurs blanches donneraient proba- 
lement des tabacs légers et parfumés, et comme certains 
fumeurs recherchent les tabacs les plus forts, les plus désagréa- 
bles possible aux personnes qui ne fument pas, je leur recom- 
manderai le Nicotiana angustifolia^ du Chili, que les indigènes 
appellent Tàbaco del Diablo *. 

Gannelier. — Cinnamomum zeylanicum, Breyn. 

Le petit arbre, de la famille des Lauracées, dont l'écorce des 
jeunes rameaux est la cannelle du commerce, existe en grande 
quantité dans les forêts de Ceylan. Certaines formes qui se 
trouvent sauvages dans l'Inde continentale étaient regardées 
autrefois comme autant d'espèces distinctes, mais les botanistes 
anglo-indiens s'accordent à les réunir avec celle de Ceylan 2. 

Les écorces du Cannelier et d'autres Cinnomomum non cul- 
tivés , qui produisent le cassia ou cassia de Chine , ont été 
l'objet d'un commerce important dès les temps les plus reculés, 
MM . Flûckiger et Hanbury ^ ont traité ce point historique avec 
une érudition si complète que nous devons simplement renvoyer 
à leur ouvrage. Ce qui nous importe, à notre point de vue, c est 
de constater combien la culture du cannelier est moderne relati- 
vement à l'exploitation de l'espèce. C'est seulement de 1765 
à 1770 qu'un colon de Ceylan, appelé de Koke, soutenu par le 
gouverneur de l'Ile, Falck, fit des plantations qui réussirent à 
merveille. Elles ont diminué depuis quelques années à Ceylan; 
mais on en a fait ailleurs, dans les ^ays tropicaux de l'ancien 
et du nouveau monde. L'espèce se naturalise facilement hors 
des cultures *, parce que les oiseaux en recherchent les fruit» 
avec avidité et sèment les graines dans les forêts. 

Bamié. — China grass, des Anglais, — Boehmeria nivea^ 
Hooker et Arnott. 

La culture de cette précieuse Urticacée a été introduite dans 
le midi des Etats-Unis et de la France, depuis une trentaine 
d'années ; mais le commerce avait fait connaître auparavant^la 

i. Bertero, dans Prodr,, XIIj sect. 1, p. 568. 

2. Thwaites, Enum, Zeylanis, p. 252; Brandis, For est flora of India,. 
p. 375. 

3. Flûckiger et Hanbury, Histoire des drogues d*origine végétale^ trad.. 
franc., 2, p. 224; Porter, The tropical agricuiturist, p. 268. 

4. Brandis» /. c. Grisebach, Fl, of brit, W, India islands, p. 179. 



gânnelier, ramié, chanvre 117 

valeur extraordinaire de ses fibres, plus tenaces que le chanvre 
et, dans certains cas, flexibles comme la soie. On peut lire dans 
plusieurs ouvrages des détails intéressants sur la manière de 
cultiver la plante et d'en extraire les fils *. Je me bornerai à 
préciser ici, le mieux que je pourrai, l'origine géographique. 

Dans ce but, il ne faut pas se fier aux phrases assez vagues de 
la plupart des auteurs, m aux étiquettes des échantillons dans 
les herbiers, car il est arrivé souvent qu'on n'a pas distingué 
les pieds cultivés , échappés des cultures ou véritablement 
sauvages, et qu'on a oublié aussi la diversité des deux formes 
Boehmeria nivea [Urtica nivea, Linné, et Boehmena tenacissima, 
Gaudichaud, ou B, candicans, Hasskarl), qui paraissent deux 
variétés d'une même espèce, à cause des transitions notées par 
quelques botanistes. Il y a même une sous-variété, à feuilles 
vertes des deux côtés, cultivée par les Américains et par M. de 
Malaftic dans le midi de la France. 

La forme anciennement connue {Urtica nivea L.), à feuilles 
très blanches en dessous, est indiquée comme croissant en 
Chine et dans quelques pays voisins. Linné dit qu'elle se trouve 
sur les murs en Chine, ce qui s'appliquerait à une plante des 
décombres, originaire des cultures; mais Loureiro^ dit : Habitat^ 
et abundanter colitur in Cochinchina et China^ et, selon M. Ben- 
tham ', le collecteur Champion l'a trouvée, en abondance, dans 
les ravins de l'île de Hong-Kong. D'après MM. Franchet et 
Savatier ^, elle existe au Japon, dans les taillis et les haies (m 
fruticetis umbrosis et sepibus), Blanco ^ la dit commune aux îles 
Philippines. Je ne trouve aucune preuve qu'elle soit spontanée 
à Java, Sumatra et autres îles de l'archipel Indien. Rumphius * 
ne la connaissait que comme plante cultivée. Roxburgh ' la 
croyait native de Sumatra, ce que Miquel ^ ne confirme pas. 

Les autres formes n'ont été trouvées nulle part sauvages, ce 
qui appuie l'idée que ce sont des variétés survenues dans les 
cultures. 

Chanvre. — Cannabis sativa^ Linné. 

'Le chanvre est mentionné, avec ses deux états, mâle et 
femelle, dans les plus anciens ouvrages chinois, en particulier 
dans le Shu-King^ écrit 500 ans avant Jésus-Christ ^. Il a des 

1. Comte de Malartic, Journal dagric, praliqne^ 7 déc. 1871, 1872, v. 2, 
n» 31; de La Rocpie, tôid., n. 29, Bull. Soc, d'acclimat., juillet 1872, p. 463; 
Vilmorin, Bon jardinier, 1880, part. 1, p. 700; Vetillart, Etudes sur les 
fibres végét. textiles, p. 99, d1. 2. 

2. Loureiro, Flora cochinch,, 2, p. 683. 

3. Bentham, Flm^a Hongkong , p. 33,1. 

4. Franchet et Savatier" Enum, plant. Jap., 1, p. 439. 

5. Blanco, Flora de Filip., éd. 2, p. 484. 
'6. Rumphius^ Amboin.y 5, p. 214. 

7. Roxburgh, FI. ind., 3, p. 590. 

8, Miquel, Sumatra, éd. atlem., p. 170. 

•9. Bretschneider, Valu^ ofchinese botdnical works, p. 5, 10, 48. 



H8 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS TIGES OU FEUILLES 

noms sanscrits, Banga et Gangika * orthographiés Bhanga et 
Gunjika par Piddington '. La racine de ces noms ang ou an se 
retrouve dans toutes les langues indo-etiropéennes et sémitiques 
modernes : Bang en hindou et persan, Ganga en bengali ', Hanf 
en allemand, Iiemp en anglais, Kanas en celtique et bas-breton 
moderne *, Cannabis en grec et en latin, Cannab en arabe ^. 

D'après Hérodote (né en 484 avant Jésus-Christ), les Scythes 
employaient le Chanvre, mais de son temps les Grecs le connais- 
saient à peine ^. Hiéron II, roi de Syracuse, achetait le chanvre 
de ses cordages pour vaisseaux dans la Gaule, et Lucilius est le 
premier écrivain romain qui ait parlé de la plante (100 ans avant 
Jésus Christ). Les livres hébreux ne mentionnent pas le Chanvre ^. 
Il n'entrait pas dans la composition des enveloppes de momies 
chez les anciens Egyptiens. Même à Ja fin du xviii® siècle, on ne 
cultivait le Chanvre, en Egypte, que pour le hackich, matière 
enivrante ^. Le recueil des lois judaïques appelé Mischna^ fait 
sous la domination romaine, parle de ses propriétés textiles 
comme d'une chose peu connue ®. Il est assez probable que 
les Scythes avaient transporté cette plante de l'Asie centrale 
et de la Russie à l'ouest, aans leurs migrations, qui ont eu lieu 
vers l'an 1500 avant Jésus-Christ, un peu avant la guerre de 
Troie. Elle aurait pu s'introduire aussi par les invasions anté- 
rieures des Aryens en Thrace et dans l'Europe occidentale; mais 
alors l'Italie en aurait eu connaissance plus tôt. On n'a pas 
trouvé le Chanvre dans les palafîttes des lacs de Suisse *** et du 
nord de l'Italie ". 

Ce qu'on a constaté sur l'habitation du Cannabis sativa con- 
corde bien avec les données historiques et linguistiques. J'ai eo 
l'occasion de m'en occuper spécialement dans une des mono»- 
graphies du Prodromus^ en 1869 *^. 

L'espèce a été trouvée sauvage, d'une manière certaine, au 
midi de la mer Caspienne ^^, en Sibérie, près de l'Irtysch, dans le 
désert des Kirghiz, au delà du lac Baical, en Daourie (gouver- 
nement d'Irkutsk). Les auteurs l'indiquent dans toute la Russie 
méridionale et moyenne, et au midi du Caucase^*, mais la qualité 

1. Roxburgh, Flora indica, éd. 2, voL 3, p. 772. 

2. Piddington, Index, 

3. Roxburgh, ibid. 

4. Reynier, Economie des Celtes, p. 448; Legonidec, Dictionn. bas-bretotr. 

5. J. Humbert, autrefois professeur d'arabe à Genève, m'a indiqué Kan- 
nab, Kon-nab, Hon-nab, Heii-nab^ Kanedir, selon les localités. 

6. Athénée, cité par Hehn, Culturpflanzen, p. 168. 

7. Rosenmûller, Handb. bibl. Alterk, 

8. Forskal, Flora; Delile, Flore d Egypte, 

9. Reynier, Economie des Arabes, p. 434. 

10. Heer, Ueber d, Flachs, p. 25. 

11. Sordelli, Notizie suU. staz, di Lagozza, 1880. 

12. Vol. XVI, sectio 1, p. 30. 

13. De Bunge, Bull. Soc, bot, de Fr., 1860, p. 30. 

14. Ledéhour, Flora rossica, 3, p. 634. 



MURIER BLANC 119 

spontanée y est moins sûre, attendu que ces pays sont peuplés 
et que les graines de Chanvre peuvent se répandre aisément hors 
jardins. L'ancienneté de la culture en Chine me fait croire que 
l'habitation s'étend assez loin vers l'est, quoique les botanistes 
ne l'aient pas encore constaté *. M. Boissier indique l'espèce 
en Perse comme t presque spontanée ». Je doute qu'elle y soit 
indigène, parce que les Grecs et les Hébreux l'auraient connue 
plus tôt si elle l'était. 

Mûrier blanc. — Morus alba, Linné. 

Le Mûrier dont on sert le plus communément en Europe pour 
l'éducation des vers à soie est le Morus alba. Ses variétés, très 
nombreuses, ont été décrites avec soin par Seringe • et plus 
récemment par M. Bureau ^ La plus cultivée dans llnde, le 
Morus indica^ Linné {Morus alba, var. indica, Bureau), est sauvage 
dans le Punjab et à Sikim, d'après Brandis, inspecteur général 
des forêts de l'Inde anglaise *. Deux autres variétés, serrata et 
cuspidata, sont aussi indiquées comme sauvages dans diverses 
provinces de l'Inde septentrionale ^. L'abbé David a trouvé en 
Mongolie une variété parfaitement spontanée, décrite sous le nom 
de Mongolica par M. Bureau, et le D^'Bretschneider ® cite un nom 
Yen, d'anciens auteurs chinois, pour le Mûrier sauvage. Il ne 
dit pas, il est vrai, si ce nom s'applique au Mûrier blanc : Pe 
(blanc)-*Sa«^ (Mûrier), des cultures chinoises ^ L'ancienneté de 
la culture en Chine ^ et au Japon, ainsi que la quantité de 
formes différentes qu'on y a obtenues, font croire que la patrie 
primitive s'étendait à l'est jusqu'au Japon, mais on connaît peu 
la flore indigène de la Chine méridionale, et les auteurs les plus 
dignes de confiance pour les plantes japonaises n'affirment pas 
la qualité spontanée. MM. Franchet et Savatier ® disent : « cul- 
tivé depuis un temps immémorial et devenu sauvage çà et là. » 
Notons aussi que le Mûrier blanc paraît s'accommoder surtout 
des pays montueux et tempérés, par où Ton peut croire qu'il 
aurait été jadis introduit du nord de la Chine dans les plaines du 
midi. On sait que les oiseaux recherchent ses fruits et en portent 
les graines à de grandes distances dans des localités incultes, ce 
qui empêche de constater les habitations vraiment anciennes. 

1. M. de Bunge a trouvé le Chanvre dans le nord de la Chine, mai» 
dans des décombres {Enum., n« 338). 

2. Seringa, Descrivtion et culture des Mûriers. 

3. Bureau, dans ae Candolle, Prodromus, 17, p. 238. 

4. Brandis, The forest flora of north-west and central India, 1874, p. 408. 
Cette variété a le irait noir, comme le Morus nigra. 

5. Bureau, l, c, d'après des échantillons de divers voyageurs. 

6. Bretschneider, Study and value of chinese bot. vmrks, p. 12. 

7. Ce nom est dans le Pent-sao, d'après Ritter, Erdkunde, 17, p. 489. 

8. D'après Platt, Zeitschrift d. Gesellsch. Erdkunde, 1871, p. 162, la cul- 
ture remonte à 4000 ans avant J.-C. 

9. Franchet et Savatier, Enumeratio planta?'um Japoniœ, 1, p. 433. 



120 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS TIGES OU FEUILLES 

Cette facilité de naturalisation explique sans doute la présence, 
à des époques successives, du Mûrier blanc dans l'Asie occi- 
dentale et le midi de TEurope. Elle a dû agir surtout depuis que 
des moines eurent apporté le ver à soie à Constantinople, sous 
Justinien, dans le vi« siècle, et que graduellement la sériculture 
s'est propagée vers l'ouest. Cependant Targioni a constaté que 
le mûrier noir, M, nigra^ était seul connu en Sicile et en Italie, 
lorsque l'industrie de la soie s'est introduite en 1148 en Sicile et 
deux siècles plus tard en Toscane ^ D'après le même auteur, 
l'introduction du Mûrier blanc en Toscane date, au plus tôt, de 
l'année 1340. De la même manière, l'industrie de la soie peut 
avoir commencé en Chine, parce que le ver à soie s'y trouvait 
naturellement ; mais il est très probable que Tarbre existait aussi 
dans l'Inde septentrionale, où tant de voyageurs l'ont trouvé à 
l'état sauvage. En Perse, en Arménie et dans l'Asie Mineure, je 
le crois plutôt naturalisé depuis une époque ancienne, contrai- 
rement à Topinion de Grisebach, qui le regarde comme origi- 
naire de la région de la mer Caspienne ( Végét, du globe, trad. 
française, I, p. 424). M. Boissier ne le cite pas comme spontané 
dans ces pays ^. M. Buhse ^ Ta trouvé en Perse, près d'Erivan 
et de Baschnaruschin, et il ajoute : « naturalisé en abondance 
dans le Ghilan et le .Masenderan. i> La flore de Russie par 
Ledebour * indique de nombreuses localités autour du Caucase, 
sans parler de spontanéité, ce qui peut signifier une espèce na- 
turalisée. En Crimée, en Grèce et en Italie, il est seulement à 
l'état de culture ^. Une variété tatarica, souvent cultivée dans le 
raidi de la Russie, s'est naturalisée près du Volga *. 

Si le Mûrier blanc n'existait pas primitivement en Perse et 
vers la mer Caspienne, il doit y avoir pénétré depuis longtemps. 
Je citerai pour preuve le nom de Tut, Tuth, Tuta, qui est 
persan, arabe, turc et tartare. Il y a un nom sanscrit, Tula ', 
qui doit se rattacher à la même racine que le nom peirsan ; mais 
on ne connaît pas de nom hébreu, ce qui vient à l'appui de 
l'idée d'une extension successive vers l'Asie occidentale. 

Ceux de mes lecteurs qui désirent des renseignements plus 
détaillés sur l'introduction des Mûriers et des vers à soie les 
trouveront surtout dans les savants ouvrages de Targioni et 
de Ritter que j'ai cités. Les découvertes faites récemment 
par divers botanistes m'ont permis d'ajouter des données plus 

1. Ant. Targioni, Cenni storici sulla introd. di varie piante nelV agricolt. 
toscana, p. 188. 

2. Boissier, Flora orient,, 4, p. 1153. 

3. Buhse, Aufzàhlung der Transcaucasien und Persien Pfîanzen, p. 203. 

4. Ledebour, FI. ross., 3, p. 643. 

5. Steven, Verzeichniss d. taurisch. Halbins, p. 313; Heidreich, Pflanzen 
des attischen Ebene, p. 508; Bertoloni, FI. ital., 10, p. 177; Carue», FI. Tos- 
canttf p. 171. 

6. Bureau, /. c. 

7. Roxburgh, FI. ind.; Piddington, Index, 



MURIER NOIR lâl 

précises qae celles de Ritter sur rorigine, et, s'il y a quelques 
contradictions apparentes entre nos opinions sur d'autres points^ 
cela vient surtout de ce que Tillustre géographe a considéré une 
foule de variétés comme des espèces, tandis que les botanistes 
les ont réunies après un examen attentif. 

Mûrier noir. — Morus nigra^ Linné. 

Il est plus recherché pour ses fruits que pour ses feuilles, et, 
d'après cela, je devrais Ténumérer dans la catégorie des arbres 
fruitiers. Cependant on ne peut guère séparer son histoire de 
celle du Mûrier blanc. D'ailleurs on emploie sa feuille dans 
beaucoup de pays pour Félève des vers à soie, sans se laisser 
arrêter par la cpalité inférieure du produit. 

Le Mûrier noir se distingue du blanc par plusieurs caractères, 
indépendamment de la couleur noire du fruit, qui se trouve 
également chez certaines variétés du M, alba *. Il n'a pas une 
iminité de formes comme celui-ci, ce qui peut faire présumer 
une culture moins ancienne, moins active, et une patrie primi- 
tive moins étendue. 

Les auteurs grecs et latins, même les poètes, ont souvent 
mentionné le morm nigra, qu'ils comparaient au Ficus Syco- 
morus j et qu'ils confondaient même dans l'origine avec cet 
ftri>re égyptien. Les commentateurs répètent depuis deux siècles 
une foiue de passages qui ne laissent aucun doute à cet égard, 
mais ne présentent guère d'intérêt en eux-mêmes *. Us ne four- 
nissent aucune preuve sur l'origine de l'espèce, qu'on présume 
de Perse, à moins de prendre au sérieux la fable de Pyrame 
et Thisbé, dont la scène était en Babylonie, d'après Ovide. 

Les botanistes n'ont pas constaté d'une manière bien certaine 
l'indigénat en Perse. M. Boissier, qui possède plus de matériaux 
que personne sur l'Orient, se contente de citer Hohenacker 
comme ayant trouvé le M. nigra dans lés forêts de Lenkoran, 
«ur la côte méridionale de la nier Caspienne, et il ajoute : « pro- 
bablement spontané dans la Perse septentrionale vers la mer 
Caspienne ' ». Avant lui, Ledebour, dans sa flore de Russie, 
indiquait, d'après divers voyageurs, la Grimée et les provinces 
au midi du Caucase *; mais Steven nie que l'espèce existe en 
Grimée autrement qu'à l'état de culture ^. M. de TchihatchefF et 
C. Koch ® ont trouvé des pieds de Mûrier noir dans des localités 

i. Reichenbacb a publié de bonnes figures des deux espèces dans ses 
icônes flor» germ,, t. 657 et 658. 

2. Fraas, Synopsis fl, class.^ p. 236; Lenz, Botanik d. alten Griechen und 
Rœmer, p. 419; Kitter, Erdkunde^ 17, p. 482; Hehn, Cultwyflanzen, éd. 3, 
p. 336, sans parler d'auteurs plus anciens. 

3. Boissier, Flora orient, y 4, p. 1153 (publiée en 1879). 

4. Ledebour, Fl. ross,^ 3, p. 641. 

5. Steven, Verzeichniss d. taurischen Halbins. Pflanzen^ p. 313. 

6. Tcbihatcheff, traduction de Grisebach, Végétation du globe, 1, p. 424. 



122 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS TIGES OU FEUILLES 

élevées et sauvages d'Arménie. Il est bien probable que, dans la 
région au midi du Caucase et de la mer Caspienne, le Morus 
nigra est spontané, originaire, plutôt que naturalisé. Ce qui me 
le fait croire, c'est : 1** qu'il n'est pas connu, même à l'état cul- 
tivé, dans l'Inde, en Chine ou au Japon; 2" qu'il n'a aucun nom 
sanscrit; 3° qu'il s'est répandu de bonne heure en Grèce, pays 
dont les communications avec l'Arménie ont été anciennes. 

Le Morus nigra s'était si peu propagé au midi de la Perse 
qu'on ne lui connaît pas, d'une manière certaine, un nom hébreu 
ni même un nom persan distinct de celui du Morus alba. On le 
cultivait beaucoup en Italie, jusqu'à ce qu'on eût reconnu la 
supériorité du Mûrier blanc pour la nourriture des vers à soie. 
En Grèce, le Mûrier noir est encore le plus cultivé *. Il s'est na- 
turalisé çà et là dans ces pays et en Espagne *. 

Maguey. — Agave americana, Linné. 

Cette plante ligneuse, de la famille des Amaryllidées, est 
cultivée, depuis un temps immémorial, au Mexique, sous les 
noms de Maguey ou Metl^ pour en extraire, au moment où se 
développe la tige florale, le vin dit pulque, Humboldt a décrit 
clairement cette culture ^, et il nous dit ailleurs * que l'espèce 
croit dans toute l'Amérique méridionale, jusqu'à 1600 toises 
d'élévation. On la cite ^ dans la Jamaïque, à Antigua, à la Domi- 
nique, à Cuba;mais il faut remarquer qu'elle se multiplie facile- 
ment de drageons et qu'on la plante volontiers loin des habitations, 
pour en former des haies ou en tirer le fil appelé pite, ce qui em- 
pêche de savoir dans quel pays elle existait primitivement. 
Transportée depuis longtemps dans la région de la mer Médi- 
terranée, on la rencontre avec toutes les apparences d'une e^èce 
indigène, quoique son origine ne soit pas douteuse ®. Probable- 
ment, d'après les emplois variés qu'on en faisait au Mexique avant 
l'arrivée des Européens, c'est de là qu'elle est sortie. 

Canne à sucre. — Saccharum officinarum, Linné. 

Les origines de la Canne à sucre, de sa culture et de la fabri- 
cation du sucre ont été l'objet d'un travail très remarquable du 
géopraphe Karl Ritter \ Je n'ai pas à le suivre dans les détails 

1. Heldreich. Nutzpflanzen Griechenlands, p. 19. 

2. Bertoloni, F/ora ital., 10, p. 179; Visiani, FI. dalmat,, i, p. 220; Will- 
komm et Lange, Prodr. fl, hisp,, 1, p. 250. 

3. De Humboldt, Nouvelle-Espagne, éd. 2, p. 487. 

4. De Humboldt, dans Kuntn, Nova Gênera, 1, p. 297. 

5. Grisebach, Flora ofbrit. W. India, p. 582. 

6. Alph. de CandoUe, Géogr. bot. raisonnée, p. 739; H. Hoffmann, dan» 
Regel, Gartenflcïray 1875, p. 70. 

7. K. Ritter, Uebei" die geographische Verbreitung des Zuckerrohrs, 1840, 
in-4, 108 pag. (d'après Pritzel, Thés. lit. bot.); Die cultur des Zuckerrohrs^ 
Saccharum, in Asten, Geogr. Verbreitung, etc., etc., in-8», 64 pages, sans 
date. C'est une monographie pleine d'érudition et de jugement, digne de 



AGAVE, CANNE A SUCRE 123 

uniquement agricoles et économiques; mais pour l'habitatioa 
primitive de Fespèce, qui nous intéresse particulièrement, c^est 
le meilleur guide, et les faits observés depuis quarante ans ap- 
puient, en général, ou confirment ses opinions. 

La Canne à sucre est cultivée aujourd'hui dans toutes les régions 
chaudes du globe, mais il est démontré par une foule de témoi- 
gnages historiques qu'elle a été employée d'abord dans TAsie 
méridionale, d'où elle s'est répandue en Afrique et plus tard en 
en Amérique. La question est donc de savoir dans quelles parties 
du continent, ou des îles du midi de l'Asie, la plante existe ou 
existait quand on a commencé à s'en servir. 

Ritter a procédé selon les bonnes méthodes pour arriver à 
une solution. 

Il note d'abord que toutes les espèces connues à l'état sau- 
vage et rapportées, avec sûreté, au genre Saccharum, croissent 
dans rinde, excepté une qui est en Egypte *. On a décrit depuis 
cinq espèces des îles de Java, la Nouvelle-Guinée, Timor ou les 
Philippines *. La probabilité est toute en faveur de l'origine en 
Asie si l'on part des données de la géographie botanique. 

Malheureusement aucun botaniste n'avait trouvé à l'époque 
de Ritter et n'a encore trouvé le Saccharum ofHcinarum sauvage 
dans l'Inde, dans les pays adjacents ou dans l'Archipel au midi 
de l'Asie. Tous les auteurs anglo-indiens, Roxburgh, Wallich, 
Royle, etc., et plus récemment Aitchison ' ne mentionnent la 
plante que comme cultivée. Roxburgh, qui a herborisé si long- 
temps dans l'Inde, dit expressément : « Where wild I do not 
know. » Va famille des Graminées n'a pas encore paru dans la 
flore de sir J. Hooker. Pour l'île de Ceylan, Thwaites a si peu 
trouvé l'espèce spontanée qu'il ne l'énumère pas même comme 
plante cultivée *. Rumphius, qui a décrit soigneusement la culture 
dans les possessions hollandaises, ne dit rien sur la patrie de 
l'espèce. Miquel, Hasskarl, Blanco {FI. Filip,) ne parlent d'aucun 
échantillon sauvage dans les îles de Sumatra, Java ou les Phi- 
lippines. Grawfurd aurait voulu en découvrir et n'y est pas par- 
venu ^. Lors du voyage de Cook, Forster ne trouva la Canne à 
sucre qu'à l'état de plante cultivée dans les petites îles de la 
mer Pacifique ^. Les indigènes de la Nouvelle Calédonie cultivent 
une quantité de variétés de la Canne et en font un usage con- 

la belle époçiue de la science allemande, lorsque les ouvrages anglais ou 
français étaient cités par tous les auteurs, avec le même soin que les 
allemands. 

1. Kunth, Enumeratio plantanim (1838), vol. 1, p. 474. Il n'existe pas de 
travail descriptif moins ancien pour la famille des Graminées, ni pour le 
genre Saccharum. 

2. Miquel, Flora Indix batavœ (1855) vol., 3, p. 511. 

3. Aitchison, Catalogue of PuDJab and Sindn plants, 1869, p. 173. 

4. Thwaites, Enum. Ceyloniœ. 

5. Grawfurd, Indian archip., 1, p. 475. 

6. Forster, Plantœ esculentœ. 



424 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS TIGES OU FEUILLES 

tinuel en suçant la matière sucrée ; mais Vieillard * a eu soin de 
dire : « De ce qu'on rencontre fréquemment au milieu des brous- 
sailles et même sur les montagnes des pieds isolés de Saccharum 
officinarum^ on aurait tort d'en conclure que cette plante est 
indigène, car ses pieds, faibles et rachi tiques, accusent simple- 
ment d'anciennes plantations, ou proviennent de fragments de 
Cannes oubliés par les naturels, qui voyagent rarement sans avoir 
un morceau de canne à sucre à la main. » En 1861, M. Ben- 
tham, qui avait à sa disposition les riches herbiers de Kew, 
s'exprimait ainsi dans la flore de l'île de Hongkong: « Nous 
n'avons aucune preuve authentique et certaine d'une localité 
où la Canne à sucre ordinaire soit spontanée. » 

Je ne sais cependant pourquoi Ritter et tout le monde a 
négligé une assertion de Loureiro dans la flore de Gochînchine * : 
« Habitat, et colilur abundantissime in omnibus provinciis regni 
'Cochinchinensis : simul in aliquibus imperii sinensis, sed minori 
copia. » Le mot habitat^ séparé du reste par une virgule, est 
bien affirmatif. Loureiro n'a pas pu se tromper sur le Saccharum 
officinarum^ qu'il voyait cultivé autour de lui et dont il énumère 
les principales variétés. H doit avoir vu des pieds spontahés, au 
moins en apparence. Peut-être venaient-ils de quelque culture 
du voisinage, mais je ne connais rien qui rende invraisemblable 
la spontanéité dans cette partie chaude et humide du continent 
asiatique. 

Forskal ® a cité l'espèce comme spontanée dans les montagnes 
de l'Arabie Heureuse, sous un nom qu'il croit indien. Si elle était 
d'Arabie, elle se serait répandue depuis longtemps en Egypte, et 
les Hébreux l'auraient connue. 

Roxburgh avait reçu au jardin botanique de Calcul ta, en 1796, 
et avait introduit dans les cultures du Bengale, un Saccharum 
qu'il a nommé S. sinense et dont il a publié une figure dans son 
grand ouvrage des Plantae Coromandelianœ (vol. 3, pi. 232). 
Ce n'est peut-être qu'une forme du S. officinarum^ et d ailleurs, 
comme elle n'est connue qu'à l'état cultivé, elle n'apprend rien 
sur la patrie soit de cette forme, soit des autres. 

Quelques botanistes ont prétendu que la canne à sucre fleurit 
plus souvent en Asie qu'en Amérique ou en Afrique, et même 
que sur les bords du Gange elle donne des graines *, ce qui se- 
rait, d'après eux, une preuve d'indigénat. Macfadyen le dit sans 
fournir aucune preuve. C'est une assertion qu'il a reçue, à la 
Jamaïque, de quelque voyageur; mais sir W. Hooker a soin 
d'ajouter en note : « Le D' Roxburgh, malgré sa longue rési- 
dence au bord du Gange, n'a jamais vu de graines de la canne à 

1. Vieillard, Ann. des se. nat., série 4, vol. 16, p. 32. 

2. Loureiro, FI. Cochinch.y éd. 2, vol. 1, p. 66. 

3. Forskal, FI, Mgypto-arabica, p. 103. 

4. Macfadven, On the botanical characters of the sugar cane^ dans Hooker, 
Bot, miscell. 1, p. 101 ; Maycock, FL Barbad,, p. 50] 



CANNE A SUCRE 135 

sucre. » Elle fleurit et surtout fructifie rarement, comme en gé- 
néral les plantes qu'on multiplie par boutures ou drageons, et, 
si quelque variété ae la canne était disposée à donner des graines, 
elle serait probablement moins productive de sucre, et bien vite 
on l'abondonnerait. Rumphîus, meilleur observateur que beau- 
coup de botanistes modernes et qui a si bien décrit la canne 
cultivée dans les lies hollandaises, fait une remarque intéres- 
sante ^ « Elle ne produit jamais de fleurs ou de graines, à moins 
qu'elle ne soit restée pendant quelques années dans un endroit 
pierreux. » Ni lui, ni personne, à ma connaissance, n'a décrit 
ou figuré la graine. Au contraire, les fleurs ont été souvent figu- 
rées, et j'en ai un bel échantillon de la Martinique •. Schacht 
est le seul qui ait donné une bonne analyse de la fleur, y compris 
le pistil ; il n'a pas vu la graine mûre '. De Tussac ^, qui a donné 
une analyse fort médiocre, parle de la graine, mais il ne l'a vue 
que jeune, à l'état d'ovaire. 

A défaut de renseignements précis sur Tindigénat, les moyens 
accessoires, historiques et linguistiques, de prouver l'origine 
asiatique, ont de l'intérêt. Ritter les donne avec soin. Je me con- 
tenterai de les résumer. 

Le nom de la canne à sucre en sanscrit était Ikshu, Ikshura 
ou Ikshava; mais le sucre se nommait Sarkara ou Sakkara, et 
tous les noms de cette substance dans nos langues européennes 
d'origine aryenne, à partir des anciennes comme le grec, en 
sont clairement dérivés. C'est un indice de l'origine asiatique 
et de l'ancienneté du produit de la canne dans les régions méri- 
dionales de l'Asie avec lesquelles le pleuple parlant le vieux 
sanscrit pouvait avoir eu des rapports commerciaux. Les deux 
mots sanscrits sont restés en bengali sous la forme delk et Akh °. 
Mais dans les autres langues, au delà de l'Indus, on trouve un& 
variété singulière de noms, du moins quand elles ne descendent 
pas de celle des Aryens, par exemple : Panchadara en telinga, 
&yam chez les Birmans, Mia en Gochinchinois, Kan et Tche ou 
Tsche en chinois, et plus au midi, chez les peuples malais, Tubu 
ou Tabu^ pour la plante, et ffw/a, pour le produit. Cette diver- 
sité montre une ancienneté très grande de la culture dans les^ 
régions asiatiques, où déjà les indications botaniques font pré- 
sumer l'origine de l'espèce. 

L'époque d'introduction de la culture en divers pays concorde 
avec l'idée d'une origine de l'Inde, de la Gochinchine ou de 
l'archipel Indien. 

En effet, les Chinois ne connaissent pas la canne à sucre depuî» 
un temps très reculé, et ils l'ont reçue de l'ouest. Ritter contredit 

1. Rumphias, Amboin, vol. 5, p. 186. 

2. Hahn» n* 480. 

3. Schacht, Madeira und Tenenffe, t. l. 

4. Tussac (de), Flore des Antilles^ i, p. 153, pi. 23. 

5. PiddJDgtoD, Index, 



126 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS TIGES OU FEUILLES 

les auteurs qui avaient admis une culture très ancienne, et j'en 
vois la confirmation la plus positive dans l'opuscule du D*" Bret- 
Schneider, rédigé àPéking avec les ressources les plus complètes 
sur la littérature chinoise ^ «Je n'ai pu découvrir, dit-il, aucune 
allusion à la canne à sucre dans les plus anciens livres chinois 
(les cinq classiques). » Elle paraît avoir été mentionnée pour la 
première fois par les auteurs du ii® siècle avant J.-G. La pre- 
mière description se trouve dans le Nan-fang-tsao-mu-chuang, 
au IV® siècle : « Le Chê-chê, Kan-chê (fCan, doux; che, Bambou] 
croit, dit-il, en Gochinchine {Kiaochi), Il a plusieurs pouces de 
circonférence et ressemble au Bambou. La tige, rompue pai 
fragments, est mangeable et très douce. Le jus qu'on en tire est 
séché au soleil. Après quelques jours, il devient du sucre (ici un 
caractère chinois composé), qui se fond dans la bouche.... Dans 
l'année 286 (de Tère chrétienne), le royaume de Funan (dans 
rinde, au delà du Gange) envoyait du sucre en tribut. » Selon 
le Pent-sao, un empereur qui a régné dans les années 627 à 65C 
de notre ère avait envoyé un homme dans la province indienne 
de Bahar, pour apprendre la manière de fabriquer le sucre. 

Il n'est pas question dans ces ouvrages de spontanéité eu 
Chine, et au contraire l'origine cochinchinoise , indiquée pai 
Loureiro, se trouve appuyée d'une manière inattendue. L'habi- 
tation primitive la plus probable me paraît avoir été de la Go- 
chinchine au Bengale. Peut-être s'étendait-elle dans les îles de 
la Sonde et les M oluques, dont le climat est très semblable ; mais 
il y a tout autant de raisons de croire à une introduction an- 
cienne venant de Gochinchine ou de la péninsule malaise. 

La propagation de la canne à sucre à l'occident de l'Inde esl 
bien connue. Le monde gréco-romain avait une notion approxi- 
mative du roseau (calamus), que les Indiens se plaisaient à sucei 
et duquel ils obtenaient le sucre ^. D'un autre côté, les livres 
hébreux ne parlent pas du sucre ', d'où l'on peut inférer que la 
culture de la canne n'existait pas encore à l'ouest de l'Indus à 
Tépoque de la captivité des JuifsàBabylone. Ge sont les Arabes, 
dans le moyen âge, qui ont introduit cette culture en Egypte, 
en Sicile et dans le midi de l'Espagne *, où elle a été florissante, 
jusqu'à ce que l'abondance du sucre des colonies ait obligé d'> 
renoncer. Don Henrique transporta la canne à sucre de Sicile â 
Madère, d'où elle fut portée aux îles Ganaries en 1503 ^. De c€ 

1. Bretschneider, On the study and value of chinese botan. works, etc, 
p. 45-47. 

2. Voir les citations de Strabon, Dioscoride, Pline, etc., dans Lenx 
Botanik der Griechen und Rômer, 1859, p. 267; FiDgerhut, dans Flora, 1839 
vol. 2, p. 529; et beaucoup d'autres auteurs. 

3. Rosenmûller, Handbuch bibl. Alterk. 

4. Calendrier imral de Harib, écrit dans le x* siècle pour TEspagne, tra- 
duit par Dureau de La MaUe, dans sa Climatologie de ntalie et de l'Anda' 
loîisie, p. 71. 

5. Von Buch, Canar. Insein, 



CANNE A SUCRE iH 

point, elle fut introduite au Brésil dans le commencement du 
XVI* siècle *. Elle a été portée à Saint-Domingue vers Tan 1520 
et peu après au Mexique '; à la Guadeloupe en 1644, à la Mar- 
timque vers 1650, à Bourbon dès Torigine de la colonie ^. La va- 
riété dite d'O'taïti — (jui n'est point spontanée dans cette île — 
et qu'on appelle aussi de Bourbon, a été introduite dans les 
colonies françaises et anglaises à la fin du siècle dernier et au 
commencement du siècle actuel *. 

Les procédés de culture et de préparation du sucre sont dé- 
crits dans un très grand nombre d'ouvrages, parmi lesquels 
on peut recommander les suivants : en français : de Tussac, 
Flore des Antilles, 3 vol. in-folio, Paris, 1808, vol. 1, p. 151-182; 
en anglais : Macfadyen, dans Hooker, Botanical miscellanies, 
in.8% 1830, vol. 1, p. 103-H6. 

1. Piso, Brésil, p. 49. 

2. Hnmboldt, Nouv .-Espagne, éd. 2, vol. 3, p. 34. 

Z, Notices s f atistiq . sur les colonies françaises, 1, p. 207, 29, 83. 
4. Macfodyen, dans Hooker, Misceîl., 1, p. iOl; Maycock, FI, Barbad,, 
p. 50. 



CHAPITRE III 

PLANTES CULTIVÉES POUR LES FLEURS OU LES ORGANES 

QUI LES ENVELOPPENT 



Giroflier. — Caryophyllus aromaticus, Linné. 

La partie de cette Myrtacée qu'on emploie dans l'éconoinie 
domestique sous le nom de clou de girofle est le calice, surmonté 
du bouton de la fleur. 

Quoique la plante ait été souvent décrite et très bien figurée, 
d'après des échantillons cultivés, il y a du doute sur sa nature 
à 1 état sauvage. J'en ai parlé dans ma Géographie botanique 
raisonnée en 1855, mais il ne paraît pas que la question ait lait 
le moindre progrès depuis cette époque , ce qui m'engage à 
reproduire simplement ce que j'avais dit. 

« Le Giroflier doit être originaire des Moluques, ainsi que le 
dit Rumphius *, car la culture en était limitée il y a deux siècles 
à quelques petites îles de cet archipel. Je ne vois cependant 
aucune preuve qu'on ait trouvé le véritable Giroflier, à pédon- 
cules et boutons aromatiques, dans un état spontané. Rum- 
phius regarde comme la même espèce une plante qu'il décrit et 
figure * sous le nom de Caryophyllum sylvestre et qui se trouve 
spontanée dans toutes les Moluques. Un indigène lui avait dit que 
les Girofliers cultivés dégénèrent en cette forme, et Rumphius 
lui-même avait trouvé un de ces Girofliers sylvestres dans une 
ancienne plantation de Girofliers cultivés. Cependant sa planche 
3 diffère de la planche i du Giroflier cultivé, par la forme des 
feuilles et des dents du calice. Je ne parle pas de la planche % 
qui paraît une monstruosité du Giroflier cultivé. Rumphius dit 
que le Giroflier sylvestre n'a aucune qualité aromatique (p. 13); 
or, en général, les pieds sauvages d'une espèce ont les propriétés 
aromatiques plus développées que celles des pieds cultivées. 
Sonnerat ' publie aussi des figures du vrai Giroflier et d'un faux 

1. II, p. 3. 

3. II, tab. a. 

3. Sonnerat, Voy, Nouv.-Guinée, tab. 19 et 20. 



GIROFLIER — HOUBLON 129 

Giroflier, d'une petite lie voisine de la terre des Papous. Il est aisé 
de voir que son faux Giroflier difl^ère complètement par les feuilles 
obtuses du vrai Giroflier et aussi des deux Girofliers de Rum- 
phius. Je ne puis me décider à réunir ces diverses plantes, sau- 
vages et cultivées, comme le font tous les auteurs *. Il est sur- 
tout nécessaire d'exclure la planche 120 de Sonnerat, qui est 
admise dans le Botanical Magazine. On trouve dans cet ouvrage, 
dans le Dictionnaire (T agriculture et dans les dictionnaires d'his- 
toire naturelle l'exposé historique de la culture du Giroflier et 
de son transport en divers pays. 

S'il est vrai, comme le dit Roxburgh ^, que la langue sans- 
crite avait un nom, Luvunga^ pour le clou de girofle, le com- 
merce de cette épice daterait d'une époque bien ancienne, même 
en supposant que le nom fût plus moderne que le vrai sanscrit. 
Je doute de sa réalité, car les Romains auraient eu connaissance 
d'un objet aussi facile à transporter, et il ne paraît pas qu'on en 
ait reçu en Europe avant l'époque de la découverte des Molu- 
ques par les Portugais. 

Houblon. — Humulus Lupulus, Linné. 

Le Houblon est spontané en Europe depuis l'Angleterre et la 
Suède jusque sur les montagnes de la région de la mer Méditer- 
ranée, et en Asie jusqu'à Damas, jusqu'au midi de la mer Caspienne 
et de la Sibérie orientale ^; maison ne l'a pas trouvé dans l'Inde, 
le nord de la Chine et la région du fleuve Amour. 

Malgré l'apparence tout à fait sauvage du Houblon en Europe, 
dans des localités éloignées des cultures, on s'est demandé quel- 
quefois s'il n'est pas originaire d'Asie ^, Je ne pense pas qu'on puisse 
le prouver, ni même que cela soit probable. La circonstance 
que les Grecs et les Latins n'ont pas parlé de l'emploi du Hou- 
blon pour la bière s'explique aisément par le fait qu'ils connais- 
saient bien peu cette boisson. Si les Grecs n'ont pas mentionné 
la plante, c'est simplement peut-être parce qu'elle est rare dans 
leur pays. D'après le nom italien, Lupulo, on soupçonne que Pline 
en a parlé, à la suite d'autres légumes, sous le nom de Lupus sa- 
lictarius *. Que l'usage de brasser avec le Houblon se soit répandu 
seulement dans le moyen âge, cela ne prouve rien, si ce n'est 

Sue l'on employait jadis d'autres plantes, comme on le fait encore 
ans certaines localités. Les Celtes, les Germains, d'autres peuples 

1. Thunberg, Dm., II, p. 326; de GandoUe, Prodr., Ill, p. 262 ; Hooker, 
Bot. mag.f tab. 2749 ; Hasskarl, Cat. h. Bogor. alt.y p. 261. 

2. RoS)urgii. Flora indica, éd. 1832, vol. 2, p. 494. 

3. Alph. de CandoUe, dans Prodromus^ vol. 16, sect. i, p. 29; Boissier. 
PI, orient,^ 4, p. 1152; Hohenacker, Enum. plant, Talysch, p. 30 ; Buhse, 
Aufzàhlung Transcaucasierij p. 202. 

4. Hehn. Nutzpflanzen una Haiisthiere in ihren ûbergang aus Asien, éd. 3, 
p. 415. 

5. Pline, Hist, 1. 21, c. 15. Il mentionne à cet endroit l'Asperge, et Ion 
sait que les jeunes pousses de Houblon se mangent de la même manière. 

De Cândolle. 9 



130 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FLEURS 

du Nord et même des peuples du Midi qui avaient la vigne fai- 
saient de la bière ^ soit d'orge, soit d'autres grains fermentes, 
avec addition, dans certains cas, de matières végétales diverses, 
par exemple d'écorce de chêne, de Tamarix, ou de fruits du 
^fy7nca Gale *. Il est très possible qu'ils n'aient pas remarqué 
de bonne heure les avantages du Houblon et qu'après en avoir 
eu connaissance ils aient employé le Houblon sauvage avant de 
le cultiver. La première mention d'une houblonnière est dans 
l'acte d'une donation faite par Pépin, père de Gharlemagne, en 
768 ^. Au XIV® siècle, c'était une culture importante en Allemagne, 
mais en Angleterre elle a commencé seulement sous Henri VIII *. 
Les noms vulgaires du Houblon ne fournissent que des indi- 
cations en quelque sorte négatives sur l'origine. Il n'y a pas de 
nom sanscrit ^, ce qui concorde avec l'absence de Pespèce dans 
la région de l'Himalaya et fait présumer que les peuples aryens 
ne l'avaient pas remarquée et utilisée. J'ai cité jadis ^ quelques- 
uns des noms européens, en montrant leur diversité, quoique 
certains d'entre eux puissent dériver d'une souche commune. 
M. Hehn a traité de leur étymologie en philologue et a montré 
combien elle est obscure ; mais il n'a pas mentionné des noms 
tout à fait éloignés de Bumle, Hopf ou Hop et Chmeli, des lan» 
gués Scandinaves, gothiques et slaves, par exemple Apini en 
lette, Apirynis en lithuanien, Tapen esthonien, B lus t en illyrien', 
qui ont évidemment d'autres racines. Cette diversité vient à 
l'appui de l'idée d'une existence de l'espèce en Europe antérieu- 
rement à l'arrivée des peuples aryens. Plusieurs populations 
différentes auraient distingué, nommé et utilisé successivement 
la plante, ce qui confirme l'extension en Europe et en Asie avant 
Pusage économique. 

Garthame. — Carihamus tinctorius^ Linné. 

La Composée annuelle appelée Carthame est une des plus 
anciennes espèces cultivées. On se sert de ses fleurs pour colorer 
en jaune ou en rouge, et les graines donnent de l'huile. 

Les bandes qui entourent les momies des anciens Egyptiens 
sont teintes de Carthame ^, et tout récemment on a trouvé des 
fragments de la plante dans les tombeaux découverts à Deir el 
Bahari ^. La culture doit aussi être ancienne dans l'Inde, paia- 

1. Tacite, Go^mania^ cap. 25 ; Pline, L 18, c. 7 ; Hehn, Kulturpflanzfirif 
etc., éd. 3, p. 125-137. 

2. Volz, Éeitràge ziii' CuUurgpschichle, p. 149. 

3. Volz, ibid, 

\. Beckuiann, Erfindunfjienf cité par Volz. 

5. Piddiiifïton, Index; Fick, Wôf'ierb. Indo-Gei*m, Sprachen^ 1, Ursproche. 

6. A. do CandoUe, Géogr. bot. rais., p. 857. 

7. Dictionnaire manuscrit compilé d'après les flores, par Moritzi. 

8. Ung<T, Die Pflanzen des alten JEgyptens, p. 47. 

9. Srhweinfurth, lettre adressée à M. Boissier, en 1882. 



CARTHAME — SAFRAN 131 

Kju'on indique deux noms sanscrits, Cusumbha et Kamalottara, 
dont le premier a laissé plusieurs descendants dans les langues 
actuelles de la péninsule *. Les Chinois ont reçu le Garthame 
seulement au ii« siècle avant Jesus-Ghrisl. C'est Chang-kien qui 
le leur a apporté de la Bactriane ^. Les Grecs et les Latins ne 
l'ont probablement pas connu, car il est très douteux que ce 
soit la plante dont ils ont parlé sous le nom de Cnikos ou 
Cnicus ^.^lus tard, les Arabes ont beaucoup contribué à ré- 
pandre la culture du Garthame, qu'ils appellent Qorton. Kurtum, 
d'où Carthame, ou Usfui\ ou Ikrldk, ou Morabu *, diversité 
quiindique une existence ancienne dans plusieurs contrées de 
TAsie occidentale ou de l'Afrique. Les progrès de la chimie me- 
nacent cette culture, comme beaucoup d'autres ; mais elle sub- 
siste encore dans le midi de l'Europe, en Orient, dans l'Inde et 
dans toute la région du Nil ^. 

Aucun botaniste n'a trouvé le Garthame dans un état vrai- 
ment spontané. Les auteurs l'indiquent avec doute comme ori- 
ginaire ou de l'Inde ou d'Afrique, en particulier d'Abyssinie ; 
mais ils ne l'ont vu absolument qu'à l'état cultivé ou avec 
l'apparence d'être échappé des cultures *^. M. Clarke ^ ancien 
directeur du jardin de Calcutta, qui a revu depuis peu les Com- 
posées de l'Inde, admet l'espèce à titre de cultivée seulement. 
Le résumé des connaissances actuelles sur les plantes de la 
région du Nil, en y comprenant l'Abyssinie, par MM. Schwein- 
furth et Ascherson ^, indique également l'espèce comme cultivée, 
et les listes de plantes du voyage récent de Rohlfs n'indiquent 
pas non plus le Garthame spontané ^. 

L'espèce n'ayant été trouvée sauvage ni dans l'Inde ni en 
Afrique et sa culture ayant existé cependant depuis des mil- 
liers d'années dans ces ceux pays, j'ai eu l'idée de chercher l'ori- 
gine dans la région intermédiaire. Ce procédé m'a réussi dans 
d'autres cas . 

Malheureusement, l'intérieur de TArabie est presque inconnu, 
et Forskal, qui a visité les côtes du Yemen, n'apprend rien sur 
le Garthame. Il en est de même des opuscules publiés sur les 
plantes de Botta et de Bové. Mais un Arabe, Abu Anifa, cité par 
JEbn Baithar, auteur du xni® siècle, s'est exprimé comme suit *^ : 

1. Piddington, Indnx. 

2. Bretschneider, i>tudy and valwu etc. y p. 15. 

3. Voir Targioni, Ceuni storiri, p. 108. 

4. Forskal, Flo7^a œqypt.^ p. 73; Ebn B.iitliar, trad. allemande, :2, p. 100, 
293; 1, p. 18. 

o. Voir Gasparin, Coiu\<i d'agrinidturfi, 4, p. 217. 

6. Boissier, FI. orient., 3J p. 710 ; Oliver, Flora of tropical Afrira, 
3, p. 439. 

7. Clarke, Composite indicœ, 1876, p. 244. 

8. Schweinfurth et Ascherson, Aufzàhlung, p. 283. 

9. Rohlfs, Kufra, iii-8, 1881. 

10. Ebn Baithar, 2, p. 196. 



132 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FLEURS 

« Usfur. Cette plante fournit des matériaux pour la teinture. 
Il y en a de deux sortes, une cultivée et une sauvage, qui crois- 
sent toutes les deux en Arabie et dont on appelle les graines 
Elkurthum, ^^ Abu Anifa peut bien avoir eu raison. 

Safran. — Crocus satlvus, Linné. 

La culture du Safran est très ancienne dans l'Asie occidentale. 
Les Romains vantaient le Safran de Cilicie; ils le préféraient à 
celui cultivé en Italie *. L'Asie Mineure, la Perse et le Cachemir 
sont depuis longtemps les pays qui en exportent le plus. L'Inde 
le reçoit aujourd'hui du Cachemir ^. Roxburgh et Wallich ne 
l'indiquent pas dans leurs ouvrages. Les deux noms sanscrits 
mentionnés par Piddington 3 s'appliquaient probablement à la 
substance du Safran importé de l'ouest, car le nom Kasmira- 
jamma semble indiquer le pays d'origine, Cachemir. L'autre 
nom est Kunkuma. On traduit ordinairement le mot hébreu 
Karkom par Safran, mais il doit s'appliquer plutôt au Carthame, 
d'après le nom actuel de cette dernière plante en arabe. D'ail- 
leurs, on ne cultive pas le Safran en Egypte ou en Arabie *. Le 
nom grec est ^ Krokos. Safran^ qui se retrouve dans toutes nos 
langues modernes d'Europe, vient de l'arabe Sahafaran ^, 
Zafran \ Les Espagnols, plus près des Arabes, disent Azafran. 
Le nom arabe lui-même vient de Assfar, jaune. 

De bons auteurs ont indiqué le C sativus comme spontané en 
Grèce ^, et en Italie, dans les Abruzzes ^. M. Maw, qui prépare 
une monographie du genre Crocus, basée sur de longues obser- 
vations dans les jardins et les herbiers, rapporte au C. sativus 
six formes spontanées dans les montagnes, d'Italie au Kurdistan. 
Aucune, selon lui *^, n'est identique avec la plante cultivée; mais 
certaines formes, décrites sous d'autres noms (C. Orsinti, C. Cart- 
wrightianus, C. Thomasii) en diffèrent à peine. Elles sont dltalie 
et de Grèce. 

La culture du Safran, dont les conditions sont exposées dans 
le Cours d'agriculture de Gasparin et dans le Bulletin de la So- 
ciété d^ acclimatation de 1870, devient de plus en plus rare en 
Europe et en Asie ". Elle a eu quelquefois pour effet de natu- 
raliser, au moins pendant quelques années, l'espèce dans des 
localités où elle semble sauvage. 

\. Pline, L 21, c. 6. 

2. Royle, ///. H/m., p. 372. 

3. Index, p. 23. 

4. D'après Forskal, Delil^s Reynier, Schweinfurth et Ascherson [Aufzàhlung). 

5. Théophraste, Hist.. 1. 6, c. 6. 

6. J. Bauhin, llist.. Il, p. 637. 

7. Royle, /. c. 

8. Sibthorp, Prodr.; Fraas, Sj/n. fL class., p. 292. 

9. J. Gay, cité par Babiugtou, Man, Hrit. fL 

10. Maw, dans Gardeners" chronicle^ 1881, vol. 16. 

11. Jacquemont, Voy.^ HT. p. 238. 



CHAPITRE IV 



PLANTES CULTIVEES POUR LEURS FRUITS 



Pomme Ganelle. — Anona squamosa^ Linné. — En anglais 
Stveet sopy Sugar apple *. 

La patrie de cette espèce et d'autres Anona cultivés a suscité 
des doutes qui en font un problème intéressant. Je me suis 
efforcé de les résoudre en 1855. L'opinion à laquelle je m'étais 
arrêté alors se trouve confirmée par les observations des voya- 
geurs faites depuis, et, comme il est utile de montrer à quel 
point des probabilités basées sur de bonnes méthodes condui- 
sent à des assertions vraies, je transcrirai ce que j'ai dit ^; après 
quoi je mentionnerai ce qu'on a trouvé plus récemment. 

« Robert Brown établissait en 1818 le fait que toutes les 
espèces du genre Anona, excepté VAnona senegalensis, sont 
d'Amérique et aucune d'Asie. Aug. de Saint-Hilaire * dit que, 
d'après Vellozo, TA. squamosa a été introduit au Brésil, qu'il y 
est connu' sous le nom de Pinha, venant de la ressemblance 
avec les cônes de pins, et d'Ata, évidemment emprunté aux 
noms Attoa et AHs, qui sont ceux de la même plante en Asie 
et qui appartiennent aux langues orientales. Donc, ajoute de 
Saint-Hilau'e, les Portugais ont transporté VA . squamosa de 
leurs possessions de l'Inde dans celles d'Amérique, etc. » Ayant 
fait en 1832 une revue de la famille des Anonacées ^, je fis re- 
marquer combien l'argument botanique de M. Brown devenait 

1. Le mot fruit est employé ici dans le sens vulgaire, pour toute j)artie 
charnue qui grossit après la floraison. Dans le sens strictement botanique, 
les Anones, Fraises, Pommes d'Acajou, Ananas et le fruit de l'Arbre à pain 
ne sont pas des fruits. 

2. Dans l'Inde anglaise Custard apple; mais c'est le nom de VAnona mu- 
ricata en Amérique. ÙA squatnosa est figuré dans Descourtilz, Flore des 
Antilles, 2, pi. 83 ; Ilooker, Botanical magazine, t. 3095, et Tussac, Flot-e 
des Antilles. 3, pi. 4. 

3. A. de Candblle, Géographie botanique raisonnée, p. 850. 

4. Aug. de Saint-Hilaire, Plantes umelles des Brésiliens, 6« livr., ç. 5. 

5. Alpn. de GandoUe, dans Mém. Soc, phys, et d*Mst. nat. de Genève. 



134 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS 

de plus en plus fort, car, malgré Taugmentation considérable 
des Anonacées décrites, on ne pouvait citer aucun Anona et 
même aucune Anonacée à ovaires soudés qui fût originaire 
d'Asie. J'admettais * la probabilité que l'espèce venait des Antil- 
les ou de la partie voisine du continent américain; mais par 
inattention j'attribuai cette opinion à M. Brown, qui s'était 
borné à revendiquer une origine américaine en général ^. 

« Depuis, des faits de diverse nature ont confirmé cette ma- 
nière de voir. 

« L' Anona squamom a été trouvé sauvage en Asie, avec l'ap- 
parence plutôt d'une plante naturalisée; en Afrique, et surtout 
en Amérique, avec les conditions d'une plante aborigène. En 
effet, d'après le D*" Royle ^, cette espèce a été naturalisée dans 
plusieurs localités de l'Inde ; mais il ne Ta vue, avec l'appa- 
rence d'une plante sauvage, que sur les flancs de la montagne 
où est le fort de Adjeegurh, dans le Bundlecund, parmi des 
pieds de Teck. Lorsqu'un arbre aussi remarquable, dans un pays 
aussi exploré par les botanistes, n'a été signalé que dans une 
seule localité hors des cultures, il est bien probable qu'il n'est 
pas originaire du pays. Sir Joseph Hooker l'a trouvé dans l'île 
de Santiago, du Cap-Vert, formant des bois sur le sommet des col- 
lines de la vallée de Saint-Dominique *. Gomme l'A. squaynosa 
n'est qu'à l'état de culture sur le continent voisin ^; que même 
il n'est pas indiqué en Guinée par Thonning ^, ni au Congo '', ni 
dans la Sénégambie ^, ni en Abyssinie ou en Egj'pte, ce qui 
montre une introduction récente en Afrique; enfin, comme les 
îles du Gap- Vert ont perdu une grande partie de leurs forêts 
primitives, je crois dans ce cas à une naturalisation par des 
graines échappées de jardins. Les auteurs s'accordent à dire 
l'espèce sauvage à la Jamaïque. On a pu autrefois négliger l'as- 
sertion de Sloane ° et de P. Brown *^, mais elle est confirmée 
par Mac-Fadyen **. De Martius a trouvé l'espèce dans les forêts 
de Para ^*, localité assurément d'une nature primitive. Il dit 
même : « Sylvescentem in nemoribus paraënsibus inveni, » d'où 
l'on peut croire que les arbres formaient à eux seuls une forêt. 
Splitgerber ^^ l'avait trouvée dans les forêts de Surinam, mais il 

1. Mém. Soc. phy. et d'hist. nat. de Genève^ p. 10 du mém. tiré à part. 

2. Voyez Botany of Congo et la traduction allemande des œuvres de 
Brown, qui a des tables alphabétiques. 

3. Royle, ///. IlhnaL, p. 60. 

4. Wcbb, dans FI. Nigr., p. 97. 

5. Ibid,, p. 204. 

6. Thonning, PI. Guin. 

7. Brown, Congo, p. 6. 

8. Guillemin, Perrottet et Richard, Tontamen fl. Seneg. 

9. Sloane, Jam., II, p. 168. 

10. P. Brown, Jam., p. 257. 

11. Mac-Fadyen, Fl. Jam., p. 9. 

12. De Martms, Fl. Bras., lasc. 2, p. 15. 

13. Splitgerber, Nrdrrl. Kruidk. Arch., 1, p. 230. 



POMME GANELLE 135 

dit an spontanea? Le nombre des localités dans cette partie de 
TAmérique est assez significatif. Je n'ai pas besoin de rappeler 
qu'aucun arbre, pour ainsi dire, vivant ailleurs que sur les côtes, 
n'a été trouvé véritablement aborigène à la fois dans l'Asie, 
l'Afrique et l'Amérique intertropicales ^ L'ensemble de mes re- 
cherches rend un fait pareil infiniment peu probable, et, si un 
arbre était assez robuste pour offrir une telle extension, il serait 
excessivement commun dans tous les pays intertropicaux. 

« D'ailleurs les arguments historiques et linguistiques se sont 
aussi renforcés dans le sens de l'origine américaine. Les détails 
donnés par Rumphius ^ montrent que VAfiona squartiosa était 
une plante nouvellement cultivée dans la plupart de îles de 
l'archipel Indien. Forster n'indique aucune Anonacée comme 
cultivée dans les petites îles de la mer Pacifique ^. Rheede * dit 
l'A. squamosa étranger au Malabar, mais transporté dans 
l'Inde, d'abord par les Chinois et les Arabes, ensuite par les 
Portugais. Il est certain qu'il est cultivé en Chine et en Gochin- 
chine ^, ainsi qu'aux Philippines ^; mais depuis quelle époque? 
C'est ce que nous ignorons. Il est douteux que les Arabes le 
cultivent \ Dans Hnde on le cultivait du temps de Roxburgh ®, 
qui n'avait pas vu l'espèce spontanée, et qui ne mentionne 
qu'un seul nom vulgaire de langue moderne (bengali), le nom 
Ata^ qui est déjà dans Rheede. Plus tard, on a cru reconnaître 
le nom Gunda-Gatra comme sanscrit ^ ; mais le D'" Royle *® 
ayant consulté le célèbre Wilson, auteur du dictionnaire sans- 
crit, sur l'ancienneté de ce nom, il répondit qu'il avait été 
tiré du Sabda chanrika^ compilation moderne comparative- 
ment. Les noms 4c Ata^ Ati se trouvent dans Rheede et Rum- 
phius *^ Voilà sans doute ce qui a servi de base à l'argumenta- 

1. A. de Gandolle, Géogr, bot, raisonnécy chap. X. 

2. Rumphius, 1, p. 139. 

3. Forster, Plantœ esculentœ, 

4. Rheede, Malab,, III, p. 22. 

5. Loureiro, FI. coch., p. 427. 

6. Blanco, FI. Filip. 

7. Cela dépend de l'opinion qu'on se formera sur ÏA. glahra, Forsk. 
(A.asiatica B. Dun., Anon., p. 71 ; A. Forskalii, D C..Si/stf. 1, p. 472), qui était 
cultivé quelquefois dans les jardins de l'Egypte, lorsque Forskal visita ce 
pays, sous le nom de Keschta, c'est-à-dire lait coagulé. La rareté de sa cul- 
ture et le silence des anciens auteurs montrent que c'était une introduction 
moderne en Egypte. Ebn Baitliar (trad. allem. de Sontheimer, 2 vol., 1840) 
médecin arabe du xm' siècle, ne parle d'aucune Anonacée et ne mentionne 
pas de nom de Keschta. Je ne vois pas comment la description et la figure 
de Forskal {Descr.j p. 102, ic. tab. 15) diffèrent de VA. sqiuirnosa. L'échan- 
tillon de Coquebert, cité dans le Systema, concorde assez avec la planche 
de Forskal; mais, comme il est en fleur et que la planche donne le fruit, 
l'identité ne peut être bien prouvée. 

8. Roxburgh, FI. Ind., éd. 1832, v. 2. p. 6u7 

9. Piddington Index, 6 p. 

10. Royle, ///. Him., p. 60. 

11. Rheede et Rumphius, 1, p. 139. 



136 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS " 

tion de Saint-Hilaire ; mais un nom bien voisin est donné au 
Mexique à VAnona squamosa. Ce nom est Ate^ Ahate de Pa- 
nucho, qui se trouve dans Hernandez * avec deux figures assez 
semblables et assez médiocres, qu'on peut rapporter ou à VA. 
squamosa, avecDunal *, ou à VA. Cherimolia, avec de Martius '. 
Oviedo emploie le nom de Anon *. Il est très possible que le 
nom de Ata soit venu au Brésil du Mexique et des pays voisins. 
Il se peut aussi, je le reconnais, qu'il vienne des colonies portu- 
gaises des Indes orientales. De Martius dit cependant l'espèce 
importée des Antilles ^. Je ne sais s'il en a eu la preuve ou si 
elle résulte de l'ouvrage d'Oviedo, qu'il cite et que je ne puis 
consulter. L'article d'Oviedo, transcrit dans Marcgraf ^, décrit 
l'A. squamosa sans parler de son origine. 

« L ensemble des faits est de plus en plus favorable à l'origine 
américaine. La localité où Tespèce s'est montrée le plus spon- 
tanée est celle des forêts de Para. La culture en est ancienne en 
Amérique, puisque Oviedo est un des premiers auteurs (1535) 

2ui aient écrit sur ce pays. Sans doute la culture est aussi d'une 
ate assez ancienne en Asie, et voilà ce qui rend le problème 
curieux. Il ne m'est pas prouvé cependant qu'elle soit antérieure 
à la découverte de l'Amérique, et il me semble qu'un arbre 
fruitier aussi agréable se serait répandu davantage dans l'an- 
cien monde, s'il y avait existé de tout temps. On serait d'ailleurs 
fort embarrassé d'expliquer sa culture en Amérique au com- 
mencement du xvi« siècle en supposant une origine de l'ancien 
monde. 

Depuis que je m'exprimais ainsi , je remarque les faits sui- 
vants publiés par divers auteurs. 

1° L'argument tiré de ce qu'aucune espèce du genre Anona 
n'est asiatique est plus fort que jamais. L'A. asiaticay Linné, 
reposait sur des erreurs (voir ma note, dans Géogr, bot,^ 
p. 862). L'A. obtusifolia^ Tussac, FL des Antilles ^ I. p. 191, 
pi. 28, cultivé jadis à Saint-Domingue, comme d'origine asia- 
tique, est peut-être fondé sur une erreur. Je soupçonne qu'on a 
dessiné la fleur d'une espèce (A. muricaid) et le fruit d'une autre 
(A. squamosa). On n'a point découvert d 'Anona en Asie, mais 
on en connaît aujourd'hui quatre ou cinq en Afrique, au lieu 
d'une ou deux ', et un nombre plus considérable qu'autrefois 
en Amérique. 

1. Hernandez, p. 348 et 434. 
2.'Dunal, Mém. Anon., p. 70. 

3. De Martius, FL bras., fasc. 2, p. 13. 

4. De là vient le nom de genre Anona ^ que Linné a changé en Annona, 
(provision), parce qu'il ne voulait aucun nom des langues barbares et 
qu'il ne craignait pas les jeux de mots. 

3. De Martius, /. c. 

6. Marcftraf, Brasil, p. 94. 



7. Voir Baker, Flora of Mauritius, p. 3. L'identité admise par M. Oliver, 
Flora oftrop. Africa, 1, p. 16, de Y A. palustris d'Amériqi 



[ue avec celui de 



COROSSOL 137 

2«> Les auteurs de flores récentes d'Asie n'hésitent pas à con- 
sidérer les Anona, en particulier VA. squajnosa, qu'on rencontre 
çà et là avec l'apparence spontanée, comme naturalisés autour 
des cultures et des établissements européens *. 

3^ Dans les nouvelles flores africaines déjà citées, l'A. squa- 
mosa et les autres, dont je parlerai tout à l'heure, sont indiqués 
toujours comme des espèces cultivées. 

4** L'horticulteur Mac Nab a trouvé l'A. squamosa dans les 

plaines sèches de la Jamaïque ^, ce qui confirme les anciens 

auteurs. Eggers ^ dit cette espèce commune dans les taillis 

("tliickets) des îles Saint-Croix et Vierges. Je ne vois pas qu'on 

Tait trouvée sauvage à Cuba. 

S"* Sur le continent américain, on la donne pour cultivée *. 
Cependant M. André m'a communiqué un échantillon, d'une 
localité pierreuse de la vallée de la Magdelena, qui paraît ap- 
pstrtenir à cette espèce et être spontané. Le fruit manque, ce 
cjuii rend la détermination douteuse. D'après la note sur l'éti- 
quette, c'est un fruit délicieux, analogue à celui de l'A. squa- 
^^ic$a. M. Warming ^ cite l'espèce comme cultivée à Lagoa- 
So.nta, du Brésil. Elle parait donc plutôt cultivée ou naturalisée 
^ Para, à la Guyane et dans la Nouvelle-Grenade, par un effet 
<ies cultures. 

En définitive, on ne peut guère douter, ce me semble, qu'elle 
*^G soit d'Amérique et même spécialement des Antilles. 

OorossoL — Anona muricata^ Liriné. — En Anglais Sour sop. 

Cet arbre fruitier ^, introduit dans toutes les colonies des 
P^ys tropicaux, est spontané aux Antilles; du moins, on a cons- 
^^té son existence dans les îles de Cuba, Saint-Domingue, la 
''^raaïque et dans plusieurs des petites îles '. Il se naturalise 
quelquefois sur le continent de l'Amérique méridionale, près 
^^s habitations ®. M. E. André en a rapporté des échantillons 

^éaégambie, me paraît très extraordinaire, quoiqu'il s'agisse d'une espèce 
^ï'oissant dans des marais, c'est-à-dire otîrant peut-être une habitation 

. 1- Hooker, Flora of hrlt. India, 1, p. 78; Miquel, Flora indo-hatava, 
h Pojt. 2, p. 33; Kurz, forest flora of brit. Burma, 1, p. 46 ; Stewart et 
"''aiïclia, Forest of India, p. 6. 

2- Grisebach, Flora of orit. W. India,p. 5. 

?" ï^gers, Flora of St-Croix and Vhujin islands, p. 23. 

*- Triana et Planchon, Prodr. fl. noco-granatensù, p. 29 ; Sagot, Jowm. 
«oc. cthortic, 1872. 

2" Warming, Symholœ ad fl. bras., 16, p. 434. 
Kl' ï'iguré dans Descourtilz, F/, méd, des Antilles, 2, pi. 87, et dans Tussac, 
''«• ctes Antilles, 2, pi. 24. 

p'- Richard, Plafiies vasculaires de Cuba, p. 29; Swartz, Obs., p, 221: 
y Brown, Jamaïque, p. 255; Mac-Fadyen, Fl. Jamaïq., p. 7; Eggers, 

''-of Sainte-Croix, p. 23 ; Grisebach Fl. brit. W. India, p. 4. 

J^\ Martius, Fl. brasil., fasc. 2, p. 4; Splitgerber, Plant, de Surinam, dans 

^^^d.Kruidk, Arch., 1, p. 226. 



138 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS 

de la région de la Cauca, dans la Nouvelle-Grenade, mais il 
n'affirme pas qu'ils soient spontanés, et je vois que M. Triana 
(Prodr. fl. granat.) le mentionne comme cultivé seulement. 

Cœur de bœuf. — Anona reikulata^ Linné. — En anglais Cus- 
tard apple (dans les Antilles), Bullocks* heart (dans l'Inde). 

Cet Anona^ figuré dans Descourtilz, Flore médicale des An- 
tilles^ 2, pi. 82 et dans le Botanical magazine, pi. 2912, est spon- 
tané aux Antilles, par exemple dans les îles de Cuba, la 
Jamaïque, Saint-Vincent, la Guadeloupe, Saint-Croix, les Bar- 
bades * et encore dans File de Taboga, de la baie de Panama - 
et dans la province d'Antioquia, de la Nouvelle-Grenade '. Si 
dans ces dernières localités il est aussi sauvage que dans le* 
Antilles, son habitation s'étend probablement dans plusieurs des 
Etats de l'Amérique centrale et de la Nouvelle-Grenade. 

Quoique le fruit du Cœur de bœuf soit peu estimé, on a intro- 
duit respèce dans la plupart des colonies des régions tropicales. 
Rheede et Rumphius l'avaient vu déjà dans les plantations de 
l'Asie méridionale. D'après Welwitsch, il se naturalise, hors des 
jardins, dans le pays d'Angola, de l'Afrique occidentale ^, ce 
qui est arrivé aussi dans l'Inde anglaise ^. 

Gherimolia. — Anona Ckerimolia, Lamarck. 

Le Gherimolia^ ou Chirimoya^ n'est pas cultivé dans les colo- 
nies aussi généralement que les espèces précédentes, malgré 
l'excellence de son fruit. C'est probablement ce qui fait qu on 
n'a pas encore publié du fruit même une figure moins mauvaise 
que celle de Fouillée (Obs. 3, pi. 17), tandis que la fleur est bien 
représentée dans la planche 2011 du Boiamcal magazine^ sous 
le nom d'^. tripetala. 

Voici comment je m'exprimais en -1853 sur l'origine de l'es- 
pèce ^ : 

« Le Gherimolia est indiqué, par de Lamarck et Dunal, comme 
croissant au Pérou ; mais Feuillée, qui en a parlé le premier ', 
le mentionne comme cultivé. Mac-Fadyen ^ le dit abondant sur 
les montagnes de Port-Royal, de la Jamaïque; mais il ajoute 
qu'il est originaire du Pérou et doit avoir été introduit depuis 
longtemps, d'où il semble que l'egpèce est cultivée dans les 
plantations des parties élevées plutôt que spontanée. Sloane n'en 

1. Richard, /. c. ; Mac-Fadyea, /. c; Grisebacli, /. c. ; Eggers, L c. ; 
Swartz, Obs.^ p. 222 ; Mavcock, Fl. Bai^bad., p. 233. 

2. Seeman, Botany of llfrald, p. 75. 

3. Triana et Plancnon, Prodr. Fl. Novo-fjrajiatefisis, p. 29. 

4. Oliver, Flora of tropical Africa^ 1, p. 15. 

5. Sir J. Hooker, Flora brit. India, l,p. 78. 

6. De Candollc, Géocjr. bot. rais., p. 863. 

7. Feuillée, Obs., III, p. 23, t. 17. 

8. Mac-Fadyen, Fl. Jarn., p. 10. 



ORANGERS ET CITRONNIERS 139 

parle pas. MM. de Humboldt et Bonpland l'ont vu cultivé dans 
le Venezuela et la Nouvelle-Grenade ; de Martius au Brésil *, oh les 
graines en avaient été obtenues du Pérou. L'espèce est cultivée 
aux îles du Cap- Vert et sur la côte de Guinée ^ ; mais il ne paraît 
pas qu'on l'ait répandue en Asie. Son origine américaine est 
évidente. Je n'oserais pourtant pas aller plus loin et affirmer 
qu'elle est du Pérou, plutôt que de la Nouvelle-Grenade ou 
même du Mexique. On la trouvera probablement sauvage dans 
une de ces régions. Meyen ne Ta pas rapportée du Pérou '. » 

Mes doutes sont diminués aujourd'hui, grâce à une communi- 
cation obligeante de M. Ed. André. Je dirai d'abord que j'ai vu 
des échantillons du Mexique, recueillis par Botteri et par Bour- 
geau, et que les auteurs indiquent souvent l'espèce dans cette 
région, aux Antilles, dans l'Ainérique centrale et la Nouvelle- 
Grenade. Ils ne disent pas, il est vrai, qu'elle y soit sauvage. Au 
contraire, ils notent qu'elle est cultivée, ou qu'elle s'échappe des 
jardins et se naturalise *. Grisebach alTinne qu'elle est spon- 
tanée du Pérou au Mexique, sans en donner la preuve. M. André 
a récolté, dans une vallée du sud-ouest de l'Equateur, des 
échantillons qui se rapportent bien à l'espèce, autant qu'on 
peut l'affirmer sans voir les fruits. Il ne dit rien de la qualité 
spontanée, mais le soin avec lequel il indique dans d'autres cas 
les plantes cultivées ou venant peut-être des cultures me fait 
croire qu'il a regardé ses échantillons comme spontanés. Claude 
Gay dit que l'espèce est cultivée au Chili depuis un temps immé- 
morial ^. Cependant Molina, qui mentionne plusieurs arbres 
fruitiers des anciennes cultures du pays, n'en parle pas ^. 

En résumé je regarde comme très probable que l'espèce est 
indigène dans l'Equateur et peut-être, dans lé voisinage, au 
Pérou. 

Orangers et citronniers. — Citrus, Linné. 

Les différentes formes de citrons, limons, oranges, pample- 
mousses, etc., cultivés dans les jardins ont été l'objet de travaux 
remarquables de quelques horticulteurs, parmi lesquels il faut 
citer en première ligne Gallesio et Risso ^ Les difficultés étaient 
très grandes pour observer et classer tant de formes. On avait 
obtenu d'assez bons résultats, mais il faut convenir que la mé- 
thode péchait par la base, puisque les végétaux observés étaient 

1. De Martius, FL brasil., fasc. IL p. 15. 

2. Hooker, FI. Nigr., p. 205. 

3. Nov. act. nat. cu7\, XIX, suppl. 1. 

4. Richard, Plant, vase, de Cula ; Grisebach. FL hrlL W, Ind. islands; 
Hemsley, Biologia centrali-ampr., p. 118; Kunth, in Humb. et Bonpland. 
Nova Gen., 5, p. 57 ; Triana et Planchon., Ptodr. /?. Novo-Granat.. p. 28. 

•5. Gay, Floi^a chil.j 1, p. 66. 

6. Molina, traduction française. 

7. Gallesio, Traité du Citrus, in-8, Paris, 1811 ; Risso et Poiteau, Histoire 
naturelle des Orangers. 1818, in-folio, 109 planches. 



140 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS 

uniquement cultivés, c'est-à-dire plus ou moins factices et 
peut-être, dans certains cas, hybrides. Les botanistes sont plus 
heureux maintenant. Grâce aux découvertes des voyageurs aans 
rinde anglaise, ils peuvent distinguer des espèces spontanées, 
par conséquent réelles et naturelles. D'après sir Joseph Hooker *, 
qui a lui-même herborisé dans llnde, c'est à Brandis * qu'on 
doit le meilleur travail sur les Gitrus de cette région. Il le suit 
dans sa flore. Je ferai de même, à défaut d'une monographie 
du genre, et en remarquant aussi qu'il reste à rapporter le 
mieux possible aux espèces spontanées la multitude des formes 
qui ont été décrites dans les jardins et figurées depuis deux 
siècles ^. 

Les mêmes espèces, et d'autres peut-être, existent probable- 
ment à l'état sauvage en Gochinchine et en Ghine ; mais" on ne 
l'a pas encore constaté sur place ni au moyen d'échantillons 
examinés par des botanistes. Peut-être les ouvrages importants 
de M. Pierre, qui commencent à paraître, nous feront-ils savoir 
ce qu'il en est pour la Gochinchine. Quant à la Ghine, je citerai 
le passage suivant du D"* Bretschneider ^, qui a de l'intérêt, vu 
les connaissances spéciales de l'auteur : « Les oranges, dont il y 
a une grande variété en Ghine, sont comptées par les Chinois 
dans le nombre des fruits sauvages. On ne peut pas douter que 
la plupart ne soient indigènes et cultivées depuis des temps an- 
ciens. La preuve en est que chaque espèce ou variété porte un 
nom distinct, est en outre représentée le plus souvent par un 
caractère particulier, et se trouve mentionnée dans les Shu-king, 
Rh-ya et autres anciens ouvrages. » 

Les hommes et les oiseaux dispersent les graines d'Aurantia- 
cées, d'où résultent des extensions d'habitation et des naturali- 
sations dans les régions chaudes des deux mondes. On a pu le 
remarquer en Amérique dès le premier siècle après la con- 
quête ^, et maintenant il s'est formé des bois d'orangers même 
dans le midi des Etats-Unis. 

Pompelmouse. — C'Urus decumana, Willdenow. — Skad- 
dock^ des Anglais. 

Je parlerai d'abord de cette espèce, parce qu'elle a- un carac- 
tère botanique plus distinct que les autres. Elle devient un 

1. Hooker, Flora ofhritish India^ 1, p. 515. 

2. Stewart et Brandis, The forest of north-ivest and central India, 1 vol. 
in-8, p. 50. 

3. Pour arriver à uu travail de ce genre, le premier pas serait de publier 
de bonnes figures des espèces spontanées, montrant en particulier leurs 
fruits, qu'on ne voit pas dans les herbiers. On pourrait alors dire quelles 
sont, dans les planches de Risso, de Duhamel et autres, celles qui s'appro- 
chent le plus des types sauvages. 

4. Bretschneider, On tke stuay and value of chinese hotanical works^ p. 55. 

5. Acosta, Hist. nat. des Indes, traduction française, 1598, p. 187. 



CÉDRATIER, CITRONNIER, LIMONIER 441 

J)lus grand arbre, et elle est seule à avoir les jeunes pousses et 
e dessous des feuilles pubescents. Le fruit est sphérique ou à 
peu près, plus gros qu'une orange, quelquefois même aussi gros 
qu'une tête d'homme. Le jus est d'une acidité modérée, la peau 
remarquablement épaisse. On peut voir de bonnes figures du 
fruit dans le nouveau Duhamel, 7, pi. 42, et dans Tussac, flore 
des Antilles, 3, pi. 17, 18. 

Le nombre des variétés dans l'archipel du midi de l'Asie in- 
dique une ancienne culture. On ne connaît pas encore d'une 
manière bien précise le pays d'origine, parce que des pieds qiii 
paraissent indigènes peuvent venir de naturalisations, suites 
d'une culture fréquente. Roxburgh dit qu'à Calcutta on avait 
reçu l'espèce de Java *, et Rumphius * la croyait originaire du 
midi de la Chine. Ni lui ni les botanistes modernes ne l'ont vue 
à l'état sauvage dans l'archipellndien '. En Chine, l'espèce a un 
nom simple, Yu ; mais le signe caractéristique * parait trop com- 
pliqué pour une plante véritablement indigène. Selon Loureiro, 
cet arbre est commun en Chine et en Cochincliine, ce qui ne 
veut pas dire qu'il y soit spontané ^. C'est dans les îles à 1 est de 
l'archipel Indien qu'on trouve le plus d'indices d'une exis- 
tence sauvage. Forster ^ disait déjà autrefois de cette espèce : 
« très commune dans les îles des Amis. » Seemann ^ est plus 
affirmatif pour les îles Fidji : « Extrêmement commune, dit-il, 
et couvrant le bord des rivières. » 

11 serait singulier qu'un arbre aussi cultivé dans toute l'Asie 
méridionale se fût naturalisé à ce point dans certaines îles de là 
mer Pacifique, tandis que cela n'a guère été vu ailleurs. Il en 
est probablement originaire, ce qui n'empêche pas qu'on le 
trouvera peut-être sauvage dans d'autres îles plus rapprochées 
de Java. 

Le nom de Pompelmouse est hollandais {Pompelmoes), Celui 
de Shaddock vient de ce qu'un capitaine de ce nom avait ap- 
porté le premier l'espèce aux Antilles ^. 

Cédratier, Citronnier^ Limonier. — Citrus medica, Linné. 

Cet arbre, de même que l'Oranger ordinaire, est glabre dans 
toutes ses parties. Son fruit, plus long que large, est surmonté, 
dans la plupart des variétés, par une sorte de mamelon. Le suc 
est plus ou moins acide. Les jeunes pousses et les pétales sont 

<^ 

1. Roxburgh, Flora indica, éd. 1832, 3, p. 393. 

2. Rumphius, Ilortus amboinensis, 2, p. 98. 

3. Miquel, Flora indo-hatava, 1, part. 2, p. 526. 

4. Bretschneider, /. c. 

5. Loureiro, FL Cochinch., 2, p. 572. Pour une autre espèce du genre il 
sait bien dire qu'elle est cultivée et non cultivée, p. 569. 

6. Forster, De plantis esculentis ocoani australis, p. 35. 

7. Seemann, Flora Vitiensis, p. 33. 

8. Plukenet, Almagestes^ p. 239; Sloane, Jamaïque, 1, p. 41. 



142 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRiJITS 

fréquemment teintés de rouge. La peau du fruit est souvent bos- 
selée, très épaisse dans certaines sous-variétés *. 

Brandis et sir Joseph Hooker distinguent quatre variétés cul- 
tivées ; 



1» Citrus medica proprement dit (Cédratier des Français ; Citron des 
Anglais; Cedro des Italiens); à gros fruit non sphérique, dont la peau, très 
îiromatique, est couverte de bosselures, et dont le suc, peu abondant, 
n'est pas très acide. D'après Brandis, il se nommait Vijapûra en sanscrit 
• 2* Citrus medica Limonum (Citronnier des Français ; Lemon des Anglais] ; 
h fruit moyen, non sphérique, et suc abondant, acide. 

30 C. medica acida \C. acida Roxburgh) ; à petites fleurs, fruit ordinaire- 
ment petit, de forme variable, et suc très acide. D'après Brandis, il se 
nommait Jamhira en sanscrit. 

4» Citrus medica Limetta (C. Limetta et C, Lumia de Risso); à fleurs 
semblables à celles de la variété précédente, mais à fruit sphérique et suc 
doux, pas aromatique. Dans l'Inde, on le nomme Svoeet Lime, crest-à-dire 
Limon doux. 



Le botaniste Wight affirme que cette dernière variété est 
sauvage dans les monts Nilghiris, de la péninsule indienne. 
D'autres formes, qui se rapportent plus ou moins exactement 
aux trois autres variétés, ont été trouvées par plusieurs bota- 
nistes anglo-indiens ^, à l'état sauvage, dans les régions chaudes 
au pied de l'Himalaya, du Garwal au Sikkim, dans le sud-est à 
Chittagong et Burma, enfin au sud-ouest dans les Ghats occiden- 
taux et les monts Satpura. Il n'est pas douteux, d'après cela, 
que l'espèce ne soit originaire de l'Inde, et même sous diffé- 
rentes formes, dont l'ancienneté se perd dans la nuit des temps 
préhistoriques. 

Je doute que sa patrie s'étende vers la Chine ou les îles de 
l'archipel asiatique. Loureiro mentionne le Cltriis medica^ en 
Cochinchine, seulement comme cultivé, et Bretschneider nous 
apprend que le Lemon a des noms chinois qui n'existent pas 
dans les anciens ouvrages et qui ont des signes compliqués 
dans l'écriture, ce qui indique une espèce plutôt étrangère. Il 
peut, dit-il, avoir été introduit. Au Japon, l'espèce est seulement 
cultivée '. Enfin plusieurs des figures de Rumphius montrent 
des variétés cultivées dans les îles de la Sonde, mais dont aucune 
n'est considérée par l'auteur comme vraiment sauvage et origi- 
naire du pays. Pour indiquer la localité, il se sert quelquefois 
de l'expression in hortis sylvestribus^ qu'on peut traduire par 
« les bosquets ». En parlant de Sbn Lemon Sussu (vol. 2, pi. 25], 
qui est un Citrus medica à fruit ellipsoïde acide, il dit qu'on 1 a 
introduit à Amboine, mais qu'il est plus commun à Java : « le 

1. Cédrat à gros fruit du nouveau Duhamel, 7, p. 68, pi. 22. 

2. Royle, III. Hitnalaya, p. 129 ; Brandis, Forest ftora, p. 52 ; Hooker» 
Flora offrit, India, i, p. 514. 

3. Franchet et Savatier, Enum. plant. Japonise, p. 129. 



CÉDRATIER, CITRONNIER, LIMONIER 143 

plus souvent dans les forêts. » Ce peut être Teflet d'une natura- 
lisation accidentelle, par suite des cultures. Miquel, dans sa 
flore moderne des Indes hollandaises \ n'hésite pas à dire que 
les C. medica et Limonum sont seulement cultivés dans TArchipel. 

La culture des variétés plus ou moins acides s'est répandue 
de bonne heure dans TAsie occidentale, du moins dans la Méso- 
Dotamie et la Médie. On rie peut guère en douter, puisque deux 
formes avaient des noms sanscrits, et que d'ailleurs les Grecs 
ont eu connaissance du fruit par les Mèdes, d'où est venu le 
nom de Citrus medica, Théophraste * en a parlé le premier, 
sous le nom de Pomme de Médie et de Perse, dans une phrase 
souvent répétée et commentée depuis deux siècles '. Elle s'ap- 
plique évidemment au Citrus medica; mais, tout en expliquant 
de quelle manière on sème la graine dans <Ies vases, pour les 
transplanter ensuite, l'auteur ne dit pas si cela se prati({uait en 
Grèce ou s'il décrivait un usage des Mèdes. Probablement, les 
Grecs ne cultivaient pas encore le Cédratier, car les Romains ne 
l'avaient pas dans leurs jardins au commencement de r<*Te 
chrétienne. Dioscoride , né en Cilicie et qui écrivait dans 
le i^*" siècle, en parle * à peu près dans les mômes termes que 
Théophraste. On estime que l'espèce a été cultivée en Italie 
dans le m® ou le iv® siècle, après des tentatives multipliées ^*. 
Palladius, dans le v« siècle, en parle comme d'une culture bien 
établie. 

L'ignorance des Romains de l'époque classique au sujet des 
plantes étrangères à leur pays les a fait confondre, sous le nom 
de iignum citreum, le bois du Citrus, avec celui du Cedrus, dont 
on faisait de fort belles tables, et qui était un Cèdre ou un 
Thuya, de la famille toute différente des Conifères. 

Les Hébreux ont dû avoir connaissance du Cédratier avant 
les Romains, à cause de leurs rapports fréquents avec la Perse, 
la Médie et les contrées voisines. L'usage des Juifs modernes de 
se présenter à la synagogue, le jour des Tabernacles, un cé- 
drat à la main, avait fait croire que le mot IJadar du Lévitique 
signifiait citron ou cédrat ; mais Risso a montré, par la compa- 
raison des anciens textes, que ce mot signifie un beau fruit ou le 
fruit d'un bel arbre. Il croit même que les Hébreux ne connais- 
saient pas le Citronnier ou Cédratier au commencement de notre 
ère, parce que la version de Septante traduit Hadar par fruit d'un 
très Del arbre. Toutefois les Grecs ayant vu le Cédratier en Médie 
et en Perse du temps de Théophraste, trois siècles avant Jésus- 
Ghrist, il serait singulier que les Hébreux n'en aient pas eu 

1. Miquel, Flora indo-hat., 1, part. 2, p. 528. 

2. Theophrastes, 1. 4, c. 4. 

3. Bodœus dans Tlieoplirastes, éd. 1644, p. 322, 343; llisso, Traité du 
Citruxj p. 198 ; Targioni, Cenni sto?nci, p. 196. 

4. Dio^corides, 1, p. 166. 
"). Targioni, /. c. 



144 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS 

connaissance lors de leur captivité à Babylone. D'ailleurs l'his- 
torien Josèphe (lit que, de son temps, les Juifs portaient à leur 
fête des pommes de Perse, malum persicum, et c'est un des 
noms du cédrat chez les Grecs. 

Les variétés à fruit très acide, comme le Limonum et Vacida^ 
n'ont peut-être pas attiré l'attention aussi promptement que le 
Cédratier, cependant l'odeur aromatique intense, dont parlent 
ThéophrasteetDioscoride, parait les indiquer. Ce sont les Arabes 
qui ont étendu beaucoup la culture du Limonier (Citronnier 
des Français) en Afrique et en Europe. D'après Gallesio, ils l'ont 
portée, dans le x^ siècle de notre ère, des jardins de l'Oman en 
Palestine et en Egypte. Jacques de Vitry, dans le xiii® siècle, 
décrit très bien le limon, qu'il avait vu en Palestine. Un auteur, 
appelé Falcando, mentionne, en 1260, des « Lumias » très aci- 
des, qu'on cultivait autour de Palerme, et la Toscane les avait 
aussi à la même époque *. . 

Oranger. — Citrus Aurantium^ Linné (excl. var. y). Citms 
Aurantium Ilisso. 

Les Orangers se distinguent des Pompelmouses (C. decumana) 
par l'absence complète de poils sur les jeunes pousses et sur les 
feuilles, par un fruit moins gros, toujours de forme sphérique, 
par la peau de ce fruit moins épaisse ; et des Cédratiers (C. me- 
aica] par les fleurs entièrement blanches, le fruit jamais allongé, 
sans mamelon au sommet, à peau peu ou point bosselée, mé- 
diocrement adhérente avec la partie juteuse. 

Ni Risso dans son excellent traité du Citrus, ni les auteurs mo- 




ranger pr 

prement dit, à fruit doux. Cette difl'érence me paraissait si peu 
de chose, au point de vue botanique, lorsque j'ai étudié la ques- 
tion d'origine en 1855, que j'inclinais à considérer, avec Risso, 
les deux sortes d'Orangers comme de simples variétés. Les au- 
teurs actuels anglo-indiens font de même. Ils ajoutent une 
troisième variété, qu'ils nomment Bergamia^ pour la. Bergamote^ 
dont la fleur est plus petite et le fruit sphérique ou pyriforme, 
plus petit que l'orange commune , aromatique et légèrement 
acide. 

Cette dernière forme n'a pas été trouvée sauvage et me parait 
plutôt un produit de la culture. 

On demande souvent si les oranges douces donnent quand on 
les sème des oranges douces, et les bigarades des oranges amè- 
res. C'est assez indifl*érent au point de vue de la distinction en 
espèces ou variétés, car nous savons que, dans les deux règnes, 
tous les caractères sont plus ou moins héréditaires, que certaines 

1. Targioni, /. /•., p. 217. 



ORANGER 145 

variétés le sont si habituellement qu'il faut les nommer des 
races et que la distinction en espèces doit, par conséquent, se 
baser sur d'autres considérations, comme l'absence de formes 
intermédiaires ou le défaut de fécondation croisée donnant des 
produits eux-mêmes féconds. La question ne manque cependant 
pas d'intérêt dans le cas actuel, et je répondrai que les expé- 
riences ont donné des résultats parfois contradictoires. 

Gallesio, excellent observateur, s'exprime de la manière sui- 
vante : « J'ai semé pendant une longue suite d'années des pépins 
<i'orange douce, tantôt pris sur des arbres francs, tantôt sur 
des orangers greffés sur bigaradier ou sur limonier. J'ai tou- 
jours eu des arbres à fruits doux. Ce résultat est constaté depuis 
plus de soixante ans par tous les jardiniers du Finalais. Il n'y a 
pas un exemple d'un bigaradier sorti de semis d'orange douce, 
ni d'un oranger à fruits doux sorti de la semence de bigara- 
dier En 1709, la gelée ayant fait périr les orangers de Finale, 

on avait pris l'habitude d'élever des orangers à fruits doux de 
semences; il n'y eut pas une seule de ces plantes qui ne portât 
des fruits à jus doux ^ » 

Mac-Fadyen dit, au contraire, dans sa flore de la Jamaïq-ue : 
« C'est un fait établi, familier à tous ceux qui ont vécu quelque 
temps dans cette île, que la graine des oranges douces donne 
très souvent des arbres à fruits amers (bitter), ce dont des exem- 
ples bien prouvés sont arrivés à ma connaissance personnelle. 
Je n'ai pas ouï dire cependant que des graines d'orange amère 
aient jamais donné des fruits doux Ainsi, continue judi- 
cieusement l'auteur, l'oranger amer était le type primitif*. » Il 
prétend que dans les sols calcaires l'oranger doux se conserve de 
graines, tandis que dans les autres sols, à la Jamaïque, il donne 
des fruits plus ou moins acides (sour) ou amers (bitter). Duchas- 
saing dit qu'à la Guadeloupe les graines d'oranges douces donnent 
souvent des fruits amers ', tandis que, d'après le D** Ernst, à 
Caracas, elles donnent quelquefois des fruits acides, mais non 
amers *. Brandis raconte qu à Khasia, dans Tlnde, autant qu'il 
a pu le vérifier, les vergers très étendus d'orangers doux vien- 
nent de graines. Ces diversités montrent le degré variable de 
rhérédité et confirment l'opinion qu'il faut voir dans les deux 
«ortes d'orangers deux variétés, non deux espèces. 

Je suis obligé cependant de les énumérer l'une après l'autre, 
pour expliquer leur origine et l'extension de leur culture à di- 
verses époques. 

1® Bigaradier , Arancio forte des Italiens , Pomeranze des 
Allemands. — Cltrus vulgarlsy Risso — C. Au?'antium vâr. Biga- 
radia^ Brandis et Hooker. 

1. Gallesio, Traité du Ciirus, p. 32, 67, 355, 357. 

2. Mac-Fadyen, Flora of Jamaica^ p. 129 et 130. 

3. Cité dans Grisebach, Veget, Karaiben, p. 34. 

4. Emst, dans Seeman, Joum. of bot.f 1867, p. 272. 

De Candolle. 10 



146 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS 

Il était inconnu aux Grecs et aux Romains, de même que 
Toranger doux. Comme ils avaient eu des relations avec l'Inde 
et Geylan, Gallesio présume que ces arbres n'étaient pas culti- 
vés de leur temps dans la partie occidentale de l'Inde. Il a 
étudié, sous ce point de vue, les anciens voyageurs et géogra- 
phes, tels que Diodore de Sicile, Néarque, Arianus, et n'a 
trouvé chez eux aucune mention des orangers. Cependant le 
sanscrit avait un nom pour l'orange, Nagarunga^ Nagrunga '. 
C'est même de là qu'est venu le mot Orange, car les Hindous en 
ont fait Narungee (prononcez Naroudji) d'après Royle, Nerunga 
d'après Piddington, les Arabes Narunj, diaprés Gallesio^ les Ita- 
liens ISaranzi^ Arangi, et dans le moyen âge on a dit en latin 
Arancium^ Arangiu7n, puis Aurantium ^. Mais le nom sanscrit 
s'appliquait-il à l'orange amère ou à l'orange douce? Le philo- 
logue Adolphe Pictet m'a donné jadis un renseignement curieux 
sur ce point. Il avait cherché dans les ouvrages sanscrits les noms 
significatifs donnés à l'orange ou à l'oranger et en avait trouvé 
17, qui tous font allusion à la couleur, l'odeur, la qualité acide 
(dantacatha, nuisible aux dents), le lieu de croissance, etc., jamais- 
à une saveur douce ou agréable. Cette multitude de noms ana- 
logues à des épithètes montre un fruit anciennement connu,, 
mais d'une saveur bien différente de l'orange douce. D'ailleurs 
les Arabes, qui ont transporté les orangers vers l'Occident, ont 
connu d'abord l'orange amère, lui ont appliqué le nom Narunj ^^ 
et leurs médecins, dès le x^ siècle, ont prescrit le suc amer du 
Bigaradier \ Les recherches approfondies de Gallesio montrent 
que l'espèce s'était répandue depuis les Romains du côté du golfe 
Persique, et à la fin du ix« siècle en Arabie, par l'Oman, Bas- 
sora, Irak et la Syrie, selon le témoignage de l'auteur arabe 
Massoudi. Les croisés virent le Bigaradier en Palestine. On le 
cultivait en Sicile dès l'année 1002, probablement à la suite 
des incursions des Arabes. Ce sont eux qui l'ont introduit en 
Espagne, et vraisemblablement aussi dans l'Afrique orientale. 
Les Portugais le trouvèrent établi sur cette côte lorsqu'ils dou- 
blèrent le Cap, en 1498 ^ 

Rien ne peut faire présumer que l'orange amère ou douce 
existât en Afrique avant le moyen âge, car la fable du jardin 
des Hespérides peut concerner une Aurantiacée quelconque, et 
chacun peut la placer où il veut, l'imagination des anciens étant 
d'une fertilité singulière. 

1. Roxburgh, FI. ind., éd. 1832, v. 2, p. 392 ; Piddington, Index, 

2. Gallesio, p. 122. 

3. Dans les langues modernes de l'Inde, le nom sanscrit a été appliqué à 
Torange douce, selon le témoignage (Je Brandis,, par une de ces transpo- 
sitions qui sont fréquentes dans le langage populaire. 

4. Gallesio, p. 122, 247, 248. 

0. Gallesio, p. 240. M. Goeze, Beittag zur Kenntniss der Orangengewachse^ 
80, 1874, p. 13, cite d'anciens voyageurs portugais pour le même fait» 



ORANGER 147 

Les premiers botanistes anglo-indiens tels que Roxburgh, 
Royie, Griffîth, Wight, n'avaient pas rencontré le Bigaradier 
sauvage ; mais toutes les probabilités indiquaient la région orien- 
tale de rinde comme sa patrie primitive. Le D"^ Wallich a men- 
tionné la localité de Sillet *, sans affirmer la spontanéité. Après 
lui, sir Joseph Hooker * a vu l'oranger amer bien certainement 
spontané dans plusieurs districts au midi de THimalaya , de 
Garwal et Sikkim à Khasia. Son fruit était sphérique ou un 
peu déprimé, de deux pouces de diamètre, très coloré, non 
mangeable", d'une saveur (si je me souviens bien, dit l'auteur) 
dégoûtante (mawkish) et amère. Le Citrus fiisca, de Loureiro ^, 
semblable, d'après lui, à la planche 23 de Rumphius, et spontané 
en Gochinchine et en Chine, pourrait bien être le Bigaradier, 
dont l'habitation s'étendrait vers l'est. 

2" Oranger à fruit doux, Aranclo dolce des Itahens, Apfekine 
des Allemands — Citrus Aurantium sinense, Gallesio, 

Selon Royle *, il existe des oranges douces, sauvages, à Sillet 
et dans les Nilghiries, mais l'assertion n'est pas accompagnée 
de détails qui permettent de lui donner de l'importance. D'après 
le même auteur, l'expédition de Turner avait cueilli des oranges 
sauvages < délicieuses » à Buxedwar, localité au nord-est de 
Rungpoor, dans le Bengale. D'un autre côté, les botanistes 
Brandis et sir Joseph Hooker ne mentionnent pas l'oranger 
doux comme spontané dans l'Inde anglaise. Ils le disent seule- 
ment cultivé. Kurz n'en parle pas du tout dans sa flore fores- 
tière du pays Burman anglais. Plus à l'est, en Gochinchine, 
Loureiro ^ a décrit un C. Aurantium à pulpe moitié acide 
moitié douce (acido-dulcis), qui parait être l'oranger à fruits 
doux et qui « habite à l'état cultivé et non cultivé en Gochin- 
chine et en Ghine ». Je rappelle que les auteurs chinois consi- 
dèrent les orangers, en général, comme des arbres de leur pays; 
mais on manque d'informations précises sur chaque espèce ou 
variété, au point de vue de Tindigénat. 

D'après l'ensemble de ces documents, l'oranger à fruit doux 
paraît originaire de la Ghine méridionale et de la Gochinchine, 
avec une extension douteuse et accidentelle, par un efl'et des 
semis, dans la région de l'Inde. 

Gherchons dans quels pays sa culture a commencé et com- 
ment elle s'est propagée. Il en résultera peut-être plus de lu- 
mière sur l'origine et sur la distinction des Orangers propre- 
ment dits d'avec les Bigaradiers. 

Un fruit aussi gros et aussi agréable au goût que l'orange 

1. Wallich, List, n- 6384. 

2. Hooker, FI. of brit. India, 1, p. 515. 

3. Loureiro, FI. cochinch., p. 571. 

4. Royle, Illustr. of Himalaya, p. 160. Il cite Turner, Voyage au Thihel, 
p. 20 et 387. 

o. Loureiro, FI. cochinch, p. 569. ^ J 



148 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS 

douce n'a guère pu exister dans une région sans que Thomine 
ait essayé de le cultiver. Les semis en sont faciles et donnent 
presque toujours la même qualité recherchée. Les anciens voya- 
' geurs ou historiens ne peuvent pas non plus avoir négligé l'impor- 
tation d'un arbre fruitier aussi remarquable. Sur ce point histo- 
rique, les études faites par Gallesio, dans les anciens ouvrages, ont 
donné des j*ésultats extrêmement intéressants. 

Il prouve d'abord que les orangers apportés de l'Inde, par les 
Arabes, en Palestine, en Egypte, dans le midi de l'Europe et sur 
la côte orientale de l'Afrique, n'étaient pas l'oranger à fruit doux. 
Jusqu'au xv® siècle, les ouvrages arabes et les chroniques ne 
parlent que d'oranges amères ou aigres. Cependant, lorsque les 
Portugais arrivèrent dans les îles de l'Asie méridionale, ils trou- 
vèrent des orangers à fruits doux, et ce ne fut pas pour eux, à 
ce qu'il semble, une nouveauté. Le Florentin qui accompagnait 
Vasco de Gama et qui a publié la relation du voyage dit : < Sorivi 
melarancie assai^ ma tut te dolci » (Il y a beaucoup d'oranges, 
mais toutes douces). Ni ce voyageur ni ceux qui suivirent ne 
témoignèrent de la surprise en goûtant un fruit aussi agréable. 
Gallesio en infère que les Portugais n'ont pas été les premiers 
à rapporter les oranges douces de l'Inde, où ils arrivèrent en 1498, 
ni de Chine, où ils parvinrent en 1518. D'ailleurs une foule 
d'écrivains du commencement du xvi® siècle parlent de l'orange 
douce comme d'un fruit déjà cultivé en Italie et en Espagne. Il 
y a plusieurs témoignages pour les années 1523 et 1525. Gallesio 
s'arrête à l'idée que l'orange douce a été introduite en Europe 
vers le commencement du xv® siècle * ; mais Targioni cite, d'après 
Valeriani, un statut de Fermo, du xiv« siècle, dans lequel il est 
question de cédrats, oranges douces^ etc. ^, et les renseignements 
recueillis récemment sur l'introduction en Espagne et dans le 
Portugal par M. Goeze ', d*après d'anciens auteurs, concordent 
avec cette même date. Il me parait donc probable que les oran- 
ges reçues plus tard, de Chine, par les Portugais, étaient seule- 
ment meilleures que celles connues auparavant en Europe, et 
que les noms vulgaires d'oranges de Portugal et de Lisbonne 
sont dus à cette circonstance. 

Si l'orange douce avait été cultivée très anciennement dans 
rinde, elle aurait eu un nom spécial en sanscrit, les Grecs en au- 
raient eu connaissance dès l'expédition d'Alexandre, et les Hé- 
breux l'auraient reçue de bonne heure par la Mésopotamie. On 
aurait certainement recherché, cultivé et propagé ce fruit dans 
l'empire romain, de préférence au Limonier, au Cédratier et au 

1. Gallesio, p. 321. 

2. La date de ce Statuto est donnée par Targioni à la page 205 des Cenni 
storici comme étant Tannée 1379, et à la page 213 comme 1309. L*errata 
ne dit rien sur cette différence. 

3. Goeze, Ein Beitrag zur Kenntniss der Oranqenqewàchset Uambourff. 
1874, p. 26. 



MANGOSTAN 149 

Bigaradier. Son existence dans Tlnde doit donc être moins an- 
cienne. 

Dans l'archipel Indien, l'oranger doux était considéré comme 
venant de Chine *. Il se trouvait peu répandu dans les îles de la 
mer Pacifique à l'éçoc^ue du voyage de Gook *. 

Nous revenons ainsi, par toutes les voies, à l'idée que la va- 
riété douce de l'oranger est sortie de Chine et de Cochinchine, 
et qu'elle s'est répandue dans l'Inde peut-être vers le commen- 
cement de l'ère chrétienne. A la suite des cultures, elle a pu 
se naturaliser dans beaucoup de localités de l'Inde et dans tous 
les pays tropicaux, mais nous avons vu que les semis ne don- 
nent pas toujours l'oranger à fruit doux. Ce défaut d'hérédité, 
dans certains cas, est à l'appui d'une dérivation du Bigaradier 
en Oranger doux, qui serait survenue, à une époque lointaine, 
en Chine ou en Cochinchine , et aurait été propagée soigneuse- 
ment à cause de sa valeur horticole. 

• Mandarines. — Citrus nobilis, Loureiro. 

Cette espèce, caractérisée par son fruit plus petit que l'orange 
ordinaire, bosselé à la surface, sphérique, mais déprimé en 
dessus, et d'une saveur particulière, est maintenant recherchée 
en Europe, comme elle l'a été dès les temps les plus anciens en 
Chine et en Cochinchine. Les Chinois la nomment Kan ^. Rum- 
phius l'avait vue cultivée dans toutes les îles de la Sonde * 
et dit qu'elle venait de Chine, mais elle ne s'était pas répandue 
dans l'Inde. Roxburgh et sir Joseph Hooker ne la mentionnent 
pas, mais M. Clarke m'apprend que sa culture a pris une grande 
extension dans le district de Khasia. Elle était nouvelle dans les 
jardins d'Europe, au commencement du xix® siècle, lorsque 
Andrews en puJblia une bonne figure dans le Botanist y^epository 
(pi. 608). 

D'après Loureiro ^, cet arbre, d'une taille moyenne, habite en 
Cochinchine, et aussi, ajoute-t-il, en Chine, bien qu'il ne l'ait 
pas vu à Canton. Ce n'est pas une information précise sous le 
rapport de la qualité spontanée, mais on ne peut pas supposer 
une autre origine. Selon Kurz *, l'espèce est seulement cultivée 
dans la Birmanie anglaise. Si cela se confirme, la patrie serait 
bornée à la Cochinchine et à quelques provinces de la Chine. 

Mangostan. — Garcinia Man^ostana, Linné. 

Le Botanical magazine a publié une bonne figure (pi. 4847) 

1. Rumphius, Amboin,, 2, c. 42. 

2. Forster, Plantée esculentse, p. 35. 

3. Bretschueider, On the value of chinese bot, works, P. 11« 

4. Rumphius, Amboin., 2, pi. 34, 35, où cependant la forme du fruit u'est 
pas celle de notre Mandarine. 

5. Loureiro, FI. cochinch,, p. 570. 

6. Kurz, Foj^est flotta of british Burma. 



180 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS 

de cet arbre, de la famille des Guttifères, dont le fruit est consi- 
déré comme un des meilleurs qui existent. Il exige un climat 
très chand, car Roxburgh n'a pas pu l'obtenir au delà du 23^ 1/2 
degré de latitude dans l'Inde *, et transporté à la Jamaïque, il n'a 
donné que des fruits médiocres *. On le cultive dans les îles de 
la Sonde, la péninsule malaise et à Geylan. 

L'espèce est certainement spontanée dans les forêts des îles 
de la Sonde ^ et de la péninsule malaise *. Parmi les plantes cul- 
tivées, c'est une des plus locales, soit pour l'habitation originelle, 
soit dans la culture. Il est vrai qu'elle appartient à l'une de ces 
familles où l'aire moyenne des espèces est le plus restreinte. 

Abricotier d'Amérique. — Mammea americana, Jacquin. 

De la famille des Guttifères, comme le Mangostan, cet arbre 
exige aussi beaucoup de chaleur. Les Anglais l'appellent Mamey 
ou Mammee, Quoique fort cultivé dans les Antilles et dans les 
parties les plus chaudes du Venezuela ^, on ne l'a guère trans- 
porté ou il n'a pas réussi en Asie et en Afrique, si l'on en juge 
par le silence de la plupart des auteurs. 

Il est certainement indigène dans les forêts de la plupart des 
Antilles^. Jacquin l'indique aussi sur le continent voisin, mais je 
n'en vois pas de confirmation chez les auteurs modernes. 

La meilleure figure publiée est celle de la Flaire des Antilles de 
Tussac, 3, pi. 7, à l'occasion de laquelle l'auteur donne beau- 
coup de détails sur l'emploi du fruit. 

Gombo. — Hibiscus esculenius, Linné. 

Les fruits, encore jeunes, de cette Malvacée annuelle sont ua 
<les légumes les plus délicats des pays tropicaux. La Flore des 
Antilles de Tussac contient une belle planche de l'espèce et 
donne tous les détails qu'un gourmet peut désirer sur la ma- 
nière de préparer le caloulou^ si cher aux créoles des îles fran- 
çaises. 

Lorsque j'ai essayé autrefois ^ de comprendre d'où vient cette 
plante, cultivée dans l'ancien et le nouveau monde, l'absence de 
tout nom sanscrit et le fait que les premiers auteurs sur la flore 
indienne ne l'avaient pas vue spontanée m'avaient fait écarter 
rhypothèse d'une origine asiatique. Cependant la flore moderne 

1. Royle, ///. Himalaya, p. 133, et Roxburgh, Flora indica, 2, p. 618. 

2. Mac-Fadyen, Floi'a ofJamaïca, p. 134. 

3. Rumphius, Amboin,, 1, p. 133; Miquel, Plantx Junghun,, 1, p. 290; 
Flora indo-batava, 1, part. 2, p. 506. 

i. Hooker, FL ofbritish India, 1 p. 260. 

5. Ernst, dans Seemann, Journal of botany, 1867, p. 273; Triana et Plan- 
chon, Prodr. fl, Novo-Granat,, p. 285. 

6. Sloane, /amafca, 1. p. 123; Jacquin, Amer., p. 268; Grisebach, FL of 
hrit, W, India, p. 118. 

7. A. de CandoUe, Géogr. bot. ravtonnép, p. 768. 



VIGNE 161 

<ie l'Inde anglaise * l'ayant indiquée comme « probablement 
native d'origine », j'ai dû faire de nouvelles recherches. 

Quoique l'Asie méridionale ait été bien explorée depuis trente 
^ns, on ne cite aucune localité dans laquelle le Gombo serait 
■spontané ou quasi spontané. Il n'y a même pas d'indice d'une 
•culture ancienne en Asie. C'est donc entre l'Afrique et l'Ame-, 
jrique qu'il faut hésiter. 

La plante a été vue spontanée aux Antilles par un bon obser- 
■vateur *, mais je ne découvre aucune assertion semblable venant 
cl'un autre botaniste, soit pour les îles, soit pour le continent 
américain. Le plus ancien auteur sur la Jamaïque, Sloane ', 
n'avait vu l'espèce qu'à l'état de culture. Marcgraf * l'avait 
observée dans les plantations du Brésil, et comme il mentionne 
lin nom du Congo et d'Angola, Quillobo^ dont les Portugais 
avaient fait Quingombo, l'origine africaine se trouve par cela 
même indiquée. 

MM. Schweinfurth et Ascherson ^ ont vu la plante spontanée 
<ians la région du Nil, en Nubie, Kordofan, Sennaar, Abyssinie 
«t dans le Bahr-el-Abiad, où on la cultive, il est vrai. D'autres 
voyageurs sont mentionnés pour des échantillons recueillis en 
Afrique ®, mais on ne dit pas si les plantes étaient cultivées ou 
spontanées et loin des habitations. Nous serions toujours dans 
ie cioute si MM. Fliickiger et Hanbury ^ n'avaient fait une décou- 
ve r-te bibiïographique qui tranche la question. Les Arabes appel- 
le rxt le Gombo Baynyah ou Bâmiat, et Abul-Abbas-Elnabati, qui 
^vaiit visité l'Egypte bien avant la découverte de l'Amérique, en- 
1^*6, a décrit très clairement le Gombo, cultivé alors par les 
^Syp tiens. 

Alalgré Torigine, certainement africaine, il ne semble pas que 
l'espèce ait été cultivée dans la basse Egypte avant l'époque de 
^ comination arabe. On n'en a pas trouvé de preuve dans les 
«monuments anciens, quoique Rosellini ait cru reconnaître la 
plante dans une ligure, qui en est bien différente, selon Unger ^. 
L'existence d'un seul nom dans les langues modernes de l'Inde, 
d*a.près Piddington , appuie l'idée d'une propagation vers 
^'^rient depuis l'ère chrétienne. 

Vî§^e. — Vitis vlnifera^ Linné. 

La. vigne croit spontanément dans l'Asie occidentale tempérée, 

^* ^lora ofbritish Indta, 1, p. 343. 

^* 'I requin, Observationes^ 3, p. 11. 

y Sloane, Jamaica^ 1, p. 223. 

^- ^larcgraf, Hist. plant., p. 32, avec figures. 

^' Scihweinfurth et Ascherson, Aufzàhlunq, p. 265, sous le nom d'Abel- 

^. Oliver, Flora of tropical Africa, 1, p. 207. 

]• B'iùckiger et Hanbury, Drogues., trad. franc., 1, p. 182. La description 
.est a^ns Eon Baithar, trad. de Soudtheimer, 1, p. 118. 
^' XJnger, Die Pflanz^n ffes alten .lilgyptens, p. 50. 



152 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS 

l'Europe méridionale, l'Algérie et le Maroc *. C'est surtout dans 
le Pont, en Arménie^ au midi du Caucase et de la mer Caspienne, 
qu'elle présente l'aspect d'une liane sauvage, qui s'élève sur de 
grands arbres et donne beaucoup de fruits, sans taille ni cul- 
ture. On mentionne sa végétation vigoureuse dans l'ancienne 
Bactriane, le Caboul, le Cachemir et même dans le Badak- 
chan, situé au no^*d de l'Indou-Kousch *. Naturellement, on 
se demande là, comme ailleurs, si les pieds que l'on rencontre 
ne viennent pas de graines transportées des plantations par les- 
oiseaux. Je remarque cependant que les botanistes les plus- 
dignes de confiance, ceux qui ont le plus parcouru les provinces 
transcaucasiennes de la Russie, n'hésitent pas sur la spontanéité 
et l'indigénat de l'espèce dans cette région. C'est en s' éloignant 
vers l'Inde et l'Arabie, l'Europe et l'Afrique septentrionale qu'on 
trouve le plus souvent dans les flores l'expression que la vigne 
est « subspontanée », peut-être sauvage, ou devenue sauvage 
(verwildert, selon le terme expressif des Allemands). 

La dissémination par les oiseaux a dû commencer de très 
bonne heure, dès que les baies de l'espèce ont existé, avant la 
culture, avant la migration des plus anciens peuples asiatiques, 
peut-être avant qu'il existât des nommes en Europe et même en 
Asie. Toutefois la fréquence des cultures et la multitude des 
formes de raisins cultivés ont pu étendre les naturalisations et 
introduire dans les vignes sauvages des diversités tirant leur 
origine de la culture. A vrai dire, les agents naturels, comme les 
oiseaux, le vent, les courants, ont toujours agrandi les habita- 
tions des espèces, indépendamment de l'homme, jusqu'aux 
limites qui résultent, dans chaque siècle, des conditions géogra- 
phiques et physiques et de l'action nuisible d'autres végétaux et 
d'animaux. Une habitation absolument primitive est plus oh 
moins un mythe ; mais des habitations successivement étendues 
ou restreintes sont dans la force des choses. Elles constituent 
des patries plus ou moins anciennes et réelles, à condition que 
l'espèce s'y soit maintenue sauvage, sans l'apport incessant de 
nouvelles graines. 

Pour ce qui concerne la vigne, nous avons des preuves d'une 
ancienneté très grande en Europe, comme en Asie. 

Des graines de vigne ont été trouvées sous les habitations 
lacustres de Castione, près de Parme, qui datent de l'âge du 
bronze ', dans une station préhistorique du lac de Varèse *, et 

1 . Grisebach, La végétation du globe, traduct. française par de Tchihat- 
clieft, 1, p. 162, 163, 442; Miinby, Catal, Alger, \ BaU, FI. maroccanm spici' 
legium, p. 392. 

2. Adolphe Pictet, Les origines indo-européennes, éd. 2, voL l,p. 295, cite 
plusieurs voyageurs pour ces régions, entre autres Wood, Joumey to the 
sources of the uxus, 

3. EUes sont figurées dans Heer, Die Pflanzen der Pfahlhauten, p. 24, f. 11. 

4. Ragazzoni, dans Rivista arch. délia prov. di Como, 1880, fasc. 17, p. 3<^ 
et suivantes. 



VIGNE 183 

ans la station lacustre de Wangen, en Suisse, mais dans ce der- 
ier cas à une profondeur incertaine *. Bien plus! Des feuilles 
3 vigne ont été trouvées dans les tufs des environs de Mont- 
3llier, où elles se sont déposées probablement avant l'époque 
istorique ^, et dans ceux de Meyrargue, en Provence, certaine- 
lent préhistoriques, quoique postérieurs à l'époque tertiaire des 
^ologues *. 

Dans le pays qu*on peut appeler le centre et qui est peut-être 
plus ancien séjour de l'espèce, le midi du Caucace, un bota- 
iste russe, Kolenati *, a fait des observations très intéressantes 
ir les différentes formes de vignes, soit spontanées, soit culti- 
ves. Je regarde son travail comme d'autant plus significatif 
je l'auteur s'est attaché à classer les variétés suivant les carac- 
res de la pubescence et de la nervation des feuilles, choses 
jsolument indifférentes aux cultivateurs et qui doivent repré- 
nter, par conséquent, beaucoup mieux les états naturels de 
îspèce. D'après lui, les vignes sauvages, dont il a vu une im- 
anse quantité entre la mer Noire et la mer Caspienne, se grou- 
înt en deux sous-espèces, qu'il décrit, qu'il assure pouvoir 
(connaître à dislance, et qui seraient le point de départ des 
gnes cultivées, au moins en Arménie et dans les environs. Il 
s a reconnues autour du mont Ararat, dans une zone où l'on 
î cultive pas la vigne, où même on ne pourrait pas la cultiver, 
'autres caractères, par exemple la forme et la couleur des rai- 
as, varient dans chacune des deux sous-espèces. Nous ne pou- 
>n8 entrer ici dans les détails purement botaniques du mé- 
oire de Kolenati, non plus que dans ceux du travail plus 
cent de Regel sur le genre Vitis ^ ; mais il est bon de constater 
i*une espèce cultivée depuis un temps très reculé et qui a 
aintenant peut-être 2000 formes décrites dans les ouvrages 
fre, quand elle est spontanée dans la région où elle est très 
icienne, et a probablement offert avant toute culture, au moins 
(ux formes principales, avec d'autres d'une importance moin- 
e. Si l'on étudiait avec le même soin les vignes spontanées de 
Perse et du Gachemir, du Liban et de Grèce, on trouverait 
ut-être d'autres sous-espèces d'une ancienneté probablement 
éhistorique. 

l. Heer, /. c. 

î. Planchon, Etude sur les tufs de Montpellier, 1864, p. 63. 

\. De Saporta, La flore des tufs quaternaires de Provence, 1867, p. 15 et 27. 

L Kolenati, dans Bulletin de la Société impériale des naturalistes de 

}SCOU, 1846, p. 279. 

5. Regel, dans Acta horti imp. petrop., 1873. Dans cette revue abrégée du 

tnre, M. Regel énonce l'opinion que les Vitis vinifera sont le produit 

'bride et altéré par la culture de deux espèces sauvages, V. vulpina et 

. Labrusca; mais il n'en donne pas de preuves, et ses caractères pour les 

snx espèces sauvages sont bien peu satisfaisants. H est fort à désirer 

16 les vignes d'Asie et d'Europe, spontanées ou cultivées, soient compa- 

tes dans leurs graines, qui fournissent d'excellentes distinctions, d'après 

8 travaux d'Engelmann sur les Vignes d'Amérique. 



154 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS 

L*idée de recueillir le jus des raisins et de profiter de sa fer- 
mentation a pu naître chez différents peuples, principalement 
dans l'Asie occidentale, où la Vigne abondait et prospérait. 
Adolphe Pictet \ qui a discuté, après de nombreux auteurs, mais 
d'une manière plus scientifique, les questions d'histoire, de lin- 
guistique et même de mythologie concernant la Vigne chez les 
peuples de l'antiquité, admet que les Sémites et les Aryas ont 
également connu l'usage du vin, de sorte qu'ils ont pu l'intro- 
duire dans tous les pays où ils ont émigré, jusqu'en Egypte, 
dans rinde et en Europe. Ils ont pu le faire d'autant mieux qu'ils 
trouvaient la plante sauvage dans plusieurs de ces contrées. 

Pour l'Egypte, les documents sur la culture de la Vigne et la 
vinification remontent à 5 ou 6000 ans ^. Dans l'ouest, la propa- 
gation de la culture par les Phéniciens, les Grecs et les Romains 
est assez connue ; mais, du côté oriental de l'Asie, elle s'est faite 
tardivement. Les Chinois, qui cultivent à présent la Vigne dans 
leurs provinces septentrionales, ne la possédaient pas antérieu- 
rement à Tannée 122 avant notre ère ^. On sait qu'il existe plu* 
sieurs Vignes spontanées dans le nord de la Chine, mais je ne puis 
admettre avec M. Regel que la plus analogue à notre Vigne, le 
Vitis Amurensis^ de Ruprecht, appartienne à notre espèce. Les 
graines dessinées dans le Gartenflora^ 1861, pi. 33, en sont trop 
différentes. Si le fruit de ces vignes de l'Asie orientale avait 
quelque valeur, les Chinois auraient bien eu l'idée d'en tirer 
parti. 

Jujubier commun. — Zizyphusvulgaris^ Lamarck. 

D'après Pline "*, le Jujubier aurait été apporté de Syrie à 
Rome, par le consul Sextus Papinius, vers la fin du règne d'Au- 
guste. Les botanistes remarquent cependant que l'espèce est 
commune dans les endroits rocailleux d'Italie -' et que d'ailleurs 
— chose singulière — on l'a pas encore trouvée sauvage en 
Syrie, bien qu'elle y soit cultivée, de même que dans toute la 
région qui s'étend de la mer Méditerranée à la Chine et au 
Japon ^. 

La recherche de l'origine du Jujubier, comme arbre spon- 
tané, vient à l'appui du dire de Pline, malgré les objections que 
je viens de mentionner. D'après les collecteurs de plantes et les 

1. Ad. Pictet, Les ovUjines indo-européennes^ édition 2, vol. 1, p. 298 à 321. 

2. M. Delchevalerie, dans V l llustration horticole, 1881, p. 28. Il men- 
tionne surtout le tombeau de Phtah-Hotep, qui vivait à Memphis, quatre 
mille ans avant Jésus-Christ. 

3. Bretschneider, On the value and stiidtj of chinese botanical works, p. 16. 

4. Pline, Hist.^h 15, c. U. 

5. Bertoloni, FI. ital., 2, p. 66o ; Gussone, Synopsis FI. siculsp, 2 p. 276. 

6. Wiiikomm et Lan^e, Prodr. FI. hispanic/p, 3 p. 480 ; Desfontaines, 
FI. Atlajit., l,p. 200; Boissier, FI. orient., 2, p. 12; J. Hooker, FL of brit. 
India, 1, p. 633; Bunge, Enum. plant, chin., p. J4; Franchet et Savatier, 
Emtm. plant. Japon. , 1, p. Si. 



JUJUBIER COMMUN 155 

auteurs de flores l'espèce paraît plus spontanée et anciennement 
cultivée à Test qu'à Touest de sa grande habitation actuelle. 
Ainsi, pour le nord de la Chine, M. de Bunge dit qu'elle est 
a très commune et très incommode (à cause de ses épines) dans 
les endroits montueux. » Il a vu la variété sans épines dans les 
jardins. Le D"" Bretschneider * mentionne les jujubes comme un des 
fruits les plus recherchés par les Chinois, qui appellent l'espèce 
"du nom simple de Tsao, Il indique aussi les deux formes, épi- 
neuse et non épineuse ; la première sauvage ^. L'espèce manque 
au midi de la Chine et dans Tlnde proprement dite , à cause 
de la chaleur et de l'humidité du climat. On la retrouve sauvage 
dans le Punjab au nord-ouest de l'Inde anglaise, puis en Perse 
^t en Arménie. 

Brandis * énumère sept noms difTérents du Jujubier commun 
{ou de ses variétés ?) dans les langues modernes de l'Inde, mais 
on ne connaît aucun nom sanscrit. D'après cela, l'espèce a peut- 
être été introduite de Chine dans l'inae, à une époque pas très 
éloignée, et des cultures elle serait devenue sauvage dans les 
provinces très sèches de l'ouest. Le nom persan est Anob^ chez 
les Arabes Unah. On ne connaît pas de nom hébreu, nouvel in- 
dice que l'espèce n'est pas très ancienne dans l'Asie occidentale. 

Les anciens Grecs n'ont pas parlé du Jujubier commun, mais 
seulement d'une autre espèce, Zizyphus Lotus. C'est du moins 
l'opinion du commentateur et botaniste moderne Lenz *. Il 
, faut convenir que le nom grec moderne, Pritzuphuia., n'a aucun 
rapport avec les noms attribués jadis dans Théophraste ou Dios- 
coride à quelque Zizyphus, mais approche du nom latin Zizy- 
phus (le fruit Zizyphum) de Pline, qui n'est pas dans les auteurs 
plus anciens et semble d'une nature orientale plus que latine. 
M. de Heldreich ^ n'admet pas que le Jujubier soit spontané en 
Grèce, et d'autres le disent « naturalisé, subspontané, » ce qui 
confirme l'hypothèse d'une existence peu ancienne. Les mêmes 
motife s'appliquent à l'Italie. L'espèce peut donc s'y être natu- . 
ralisée depuis l'introduction dans les jardins dont Pline a parlé. 

En Algérie, le Jujubier est seulement cultivé ou « subspon- 
tané ® ». De même en Espagne. Il n'est pas mentionné dans le 
Maroc, ni aux îles Canaries, ce qui fait supposer une existence 
peu ancienne dans la région de la mer Méditerranée. 

Il me paraît donc probable que l'espèce est originaire du 
nord de la Chine; qu'elle a été introduite et s'est naturalisée 
dans l'Asie occidentale après l'époque de la langue sanscrite, il 
y a peut-être 2500 ou 3000 ans; que les Grecs et les Romains 

i' Bretschneider, On the study, etc., p. 11. 

^' Le Zizyphus chinensis de plusieurs auteurs est la même espèce. 

3. Braudis, Forest flora of brit, India, p. 84. 

J- Lenz, Botanik der Âlten, p. 651. 
^- Heldreich, Nutzpflanzen Griechenlands, p. 57. 
*• Munby, Catal., éd. 2, p. 9. 



486 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS 

l'ont reçue au commencement de notre ère, et que ces dernierj 
Font portée en Barbarie et en Espagne, où elle s*est naturalisée 
partiellement, d'une manière souvent douteuse, à la suite dci 
cultures. 

Jujubier Lotus. — Zlzyphus Lotus, Desfontaines. 

Le fruit de ce Jujubier ne mérite pas d'attirer Fattention, si 
ce n'est au point de vue historique. G était, dit-on, la nourriture 
des Lotophages, peuple de la côte de Lybie, dont Homère et 
Hérodote * ont parlé avec plus ou moins d'exactitude. Il fallait 
qu'on fût bien pauvre ou bien sobre dans cette contrée, car une 
baie de la grosseur d'une petite cerise, fade ou médiocrement 
sucrée, ne contenterait pas des hommes ordinaires. 

Rien ne prouve que les Lotophages eussent l'habitude de cul- 
tiver ce petit arbre ou arbuste. Hs en recueillaient sans douti 
les fruits dans la campagne, car l'espèce est assez communi 
dans l'Afrique septentrionale. Une édition de Théophraste porti 
cependant qu'il y avait des Lotos sans noyaux, ce qui supposa 
une culture ^. On les plantait dans les jardins, comme cela w 
fait encore de nos jours en Egypte * ; mais il ne semble pas qu< 
l'usage en ait été fréquent, même chez les anciens. 

Du reste, il a été émis des opinions très différentes sur h 
Lotos des Lotophages *, et il ne faut pas insister sur un poin 
aussi obscur, où l'imagination d'un poète et l'ignorance popu- 
laire ont pu jouer un grand rôle. 

Le Jujubier Lotus est sauvage maintenant, dans les localités 
arides, depuis l'Egypte jusqu'au Maroc, dans le midi de l'Espa 
gne, àTerracine et autour de Palerme ^ Dans ces localilés ita- 
liennes isolées, c'est le résultat probablement de cultures. 

Jujubier de l'Inde ^. — Zizyphns Jujuba, Lamarck. — Ber 
des Hindous et Anglo-Indiens. — Masson, à l'île Maurice. 

Ce Jujubier est cultivé plus au midi que le commun, maù 
dans une étendue de pays non moins grande. Le fruit ressembla 
tantôt à une cerise avant maturité, tantôt à une olive, comm^ 
on peut le voir dans la planche publiée par Bouton daa 
Hooker, Journal of bofany, 1, pi. 140. Le nombre des variété 

1. Odyssée, 1. 1, t*. 84; Hérodote, 1. 4, p. 177; traduits dans Léo 
Botanik der Alien, p. 653. 

2. Théopbraste, Hist, I. 4, c. 4, éd. de 1644. L'édition de 1613 ne coi 
tient pas les mots relatifs à ce détail. 

3. Schweinfurth et Asclierson, Beitr,, zur Flora éthiopiens, p. 263. 

4. Voir l'article sur le Caroubier. 

5. Desfontaines, FI. atlant., 1, p. 200; Munby, CataL Alger,, éd. 2. p- 
Ball, Spicil. FI, Maroc, p. 301 ; WMlkomm et Lange, Prodr. fl. htsp^y 
p. 481 ; Bertoloni, Fl. ital., 2, ç. 664. 

6. Ce nom, peu usité, est déjà dans Bauhin, sous la forme de Jujt€^ 
indica. 



JUJUBIER DE L'INDE 157 

connues indique une très ancienne culture. Celle-ci s'étend au- 
jourd'hui de la Chine méridionale, de l'archipel indien et de 
Queensland en Australie, par F Arabie et TEgypte, jusqu'au 
Maroc et même au Sénégal, en Guinée et dans l'Angola *. Elle 
se voit également à Tile Maurice, mais il ne paraît pas qu'on 
l'ait introduite jusqu'à présent en Amérique, si ce n'est au Brésil, 
d'après un échantillon de mon herbier *. Le fruit est préférable 
à la jujube ordinaire, d'après ce que disent les auteurs. 

Quelle était l'habitation de l'espèce avant toute culture? Ce 
n'est pas aisé à savoir, parce que les noyaux se sèment facile- 
ment et naturalisent la plante hors des jardins ^. 

Si nous nous laissons guider par la fréquence à l'état sau- 
vage, il semble que le pays des Burmans et l'Inde anglaise 
seraient la patrie ancienne. Je possède dans mon herbier plu- 
sieurs échantillons recueillis par Wallich dans le royaume bur- 
man, et Kurz l'a vue fréquemment dans les forêts sèches de ce 
pays, autour d'Ava et de Prome *. Beddone admet l'espèce 
comme spontanée dans les forêts de l'Inde anglaise, mais Brandis 
l'a trouvée seulement dans des localités de ce genre où il y avait 
eu des établissements d'indigènes ^. Avant ces auteurs, dans le 
xw siècle, Rheede ^ décrivait cet arbre comme spontané au 
Malabar, et les botanistes du xvi® siècle l'avaient reçu du Bengale. 

A l'appui de cette origine indienne, il faut mentionner l'exis- 
tance de trois noms sanscrits et de onze autres noms dans les 
langues indiennes modernes ' . 

L'introduction à Amboine, dans la partie orientale de l'Ar- 
chipel, était récente lorsque Rumphius y séjournait ®, et il dit 
lui-même que l'espèce est indienne. Peut-être était-elle ancien- 
nement à Sumatra et dans d'autres îles rapprochées de la 
péninsule malaise. Les anciens auteurs chinois n'en ont pas 
parlé ; du moins Bretschneider ne Ta pas connu. L'extension et 
les naturalisations au midi et à Test du continent indien parais- 
sent donc peu anciennes. 

En Arabie et en Egypte, l'introduction doit être encore plus 
récente. Non seulement on ne connaît aucun nom ancien, mais 
Forskal, il y a cent ans, et Delile, au commencement du siècle 
actuel, n'ont pas vu l'espèce, dont Schweinfurth a parlé récem- 
^^t comme cultivée. Elle doit s'être répandue d'Asie à Zan- 

. *'.Sir J. Hooker, Flora of brit. India, 1, p. 632 ; Brandis, Forest flora of 
/J**^» ^)P.87; Bentham, F/, austral,, 1, p. 412; Boissier, FL orient,^ 2, p. 13; 
<^avep, rt. of tropical Africa, 1, p. 379. 

5* Venant de Martius, n» 1070, du Cabo frio. 

f' «outOQ, /. c. ; Baker, FL of Mauritius, p. 61 ; Brandis, /. c. 

î* ^Urz, Forest flora of Burma, 1^ p. 266. 
va» ^^ddone, Forest flora of India, i, pi. 149 (représentant le fruit sau- 
*f ®> Plus petit que le cultive) ; Brandis, /. c. 

S* gJtieede, 4, pi. 141. 

«• ^iddington, Index. 

^' Humphius, Amb,^ 2, pi. 36. 



158 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS 

guebar, et de proche en proche au travers de l'Afrique ou par 
la navigation des Européens jusqu'à la côte occidentale. Ce 
serait même assez récent , puisque Robert Brown {Bot. of 
Congo) et Thonning n'ont pas eu connaissance de l'espèce en 
Guinée *. 



Pommier d'Acajou. — Anacardium occidentale^ Linné. — 
CasheWj des Anglais. 

Les assertions les plus fausses ont été émises autrefois sur 
l'origine de cet arbre ^, et, malgré ce que j'en ai dit en 1855 *, 
je les vois reproduites çà et là. 

Le nom français de Pommier d'Acajou est aussi ridicule que 
possible. Il s'agit d'un arbre de la famille des Térébintacées (soit 
Anacardiacées), très différente des Rosacées et des Méliacées 
auxquelles appartiennent les Pommiers et l'Acajou. La partie 
que l'on mange ressemble plus à une poire qu'aune pomme, et, 
botaniquement parlant, ce n'est pas un fruit, mais le pédoncule 
ou support du fruit, lequel ressemble à une grosse fève. Les 
deux noms, français et anglais, dérivent d'un nom des indi- 
gènes du Brésil, Acaju, Acajaiba, cité par d'anciens voyageurs *. 

L'espèce est certainement spontanée dans les forêts de l'Amé- 
rique interlropicale et même dans une grande étendue de cette 
région, par exemple au Brésil, à la Guyane, dans Tisthme de 
Panama et aux Antilles ^. Le D"" Ernst ^ la croit originaire 
seulement de la contrée voisine du fleuve des Amazones, bien 
qu'il la connaisse aussi de Cuba, Panama, l'Equateur et la Nou- 
velle-Grenade. Il se fonde sur ce que les auteurs espagnols du 
temps de la conquête n'en ont pas parlé, preuve négative, 
qu'il faut prendre pour une simple probabilité. 

Rheede et Rumphius avaient aussi indiqué cet arbre dans 
l'Asie méridionale. Le premier le dit commun au Malabar ". 
L'existence d'une même espèce tropicale arborescente en Asie 
et en Amérique était si peu probable qu'on a soupçonné d'abord 
quelque différence spécifique ou au moins de variété, qui ne 
s'est pas confirmée. Divers arguments, historiques et linguisti- 
ques, m'avaient démontré une origine étrangère à l'Asie. D'ail- 
leurs Rumphius, toujours exact , parlait d'une introduction 



1. Le Zizyphiis abyssiniens y Hochst., pardt une espèce différente. 




3. Géographie botanique raisonnée, p. 873. 

4. Pisô et Marcgraf, tîistoria rerum naturalium Brasilise, 1648, p. 37. 

5. Voir Piso et Marcgraf, /. c. ; Aiiblet, Guyane^ p. 392 ; Seeman, Bâtait ^^ 
ofthe Herald, p. 106 ; Jacquin, Amérig., p. 124 ; ivfac Fadyen, PL Jatnaïo-^^ 
p. 119 ; Grisebach, FI. of brit. W. India, p. 176. 

6. Ernst, dans Seemann, Journal ofbot., 1867, p. 273. 

7. Rheede. Malabar, 3, pi. 54. 



MANGUIER ISg* 

ancienne, par les Portugais, d'Amérique dans l'archipel asiati- 
que *. Le nom malais qu'il cite, Cadju, est américain; celui 
usité à Amboine signifiait fruit de Portugal ; celui de Macassar 
était tiré d'une ressemblance avec le fruit du Jambosa. L'es- 
pèce, dit Rumphius, n'était pas très répandue dans les îles; 
Garcia ab Orto ne l'avait pas trouvée- à Goa en 1550, mais 
Acosta l'avait vue ensuite à Gouchin, et les Portugais l'avaient 
multipliée dans l'Inde et l'Archipel indien. D'après Blume et 
Miguel, l'espèce est seulement cultivée à Java. Rheede dit, il 
est vrai, qu'elle abonde au Malabar (provenit ubique), mais il 
cite un seul nom qui paraisse indien, Kapa-rnava, et les autres 
dérivent du nom américain. Piddington n'indique aucun nom 
sanscrit. Enfin les botanistes anglo-indiens, après avoir hésité 
sur l'origine, admettent aujourd'hui l'importation d'Amérique 
à une époque déjà ancienne. Ils ajoutent que l'espèce s'est natu- 
ralisée dans les forêts de l'Inde anglaise *. 

L'indigénat en Afrique est encore plus contestable, et il est 
aisé d'en montrer la fausseté. Loureiro ^ avait vu l'espèce sur la 
côte orientale de ce continent, mais il la supposait d'origine 
américaine. Thonningne l'a pas vue en Guinée, et Brown ne 
l'indiquait pas au Congo *. Il est vrai que l'herbier de Kew a 
reçu des échantillons de ce dernier pays et des îles du golfe de 
Guinée, mais M. Oliver parle de l'espèce comme cultivée ^. Un 
arbre dont l'habitation est vaste en Amérique, et qui s'est natu- 
ralisé dans plusieurs régions de l'Inde depuis deux siècles, exis- 
terait dans une grande étendue de l'Afrique intertropicale s'il 
était indigène dans cette partie du monde. 

Mangaier. — Mangifera indica, Linné. 

Be la même famille que le Pommier d'Acajou, cet arbre 
donne cependant un véritable fruit, de la forme et de la couleur 
à peu près de l'abricot ^. 

On ne peut douter qu'il ne soit originaire de l'Asie méri- 
dionale ou de l'archipel indien quand on voit la multitude des 
variétés cultivées dans ces pays, la quantité des noms vulgaires 
anciens, en particulier un nom sanscrit'^, et l'abondance dans 
^es jardins du Bengale, de la péninsule indienne et de Geylan, 
môme à l'époque de Rheede. Du côté de la Ghine la culture en 
«lait moins répandue, car Loureiro la mentionne seulement en 
Gochinchine'. D'après Rumphius % elle avait été introduite, de 

J- Rumphius, Herb. Amboin., 1, p. 177, 178. 

*• Beddone, Flora sylvatica, t. 163 ; Hooker, Flora of brit, India, 2, p. 20. 

^' Loureiro, FL cochinch., p. 304. 

*• Brown, Congo, p. 12 et 49. 

«• Oliver, Flora of tropical Africa, 1, p. 443. 

j Voir la planche 4510 du Botanical magazine. 

g 2^oxburgh, Flora indica, éd. 2, vol. 2, p. 435; Piddington, Index. 

• ^Umphius, Herb, Amboin,, 1, p. 95. 



160 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS 

mémoire d'homme, dans certaines îles de Tarchipel asiatique. 
Forster ne la mentionne pas dans son opuscule sur les fruits des 
îles de la mer Pacifique, lors de l'expédition de Gook. Le nom 
vulgaire aux Philippines, Manga *, montre une origine étran- 
gère, car c'est le nom malais et espagnol. Le nom vulgaire à 
Ceylan est Ambe^ analogue au sanscrit Amra et d'où viennent 
les noms persan et arabe Amb^^ les noms modernes indiens, et 
peut-être les noms malais Mangka^ Manga^ Manpelaan, indiqués 
par Rumphius. Il y a cependant d'autres noms usités dans les 
îles de la Sonde, des Moluques et en Gochinchine. La variété de 
€es noms fait présumer une introduction ancienne dans l'ar- 
chipel Indien, contrairement à l'opinion de Rumphius. 

Les Mangifera que cet auteur avait vus sauvages dans l'île de 
Java et le Mangifera sylvatica que Roxburgh avait découvert à 
Sillet sont d'autres espèces; mais le véritable Manguier est 
indiqué par les auteurs modernes comme spontané dans les 
forêts de Ceylan, les districts au pied de FHimalaya, surtout 
vers l'est, dans l'Arracan, le Pégu et les îles Anda'man ^. Miquel 
ne l'indique comme sauvage dans aucune des îles de l'archipel 
malais. Malgré l'habitation à Ceylan et les indications moins 
affirmatives,. il est vrai, de sir J. Hooker, dans la Flore de l'Inde 
anglaise, l'espèce est probablement rare ou seulement natura- 
lisée dans la péninsule indienne. La grosseur des graines est 
telle que les oiseaux ne peuvent pas les transporter, mais la 
fréquence de la culture amène une dispersion par l'homme. Si 
le Manguier est seulement naturalisé dans l'ouest de l'Inde 
anglaise, ce doit être depuis longtemps, vu l'existence d'un nom 
sanscrit. D'un autre côté les peuples de l'Asie occidentale doi- 
vent l'avoir connu assez tard, puisqu'ils n'ont pas transporté 
l'espèce en Egypte ou ailleurs vers l'ouest. 

Aujourd'hui, on la cultive dans l'Afrique intertropicale et 
même aux îles Maurice et Seychelles, où elle s'est un peu natu- 
ralisée dans les forêts *. 

L'introduction en Amérique a eu lieu d'abord au Brésil, car 
c'est de là qu'on fit venir des graines à la Barbade dans le milieu 
du siècle dernier ^. Un vaisseau français transportait des pieds 
de cet arbre de Bourbon à Saint-Domingue, en 1782, iorsquii fut 
pris par les Anglais, qui les portèrent à la Jamaïque, où il 
réussit à merveille. Quand les plantations de café furent aban- 
données, lors de l'émancipation des esclaves, le Manguier, dont 

1. Blanco, FI. filip., p. 181. 

2. Rumphius, l. c. ; ForskaL p. cvii. 

3. Thwaites, Enum. plant. Ceyl.^ p. 75 ; Stuart et Brandis, Forest flora^ 
p. 126; Hooker, Flora of brit. India, 2 p. 13; Kurz, Forest flora of brii. 
Burma, 1, p. 304. 

4. Oliver, Flora of ty^opical Africa, 1, p. 442 ; Baker, Flora of Mauritius^ 
and Seychelles, p. 63. 

5. Hughes, Barbadoes, p. 177. 



FRAISIER 161 

les nègres jetaient partout des noyaux, forma dans cette île des 
forêts, qui sont devenues une richesse à cause de leur ombrage 
et comme moyen de nourriture *. Il n'était pas encore cultivé à 
Cayenne dans le tenrps d'Aublet, à la fin du xviii« siècle, mais 
actuellement il y a des mangues de première qualité dans cette 
colonie. Elle sont greffées et Ton observe que leurs semis don- 
nent des fruits meilleurs que ceux tirés des pieds francs ^. 

Evi. — Spondias dulcis, Forster. 

Arbre de la famille des Anacardiacées, indigène dans les îles 
de la Société, des Amis et Fidji ^. Les naturels faisaient une 
grande consommation de ses fruits à Tépoque de l'expédition du 
capitaine Gook. Us ressemblent à un gros pruneau, couleur de 
pomme, et contiennent un noyau hérissé de longues pointes 
crochues *. Le goût en est excellent, disent les voyageurs. Ce 
n'est pas un des arbres fruitiers le plus répandus dans les co- 
lonies tropicales. On le cultive pourtant aux îles Maurice et 
Bourbon, sous le nom primitif polynésien Evi ou Hévl ^, et aux 
Antilles. Il a été introduit à la Jamaïque, en 1782, et de là à 
Saint-Domingue. L'absence dans beaucoup de contrées chaudes 
d'Asie et Afrique tient probablement à ce que l'espèce a été dé- 
couverte seulement il y a un siècle, dans de petites îles sans 
communications avec l'étranger. 

Fraisier. — Fragaria vesca, Linné. 

Notre Fraisier commun est une des plantes les plus répandues 
dans le monde, en partie, il est vrai, grâce à la petitesse de ses 
graines que les oiseaux, attirés par le corps charnu sur lequel 
elles se trouvent, transportent à de grandes distances. 

11 est spontané en Europe, depuis les îles Shetland et la La- 
ponie • jusque dans les parties montueuses du midi : à Madère, 
en Espagne, en Sicile et en Grèce '. On le trouve aussi en Asie, 
depuis la Syrie septentrionale et l'Arménie ^, jusqu'en Daourie. 
Les fraisiers de l'Himalaya et du Japon ^, que divers auteurs ont 
rapportés à cette espèce, n'en sont peut-être pas *°, et cela me 

1. Mac-Fadyen, Flora ofJatnaïca, p. 221 ; sir J. Hooker, Discours à V Insti- 
tution royale, traduit dans Ann. se, nat., série 6, vol. 6, p. 320. 

2. Sagot, Jouimal de la Soc, centr, d'agric. de France, 1872. 

3. Forster, De plantis esculentis insularum oceani australis, p. 33 ; See 
maiin, Flora Vitiensis, p. 51 ; Nadaud, Enum. des plantes de Taïti, p. 75. 

4. Voir bonne figure coloriée, dans Tussac, Flore des Antilles, 3, pi. 28. 

5. Bojer, Hortus mauritianus^ p. 81. 

6. H.-C. Watson, Compendium Cybele brit., 1 p. 160; Pries, Summa 
^eg, Scand,, p. 44. 

7. Lowe, Manual fL of Madeira, p. 246 ; Willkomm et Lange, Prodr. fl. 
him, 3, p. 224 ; Moris, Fl. sardoa, 2, p. 17. 

8. Boissier, /. c. 

9. Ledebour, FL rossica, 2, p. 64. 

10. Gay, ibid,; Hooker, FLorit. India, 2, p.3344 ; Franchet et Savatier, 
^num. pL Japon., 1, p. 129. 

De Gandolle. |ll 



162 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS 

fait douter de Thabitation en Chine donnée par un mission- 
naire *. Il est spontané en Islande *, dans le nord-est des États- 
Unis ^, autour du fort Guraberland et sur la côte nord- ouest *, 
peut-être même dans la Sierra Nevada de Californie ^. L'habita- 
tion s'étend donc autour du pôle arctique, à Texception de la 
Sibérie orientale et delà région du fleuve Amour, puisque l'espèce 
n'est pas citée par M. Maximowicz dans ses Primitide florœ amu- 
rensis. En Amérique l'habitation se prolonge sur les hauteurs du 
Mexique, car le Fragaria mexicana, cultivé au Muséum et exa- 
miné par J. Gay, est le F, vesca. Il existe aussi autour de Quito, 
d'après le même botaniste, très compétent dans la question *. 

Les Grecs et les Romains n'ont pas cultivé le fraisier. C'est 
probablement dans le xv*^ ou le xvi® siècle que la culture s'en 
est introduite. Champier, au xvi® siècle, en parlait comme d'une 
nouveauté dans le nord de la France ^ mais elle existait déjà 
dans le midi et en Angleterre ®. 

Transporté dans les jardins des colonies, le fraisier s'est natu- 
ralisé dans quelques localités fraîches, loin des habitations. 
C'est arrivé à la Jamaïque ®, dans l'île Maurice *°, et plus encore 
dans l'île de Bourbon, où des pieds avaient été mis par Com- 
merson dans la plaine élevée dite des Cafres. Bory Saint- Vin- 
cent raconte qu'en 1801 il y avait trouvé des espaces tout rouges 
de fraises et qu'on ne pouvait les traverser sans se teindre les 
pieds d'une véritable marmelade, mêlée de fange volcanique ". 
Il est probable qu'en Tasmanie, à la Nouvelle-Zélande et ail- 
leurs on verra des naturalisations semblables. 

Le genre Fragaria a été étudié avec plus de soin que beau- 
coup d'autres par Duchesne fils, le comte de Lambertye, Jacques 
Gay et surtout Mme Elisa Vilmorin, dont l'esprit d'observation 
était si digne du nom qu'elle portait. Un résumé de leurs tra- 
vaux, avec d'excellentes planches coloriées, se trouve dans le 
Jardin fruitier du Muséum^ par M. Decaisne. De grandes diffi- 
cultés ont été surmontées par ces auteurs pour distinguer les 
variétés et les hybrides qu'on multiplie dans les jardins, des 
véritables espèces, et pour établir celles-ci sur de bons carac- 

1. Perny, Propaa, de la foi, cité dans Decaisne, Jardin fruitier du lius., 
p. 27 ; J. Gay, ioia., p. 27, n'indique pas la Chine. 

2. Babington, Journal ofLinn. soc, 11, p. 303; Gay, /. c. 

3. A. Gray, Botany ofthe northem States, éd. 1868, p. 156. 

4. Sir W. Hooker, Fl. bor. amer., 1, p. 184. 

5. A. Gray, Bot, of California, 1, p. 176. 

6. J. Gay, dans Decaisne, Jardin fruitier du Muséum, Fraisier, p. 30. 

7. Le Grand d'Aussy, Histoire de la vie privée des Français, 1, p. 233 et |é 

8. Olivier de Serres, Théâtre dagric, p. 511 ; Gerara, d'après Phillips, 
Pomarium hritannicum, p. 334. 

9. Purdie, dans Hooker, London journal of botany, 1844, p. 515. 

10. Bojer, Hortus mauritianus, p. 127. 

11. Bory Saint-Vincent, Comptes rendus de VAcad, des se. 1836, sem, St 
p. 109. 



CERISIER DES OISEAUX 163 

tères. Quelques Fraisiers dont les fruits étaient médiocres ont été 
abandonnés, et les plus beaux maintenant sont le résultat du 
croisement des espèces de Virginie et de Chili, dont je vais 
parler. 

Fraisier de Virginie. — Fragaria virginiana^ Ehrahrt. — 
Fraisier écarlate des jardins français. 

Cette espèce, indigène au Canada et dans les États-l][nis 
orientaux, et dont une variété s'étend vers l'ouest jusqu'aux 
montagnes Rocheuses, peut-être même jusqu'à TOrégon ^ a été 
introduite dans les jardins anglais en 1629 ^ On la cultivait 
beaucoup en France dans le siècle dernier; mais ses hybrides 
avec d'autres espèces sont maintenant plus estimés. 

Fraisier du Chili. — Fragaria Chiloensis ^Buchesne. 

Espèce commune dans le Chili méridional, à Conception, Val- 
divia et Chiloe ', et souvent cultivée dans ce pays. Elle a été 
apportée en France, par Frezier, dans l'année 1715. Cultivée 
alors au Muséum d'histoire naturelle de Paris, elle s'est ré- 
pandue bientôt en Angleterre et ailleurs. Grâce à ses fruits 
énormes, d'une saveur excellente, on a obtenu par divers croise- 
ments, surtout avec le F, virginiana, les fraises Ananas, Victoria, 
Trollope, Rubis ^ etc., si recherchées à notre époque. 

Cerisier des oiseaux. — Prunus avium^ Linné. — Sûss- 
kirschbaum des Allemands. 

J'emploie le mot Cerisier parce qu'il est usuel et sans incon- 
vénient pour les espèces ou variétés cultivées, mais l'étude des 
espèces voisines non cultivées confirme l'opinion de Linné que 
les Cerisiers ne peuvent pas être séparés, comme genre, des Pru- 
niers; 

Toutes les variétés de Cerisiers cultivés se rapportent à deux 
•espèces, qu'on trouve à l'état sauvage, savoir : 1** Prunus avium, 
Linné, d'une taille élevée, à racines ne poussant pas de reje- 
tons, ayant le dessous des feuilles pubescent, le fruit d'une 
«aveur douce ; 2<» Prunus Cerasus, Linné, moins élevé, poussant 
•des rejetons sur les racines, à feuilles entièrement glabres et 
fruit plus ou moins acide ou amer. 

La première de ces espèces, de laquelle on pense que les Bi- 
•^arreautiers et Merisiers sont pro venus, se trouve sauvage en 
Asie : dans les forêts du Ghilan (nord de la Perse), des pro- 

1. Asa Gray, Manual ofbot of the north. States, éd. 1868, p. 155; Botany 
of Califomia, 1, p. 177. 

2. PhiUips, Pomarium brit., p. 335. 

3. Cl. Gay, Hist. Chili, Botanica, 2, p. 305. 



164 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS 

vinces russes du midi du Caucase et deTArménie *; en Europe : 
dans le midi de la Russie, et généralement depuis la Suède 
méridionale jusque dans les parties montueuses de la Grèce, 
de ritalie et de l'Espagne *. Elle existe même en Algérie ^ . 

A mesure qu'on s'éloigne de la région située au midi de la 
mer Caspienne et de la mer Noire, l'habitation du Cerisier des 
oiseaux parait moins fréquente, moins naturelle et déterminée 
davantage, peut-être, parles oiseaux qui recherchent avidement 
ses fruits et les portent de proche en proche *. On ne peut pas 
douter qu'elle s'est naturalisée de cette manière, à la suite des 
cultures, dans le nord de l'ïnde ^, dans beaucoup de plaines du 
midi de l'Europe, à Madère ^, et çà et là aux États-Unis ^ ; mais 
il est probable que pour la plus grande partie de l'Europe cela 
est arrivé dans des temps anciens, préhistoriques, attendu que 
les oiseaux agissaient avant les premières migrations des peu- 
ples, avant même qu'il y eût des hommes en Europe. L'habita- 
tion se serait étendue aans cette région lorsque les glaciers ont 
diminué. 

Les noms vulgaires dans les anciennes langues ont été l'objet 
d'un savant article d'Adolphe Pictet ®, mais on ne peut rien en 
déduire sous le rapport de l'origine, et d'ailleurs les diverses 
espèces ou variétés ont été souvent confondues dans la nomen- 
clature populaire. Il est bien plus important de savoir si l'ar- 
chéologie nous apprend quelque chose sur la présence du Ceri- 
sier des oiseaux en Europe, dans les temps préhistoriques. 

M. Heer a figuré des noyaux du Prunus avium dans son 
mémoire sur les palafîttes de la Suisse occidentale *. D'après ce 
qu'il a bien voulu m'écrire, en date du 14 avril 1881, ces noyaux 
venaient d'une tourbe au-dessus des anciens dépôts de l'âge de 
pierre. M. de Mortillet *° a constaté des noyaux semblable» 
dans les habitations palafîttes du lac de Bourget d'une époque 
peu reculée, postérieure à l'âge de pierre. M. le D'' Gross m en 
a communiqué de la station, également peu ancienne, de Cor- 
celette, dans le lac de Neuchâtel, et MM. Strobel et Pigorini 
en ont découvert dans la « terramare » de Parme ".Ce sont 
toujours des stations moins anciennes que l'âge de pierre et 

1. Ledebour, FL ross., 2, p. 6; Boissier, FL orient., 2, p. 649. 

2. Ledebour, / c. ; Fries, bumma Scandiv, p. 46 ; Nyman, Conspecttis /ï- 
europ, p. 213; Boissier, /. c; Willkomm et Lange, Proar, fL hisp., 3, p. 245» 

3. Munby, Catal. Alg., éd. 2, p. 8. 

4. Gomme les cerises mûrissent après la saison où les oiseaux énodgrent, 
c'est surtout dans le voisinage des plantations qu'ils dispersent les- 
noyaux. 

5. Sir J. Hooker, FL of brit. India. 

6. Lowe, Manual of Madeira, p. 235. 

7. Darlington, FI. cestrica, éd. 3, p. 73. 

8. Ad. Pictet, (hngines indo-européennes y éd. 2, vol. 1, p. 281. 

9. Heer, Pflanzen der Pfahlbauteny p. 24, fig. 17, 18, et p. 26. 

10. Dans Perrin, Etudes préhistoriques sur la Savoie, p. 22. 

11. Atti Soc. ital. se. nat., vol. 6. 



CERISIER COMMUN OU GRIOTTIER 465 

peut-être d'un temps historique. Si Ton ne découvre pas des 
noyaux plus anciens de cette espèce en Europe, il deviendra 
vraisemblable que la naturalisation n'est pas antérieure aux 
migrations des Aryas. 

Cerisier commun ou Griottier. — Prunus Cerasus, Linné 
-r- Cerasus vulgaris^ Miller. — Baumweichsel, Sauerkirschen, des 
Allemands. Sour cherry, des Anglais. 

Les Cerisiers de Montmorency, les Griottiers et quelques 
autres catégories des horticultures proviennent de cette espèce *. 

Hohenacker * a vu le Prunus Cerasus à Lenkoran, près de la 
mer Caspienne, et C. Koch ' dans les forêts de TAsie Mineure, 
ce qui veut dire, d'après le pays qu'il a parcouru, dans le nord- 
est de cette contrée. D'anciens auteurs l'ont trouvé à Elisa- 
bethpol et Erivan, d'après Ledebour *. Grisebach ^ l'indique au 
mont Olympe de Bithynie et ajoute qu'il est presque spontané 
dans les plaines de la Macédoine. L'habitation vraie et bien 
ancienne paraît s'étendre de la mer Caspienne jusqu'aux envi- 
rons de Constantin ople ; mais, dans cette contrée même, on ren- 
contre plus souvent le Prunus avium. En effet, M. Boissier et 
M. de Tchihatcheff ne paraissent pas avoir vu le Prunus Ce- 
rasus même dans le Pont, quoiqu'ils aient reçu ou rapporté 
plusieurs échantillons du Pr. avium ^. 

Dans l'Inde septentrionale, le Pr. Cerasus est seulement à 
l'état cultivé ^ Les Chinois ne paraissent pas avoir eu connais- 
sance de nos deux Cerisiers. On peut croire, d'après cela, que 
l'introduction dans l'Inde n'est pas fort ancienne, et ce qui le 
confirme, c'est l'absence de nom sanscrit. 

Nous avons vu que le Pr. Cerasus est presque spontané en 
Macédoine, d'après Grisebach. On l'avait dit spontané en Crimée, 
mais Steven ^ ne l'a vu que cultivé, et Rehmann ^ ne mentionne 
dans la Russie méridionale comme spontanée que l'espèce voisine 
appelée Pr» chamœcerasusj Jacquin. Je doute beaucoup de la 
qualité spontanée dans toute localité au nord du Caucase. Même 
en Grèce, où Fraas disait avoir vu cet arbre sauvage, M. de 
Heidreich le connaît seulement comme cultivé *°. En Dalmatie ", 

1. Pour les variétés si nombreuses et oui ont des noms vulgaires si 
variables selon les provinces, on peut consulter le nouveau Duhamel, vol. 
5, où se trouvent de bonnes figures coloriées. 

2. Hohenacker, Plantx Talysch., p. 128. 

3. Koch, DendrologiCy 1, p. 110. 

4. Ledebour, FI. 7*oss., 2, p. 6. 

5. Gnseheich^ Spicilegium fl. rumelicœy p. 86. 

6. Boissier, FI. orientalis, 2, p. 649; TchihoXchefSj Asie Mineure, Bot.,^, 198. 

7. Sir J. Hooker, FI. of brit. India, 2, p. 313. 

8. Steven, Vei^zeichniss Halbinselm, etc., p. 147. 

9. Rehmann, Verhandl. Nat. Ver. Brunn, X, 1871. 

10. Heidreich, Ntctzpflanzen Griechenlands, p. 69; Pflanzen d. attisch. 
Ebene, p. 477. 

li. Visiani, FI. Dalmat., 3, p. 258. 



\ 



166 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS 

on trouve, à Tétat bien spontané, une variété particulière ou 
espèce voisine, le Prumus Marasca, dont le fruit sert à fabriquer 
le marasquin . Le Pr, Cerasus est sauvage dans les districts mon- 
tueux de l'Italie * et dans le centre de la France ^ ; mais plus 
loin, dans l'ouest, le nord et en Espagne, on ne cite plus Fes- 
pèce que comme cultivée, se naturalisant çà et là sous la forme 
souvent de buisson. Evidemment l'apparence en Europe est 
— plus que pour le Cerisier des oiseaux — celle d'un arbre 
d'origine étrangère médiocrement établi. 

En lisant les passages de Théophraste, Pline et autres anciens 
auteurs souvent cités ^, aucun ne parait s'appliquer au Prunus 
Cerasus, Le plus significatif, celui de Théophraste, convient au 
Prunus avium, à cause de la grandeur de l'arbre, caractère 
distinctif d'avec le Prunus Cerasus *. Kerasos étant le nom du 
Cerisier des oiseaux dans Théophraste , comme aujourd'hui 
Kerasaia chez les Grecs modernes, je remarque un signe lin- 
guistique d'ancienneté du Prunus Cerasus : les Albanais, des- 
cendants des Pélasges, désignent celui-ci sous le nom de Vyssiney 
ancien nom qui se retrouve dans l'allemand Wechsel et l'italien 
Visciolo ^. Comme les Albanais ont aussi le nom Keraste, pour le 
Pr, avium^ on peut croire que leurs ancêtres ont distingué et 
nommé les deux espèces depuis longtemps, peut-être avant 
l'arrivée des Hellènes en Grèce. 

Autre signe d'ancienneté : Yirgile dit en parlant d'un arbre : 

Pullulai ab radice aliis densissima sylva 
Ut cerasis ulmisque. (Georg., II, 17.) 

Ce qui s'applique au Pr, Cerasus^ non au Pr, avium,^ 

On a trouvé à Pompeia deux peintures de Cerisier, mais il ne 
paraît pas qu'on puisse savoir exactement si elles s'appliquent 
à l'une ou à l'autre des deux espèces ^ M. Cornes les indique 
sous le titre du Prunus Cerasus, 

Quelque découverte archéologique serait plus probante. Les- 
noyaux des deux espèces présentent une différence dans le sillon 
qui n'a pas échappé à la sagacité de MM. Heer et Sordelli. 
Malheureusement, on n'a trouvé dans les stations préhistoriques 
d Italie et de Suisse qu'un seul noyau, attribuable au Prunus 

1. Bertoloni, FL it, 5, p. 131. 

2. Lecoq et Lamotte, (fatal, du plateau central de la France, p. 148. 

3. Theophrastes, Hist. plant. ^ 1. 3, c. 13 ; Pline, 1. 15, c. 25, et autre» 
cités dans Lenz, Botanik der Alten, p. 710. 

4. Une partie des expressions qui suivent dans Théophraste résulte- 
d'une confusion avec d'autres arbres. 11 dit en particulier que le noyau 
est mol. 

5. Ad. Pictet, l. c, cite des formes du même nom en persan, turc, russe, 
et fait dériver de là notre nom français de Guigne, transporté à des variétés- 

6. Schouw, Die Erde, p. 44 ; Cornes, ///. deïle piante, etc, in-4, p. 56. 



CERISIER COMMUN OU GRIOTTIER 167 

Cerasus, et encore la couche de laquelle on l'a sorti n'a pas été 
suffisamment constatée. Il paraît que c'était une couche non 
archéologique *. 

D'après l'ensemble de ces données, un peu contradictoires et 
assez vagues, je suis disposé à admettre que le Prunus Cerasus 
était connu et se naturalisait déjà au commencement de la civi- 
lisation grecque, et un peu plus tard en Italie, avant l'époque 
à laquelle LucuUus apporta un Cerisier de l'Asie Mineure. 

On pourrait écrire des pages en citant les auteurs , même 
modernes, qui attribuent, à la suite de Pline, l'introduction du 
Cerisier en Italie à ce riche Romain, l'an 64 avant l'ère chré- 
tienne. Puisque l'erreur se perpétue, grâce à sa répétition inces- 
sante dans les collèges classiques, il faut dire encore une fois 
qu'il y avait des Cerisiers — au moins celui des oiseaux — en 
Italie avant Lucullus, et que l'illustre gourmet n'a pas dû recher- 
cher l'espèce à fruits acides ou amers. Je ne doute pas qu'il n'ait 
gratifié les Romains d'une bonne variété cultivée dans le Pont 
et que les cultivateurs ne se soient empressés de la propager 
par la greffe, mais c'est à cela que s'est borné le rôle de Lu- 
cuUus. 

D'après ce qu'on connaît maintenant de Cérasonte et des an- 
ciens noms des Cerisiers, j'oserai soutenir, contrairement à 
l'opinion commune, qu'il s'agissait d'une variété du Cerisier des 
oiseaux, comme, par exemple, le Bigarreau tier ou le Merisier, 
dont le fruit charnu est de saveur douce. Je m'appuie sur ce 
que Kerasos, dans Théophraste, est le nom du Prunus avium, 
lequel est de beaucoup le plus commun des deux dans l'Asie 
Mineure. La ville de Cérasonte en avait tiré son nom, et il est 
probable que l'abondance du Prunus avium dans les forêts voi- 
sines avait engagé les habitants à chercher les arbres qui don- 
naient les meilleurs fruits, pour les planter dans leurs jardins. 
Assurément, si Lucullus a apporté de beaux bigarreaux, ses 
compatriotes, qui connaissaient à peine de petites cerises sau- 
vages, ont pu s'exclamer et dire : « C'est un fruit que nous 
n'avions pas. » Pline n'a rien affirmé de plus. 

Je ne terminerai pas sans énoncer une hypothèse sur les deux 
Cerisiers. Ils diffèrent peu de caractères, et, chose bien rare, les 
deux patries anciennes le mieux constatées sont semblables (de 
la mer Caspienne à l'Anatolie occidentale). Les deux espèces se 
sont répandues vers l'ouest, mais inégalement. Celle qui est la plus 
commune dans le pays d'origine et la plus robuste {Pr, avium) 
a été plus loin, à une époque plus ancienne, et s'est mieux natu- 
ralisée. Le Prunus Cei^asus est donc peut-être une dérivation de 
l'autre, survenue dans un temps préhistorique. J'arrive ainsi,, 
par une voie différente, à une idée émise par M. Caruel ^ ; seu- 

1. Sordelli, Fiante délia torbiera di Lagozza, p. 40. 

2. Caruel, Flora toscanay p. 48. 



168 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS 

lement, au lieu de dire qu'on ferait peut-être bien de réunir les 
deux espèces , je les vois actuellement distinctes et me con- 
tente de présumer une descendance, que du reste on ne pourra 
pas facilement démontrer. 

Pruniers cultivés. 

Pline parle de Fimmense quantité de prunes qu'on connaissait 
à son époque. « Ingens turba prunorum \ » Aujourd'hui, les hor- 
ticulteurs en comptent plus de trois cents. Quelques botanistes 
ont essayé de les rapporter à des espèces sauvages distinctes, 
mais ils ne sont pas toujours d'accord, et surtout, d'après les 
noms spécifiques, ils semblent avoir des idées très différentes. 
La diversité roule sur deux points : tantôt sur la descendance 
probable de telle ou telle forme cultivée, et tantôt sur la dis- 
tinction des formes spontanées en espèces ou variétés. 

Je n'ai pas la prétention de classer les innombrables formes 
cultivées, et je crois ce travail assez inutile au point de vue des 
questions d'origine géographique, car les différences existent 
surtout dans la forme, la grosseur, la couleur et le goût du 
fruit, c'est-à-dire dans des caractères que les horticulteurs ont 
eu intérêt à propager quand ils se sont présentés et même à créer 
autant qu'ils ont pu le faire. Mieux vaut s'attacher aux distinc- 
tions des formes observées dans l'état spontané, surtout à celles 
dont les hommes ne tirent aucun avantage et qui sont restées 
probablement ce qu'elles étaient avant qu'il y eût des jardins. 

C'est depuis une trentaine d'années seulement que les bota- 
nistes ont donné des caractères vraiment comparatifs pour les 
trois espèces ou races qui existent dans la nature *. On peut les 
résumer de la manière suivante : 

Prunus domestica, Linné; arbre ou arbuste élevé, non épineux; jeunes 
rameaux glabres ; fleurs naissant en même temps que les feuilles, a pédi- 
celles ordinairement pubescents ; fruit penché, oblong, d'une saveur 
douce. 

Prunus insititia, Linné ; arbre ou arbuste élevé, non épineux ; jeunes 
rameaux pubescents veloutés; fleurs naissant en même temps que les 
feuilles, à pédicelles finement pubescents ou glabres; fruit penché, glo- 
buleux ou légèrement ellipsoïde, d'une saveur douce. 

Prunus spihosa, Linné ; arbuste très épineux, à rameaux étalés à angle 
droit ; jeunes rameaux pubescents ; fleurs épanouies avant la naissance 
des feuilles ; pédicelles glabres ; fruit dressé, globuleux, de savear 
acerbe. 

Evidemment, cette troisième forme, si commune dans nos 
haies, s'éloigne des deux autres. Aussi, à moins de vouloir 
interpréter, par hypothèse, ce qui a pu arriver avant toute ob- 

1. Pline, Hist., 1. 15, c. 13. 

2. Koch. Synopsis fl, germ., éd. 2, p. 228 ; Cosson et Germain, Flore des 
environs de Parts, 1, p. 165. 



PRUNIER DOMESTIQUE 169 

servalion, il me paraît impossible de considérer les trois formes 
comme constituant une seule espèce, à moins qu'on ne montre 
des transitions de Tune à Fautre dans les organes que la culture 
n'a pas altérés, ce qu'on n'a pas fait jusqu'à présent. Tout au 
plus peut-on admettre la fusion des deux premières catégories. 
Les deux formes à fruit naturellement doux se présentaient dans 
quelques pays. Elles ont dû tenter les cultivateurs, plus que le 
Prunus spinosa, dont le fruit est acerbe. C'est donc à elles qu'il 
faut s'efforcer de rapporter les Pruniers cultivés. 

Je vais en parler, pour plus de clarté, comme de deux espèces * . 

Prunier domestique. — Prunus domestica^ Linné. — Zwet- 
chen des Allemands. 

Plusieurs botanistes ^ l'ont trouvé, à l'état sauvage, dans toute 
l'Anatolie, la région au midi du Caucase et la Perse septentrio- 
nale, par exemple autour du mont Elbrouz. 

Je ne connais pas de preuve pour les localités du Cachemir, 
rfu pays des Kirghis et de Chine, dont il est question dans quel- 
ques flores. L'espèce en est souvent douteuse, et il s'agit plutôt 
<iu Prunus insùitia; dans d'autres cas, c'est la qualité de plante 
spontanée, ancienne, qui est incertaine, car évidemment des 
^^yaux ont été dispersés à la suite des cultures. La patrie ne 
P^x^ait pas s'étendre jusqu'au Liban, quoique les prunes culti- 
vées à Damas aient une réputation qui remonte au temps de 
^'iïie. On croit que Dioscoride ' a désigné cette espèce sous le 
'^^m de Coccumelea de Syrie, croissant à Damas. Karl Koch 
ra.oonte que des marchands des confins de la Chine lui ont 
^^ftrmé la fréquence de l'espèce dans les forêts de la partie occi- 
dentale de l'empire. Les Chinois cultivent, il est vrai, divers 
'^ï^xiniers depuis un temps immémorial, mais on ne les connaît 
P^s assez pour en juger, et l'on ignore s'ils sont vraiment indi- 
^^nes. Aucun de nos Pruniers n'ayant été trouvé sauvage au 
''^-pon ou dans la région du fleuve Amur, il est assçz probable 
^Vi.e les espèces vues en Chine sont différentes des nôtres. Cela 
î^^^raît aussi résulter de ce que dit Bretschneider *. 

L'indigénat du Pr, domestica est très douteux pour l'Europe, 
j^^ns les pays du Midi, où il est mentionné, on le voit surtout 
■^^ns les haies, près des habitations, avec les apparences d'un 
^^bre à peine naturalisé, maintenu çà et là par un apport inces- 
^^nt de noyaux hors des plantations. Les auteurs qui ont vu 
^ espèce en Orient n'hésitent pas à dire qu'elle est subspontanée. 

1. Hudson, Flora anglica (1778), p. 212, les réunit sous le nom de Prunus 
^ommunis, 

2. Ledebour, FI. ross., 2, p. 5 ; Boissier, FL orient. y 2, p. 652 ; K. Koch, 
Rendra logiCf 1, p. 94 ; Boissier et Buhse, Aufzsehl Transcaucas., p. 80. 

3. Dioscorides, /. c, 174 ; Fraas, FI. class., p. 69. 

4. Bretschneider, On the study, etc., p. 10. 



470 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS 

Fraas * affirme qu'elle n'est pas sauvage en Grèce, ce qui 
est confirmé par M. de Heldreich ^ pour TAttique; Steve» 
l'affirme également pour la Crimée ^. S'il en est ainsi près de 
l'Asie Mineure, à plus forte raison faut-il l'admettre pour le 
reste de l'Europe. 

Malgré l'abondance des Pruniers cultivés jadis par les Ro- 
mains, les peintures de Pompeia n'en indiquent aucune sorte *. 

Le Prunus domestica n'a pas été trouvé non plus dans le& 
restes des palafittes d'Italie, de Suisse et de Savoie, où Ton a 
rencontré cependant des noyaux des Prunus insititia et spinosa. 

De ces faits et du petit nombre de mots attribuables à l'espèce 
dans les auteurs grecs, on peut inférer que sa demi-naturalisa- 
tion ou quasi-spontanéité en Europe a commencé tout au plus 
depuis 2000 ans. 

On rattache au Prunier domestique les pruneaux, prunes 
Damas et formes analogues. 

Prunier proprement dit. — Prunus insititia, Linné ^. — 
Pflauenbaum et Haferschlehen des Allemands. 

Il existe, à l'état sauvage, dans le midi de l'Europe ®. On l'a 
trouvé également en Cilicie, en Arménie, au midi du Caucase et 
dans la province de Talysch, vers la mer Caspienne '^. C'est sur- 
tout dans la Turquie d'Europe et au midi du Caucase qu'il 
parait bien spontané. En Italie et en Espagne il l'est peut-être 
moins, quoique de bons auteurs, qui ont vu la plante sur place, 
n'en doutent pas. Quant aux parties de l'Europe situées au nord 
des Alpes, jusqu'en Danemark, les localités indiquées sont pro- 
bablement le résultat de naturalisations à la suite des cultures. 
L'espèce s'y trouve ordinairement dans les haies, non loin des 
habitations, avec une apparence peu spontanée. 

Tout cela s'accorde assez bien avec les données historiques et 
archéologiques. 

Les anciens Grecs distinguaient les Coccumelea de leur pays 
d'avec ceux de Syrie ^, d'où l'on a inféré que les premiers étaient 
les Prunus insititia. C'est d'autant plus vraisemblable que les 
Grecs modernes l'appellent Coromeieia ®. Les Albanais disent 

1. Fraas, Svn. fi. class., p. 69. 

2. Heldreich, Pflanzen aitischen Ebene. 

3. Steven, Verzeichniss Halbinseln, 1, p. 472. 

4. Cornes, ///. piante pompeiane. 

5. Insititia veut dire étranger. C'est un nom bizarre, puisque toute plante 
est étrangère ailleurs que dans son pays. 

6. Wilkomm et Lan^e, Prodr. fl. hisp., 3, p. 244 ; Bertoloni, FI. ital. 5, 
p. 135; Grisebach, Spicilegium fl. Rumel.^ p. 85; Heldreich, ^utzpft. Grie- 
chenlands, p. 68. 

7. Boissier, Fl, orient., 2, p. 651 ; Ledebour, Fl. ross., 2, p. 3; Hohena- 
cker, Plantœ Talysch, p. 128 

8. Dioscorides, /., c, 173; Fraas, /. c. 

9. De Heldreich, Nutzpflanzen Griechenl., p. 68. 



ABRICOTIER 471 

Coromhilé *, ce qui fait supposer une ancienne origine venant 
des Pélasges. Du reste, il ne faut pas insister sur les noms vul- 
gaires des Pruniers que chaque peuple a pu donner à l'une ou 
à Fautre des espèces, peut-être aussi à telle ou telle variété 
cultivée, sans aucune règle. En général, les noms sur lesquels 
on a beaucoup écrit dans les ouvrages d'érudition me paraissent 
s'appliquer à la qualification de prune ou prunier, sans avoir 
un sens bien précis. 

On n'a pas encore trouvé des noyaux de Prunus ïnsititia dans 
les « terramare » d'Italie, mais M. Heer en a décrit et figuré 

3ui proviennent des palafittes de Robenhausen *. Aujourd'hui^ 
ans cette partie de la Suisse, l'espèce ne semble pas indigène, 
mais nous ne devons pas oublier que, d'après l'histoire du lin, 
les lacustres du canton de Zurich à l'époque de la pierre entre- 
tenaient des communications avec l'Italie. Ces anciens Suisses 
n'étaient pas difficiles sur le choix de leur nourriture, car ils 
récoltaient aussi les baies du Prunellier {Prunus spinosa)^ qui 
nous paraissent immangeables. Probablement ils les faisaient 
cuire, en marmelade. 

Abricotier. — Prunus Armeniaca^ Linné. — Armeniaca vul- 
garis^ Lamarck. 

Les Grecs et les Romains ont reçu l'Abricotier au commence- 
ment de l'ère chrétienne. Inconnu du temps de Théophraste^ 
Dioscoride * le mentionne sous le nom de Mailon armeniacon. 
Il dit que les latins l'appelaient Praikokion. C'est efiectivement 
un des fruits mentionnés brièvement par Pline * sous le nom de 
Prœcocium, motivé par la précocité de Tespèce ^. L'origine 
arménienne était indiquée par le nom grec, mais ce nom pou- 
vait signifier seulement que l'espèce était cultivée en Arménie. 
Les botanistes modernes ont eu, pendant longtemps, de bonnes 
raisons pour la croire spontanée dans ce pays. Pallas, Gûl- 
denstsedt et Hohenacker disaient l'avoir trouvée autour du 
Caucase, soit au nord, sur les rives du Terek, soit au midi, 
entre la mer Caspienne et la mer Noire ^. M. Boissier ^ admet 
Ces localités, sans s'expliquer sur la spontanéité. Il a vu un 
échantillon recueilli par Hokenacker près d'Elisabethpol. D'un 

1. De Heldreich, l. c. 

2. Heer, Pflanzen dei^ Pfahlbauteriy p. 27, fig. 16, c. 

3. Dioscoride?, 1. 1, c. 165. 

4. Pline, 1. 2, c. 12. 

5. Le nom latin a passé dans le grec moderne [Prikokkia)* Les noms 
espagnol {Albaricoque) , français {Abricot) y etc., paraissent venir à'ai^bor 
X>réBcox ou Préecocium, tandis que les mots vieux français, Armègne, ita- 
lien Armentlli, etc., viennent de Mailon armeniacon. Noir d'autres détails 
»\ur les noms de l'espèce dans ma Géographie bot. raisonnée. p. 880. 

6. Ledebour, FI. ross., 2, p. 3. 

7. Boissier, FI, orient., 2, p. 652. 



172 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS 

autre côté, M. de Tchihatcheff % qui a traversé l'Anatolie et 
r Arménie à plusieurs reprises, ne parait pas avoir vu l'Abricotier 
sauvage, et ce qui est plus significatif encore, Karl Koch, qui a 
parcouru la région au midi du Caucase avec l'intention d'ob- 
server ce genre de faits, s'exprime de la manière suivante * : 
« Patrie inconnue. Du moins, pendant mon séjour prolongé en 
Arménie, je n'ai trouvé nulle part l'Abricotier sauvage, et même 
je ne l'ai vu cultivé que rarement. » 

Un voyageur, W.-J. Hamilton ^, disait bien l'avoir trouvé 
spontané près d'Orgou et d'Outch Hisar, en Anatolie ; mais cette 
assertion n'a pas été vérifiée par un botaniste. 

Le prétendu Abricotier sauvage des ruines de Balbeck, décrit 
par Eusèbe de Salle *, est absolument différent de l'Abricotier 
ordinaire d'après ce qu'il dit de la feuille et du fruit. M. Boissier 
et les divers collecteurs qui lui ont envoyé des plantes de Syrie 
et du Liban ne paraissent pas avoir vu 1 espèce. Spach ^ prétend 
qu'elle est indigène en Perse, mais sans en donner aucune 
preuve. MM. Boissier et Buhse ^ n'en parlent pas dans leur énu- 
mération des plantes de la Transcaucasie et de Perse. 

Il est inutile de chercher l'origine en Afrique. Les Abricotiers 
que Reynier "^ dit avoir vus « presque sauvages » dans la Haute 
Egypte devaient venir de noyaux jetés hors des cultures, comme 
cela se voit en Algérie ^. MM. Schweinfurth et Ascherson ®, dans 
leur catalogue des plantes d'Egypte et Abyssinie,ne mentionnent 
l'espèce que comme cultivée. D'ailleurs, si elle avait existé 
jadis dans le nord de l'Afrique, les Hébreux et les Romains en 
auraient eu connaissance de bonne heure. Or il n'y a pas de 
nom hébreu, et Pline dit que l'introduction à Rome datait de 
trente années lorsqu'il écrivait son livre. 

Poursuivons notre recherche du côté de l'Orient. 

Les botanistes anglo-indiens *^ s'accordent à dire que l'Abri- 
cotier, généralement cultivé dans le nord de l'Inde et au Thibet, 
n'y est pas spontané ; mais ils ajoutent qu'il tend à se naturaliser 
ou qu'on le trouve sur l'emplacement de villages abandonnés. 
MM. Schlagintweit ont rapporté plusieurs échantillons du nord- 
ouest de l'Inde et du Thibet, que M. A. Wesmael " a vérifiés; 

1. Tchihatcheff, Asie Mineure, Botanique, vol. 1. 

2. K. Koch, Dendrologie, 1, p. 87. 

3. Nouv. ann. des voyages, févr. 1839, p. 176. 

4. E. de Salle, Voyage, 1, p. 140. 

5. Spach, Hist. des vég. phanérog., 1, p. 389. 

6. Boissier et Buhse, Aufzàhlun^ der auf eine Reise, eéc, in-4, 1860. 

7. Reynier, Economie des Egyptiens, p. 371. 

8. Munbjr, CataL, FI. d'Algérie, p. 49 ; éd. 2. 

9. Schweinfurth et Acherson, Beitrsege zur flora éthiopiens, in-4, ISS?, 
p. 259. 

10. Hoyle, ///. of Himalaya, p. 205 j Aitchison, Catal. of Punjab anc 
Sindh, p. 56 ; sir J. Hooker, FI. of brit, India, 2, p. 313 ; Brandis, Fmtm< 
flora o/ N. W. and central India, 191. 

H. Wesmael, dans Bull. Soc. bot. Belgiq-, 8, p. 219. 



ABRICOTIER 173 

mais, d'après ce qu'il a bien voulu m'écrire, il ne peut pas 
affîmer la qualité spontanée, l'étiquette des collecteurs ne don- 
nant aucune information à cet égard. 




je lis dans le curieux opuscule 
Schneider*, rédigé à Pékin, le passage suivant, qui me paraît tran- 
cher Ja question en faveur de l'origine chinoise : Sing^ comme 
on le sait bien, est l'abricot [Prunus Armeniacà), Le caractère 
(un signe chinois imprimé p. iO) n'existe, comme indiquant un 
fruit, ni dans le Shu-King ou les Shi-King, Gihouh, etc. ; mais le 
Shan-hai King dit que plusieurs Sing croissent sur les collines 
(ici un caractère chinois). En outre, le nom de l'abricot est 
représenté par un caractère particulier, ce qui peut démontrer 
Qu'il est indigène en Chine. » Le Shan-hai-King est attribué à 
1 empereur Yu, qui vivait en 2205-2198 avant Jésus-Christ. De- 
caisne ', qui a soupçonné le premier l'origine chinoise de l'abri- 
cot, avait reçu récemment du Dr Bretschneider des échantillons 
accompagnés de la note suivante : « N° 24, Abricotier sauvage 
des montagnes de Peking, où il croit en abondance. Le fruit est 
petit (2 cent. 1/2 de diamètre). Sa peau est jaune et rouge; sa 
chair est jaune rougeâtre, d'une saveur acide, mais mangeable. 
— N» 25, noyaux de l'Abricotier cultivé aux environs de Peking. 
Le fruit est deux fois plus gros que le sauvage *. » Decaisne ajou- 
tait dans la lettre qu'il avait bien voulu m'écrire : « La forme et 
la surface des noyaux sont absolument semblables à celles de nos 
petits abricots; ils sont lisses et non rugueux. » Les feuilles 
qu'il m'a envoyées sont bien de l'Abricotier. 

On ne cite pas l'abricotier dans la région du fleuve Amur, ni 
au japon ^. Peut-être le froid de l'hiver y est-il trop rigoureux. 
Si l'on réfléchit au défaut de communications, dans les temps 
anciens, entre la Chine et l'Inde, et aux assertions de l'indigénat 
de l'espèce dans ces deux pays, on est tenté de croire au premier 
aperça que la patrie ancienne s'étendait du nord-ouest de 
linde à la Chine. Cependant, si Ton veut adopter cette hypo- 
thèse, il faut admettre aussi que la culture de TAbricotier se 
serait répandue bien tard du côté de l'ouest. On ne lui connaît 
eu effet aucun nom sancrit ni hébreu, mais seulement un nom 
Wudou, Zard-alu, et un nom persan, Misckmisch , qui a passé dans 

J* Roxburgh, FL ind.y éd. 2, v. 2, p. 501. 

2. Bretschneider, On the study and value of chinese works of botany, 
MO et 49. 

3* Decaisne, Jardin fruitiei' du Miiséum, vol. 8, article Abricotier. 

*• Le D' Bretschneider confirme ceci dans son opuscule récent : Notes 
0» botanical questions, p. 3. 

„ 5. Le Prunus Armeniaca de Thunber^ est le Pr, Mume de Sieboid et 
«uccarini. L'Abricotier n'est pas mentionné dans VEnumeratio, etc, de 
"anchet et Savatier. 



174 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS 

i'arabe *. Gomment supposer qu'un fruit aussi excellent et qui 
s'obtient en abondance dans l'Asie occidentale se serait répandu 
si lentement du nord-ouest de Tlnde vers le monde gréco- 
romain? Les Chinois le connaissaient deux ou trois mille ans 
avant Tère chrétienne. Chang-Kien était allé jusqu'en Bactriane, 
un siècle avant cette ère, et il est le premier qui ait fait con- 
naître rOccident à ses compatriotes *. C'est peut-être alors que 
l'Abricotier a été connu dans l'Asie occidentale et qu'on a pu le 
<;ultiver et le voir se naturaliser, çà et là, dans le nord-ouest de 
l'Inde et au pied du Caucase, par l'effet de noyaux jetés hors des 
plantations. 

Amandier. — Amygdalus communis^lÀnné, — Pruni species, 
Bâillon. — Prunus Amygdalus, Hooker fils. 

L'Amandier se présente, avec l'apparence tout à fait spontanée 
ou quasi spontanée , dans les parties chaudes et sèches de la 
•région méditerranéenne et de l'Asie occidentale tempérée. Gomme 
les noyaux sortis des cultures naturalisent facilement l'espèce, 
il faut recourir à des indications variées pour deviner la patrie 
ancienne. 

Ecartons d'abord l'idée d'une origine de l'Asie orientale. Les 
flores japonaises ne parlent pas de l'amandier. Celui que M. de 
Bunge a vu cultivé dans le nord de la Chine, était le Persica 
Davidiana '. Le D"^ Bretschneider *, dans son opuscule classique, 
nous apprend qu'il n'a jamais vu l'Amandier cultivé en Ghme, 
et que la compilation publiée sous le nom de Pent-sào, dans le 
x« ou xie siècle de notre ère, le décrit comme un arbre du pays 
des Mahométans, ce qui signifie le nord-ouest de l'Inde ou la 
Perse. 

Les botanistes anglo-indiens ^ disent que l'Amandier est cultivé. 
dans les régions fraîches de l'Inde, mais quelques-uns ajoutent 
qu'il n'y prospère pas et qu'on fait venir beaucoup d'amandes 
de Perse ^. On ne connaît aucun nom sanscrit, ni même des 
langues dérivées du sanscrit. Evidemment, le nord-ouest de 
l'Inde est hors de la patrie originelle de l'espèce. 

Au contraire, de la Mésopotamie et du Turkestan jusqu'en 
Algérie, il ne manque pas de localités dans lesquelles d'excel- 
lents botanistes ont trouvé l'Amandier tout à fait sauvage. 
M. Boissier "^ a vu des échantillons recueillis dans les rocaillesen 



1. Piddington, /nrfex;Roxburgh, FI. ind,,\, c.;For8kal, FL Bgypt. ; De- 
lile, ///. Egypt. 

2. Bretschneider, On the study and value of chinese botanical works, 

3. Bretschneider, Early european researches. p. 149. 

4. Bretschneider, Study and value, etc.,B, 10, et Early researches^ p. 149. 

5. Brandis, Forest flora ; sir J. Hooker, FI. of brit. India, 3, p. 313. 

6. Roxburgh, FL md., éd. 2, vol. 2, p. 500; Royle, ///. Him(U.^ p. 204. 
"7. Boissier, FL or,, 3, p. 641. 



AMANDIER 175 

Mésopotamie, dans TAderbijan, le Turkestan, le Kurdistan et 
dans les forêts de l'Antiliban. Karl Koeh * ne l'a pas rencontré 
à Tétat sauvage au midi du Caucase, ni M. de Tchihatcheff en 
Asie Mineure, M. Cosson * a trouvé des bois naturels d'Aman- 
diers près de Saïda, en Algérie. On le regarde aussi comme 
sauvage sur les côtes de Sicile et de Grèce ^; mais là, et plus 
encore dans les localités où il se montre en Italie, en France 
ou en Espagne, il est probable ou presque certain que c'est 
le résultat de noyaux dispersés par hasard à la suite des cul- 
tures. 

L'ancienneté d'existence dans l'Asie occidentale est prouvée 
par le fait de noms hébreux, Schaked, Luz ou Lus (qui est 
encore le nom arabe Louz)^ et de Schekedim, pour l'amande *. 
Les Persans ont un autre nom, Badam^ dont j'ignore le degré 
d'ancienneté. Théophraste et Dioscoride ^ mentionnent l'Aman- 
dier sous un nom tout différent, Amugdalai y traduit par les 
latins en Amygdalus, On peut en inférer que les Grecs n'avaient 
pas reçu l'espèce de l'intérieur de l'Asie, mais l'avaient trouvée 
chez eux ou au moins dans l'Asie Mineure. L'Amandier est 
figuré plusieurs fois dans les peintures découvertes à Pom- 
peia ®. Pline "^ doute que l'espèce fût connue en Italie du temps 
de Gaton, parce qu'elle était désignée sous le nom de noix 
grecque. Il est bien possible que l'Amandier eut été introduit 
des îles de la Grèce à Rome. On n'a pas trouvé d'amandes dans 
les € Terramare » du Parmesan, même dans les couches supé- 
rieures. 

J'avoue que le peu d'ancienneté de l'espèce chez les Romains 
et l'absence de naturalisation hors des cultures en Sardaigne et 
en Espagne ' me font douter de l'indigénat sur la côte septen- 
trionale d'Afrique et en Sicile. Ce sont plutôt, à ce qu'il semble, 
des naturalisations remontant à quelques siècles. A l'appui de 
cette hypothèse, je remarque le nom berbère de l'amande 
Talouzet •, qui se rattache évidemment à l'arabe Louz, c'est-à- 
dire à la langue des conquérants venus après les Romains. Au 
contraire, dans l'Asie occidentale et même dans certains points 
de la Grèce, on peut regarder l'indigénat comme préhistorique, 



1. K. Koch, Dendrologie, 1, p. 80 ; Tchihatcheff, Asie Mineure, Bota- 
f^ique, 1, p. 108. 

2. Ann, des se. nat,, série 3, vol. 19, p. 108. 

3. Gussone, Synopsis fl. siculx, 1, p. 552 ; de Heldreich, Nutzpflanzen 
<^rHechenland*Sf p. 67. 

4. Hiller, Hierophyton, 1, p. 215 ; Rosenmûller, Handb, bibl. Alterk.j 
*> p. 263. 

5. Théophrastes, HisL, 1. 1, c. 11, 18, etc. ; Dioscorides, 1. 1, c. 176. 

€. Schouw, Die Erde, etc.; Cornes, ///. piante net dipinti pompeiani, p. 13. 
"7. Pline, HisL, 1. 16, c. 22. 

S. Moris, Flora Sardoa, 2, p. 5 ; Willkomm et Lange, Prodr, FL hisp., 
3, p. 243. 

9. Dictionnaire français-berbère, 1844. 



476 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS 

je ne dis pas primitif, car tout a été précédé de quelque 
chose. 

Notons, en terminant, que la différence des amandes douces 
et amères était déjà connue des Grecs et même des Hé- 
breux. 

Pêcher. — Amygdalus Persica, Linné. — Persica vulgarisy 
Miller. — Pi^nus Persica^ Bentham et Hooker. 

Je citerai l'article * dans lequel j'avais naguère indiqué la 
pêche comme originaire de Chine, contrairement à l'opinion qui 
régnait alors et que des personnes, peu au courant de la science, 
continuent à reproduire. Je donnerai ensuite les faits découverts 
depuis 1855. 

a Les Grecs et les Romains ont reçu le Pécher à peu près au 
commencement de l'ère chrétienne. » Les noms de Persica^ Ma- 
lum persicum indiquaient d'où ils l'avaient tiré. Je ne reviens pas 
sur ces faits bien connus ^. 

On cultive aujourd'hui divers Pêchers dans le nord de l'Inde'; 
mais, chose remarquable, on ne leur connaît aucun nom sans- 
crit * : d'où Ton peut inférer une existence et une culture peu 
anciennes dans ces régions. Roxburgh, ordinairement si explicite 
pour les noms indiens modernes, ne mentionne que des noms 
arabes et chinois. Piddington n'indique aucun nom indien, et 
Royle donne seulement des noms persans. 

Le Pêcher ne réussit pas ou exige de très grands soins pour 
réussir dans le nord-est de l'Inde ^. En Chine, au contraire, sa 
culture remonte à la plus haute antiquité. Il existe dans ce 
pays une foule d'idées superstitieuses et de légendes sur les pro- 
priétés de diverses variétés de pêches * ; le nombre de ces va- 
riétés est très considérable ^; en particulier, on y trouve la 

1. Alph. de CandoUe, Géogr, bot. rais., p. 881. 

2. Theophra8tes, Hist., IV, c. IV; Dioscorides, 1. 1, c. CLXIV; Pline, édit 
de Genève, l. XV, c. XIII. 

3. Royle, ///. Htm., p. 204. 

4. Roxburgh, FI. Ind., 2* édit., II, p. 500 ; Piddington, Index; Royle, /. c. 

5. Sir Jos. Hooker, Joutm. of bot., 1850, p. 54. 

6. Rose, chef du commerce français à Canton, les avait recueillies d'après 
des manuscrits chinois, et Noisette {Jard. fruit., 1, p. 76) a transcrit 
textuellement une partie de son mémoire. Ce sont des mits dans le genre 
de ceux-ci : Les Chinois considèrent les pêches allongées en pointe et 
bien rouges d'un côté comme le symbole d'une longe vie. En censé- 

.quence de cette antique persuasion, ces pêches entrent dans tous les or> 
nements, en peinture et en sculpture, et siu*tout dans les présents de 
congratulations, etc. Selon le livre de Chin-noug-king, la pêche Yu- 
prévient la mort ; si Ton n'a pas pu la manger à temps, elle préserve ao^ 
moins le corps de la corruption jusqu'à la fin du monde. On cite tougourss 
la pêche dans les fruits d'immortalité dont on a bercé les espérances de 
Tsinchi-Hoang, de Vouty, des Han et autres empereurs qui prétendaient ié 
l'immortalité, etc. 

7. Lindley, Trans. hort, soc, V, p. 121. 



PÉCHER 177 

forme singulière de la pêche déprimée *, qui paraît s'éloigner 
plus qu'aucune autre de Tétat naturel de l'espèce; enfin, un nom 
simple, celui de 7b, est donné à la pêche ordinaire *. 

« D'après cet ensemble de faits, je suis porté à croire que le 
Pêcher est originaire de Chine plutôt que de l'Asie occidentale. 
S'il avait existé de tout temps en Perse ou en Arménie, la con- 
naissance et la culture d'un arbre aussi agréable se seraient 
répandues plus tôt dans l'Asie Mineure et la Grèce. L'expédition 
d'Alexandre est probablement ce qui l'avait fait connaître à 
Théophraste (322 avant J.-G.) , lequel en parle comme d'un 
fruit de Perse. Peut-être cette notion vague des Grecs remonte- 
t-elle à la retraite des Dix mille (401 avant J.-C.) ; mais Xéno- 
phon ne mentionne pas le Pêcher. Les livres hébreux n'en font 
aussi aucune mention. Le Pêcher n'a pas de nom en sanscrit, 
et cependant le peuple parlant cette langue était venu dans 
l'Inde du nord-ouest, c'est-à-dire de la patrie ordinairement pré- 
sumée pour l'espèce. En admettant cette patrie, comment expli- 
quer que ni les Grecs des premiers temps de la Grèce, ni les 
Hébreux, ni le peuple parlant sanscrit, qui ont tous rayonné de 
la région supérieure de l'Euphrate ou communiqué avec elle, 
n'auraient pas cultivé le Pêcher ? Au contraire, il est très possi- 
ble que des noyaux d'un arbre fruitier cultivé de toute ancien- 
neté en Chine aient été portés, au travers des montagnes, du 
centre de l'Asie en Cachemir, dans la Bouckarie et la Perse. 
Les Chinois avaient découvert cette route depuis un temps très 
reculé. L'importation aurait été faite entre l'époque de l'émi- 
' gi'ation sanscrite et les relations des Perses avec les Grecs. La 
culture du Pêcher, une fois établie dans ce point, aurait mar- 
ché facilement, d'un côté vers l'occident, de l'autre, par le 
Caboul, vers le nord de l'Inde, où elle n'est pas très ancienne. 

« A l'appui de l'hypothèse d'une origine chinoise, on peut 
ajouter que le Pêcher a été introduit de Chine en Cochinchine ^, 
et que les Japonais donnent à la pêche le nom chinois de Tao *. 
M. Stanislas Julien a eu l'obligeance de me lire en français 
quelques passages de VEncyclopédie japonaise (liv. LXXXVI, p. 7), 
où le Pêcher Tao est dit un arbre des contrées occidentales, 
chose qui doit s'entendre des parties intérieures de la Chine, rela- 
tivement à la côte orientale, puisque le fragment est tiré d'un 
auteur chinois. Le Tao est déjà dans les livres de Confucius, au 
V® siècle avant l'ère chrétienne, et même dans le Rituel, du 
x« siècle avant Jésus-Christ. La qualité de plante spontanée 

1. Trans, hort. soc. Lond., IV, p. 512, tab. 19. 

2. Roxburgh, /. c. 

3. Loureiro, FI. coch., p. 386. 

4. Kaempfer, Amoen., p. 798 ; Thunber^, FI. Jap., p. 199. 

Kaempfer et Thunberg indiquent aussi le nom de Momu, mais M. de 
Siebold {FI. Jap., 1, p. 29) attribue un nom assez semblable, Mume, à un 
Prunier, Prunus Mume, Sieb. et Z. 

De Candolle. 12 



178 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS 

n'est pas spécifiée dans V Encyclopédie dont je viens de parler; 
mais, à cet égard, les auteurs chinois sont peu attentifs. 

Après quelques détails sur les noms vulgaires de la pêche 
dans diverses langues, je disais : « L'absence de noms sanscrits et 
hébreux reste le fait le plus important, duquel on peut inférer 
une introduction dans l'Asie occidentale venant de plus loin, 
c'est-à-dire de Chine. » 

« Le Pécher a été trouvé spontané dans plusieurs points de 
l'Asie; mais on peut toujours se demander s'il y était d'origine 
primitive, ou par le fait de la dispersion des noyaux provenant 
de pieds cultivés . La question est d'autant plus nécessaire que 
ces noyaux germent facilement et que plusieurs des modifica- 
tions au Pécher sont héréditaires ^ Des pieds en apparence 
spontanés ont été trouvés fréquemment autour du Caucase. 
Pallas ^ en a vu sur les bords du Terek, où les habitants lui 
donnent un nom qu'il dit persan, Scheptala ^. Les fruits en sont 
velus, âpres (austeri), peu charnus, à peine plus gros que ceux 
du Noyer; la plante petite. Pallas soupçonne que cet arbuste 
provient de Pêchers cultivés. Il ajoute qu'on le trouve en Crimée, 
au midi du Caucase et en Perse; mais Marshall Bieberstein, 
C.-A. Meyer et Hohenacker n'indiquent pas de Pêcher sauvage 
autour du Caucase. D'anciens voyageurs, Gmelin, Gûldenstsedt 
^t Georgi, cités par Ledebour, en ont parlé. C. Koch * est le seul 
botaniste moderne qui dise avoir trouvé le Pêcher en abondance' 
dans les provinces caucasiennes. Ledebour ajoute cependant 
avec prudence : Est-il spontané? Les noyaux que Bruguière et 
Olivier avaient apportés dlspahan, qui ont été semés à Paris et 
ont donné une bonne pêche velue, ne venaient pas, comme le 
disait Bosc ^, d'un Pêcher sauvage en Perse, mais d'un arbre 
des jardins d'Ispàhan *. Je ne connais pas de preuves d'un Pé- 
cher trouvé sauvage en Perse, et, si des voyageurs en indiquent, 
on peut toujours craindre qu'il ne s'agisse d'arbres semés. Le 
docteur Royle ' dit que le Pêcher croît sauvage dans plusieurs 
endroits du midi de l'Himalaya, notamment près de Mussouri; 
mais nous avons vu que dans ces régions la culture n'en est pas 
ancienne, et ni Roxburgh ni le Flora nepalensis de Don n'indi- 
quent de Pêcher sauvage. M. Bunge * n'a trouvé dans le nord 
de la Chine que des pieds cultivés. Ce pays n'a guère été exploré, 
et les légendes chinoises semblent indiquer quelquefois des Pè- 



1. Noisette, Jard, fr., p. 77 ; Trans, Soc. hort. Lond.^ IV, p. 513. 

2. Pallas, FI. ross.y p. 13. 

3. Shuft-aloo (proDoncez Schouft-alou)^ est le mot persan de la pêche 
lisse, d'après Royle (///. Him., p. 204). 

4. Ledebour, FI. ross. 1, p. 3. voir, p. 181, l'opinion subséquente de Koch. 
o. Bosc, Dict. d'agj\, IX, p. 481. 

6. Thouin, Ann. Mm., VIlI, p. 433. 

7. Royle, ///. Him., p. 204. 

8. Bunge, Enum. plant, chin., p. 23. 



PÊCHER 179 

chers spontanés. Ainsi, le Ckotù-y-ki, d'après Tauteur cité pré- 
cédemment, porte : « Quiqonque mange des pêches de la mon- 
tagne de Kouoliou obtient une vie éternelle. » Pour le Japon, 
Thunberg * dit : « Grescit ubique vulgaris, praecipue juxta 
Nagasaki'. In omni horto colitur ob elegantiam florum. » Il 
semble, d'après ce passage, que l'espèce croit hors des jardins 
et dans les jardins: mais peut-être il s'agit seulement, dans le 
premier cas, de Pêchers cultivés en plein vent. 

« Je n'ai rien dit encore de la distinction à établir entre les dif- 
férentes variétés ou espèces de Pêchers. C'est que la plupart sont 
cultivées dans tous les pays, du moins les catégories bien tran- 
chées que l'on pourrait considérer comme des espèces botani- 
ques. Ainsi la grande distinction des pêches velues et des pêches 
lisses, sur laquelle on a proposé deux espèces [Persica vulgaris^ 
Mill, et P, lœvis^ D C.) se trouve au Japon ^ et en Europe, ainsi 
que dans la plupart des pays intermédiaires ^. On accorde moins 
d'importance aux distinctions fondées sur l'adhérence ou non- 
adhérence de la peau superficielle, sur la couleur blanche, 
jaune ou rouge de la chair, et sur la forme générale du fruit. 
Les deux grandes catégories de pêches, velues et lisses, offrent 
la plupart de ces modifications, et cela en Europe, dans l'Asie 
occidentale et probablement en Chine. Il est certain que dans 
ce dernier pays la forme varie plus qu'ailleurs, car on y voit, 
comme en Europe, des pêches allongées, et de plus des pêches 
dont je parlais tout à l'heure, qui sont entièrement dépri- 
mées, où le sommet du noyau n'est pas même recouvert de 
chair*. La couleur y varie aussi beaucoup ^. En Europe, les 
variétés les plus distinctes , en particulier les pêches lisses 
et velues, à noyau adhérent ou non adhérent, existaient 
déjà il y a trois siècles, car J. Bauhin les énumère avec beau- 
coup de clarté ®, et avant lui Dalechamp, eh 1587, indiquait 
aussi l^s principales '^. A cette époque, les pêches lisses étaient 
appelées rfucipersica^ à cause de leur ressemblance de forme, de 
grosseur et de couleur avec le fruit du Noyer. C'est dans le même 
sens que les Italiens les appellent encore Pescanoce, 

« J'ai cherché inutilement la preuve que cette pêche lisse 
existât chez les anciens Romains. Pline *, qui mélange dans sa 
compilation des Pêchers, des Pruniers, le Laurus Persea et 
d'autres arbres peut-être, ne dit rien qui puisse s'entendre d'un 

1. Thunberg, FI. Jap., p. 199. 

2. Thunberg, FL Jap.,i^. 199. 

3. Les relations sur la Chine, que j'ai consultées, ne parlent pas de la 
pêche lisse ; mais^ comme elle existe au Japon, il est infiniment probable 
qu'elle est aussi en Chine. 

4. Noisette, /. c; Trans, Soc. hovt.^ IV, p. 512, tab. 19. 

5. Lindley, Trans. hort. Soc, V, p. 122. 

6. J. Bauhin, Hist., 1, p. 162 et 163. 

7. Dalechamp, Hist., 1, p. 29o. 

8. Pline, 1. XV, eh. 12 et 13. 



180 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS 

fruit pareil. On a cru quelquefois le reconnaître dans les Tuberes 
dont il parle *. C'était un arbre apporté de Syrie du temps d'Au- 
guste. Il y avait des Tuberes blanches et des rouges. D'autres 
(Tuberes? ou Mala?) des environs de Vérone étaient velues. Le 
reste du chapitre paraît concerner les Mala seulement. Des vers 
élégants de Pétrone, cités par Dalechanip 2, prouvent clairement 
que les Tuberes des Romains du temps de Néron étaient un fruit 

Il • *iAa 1T*1* Irw' 1 \ 1 v^ • 




égard ou s'est mis à critiquer l'assertion des autres ^. Peut-être 



y avait- il des Tuberes de deux ou trois espèces, comme le dit 
Pline, et Tune d'elles, qui se greffait sur les Pruniers *, était-elle 
la pèche lisse? Je doute qu'on puisse jamais éclaircir cette ques- 
tion ^ 

« En admettant même que le Nucipersica eût été introduit en 
Europe seulement au moyen âge, on ne peut se refuser à cons- 
tater le mélange dans les cultures européennes depuis plusieurs 
siècles, et au Japon depuis un temps inconnu, de toutes les qua- 
lités principales de pèches. Il semble que ces qualités diverses se 
soient produites partout au moyen d'une espèce primitive, qui 
aurait été la pèche velue. S'il y avait eu d'origine deux espèces, 
ou elles auraient été dans des pays différents, et leur culture se 
serait établie séparément, ou elles auraient été dans le même 
pays, et dans ce cas il est probable que les anciens transports 
auraient introduit ici une des espèces, ailleurs l'autre. » 

J'insistais, en 1855, sur d'autres considérations pour appuyer 
l'idée que la pèche lisse ou Brugnon [Nectarine des Anglais) 
est issue du Pêcher ordinaire; mais Darwin a cité un si grand 
nombre de cas dans lesquels une branche de Nectarine est 
sortie tout à coup d'un Pêcher à fruit velu, qu'il est inutile d'en 
parler davantage. J'ajouterai seulement que le Brugnon a 
toutes les apparences d'un arbre factice. Non seulement on ne 
l'a pas trouvé sauvage, mais il ne se naturalise pas hors des 
jardins, et chaque pied dure moins que les Pêchers ordinaires. 
C'est une forme affaiblie. 

« La facilité, disais-je, avec laquelle nos Pêchers se sont mul- 
tipliés de semis en Amérique et ont donné, sans le secours de 
la greffe, des fruits charnus, quelquefois très beaux, me fait 
croire que l'espèce est dans un état naturel, peu altéré par une 

1. Pline, Dediv. gen, malotnim, I. 2, c. 14. 

2. Dalechamp, Hist.f 1, p. 358. 

3. Dalechamp, /. c. ; MaUhioli, p. 122; Cœsalpiniis, p. 107; J. Bauhia, 
p. 163, etc. 

4. Pline, L 17, c. 10. 

5. Je n'ai pas pu découvrir un nom italien de fruit glabre ou autre qui 
dérive de tuOe?' ou tuberes. C'est une chose singulière, car, en général, 
les anciens noms de fruits se sont conservés sous quelque forme. 



PÉCHER 181 

longue culture ou par des fécondations hybrides. En Virginie et 
dans les Etats voisins, on a des pêches provenant d'arbres 
semés, non greffés, et leur abondance est si grande qu'on est 
obligé d'en faire de Teau-de-vie *. Sur quelques pieds, les 
fruits sont magnifiques *. A Juan-Fernandez, dit Bertero ', le 
Pêcher est si abondant, qu'on ne peut se faire une idée de la 
quantité de fruits qu'on en récolte ; ils sont en général très bons, 
malgré l'état sauvage dans lequel ils sont retombés. D'après 
ces exemples, il ne serait pas surprenant que les Pêchers sau- 
vages, à fruits médiocres, trouvés dans l'Asie occidentale, fus- 
sent tout simplement des pieds naturalisés sous un climat peu 
favorable, et que l'espèce fût originaire de Chine, où la culture 
parait la plus ancienne. » 

Le Dr Bretschneider *, entouré à Peking de toutes les res- 
sources de la littérature chinoise, après avoir lu ce qui précède, 
s'est contenté de dire : « Tao est le Pêcher. De GandoUe pense 
que la Chine est le pays natal de la Pêche. Il peut avoir raison 
(He maybe right). » 

L'ancienneté d'existence et la spontanéité de l'espèce dans 
l'Asie occidentale sont devenues plus douteuses qu'en 1855. Les 
botanistes anglo-indiens parlent du Pêcher comme d'un arbre 
uniquement cultivé ^, ou cultivé et se naturalisant dans le nord- 
ouest de l'Inde, avec une apparence spontanée ^. M. Boissier ' 
cite des échantillons recueillis dans le Ghilan et au midi du 
Caucase, mais il n'affirme rien quant à la qualité spontanée, et 
Karl Koch *, après avoir parcouru cette région, dit en parlant 
du Pêcher : « Patrie inconnue, peut-être la Perse. » M. Boissier a 
vu des pieds qui se sont établis dans les gorges du mont 
flymette, près d'Athènes. 

Le Pêcher se répand avec facilité dans les pays où on le cul- 
tive, de sorte qu'on a de la peine à savoir si tel individu est 
d'origine naturelle, antérieure à la culture, ou s'il est naturalisé; 
mais c'est en Chine qu'on a certainement commencé à le planter; 
c'est là qu'on en a parlé deux mille ans avant l'introduction 
4ans le monde gréco-romain, un millier d'années peut-être avant 
l'introduction dans les pays de langue sanscrite. 

Le groupe des Pêchers (genre ou sous-genre) se compose 
-maintenant de cinq formes, que Decaisne ^ considérait comme 
des espèces, mais que d'autres botanistes appelleront volontiers 

1. Braddick, Trans. hort. Soc. Lond., 2, p. 205. 

2. Ibid,, pi. 13. 

3. Bertero, dans Ann. se. nat.^ XXI, p. 350. 

4. Bretschneider, On the study and value of chinese botanical work,, 
.p. 10. 

5. Sir J. Hooker, FL ofbrit. India, 2, p. 313. 

6. Brandis, Forest flora, etc., p. 191. 

7. Boissier, Flora orientalis^ 2, p. 640. 

8. K. Koch, Dendrologie, 1, p. 83. 

9. Decaisne, Jardin fruitier au Muséum^ Pêchers, p. 42. 



482 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS 

des variétés. L'une est le Pêcher ordinaire, la seconde est le 
Pêcher à fruit lisse, que nous savons être issu du premier; la 
troisième est le Pêcher à fruit déprimé {P,platycarpa^ Decaisne). 
cultivé en Chine, et les deux dernières sont indigènes en Chine 
{P. Simonii^ Decaisne, et P. Davidiiy Carrière) ; c'est donc un 
groupe essentiellement de Chine. 

Il est difficile, d'après cet ensemble de faits, de ne pas ad- 
mettre pour le Pêcher ordinaire l'origine chinoise que j'avais 
supposée jadis d'après des documents moins nombreux. L'ar- 
rivée en Italie au commencement de Tère chrétienne est con- 
firmée aujourd'hui par l'absence de noyaux de pêches dans les 
terramare, ou habitations lacustres de Parme et de Lombardie^ 
et par la présence du Pêcher dans les peintures des maisons- 
riches de Pompeia *. 

Il me reste à parler d'une opinion émise autrefois par A. Knight 

et soutenue par plusieurs horticulteurs, que le Pêcher serait une 

modification de l'Amandier. Darwin ^ a réuni les documents 

à l'appui de cette idée, sans oublier d'en citer un qui lui a paru 

contraire. Celasse résume en : 1° une fécondation croisée, qui 

a donné à Knight des résultats assez douteux ; 2° des formes 

\ intermédiaires, quant à l'abondance de la chair et au noyau, 

I obtenues de semis de pêches ou, par hasard, dans les cultures, 

formes dont la pêche-amande est un exemple connu depuis 

I longtemps. Decaisne ^ signalait des différences entre TAman- 

i dier et le Pêcher dans la taille et dans la longueur des feuilles^ 

j indépendamment des noyaux. Il traite l'idée de Knight de « sin- 

* gulière hypothèse ». 

La géographie botanique est contre cette hypothèse , car 
l'Amandier est un arbre originaire de l'Asie occidentale, qut 
n'existait pas autrefois dans le centre du continent asiatique et 
dont l'introduction en Chine, comme arbre cultivé, ne remonte 
pas au delà de l'ère chrétienne. Les Chinois, de leur côté, possé- 
daient, depuis des milliers d'années, différentes formes du Pécher 
ordinaire et en outre les deux formes spontanées dont j'ai 
parlé. L'Amandier et le Pêcher étant partis de deux régions très 
éloignées l'une de l'autre, on ne peut guère les considérer comme 
une même espèce. L'un était cantonné en Chine, l'autre en Syrie 
et Anatolie. Le Pêcher, après avoir été transporté de Chine dans 
l'Asie centrale et, un peu avant l'ère chrétienne, dans l'Asie 
occidentale, ne peut pas avoir produit alors l'Amandier, puisque 
ce dernier arbre existait déjà dans le pays des Hébreux. Et, si 
l'Amandier de l'Asie occidentale avait produit le pêcher, com- 
ment celui-ci se serait-il trouvé en Chine à une époque très 
reculée, tandis qu'il manquait au monde gréco-romain? 

1. Cornes, Illustr, plante iiei dipinti Pompfianij p. 14. 

2. Darwin, On variations^ e^c, 1, p. 338. 

3. Decaisne, /. c, p. 2. 



POIRIER COMMUN 183 

Poirier commun. — Pyrus communis Linné. 

Le Poirier se montre à l'état sauvage dans toute l'Europe 
tempérée et dans l'Asie occidentale, en particulier en Anatolie, 
au midi du Caucase et dans la Perse septentrionale *, peut-être 
même dans le Gachemir, mais ceci est très douteux ^. Quelques 
auteurs admettent que Thabitation s'étend jusqu'en Chine. Gela 
tient à ce qu'ils considèrent le Pyrus sinensis, Lindley, comme 
appartenant à la même espèce. Or l'inspection seule des feuilles, 
où les dentelures sont terminées par une soie fine, m'a convaincu 
de la diversité spécifique des deux arbres ^. 

Notre Poirier sauvage ne diffère pas beaucoup de certaines 
variétés cultivées. Il a un fruit acerbe, tacheté, de forme amincie 
dans le bas ou presque sphérique, sur le même pied *. Pour 
beaucoup d'autres espèces cultivées, on a de la peine à distinguer 
les individus venant d'une origine sauvage de ceux que le hasard 
des transports de graines a fait naître loin des habitations. Dans 
le cas actuel, ce n'est pas aussi difficile. Les Poiriers se trouvent 
souvent dans les forêts, et ils atteignent une taille élevée, avec 
toutes les conditions de fertilité d'une plante indigène ^. Voyons 
cependant si, dans la vaste étendue qu'ils occupent, on peut soup- 
çonner une existence moins ancienne ou moins bien établie dans 
certaines contrées que dans d'autres. 
. On ne connaît aucun nom sanscrit pour la poire, d'où il est 

Sermis d'affirmer que la culture dans le nord-ouest de l'Inde date 
'une époque peu ancienne, et que l'indication, d'ailleurs trop 
vague, de pieds spontanés dans le Gachemir, n'a pas d'impor- 
tance. Il n'y a pas non plus de noms hébreux ou araméens ^, 
mais cela s'explique par le fait que le Poirier ne s'accommode pas 
des pays chauds dans lesquels ces langues étaient parlées. 

Homère , Théophraste et Discoride mentionnent le Poirier 
sous les noms d'Ochnai, Apios ou Ackras. Les Latins l'appelaient 
Pirus ou Pyrus \ et ils en cultivaient un grand nombre de 

1. Ledebour, FI, ross., 2, p. 94; et surtout Boissier, FI, orient., 2, p. 653, 
qui a vérifié plusieurs échnntillone. 

2. Sir J. Hooker, FI. brit. Jndia, 2, p. 374. 

3. Le P. sinensis décrit par Lindley est mal figuré quant aux dentelures des 
feuilles dans la planche du Botamcal registei^ et au contraire parfaitement 
bien dans celle du Jardin fruitier du Muséum, de Decaisne. G est la même 
espèce que le P. ussuriensis, Maximowicz, de l'Asie orientale. 

4. Il est figuré très bien dans le nouveau Duhamel, 6, pi. 59, et dans 
Decaisne, Jardin fruitier du Muséum, pi. \, fig. B et G. Le P. Balansse, 
pi. 6, du même ouvrage, paraît semblable, selon l'observation de M. Bois- 
sier. 

5. C'est le cas, par exemple, dans les forêts de la Lorraine, d'après les 
observations de Godron, De l'origine probable des Poiriers cultivés, br. in- 
8% 1873, p. 6. 

6. RosenmûUer, BibL Altertk,: Lbw, Aramaeische Pflanzennamen, 1881. 

7. L'orthographe Pyrus, adoptée par Linné, se trouve dans Pline, His- 
toria, éd. 1631, p. 301. Quelques botanistes ont voulu raffiner en écrivant 
Pirus, et il en résulte que, pour une recherche dans un livre moderne, il 
faut consulter Tindex dans deux endroits, ou risquer de croire que les 



184 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS 

variétés, du moins à Tépoque de Pline. Les peintures murales de 
Pompeia montrent souvent cet arbre avec son fruit *. 

Les lacustres de Suisse et d'Italie récoltaient les pommes 
sauvages en grande quantité , et dans ces provisions il s'est 
trouvé quelquefois, mais rarement, des poires. M. Heer en a 
figuré une des stations de WangenetRobenhausen, sur laquelle 
on ne peut se méprendre. C'est un fruit aminci dans le bas, ayant 
28 millimètres de long et 19 de large, coupé longitudinalement 
de manière à montrer une chair fort peu épaisse autour de la 
partie cartilagineuse centrale ^. On n'en a pas trouvé dans les 
stations du lac du Bourget, en Savoie. Dans celles de Lombardie, 
le professeur Ragazzoni ^ a trouvé une poire, coupée en long, 
ayant 25 millimètres sur 16. Elle était à Bardello, dans le lac de 
Varèse. Les poires sauvages figurées dans le Nouveau Duhamel 
ont 30-33 millimètres, sur 30-32, et celles du Laristan, figurées 
dans le Jardin fruitier du Muséum sous le nom de P, Balansœ, 
qui me paraissent de la même espèce et d'origine bien spontanée, 
ont 26-27 millimètres sur 24-25. Dans ces poires sauvages ac- 
tuelles la chair est un peu plus épaisse, mais les anciens lacus- 
tres avaient fait sécher leurs fruits après les avoir coupés en long, 
ce qui doit en avoir diminué l'épaisseur. Les stations indiquées 
n'accusent la connaissance ni des métaux ni du chanvre ; mais, 
vu leur éloignement de localités plus civilisées des temps anciens, 
surtout lorsqu'il s'agit de la Suisse, il est possible que les restes 
découverts ne soient pas antérieurs à la guerre de Troie ou à la 
fondation de Rome. 

J'ai cité trois noms de l'ancienne Grèce et un nom latin, mais il y 
en a beaucoup d'autres : par exemple, en arménien et géorgien, 
Pauta; en hongrois, Vatzkor ; dans les langues slaves, Gruscha 
(russe), Hrusska (bohème), Kruska (illyrien). Des noms analogues 
au Pyrus des Latins se trouvent dans les langues celtiques : Feir 
(irlandais), Per (cymrique et armoricain) *. Je laisse les linguistes 
laire des conjectures sur l'origine plus ou moins aryenne de plu- 
sieurs de ces noms et du Birn des Allemands, mais je note leur 
diversité et multiplicité comme un indice d'existence fort ancienne 
de l'espèce depuis la mer Caspienne jusqu'à l'Atlantique. Les 
Aryas n'ont sûrement pas emporté dans leurs migrations vers 
l'ouest des poires ou des pépins de poires ; mais, s'ils ont retrouvé 
en Europe un fruit qu'ils connaissaient, ils lui auront donné le 
nom ou les noms usités chez eux, tandis que d'autres noms an- 
Poiriers ne sont pas dans Vouvrage. En tout cas le nom des anciens est 
un nom vulgaire, mais le nom vraiment botanique est celui de Linné, fon- 
dateur de la nomenclature adoptée, et Linné a écrit Pyrus. 

1. Comès, ///. plante dipinti Pompeiani, p. 59. 

2. Heer, Pfahlbauten, p. 24, 26, fig. 7. 

3. Sordelli, Notizie staz. lacustre ai Lagozza, p. 37. 

4. Nemnich, Polyglott. Lexicon Naturgesch.; Ad. Pictet, Origines indo^uro» 
péennes, 1, p. 277; et mon Dictionnaire manuscrit de noms vulgaires» 



POIRIER SAUGER 188 

térieurs ont pu continuer dans quelques pays. Comme exemple 
de ce dernier cas, je citerai deux noms basques du Poirier, 
Udarea et Madaria *, qui n'ont aucune analogie avec les noms 
asiatiques ou européens déjà connus. Les Basques étant proba- 
blement des Ibères subjugués et refoulés vers les Pyrénées par 
les Celtes, l'ancienneté de leur langue est très grande, et, pour 
Tespèce en question, il est clair qu'ils n'ont pas reçu les noms 
des Celtes ou des Romains. 

En définitive, on peut regarder Thabitation actuelle du Poirier 
de la Perse septentrionale à la côte occidentale de l'Europe tem- 
pérée , principalement dans les régions montueuses , comme 
préhistorique et même antérieure à toute culture. Il faut ajouter 
néanmoins que dans le nord de l'Europe et dans les îles britan- 
niques la fréquence des cultures a dû étendre et multiplier des 
naturalisations d'une époque relativement moderne, qu'on ne 
peut guère distinguer maintenant. 

Je ne saurais me ranger à l'hypothèse de Godron , que les 
nombreuses variétés cultivées proviennent d'une espèce asiatique 
inconnue *. Il semble qu'elles peuvent se rattacher, comme le dit 
Oecaisne, au P, communis ou au P, nivalis^ dont je vais parler, 
en admettant les effets de croisements accidentels, de la culture 
et d'une longue sélection. D'ailleurs on a exploré l'Asie occi- 
dentale assez complètement pour croire qu'elle ne renferme pas 
d'autres espèces que celles déjà décrites. 

Poirier Sauger. — Pyrus nivalis^ Jacquin . 

On cultive en Autriche, dans le nord de l'Italie et dans 
plusieurs départements de l'est et du centre de la France, un 
Poirier qui a été nommé par Jacquin Pyrus nivalis ^, à cause 
du nom allemand Schneebirn, motivé par l'usage des paysans 
autrichiens d'en consommer les fruits quand la neige couvre les 
montagnes. On le nomme en France Poirier Sauger^ parce que 
les feuilles ont en dessous un duvet blanc qui les fait ressembler 
à la Sauge. Decaisne * regardait toutes les variétés de Saugers 
-comme dérivant du Pyrus Kotschyana , Boissier ^ , qui croît 
spontanément dans l'Asie Mineure. Celui-ci prendrait alors le 
nom de nivalis^ qui est le plus ancien. 

Les Saugers cultivés en France pour faire du poiré sont de- 
venus sauvages, çà et là, dans les forêts ^. Ils constituent la 

1. D'après une liste de noms de plantes communiquée par M. d'Abadie 
2i M. le professeur Clos, de Toulouse. 

2. Godron, /. c, p. 28. 

3. Jacquin, tlora austriaca, 2, p. 4, pi. 107. 

*. Decaisne, Jardin fimitier du Muséum, Poiriers, pi. 21. 
5. Decaisne, ibid., pi. 18, et introduction, p. 30. Plusieurs variétés de 
Saugers, dont quelques-unes ont de gros fruits, sont figurées dans le 
^me ouvrage. 
Ô- Bureau, Flore du centre de la France, éd. 3, v. 2, p. 236. 



186 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS 

masse des Poiriers dits à cidre^ qui se distinguent par la saveur 
acerbe du fruit, indépendamment des caractères de la feuille. 

Les descriptions des Grecs et des Romains sont trop impar- 
faites pour qu'on puisse constater s'ils possédaient cette espèce. 
On peut le présumer cependant, puisqu'ils faisaient du cidre *. 

Poirier de Chine. — Pyrus sinensis Lindley *. 

J'ai déjà mentionné cette espèce, voisine du Poirier commun, 
qui est sauvage en Mongolie et Manchourie ^ et qu'on cultive 
soit en Chine soit en Japon. 

Son fruit, plus beau que bon, est employé pour compotes. Û 
est trop nouveau dans les jardins européens pour qu'on ait cher- 
ché à le croiser avec nos espèces, ce qui arrivera peut-être sans 
qu'on le veuille. 

Pommier. — Pyrus Malus^ Linné. 

Le Pommier se présente à l'état sauvage dans toute l'Europe 
(à l'exception de l'extrême nord), dans TAnatolie, le midi du 
Caucase et la province persane de Ghilan *. Près de Trébizondè, 
le botaniste Bourgeau en a vu toute une petite forêt ^. Dans les 
montagnes du nord-ouest de l'Inde, il parait sauvage (appa- 
rently wild), selon l'expression de sir J. Hooker, dans sa flore 
de rinde anglaise. Aucun auteur ne le mentionne en Sibérie, en 
Mongolie ou au Japon ^. 

En Allemagne, on trouve deux formes spontanées, l'une à 
feuilles et ovaires glabres, l'autre à feuilles laineuses en dessous, 
et Koch ajoute que cette pubescence varie beaucoup '. En France, 
des auteurs très exacts signalent aussi deux variétés spontanées^ 
mais avec des caractères qui ne concordent pas complètemeM 
avec ceux de la flore d'Allemagne *. Cette diversité s'expliquerait 
si les arbres spontanés dans certaines provinces proviennent de 
variétés cultivées, dont les pépins auraient été dispersés. Lti 
question qui se présente est donc de savoir jusqu'à quel degré 

1. Palladius, De re rusticay L 3, c. 25. On employait pour cela « Pira 
sylvestria, velasperi genens. » 

2 . Le Coignassier de Chine avait été appelé par Thouin Pyrus sinen^. 
Malheureusement Lindley a donné le même nom à un véritable Pyrus. 

3. Decaisne [Jai^din fruitier du Muséum, Poiriers, pi. 5) a vu des échan» 
tillons de ces deux pays. MM. Franchet et Savatier l'indiquent, au JapoB^ 
seulement comme cultivé. 

4. Nyman, Conspectus florx europese, p. 240; Ledebour, Flora rassica^ 
2, p. 96; Boissier, Flora orient. j 2, p. 656; Decaisne, Nouvelles Arch, Mus, 
10, p, 153. r 

5. Boissier, l. c. 

6. Maximowicz, Primitive ussur. ; Regel, Opit florij etc. y sur les plantes de 
rUssuri, de Maak; Schmidt, Reisen Amur; Franchet et Savatier, Enum. 
Jap., n'en parlent pas. Bretschneider cite un nom chinois qu'il dit s^appli- 
quer à d'autres espèces. 

7. Koch, Synopsis fl. gei^m,^ 1, p. 261. 

8. Boreau, Flore du centre de ïa France, éd. 3, vol. 2, p, 23($. 



POMMIER 187 

Tespèce est probablement ancienne et originelle en divers pays, 
et s'il n'y a pas une patrie plus ancienne que les autres, étendue 
graduellement par des semis accidentels de formes altérées par 
aes croisements et par la culture. 

Si l'on demande dans quel pays on a trouvé le Pommier avec 
l'apparence la plus indigène, c'est la région de Trébizonde au 
Ghilan qu'il faut citer. La forme qu'on y rencontre sauvage est 
à feuilles laineuses en dessous, à pédoncule court et fruit doux *, 
qui répond au Malus communis de France, décrit par Boreau. 
Voilà un indice que la patrie préhistorique s'étendait de la mer 
Caspienne jusque près de l'Europe.. 

Piddington citait, dans son Index, un nom sanscrit pour le 
Pommier, mais Adolphe Pictet * nous apprend que ce nom, 
Seba, est industani et provient du persan Sêb, Sêf, L'absence 
de nom plus ancien dans l'Inde fait présumer que la culture, 
actuellement fréquente, dans le Cachemir et le Thibet, et sur- 
tout celle dans les provinces du nord-ouest ou du centre de l'Inde 
sont plus anciennes. Le Pommier n'était probablement connu 
que des Aryas occidentaux. 

Ceux-ci ont eu, selon toute probabilité, un nom basé sur A6, 
Af, Av, Ob, car on remarque ce radical dans plusieurs langues 
européennes d'origine aryenne. Ad. Pictet cite : en irlandais 
khatl, Ubhal;en cymrique, Afal; en armoricain, Aval; en ancien 
allemand, Aphal; en anglo-saxon. Appel; en Scandinave, Apliy 
en lithuanien, Obolys;en ancien slave, Iabluko;en russe ^labloko, 
U semble, d'après cela, que les Aryas occidentaux, ayant trouvé 
le Pommier sauvage ou déjà naturalisé dans le nord de l'Europe, 
auraient conservé le nom sous lequel ils le connaissaient. Les 
Grecs ont dit Mailea ou Maila, les Latins Malus, Malum^ mots 
d'une origine fort incertaine, dit Ad. Pictet. Les Albanais, qui 
remontent aux Pélasges, disent Molé^, Théophraste * mentionne 
AesMaila sauvages et cultivés. Je citerai enfin un nom tout par- 
ticulier des Basques (anciens Ibères?), Sagara, qui fait supposer 
une existence en Europe antérieure aux invasions aryennes. 

Les habitants des « terramare » de Parme et des palafittes 
des lacs de Lombardie, de Savoie et de Suisse faisaient grand 
usage des pommes. Ils le& coupaient toujours en long et les con- 
servaient desséchées, comme provisions pour Thiver. Les échan- 
tillons sont souvent carbonisés, à la suite d'incendies, mais on 
reconnaît d'autant mieux alors la structure interne du fruit. 
M. Heer ^, qui a montré une grande sagacité dans l'observation 
de ces détaus, distingue dans les pommes des lacustres suisses, 
d'une époque oii ils n'avaient pas de métaux, deux variétés 

1. Boissier, L c. 

2. Ad. Pictet, Origines indo-européennes, l,p. 276. 

3. De Heldreich, fîutzpflanzen Griechenlanas^ p. 64 . 

4. Théophraste, De causis, 1. 6, cap. 24. 

5. Heer, Pfahlbauten^ p. 24, f. 1-7. 



188 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS 

quant à la grosseur. Les plus petites ont un diamètre longitu- 
dinal de 15 à 24 millimètres et environ 3 millimètres de plus 
en travers (à Tétat séché et carbonisé) ; les plus grosses, 29 à 
32 millimètres sur 36 de large (à l'état séché, non carbonisé). Ces 
dernières répondent à une pomme des vergers de la Suisse alle- 
mande appelée aujourd'hui Campaner. Les pommes sauvages en 
Angleterre, figurées dans VFnglisk botany^ pi. 179, ont 17 milli- 
mètres de hauteur sur 22 millimètres de largeur. Il est possible 
que les petites pommes des lacustres fussent sauvages; cependant 
leur abondance dans les provisions peut en faire douter. M. le 
D*" Gross m'a communiqué deux pommes des palafittes moins 
anciens du lac de Neuchâtel, qui ont (à l'état carbonisé) Tune 
17, l'autre 22 millimètres de diamètre longitudinal. A Lagozza, 
en Lombardie, M. Sordelli * indique pour une pomme 17 milli- 
mètres de long sur 19 de large, et pour une autre 19 sur 27. Dans 
un dépôt préhistorique du lac de Varèse, à Bardello, M. Ragazzoni 
a trouvé une pomme un peu plus grosse que les autres parmi 
celles d'une provision. 

D'après l'ensemble de ces faits, je regarde l'existence du Pona- 
mier en Europe, à l'état sauvage et à l'état cultivé, comme pré- 
historique. Le défaut de communications avec l'Asie avant les 
invasions aryennes fait supposer que l'arbre était aussi indigène 
en Europe que dans l'Anatolie, le midi du Caucase et la Perse 
septentrionale, et que la culture a commencé partout ancien- 
nement. 

Cognassier. — Cydonia vulgaris^ Persoon. 

Il est spontané, dans les bois, au nord de la Perse, près de la 
mer Caspienne, dans la région au midi du Caucase et en Anato- 
lie ^.Quelques botanistes l'ont recueilli aussi en Crimée et dans 
le nord de la Grèce, avec des apparences de spontanéité ?, mais 
on peut déjà soupçonner d'anciennes naturahsations dans ces 
parties orientales de l'Europe, et plus on avance vers ritalie, 
surtout vers le sud-ouest de l'Europe et l'Algérie, plus il est 
probable que l'espèce y est naturalisée, d'ancienne date, autour 
des villages, dans les haies, etc. 

On ne connaît pas de nom sanscrit pour le Cognassier, d'où 

Ion peut inférer que l'habitation ne s'étendait pas vers le centre 

de l'Asie. 11 n'y a pas non plus de nom hébreu, quoique l'espèce 

soit sauvage sur le mont Taurus *. Le nom persan est Haivah ', 

mais je ne sais s'il remonte au zend. Le même nom existe en 

russe, Aivay pour le Cognassier cultivé, tandis que le nom de la 

» 

1. Sordelli, Sulle piante délia stazione délia Lagozza, p. 35. 

2. Boissier, FI. orient., 2, p. 656; Ledebour, FÎ. ross., 2, p. 55. 

3. Steven, VerzeicUniss Taurien, p. 150; Sibthorp, Prodr. fl, gréecspfif 
p. 344. 

4. Boissier, l. c. 

5. Nemnich, Polygl. Lexicon. 



GRENADIER 189 

plante sauvage est Armud^ qui vient de l'arménien Armuda *. 
Les Grecs avaient greffé sur une variété commune, Strutlon, une 
qualité supérieure venant de Gydon, dans Tile de Crète, d'où est 
venu le nom de xuSwvtov {kudônion), traduit par Malum cotoneum 
des Latins, par Cydonia et tous les noms européens tels que 
Codogno en italien, Coudougner et plus tard Coing en français, 
Quitte en allemand, etc. Il y a des noms polonais, Pigiva^ 
slave, Tunja ^, et albanais (pélasge?) Ftua ^, qui diffèrent tota- 
lement des autres. Cette variété de noms fait présumer une 
connaissance ancienne de l'espèce à l'ouest de sa patrie origi- 
nelle, et le nom albanais peut même indiquer une existence 
antérieure aux Hellènes. 

Pour la Grèce, l'ancienneté résulte aussi des superstitions, 
mentionnées par Pline et Plutarque, que le fruit du Cognassier 
éloignait les mauvaises influences, et de ce qu'il entrait dans les 
rites du mariage prescrits par Solon. Quelques auteurs ont été 
jusqu'à soutenir que la pomme disputée par Junon , Vénus et 
Minerve était un coing. Les personnes que ces questions peuvent 
intéresser trouveront des indications détaillées dans le mémoire 
de M. Comès sur les végétaux figurés dans les peintures de Pom- 
peia *. Le Cognassier y est représenté deux fois. Ce n'est pas 
surprenant puisque cet arbre était déjà connu du temps de 
Caton ^. 

La probabilité me paraît être une naturalisation dans l'Europe 
orientale avant l'époque de la guerre de Troie. 

Le coing est un fruit que la culture a peu modifié. Il est aussi 
acerbe et acide à l'état frais que du temps des anciens Grecs. 

Grenadier. — Punica Granalum, Linné. 

Le Grenadier est sauvage dans les endroits rocailleux de la 
Perse, du Kurdistan, de l'Afghanistan et du Béloutchistan ^. 
Burnes en a vu des bois entiers dans le Mazanderan, au midi de 
la mer Caspienne '^. Il parait également spontané au midi du 
Caucase *. Vers l'ouest, c'est-à-dire dans l'Asie Mineure, la 
Grèce, en général dans la région de la mer Méditerranée, dans 
l'Afrique septentrionale et à Madère, l'apparence est plutôt que 
l'espèce se serait naturalisée à la suite des cultures et de la dis- 
persion des pépins par les oiseaux. Beaucoup de flores du midi 
de l'Europe en parlent comme d^une espèce « subspontanée » 

1. Nemnichy Polygl, Lexicon. 

2. Nemnich, l. c. 

3. De Heldreich, Nutzpflanzen Griechenlands^ p. 64. 

4. In-4% Napoli, 1879. 

S- Cato, De re imstica, 7, c. 2. 

6. Boissier, FI. orient. ^ 2, p. 737; sir Joseph Hooker, FI. of british India. 
2, p. 581. 

7. Cité d'après Royle, ///. Himal., p. 208. 
0- Ledebotir, FI. 7'ossica, 2, p. 104. 



190 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS 

OU « naturalisée )>. Desfontaines, dans sa Flore atlantique, l'in- 
diquait comme spontanée en Algérie, mais les auteurs subsé- 
quents la disent plutôt naturalisée K Je doute de la qualité 
spontanée dans le Béloutchistan, où le voyageur Stocks l'a 
récoltée ^, car les botanistes anglo-indiens n'admettent pas 
comme certain Tindigénat à Test de llndus, et je remarque 
Tabsence de l'espèce dans les collections du Liban et de la Syrie, 
que M. Boissier cite toujours avec soin. 

En Chine, le Grenadier n'est qu'à l'état cultivé. Il y a été 
introduit, de Samarkande, par Ghang-Kien, un siècle et demi 
avant l'ère chrétienne ^ 

La naturalisation dans la région de la mer Méditerranée e^t si 
commune qu'on peut l'appeler une extension de l'ancienne 
habitation. Probablement elle date d'un terme reculé, car la 
<3ulture de l'espèce remonte à une époque très ancienne dans 
l'Asie occidentale. 

Voyons si les documents historiques et linguistiques peuvent 
apprendre quelque chose à cet égard. 

Je note d'abord l'existence d'un nom sanscrit, DaHmba^ d où 
viennent plusieurs noms de Tlnde moderne *. On peut en conclure 
que l'espèce était connue depuis longtemps dans les pays qui ont 
été traversés par les Aryas, lors de leur marche vers l'Inde. 

Le Grenadier est mentionné plusieurs fois dans l'Ancien Testa- 
ment sous le nom de Rimmon ^, qui est l'origine du nom arabe 
Rummân ou Bumân. G'était un des arbres fruitiers de la Terre 
promise, et les Hébreux l'avaient apprécié dans les jardins 
d'Egypte. Beaucoup de localités de la Palestine avaient reçu 
leur nom de cet arbuste, mais les textes n'en parlent que comme 
d'une espèce cultivée. Les Phéniciens faisaient figurer la fleuret 
le fruit du Grenadier dans leurs cérémonies religieuses, et la 
déesse Aphrodite l'avait planté elle-même dans l'île de Chypre*, 
ce qui fait supposer qu'il ne s'y trouvait pas alors. Les Grecs 
avaient connaissance de l'espèce déjà à l'époque d'Homère. II 
en est question deux fois dans V Odyssée^ comme d'un arbre des 
jardins des rois de Phseacie et Phrygie. Ils l'appelaient Roia ou 
Roa^ que les érudits disent venir du nom syriaque et hébreu ^ 
et aussi Sidai *, qui paraît venir des Pelasges, car le nom albanais 
actuel est Sège ^. Rien ne peut faire supposer que l'espèce fut 



1. Munby, FL d'Alger, p. 49; Bail, Spicilegium florx maroccan^, p. 458. 

2. Boissier, /. c. 

3. Bretschneider, On study, etc. y p. 16. 
i. Piddington, Index. 

3. Rosen millier, Biblische Naturyeschichie, 1, p. 273; Hamilton, La bota- 
nique de la Bible j Nice, 1871, p. 48. 

6. Hehn, Cultur iind Hausthiere ans Asien, éd. 3, p. 106. 

7. Hehn^ ibid. 

8. Lenz, Botanik d. alten Griechen und Rœmer, p. 681. 

9. De Heldreich, Die Nutzpflanzen GriechenlandK, p. 6i. 



POMME ROSE 191 

spontanée en Grèce, où maintenant Fraas et Heldreieh affirment 
qu'elle est uniquement naturalisée ^ 

Le Grenadier entrait aussi dans les légendes et les cérémonies 
du culte des plus anciens Romains *. Gaton parle de ses pro- 
priétés vermifuges. Selon Pline ', les meilleures grenades étaient 
de Garthage. Le nom de Malumpmiicum en avait été tiré ; mais on 
n'aurait pas dû croire, comme cela est arrivé, que l'espèce fût 
originaire de l'Afrique septentrionale. Très probablement les 
Phéniciens l'avaient introduite à Garthage, longtemps avant les 
rapports des Romains avec cette ville, et sans doute elle y était 
cultivée, comme en Egypte. 

Si le Grenadier avait été jadis spontané dans l'Afrique septen- 
trionale et le midi de l'Europe il aurait eu chez les Latins des 
noms plus originaux que Granatum (venant de granum ?) et 
Malum punicum. On aurait peut-être à citer quelques noms lo- 
caux, dérivés d'anciennes langues occidentades, tandis que le 
nom sémite Rimmon a prévalu soit en grec, soit en arabe, et se 
trouve même, par l'influence arabe, chez les Berbères *. Il faut 
admettre gue l'origine africaine est une des erreurs causées par 
les mauvaises désignations populaires des Romains. 

On a trouvé dans le terrain pliocène des environs de Meximieux 
des feuilles et fleurs d'un Grenadier que M. de Saporta ^ décrit 
comme une variété du Punica Granatum actuel. Sous cette 
forme, l'espèce a donc existé, antérieurement à notre époque, 
avec plusieurs espèces les unes éteintes , les autres existant 
encore aujourd'hui dans le midi de l'Europe et d'autres enfin 
restées aux îles Ganaries, mais la continuité d'existence jusqu'à 
nos jours n'en est pas pour cela démontrée. 

En résumé, les arguments botaniques, historiques et linguis- 
tiques s'accordent à faire considérer l'espèce actuelle comme 
onginaire de la Perse et de quelques pays adjacents. La culture 
en a commencé dans un temps préhistorique, et son extension 
dans l'antiquité, vers l'occident d'abord et ensuite en Chine, a 
causé des naturalisations qui peuvent tromper sur la véritable 
origine, car elles sont fréquentes, anciennes et durables. 

J'était arrivé à ces conclusions en 1855 ^, ce qui n'a pas em- 
pêché de reproduire dans quelques ouvrages Terreur de l'origine 
africaine. 

Pomme rose. — Eugenia Jambos^ Linné. — Jambosa vul- 
gariSy de Gandolle 

Petit arbre, de la famille des Myrtacées. Il est cultivé au- 

1. Fraas, FI. class.^ p. 79; Heldreieh, /. c. 

2. Uelm, /. c. 

3. Pline, 1. 13, c. 19. 

4. Dictionnaire français-berbère, publié par le gouvernement français. 
^. De Saporta, Bull. soc. géol. de France du 5 avril 1869, p. 767, 769. 
*. Géogr, bot. raisonnée, p. 891. 



192 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS 

jourd'hui dans les régions tropicales de Tancien et du nouveau 
monde pour Félégance de son feuillage, autant peut-être que 
pour son fruit, dont la chair, qui sent la rose, est par trop 
mince. On peut en voir une figure excellente et une bonne des- 
cription dans le Botanical magazine, pi. 3356. La graine renferme 
une matière vénéneuse *. 

Gomme la culture de cette espèce était ancienne en Asie, on ne 
pouvait pas douter qu'elle ne fût asiatique, mais on ne savait 
pas bien où elle existe à l'état sauvage. L'assertion de Loureiro, 
qui la disait habiter en Gochinchine et dans plusieurs localités de 
rinde, méritait confirmation. Quelques documents modernes 
viennent à l'appui *. Le Jambos est spontané à Sumatra et 
ailleurs dans les îles hollandaises de l'archipel Indien. Kurz ne 
l'a pas rencontré dans les forêts de la Birmanie anglaise, mais 
lorsque Rheede vit cet arbre dans les jardins du Malabar il 
remarqua qu'on l'appelait Malacca-Sckamàu, ce qui montre 
bien une origine de la péninsule malaise. Enfin Brandis le dit 
spontané dans le Sikkim, au nord du Bengale. L'habitation 
naturelle s'étend probablement des îles de l'archipel Indien à la 
Gochinchine, et même au nord-est de l'Inde, où cependant il 
s'est peut-être naturalisé à la suite des cultures et par l'action 
des oiseaux. La naturalisation s'est en effet opérée ailleurs, par 
exemple à Hong-Kong, dans les îles Seychelles, Maurice et 
Rodriguez, ainsi que dans plusieurs des îles Antilles '. 

» 

Jamalac ou Jambosier de Malacca. Eugenia malaccensis^ 
Linné. — Jambosa malaccensis, de Gandolie. 

Espèce voisine de V Eugenia Jambos, mais différente par la 
disposition de ses fleurs et par son fruit obovoïde, au lieu d'être 
ovoïde, c'est-à-dire ayant la partie la plus étroite près de son 
point d'attache, comme serait un œuf sur son petit bout. Le 
fruit est plus charnu et sent aussi la rose, mais on l'estime beau- 
coup *, ou assez peu ^, suivant les pays et les variétés. Celles-ci 
sont nombreuses. Elles diffèrent par la couleur rosée ou rouge 
des fleurs et la grosseur, la forme et la couleur des fruits. 

Gette multiplicité de variétés montre une ancienne culture 
dans l'archipel Indien, d'où l'espèce est originaire. Comme 
confirmation, il faut noter que Forster la trouva établie dans 
les îles de la mer Pacifique, de Taïti aux Sandwich, lors du 
voyage de Gook ^. 

1. Descourtilz, Flore médicale des Antilles, 5, pi. 315. 

2. Miquel, Sumatra, p. 118; Flora Indix batavœ, 1, p. 425; Blume, Mu- 
séum Lugd.-Bat., 1, p. 93. 

3. Hooker, Flora of hrit. India, 2, p. 474; Baker, Flora of Mauritius, etc., 
p. 115; Grisebach, FL ofbrit. W. Indian islands, p. 235. 

4. Rumphius, Àmboin., 1, p. 121, t. 37. 

5. Tu88ac, Flore des Antilles, 3, p. 89, pi. 25. 

6. Forster, Planta esculentée, p. 36. 



GOYAVIER 193 

Le Jambosier de Malacca est spontané dans les forêts de Tar- 
chipel asiatique et de la presqu'île de Malacca * . 

D'après Tussac, il a été apporté de Taïtià la Jamaïque en 1793. 
Maintenant il s'est répandu et naturalisé dans plusieurs des îles 
Antilles, de même qu'aux îles Maurice et Seychelles *. 

Goyavier. — Psidium Guayava^ Raddi. 

Les anciens auteurs, Linné et après lui quelques botanistes 
ont admis deux espèces dans cet arbre fruitier de la famille des 
Myrtacées, l'une ayant les fruits ellipsoïdes ou sphériques à 
chair rouge, Psidium pomiferum; l'autre à fruit pyriforme et 
chair blanche ou rosée, plus agréable au goût. De semblables 
diversités sont analogues à ce que nous voyons dans les poires, 
les pommes et les pêches; aussi a-t-on soupçonné de bonne 
heure qu'il valait mieux considérer tous ces Psidium comme une 
seule espèce. Raddi a pour ainsi dire constaté l'unité lorsqu'il a 
vu, au Brésil, des fruits pyriformes et d'autres presque ronds 
sur le même arbre ^. Aujourd'hui, la majorité des botanistes, 
surtout de ceux qui ont observé les Goyaviers dans les colonies, 
suit l'opinion de Raddi *, vers laquelle j'inclinais déjà, en 1855, 
par des raisons tirées de la distribution géographique ^, 

Low ®, qui a conservé dubitativement, dans sa flore de Ma- 
dère, la distinction en deux espèces, assure que chacune se 
conserve par les graines. Ce sont, par conséquent, des races, 
comme dans nos animaux domestiques et dans beaucoup de 
plantes cultivées. Chacune de ces races comprend des variétés ''. 

Les Goyaviers, lorsqu'on veut étudier leur origine, présentent 
au plus haut degré une difficulté qui existe dans beaucoup 
d'arbres fruitiers de cette nature : leurs fruits charnus, plus ou 
moins aromatiques, attirent les animaux omnivores, qui rejet- 
tent leurs graines dans les endroits les plus sauvages. Celles des 
Goyaviers germent rapidement et fructifient dès la troisième 
ou quatrième année. La patrie s'est donc étendue et s'étend 
encore par des naturalisations, principalement dans les contrées 
tropicales qui ne sont pas très chaudes et humides. 

1. Blume, Muséum Lugd.-Bat, 1, p. 91; Miquel, FI. Indus hatavx, 1, 
p. 411; Hooker, FI brit. India, 2, p. 412. 

2. Grisebach, FI. of brit. W. India, p. 235 ; Baker, FI. of Mauritius, 
p. 115. 

3. Raddi, Di alcune specie di Pero indianOy ia-4, Bolofçna, 1821, p. 1. 

4. Martius, Syst. mat. medicse bras., p. 32; Blume, Muséum Lugd.-Bat.y 
l, p. 71 ; Hasskarl, dans Flora, 1844, p. 589 ; sir J. Hooker, Flora of brit. 
India, 2, p. 468. 

5. Géogr. bot. raisonnée, p. 893. 

6. Low, A manual flora of Madeira^ p. 266. 

7. Voir Blume, /. c; Descourtilz, Flore médicale des Antilles^ 2, p. 20, 
où se trouve une figure du Goyavier pyriforme ; Tussac, Flore des An- 
tilles, 2, p. 92, qui contient une bonne planche de la forme arrondie. Ces 
deux derniers ouvrages renferment des détails intéressants sur la manière 
d'employer les goyaves, sur la végétation de l'espèce, etc. 

De Gandolle. 13 



194 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS 

Pour simplifier la recherche des origines, j'éliminerai d'abord 
l'ancien monde, car il est assez évident que les Goyaviers sont 
venus d'Amérique. Sur une soixantaine d'espèces du genre 
Psidium, toutes celles qu'on peut regarder comme suffisamment 
étudiées sont américaines. Les botanistes, depuis le xyi« siècle, 
ont trouvé, il est vrai, des Psidium Guayava (variétés pomifei^m 
et pytnferum)^ plus ou moins spontanés dans les îles de l'Archipel 
Indien et l'Asie méridionale *, mais tout fait présumer que 
c'était le résultat de naturalisations peu anciennes. On admet- 
lait pour chaque localité une origine étrangère; seulement on 
hésitait sur la provenance asiatique ou américaine. D'autres 
considérations justifient cette idée. Les noms vulgaires en ma- 
lais sont dérivés du mot américain Guiava, Les anciens auteurs 
chinois ne parlent pas dfes Goyaviers, bien que Loureiro les ait 
dits sauvages en Cochinchine il y a un siècle et demi. Forst^r 
ne les mentionne pas comme cultivés dans les îles de la mer 
Pacifique lors du voyage de Gook, ce qui est assez significatif 
quand on pense à la facilité de cultiver ces arbres et à leur dis- 
persion inévitable. Aux îles Maurice et Seychelles, personne ne 
doute de leur introduction et naturalisation récentes *. 

Nous aurons plus de peine à découvrir de quelles parties de 
l'Amérique les Goyaviers sont sortis. 

Dans le siècle actuel, ils sont certainement spontanés, hors 
des cultures, aux Antilles, au Mexique, dans l'Amérique cen- 
trale, le Venezuela, le Pérou, la Guyane et le Brésil ', mais 
depuis quelle époque? Est-ce depuis que les Européens en ont 
répandu la culture? Est-ce antérieurement, à la suite des trans- 
ports par les indigènes et surtout par les oiseaux? Ces ques- 
tions ne paraissent avoir fait aucun progrès depuis que j'en ai 
parlé en 1855 *. Cependant, aujourd'hui, avec un peu plus 
d'expérience dans ces sortes de problèmes, et Tunité spécifique 
des deux Goyaviers étant reconnue, j'essayerai d'indiquer ce qui 
me paraît le plus vraisemblable. 

J. Acosta^, un des premiers auteurs sur l'histoire naturelle du 
nouveau monde, s'exprime sur le Goyavier pomiforme de la 
manière suivante : « Il y a en Saint-Domingue et es autres îles, 
des montagnes toutes pleines de Goyavos, et disent, qu'il n'y 
avait point de telle sorte d'arbres avant que les Espagnols y 
arrivassent, mais qu'on les y a apportés de je ne sais où. » Ce 
serait donc plutôt du continent que l'espèce serait originaire. 
Acosta dit bien qu'elle croît en terre ferme, et il ajoute que les 
goyaves du Pérou ont une chair blanche bien préférable à 

1. Rumphius, Amboin., 1, p. 141, 142; Kheode, Uort. malaô.y 3, t. 34. 

2. Bojer, Hortus muuritianus ; Baker, Ftoru of Mauritiusy p. 112. 

3. Toutes les flores, et Berg, daos Flora hrasitiensùy vol. 14, p. 196. 

4. Géoyr. bot. raisonnée, p. 894 et 895. 

5. Acosta, Hist, nnt. et morale des Indes orient, et occid., traduction frao- 
caise, 1598, p. 175, au verso. 



GOURDE, COUGOURDE, CALEBASSE 19g 

celle des fruits rouges. Ceci fait présumer une culture ancienne 
sur le continent. Hernandez * avait vu les deux formes sponta- 
nées au Mexique, dans les endroits chauds des plaines et des 
montagnes, près de Quauhnaci. Il donne une description et une 
figure très reconnaissable du Ps. pomiferum. Pison et Marcgraf* 
avaient aussi trouvé les deux Goyaviers sauvages au Brésil dans 
les plaines; mais ils notent qu'ils se répandent facilement. Marc- 
graf dit qu'on les croyait originaires du Pérou, ou de TAmé- 
rique septentrionale, ce qui peut s'entendre des Antilles ou du 
Mexique. Evidemment l'espèce était spontanée dans une grande 
partie du continent lors la découverte de l'Amérique. Si l'habi- 
tation a été une fois plus restreinte, il faut croire que c'était à 
une époque bien plus ancienne. 

Les noms vulgaires différaient chez les peuples indigènes. Au 
Mexique, on disait JTateocof/; au Brésil, l'arbre s'appelait Araca- 
Iba et le fruit Araca-Guacu; enfin le nom Guajavos ou Guajcœa 
est cité par Acosta et Hernandez à l'occasion des Goyaviers du 
Pérou et de Saint-Domingue, sans que l'origine en soit indiquée 
exactement. Cette diversité de noms confirme l'hypothèse d une 
très ancienne et vaste habitation. 

D'après ce que disent les premiers voyageurs d'une origine 
étrangère à Saint-Domingue et au Brésil, — assertion dont il 
est permis cependant de douter, — je soupçonne que l'habita- 
tion la plus ancienne était du Mexique à la Colombie et au 
Pérou, et qu'elle s'est peut-être agrandie du côté du Brésil 
avant la découverte de l'Amérique, et dans les îles Antilles après 
cette époque. L'état de l'espèce le plus ancien, qui se montre 
le plus à l'état sauvage, serait la forme à fruit sphérique, âpre 
et fortement coloré. L'autre forme est peut-être un produit de la 
culture . 

Gk>urde ^, Gougourde, Calebasse. — Lagenaria vulgaris, 
Seringe. — Cucurbita lagenaria^ Linné. 

Le fruit de cette Cucurbitacée a pris différentes formes dans 
les cultures ; mais, d'après l'ensemble des autres parties de la 
plante, les botanistes n'admettent qu'une espèce, divisée en 
plusieurs variétés *. Les plus remarquables sont la Gourde des 
pèlerins^ en forme de bouteille; la Cougourde, dont le goulot 
est allongé; la Gourde massue ou trompette, et la Calebasse, 
ordinairement grande et peu étranglée. D'autres variétés moins 
répandues ont le fruit turbiné ou déprimé et fort petit, comme 

1. Hernandez, Novâs Hispanise Thésaurus^ p. 85. 

2. Pison, Hist. brasil.^ p. 74; Marcçraf, ibid.^ p. 105. 

3. En anglais, le mot Gourd s'applique au Potiron (Cucurbita maxima). 
C'est un des exemples de la confusion des noms vulgaires, et de la préci- 
sion supérieure des noms scientifiques. 

4. Naudin, Annales des se. nat.^ série 4, vol. 12, p. 91; Cogniaux, dans 
nos Mon. Phan.y 3, p. 417. 



196 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS 

la Gourde tabatière. On reconnaît toujours l'espèce à sa fleur 
blanche, et à la dureté de la partie extérieure du fruit, qui permet 
de l'employer comme vase pour les liquides ou réservoir d'air, 
propre à soutenir les nageurs novices. La chair intérieure est 
tantôt douce et mangeable, tantôt amère et même purgative. 

Linné * disait Tespèce américaine. De Candolle * Ta considérée 
comme probablement d'origine indienne, et la suite a confirmé 
cette opinion. 

On a trouvé, en eff'et, le Lagenaria vulgaris sauvage au Ma- 
labar et dans les forêts humides de Deyra Doon ^. Roxburgh * 
le considérait bien comme spontané dans l'Inde, quoique les 
flores subséquentes l'aient dit seulement cultivé. Enfin Rum- 
phius ^ indique des pieds sauvages, sur le bord de la mer, dans 
une localité des îles Moluques. Les auteurs mentionnent ordinai- 
rement la pulpe comme amère dans ces individus sauvages, 
mais elle l'est quelquefois aussi dans les formes cultivées. La 
langue sanscrite distinguait déjà la Gourde ordinaire, UlavoUy 
et une autre, amère, Kutou-Toumbi, à laquelle A. Pictet attribue 
aussi le nom Tiktaka ou Titkikâ ^. Seemam ^ a vu l'espèce « cul- 
tivée et naturalisée » aux îles Fidji. Thozet Ta recueillie sur la 
côte de Queensland, en Australie *, mais c'était peut-être le 
résultat de cultures dans le voisinage. Les localités de Hnde 
continentale paraissent plus sûres et plus nombreuses que celles 
des îles du midi de l'Asie. 

L'espèce a été trouvée, également sauvage, en Abyssinie, 
dans la vallée de Hieha, par Dilion, et parmi des buissons et 
des rocailles d'une autre localité, par Schimper ^. 

De ces deux régions de l'ancien monde, elle s'est répandue 
dans les jardins de tous les pays tropicaux et des pays tempérés 
ayant une chaleur estivale suffisante. Parfois elle s'est natu- 
ralisée hors des cultures, comme on l'a observé en Amérique *°. 

Le plus ancien ouvrage chinois mentionnant la Gourde est 
celui de Tchong-tchi-chou, du i®' siècle avant Jésus-Christ, cité 
dans un ouvrage du v^ ou vi® siècle, selon le D^ Bretschneider ". 

1. Linné, Species plantarum, p. 1434, sous Cucurbita. 

2. A. P. de Candolle, Flore française (1805), voL 3, p. 692. 

3. Rheede, Malabar^ 8, pL 1, 5; Royle, lu. HimaL, p. 218. 

4. Roxburjçh, Flora indica, éd. 1832, v. 3, p. 719. 

5. Rumphius, Amboin., vol. 5, p. 397, t. 144. 

6. Piddington, Index, au mot Cucurbita lagenaria (en changeant la 
cacographie anglaise) ; Ad. Pictet, Origines indo-europ., éd. 3, vol. 1, 
p. 386. 

7. Seemann, Flora Vitiensis, p. 106. 

8. Bentham, Flora australiensis, 3, p. 316. 

9. Décrite d'abord sous le nom de Lagenaria idolatrica. A. Richard, 
Tentamen fl, abyss,, 1, p. 293, et ensuite Naudin et Cogniaux ont reconnu 
ridentité avec le L. vulgaris. 

10. Torrey et Gray, Flora of North America^ 1, p. 543; Grisebach, Fhra 
of british W, India islands^ p. 288. 

11. Bretschneider, lettre du 23 août 1881. 



GOURDE, COUGOURDE, CALEBASSE 197 

Il s'agit dans ce cas de plantes cultivées. Les formes actuelles 
des jardins de Peking sont la Gourde massue, qui est mangeable, 
et la Gourde bouteille. 

Les auteurs grecs n'ont pas mentionné cette plante, mais les 
Romains en ont parlé depuis le commencement de Tempire. 
Elle est assez clairement désignée par des vers souvent cités * du 
livre X de Golumelle. Après avoir décrit les différentes formes 
du fruit : 

dabit illa capacem, 

Nariciae picis, aut Actœi meilis Hymetti, 

Aut habilem lymphis hamulam, Bacchove lagenam, 

Tum pueros eadem fluviis innare docebit. 

Pline * parle d'une Gucurbitacée dont on faisait des vases et des 
barriques pour le vin, ce qui ne peut s'appliquer qu'à celle-ci. 

Il ne paraît pas que les Arabes en aient eu connaissance de 
bonne heure, carïbn Alawàm et Ibn Baithar n'en ont rien dit *. 
Les commentateurs des livres hébreux n'ont pu attribuer aucun 
nom d'une manière positive à cette espèce, et cependant le 
climat de la Palestine était bien de nature à populariser l'usage 
des Gourdes, si on les avait connues. Il me paraît assez douteux, 
d'après cela, que les anciens Egyptiens aient possédé cette 
plante, malgré une figure unique de feuilles, vue dans une 
tombe, qui lui a été attribuée quelquefois *. Alexandre Braun, 
Ascherson et Magnus, dans leur savant mémoire sur les restes 
de plantes égyptiennes du musée de Berlin ^, indiquent plu- 
sieurs Gucurbitacées sans mentionner celle-ci. Les premiers 
voyageurs modernes, comme Rauwolf *, en 1374, l'ont vue dans 
les jardins de Syrie, et la Gourde dite des pèlerins, figurée, en 
1539, par Brunfels, était probablement connue dès le moyen 
âge en Terre sainte. 

Tous les botanistes du xvi« siècle ont donné des figures de 
cette espèce, plus souvent cultivée alors, en Europe, qu'elle 
ne l'est aujourd'hui. Le nom ordinaire dans ces vieux ouvrages 
était Camei^aria, et l'on distinguait trois formes de fruits. A la 
couleur blanche de la fleur, toujours mentionnée, on ne peut 
douter de l'espèce. Je remarque aussi une figure, très mauvaise, 
il est vrai, où la fleur manque, mais où le fruit est exactement 



1. Tragus, Stirp.^ p. 285; Ruellius, De natura stirpium, p. 498; Naudin, 
L c. 

2. Pline, Hisi. plant., 1. 19, c. 5. 

3. Ibn Alawâm, d'après E. Meyer, Geschichte dej' Botanik, 3, p. 60; Ibn 
Baithar^ trad. de Sondtheimer. 

4. Unger, Pflanzen des alten jEgyptenSj p. 59; Pickering, Chronol, arran- 
geinent. p. 137. 

5. In-8, 1877, p. 17. 



7, p. 1 
, Fîoi^a 



6. Rauwolf, FÎ07^a orient., p. 125. 



198 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS 

la gourde des pèlerins, qui présente ce grand intérêt d'avoir 
paru avant la découverte de TAmérique. C'est la planche 46 de 
YHerbarius Patavide impressus^ in-4o, 1485, ouvrage rare. 

Malgré certains synonymes des auteurs, je ne crois pas que la 
Gourde ait existé en Amérique avant l'arrivée des Européens. 
Le Taquera de Piso * et le Cucurbila lagenae forma de Marc- 
graf ^ sont peut-être bien le Lagenaria vulgarisy comme le disent 
les monographes ^, et les échantillons du Brésil cités par eux 
doivent être certains, mais cela ne prouve pas que Tespèce fût 
dans le pays avant le voyage d'Americ Vespuce, en 1504. Depuis 
lors jusqu'aux voyages de ces deux botanistes, en 1637 et 1638, 
il s'est écoulé un temps bien plus long qu'il ne faut le supposer 
pour l'introduction et la diffusion d'une espèce annuelle, cu- 
rieuse de forme, facile à cultiver et dont les graines conservent 
longtemps la faculté de germer. Elle peut même s'être natura- 
lisée à la suite des cultures, comme cela s'est vu ailleurs. A plus 
forte raison le Cucurbita Sicet^atia Molina, attribué tantôt à 
l'espèce actuelle et tantôt au Cucurbita maxlma *, peut- il avoir 
été introduit au Chili, entre 1538, époque de la découverte de ce 
pays, et 1787, date de l'édition en italien de Molina. Acosta * 
parle aussi de Calebasses dont les Péruviens se servaient comme 
de coupe ou de vase, mais l'édition espagnole de son livre est de 
1591, plus de cent ans après laconguête. Parmi les naturalistes 
ayant indiqué l'espèce le plus rapprochée de la découverte de, 
l'Amérique (1492) estOviedo ^, qui avait visité la terre ferme et, 
après un séjour à Vera-Paz, était revenu en Europe en 1815, 
mais était retourné à Nicaragua en 1539 ^ D'après la compila- 
tion de Ramusio ^, il a parlé de zucchCy cultivées en quantité 
aux Antilles et à Nicaragua à l'époque de la découverte de 
l'Amérique et dont on faisait usage comme de bouteilles. Les 
auteurs de flores de la Jamaïque, au xvii^ siècle, ont dit l'espèce 
cultivée dans cette île. P. Browne ^ cependant indique une 
grande Gourde cultivée et une petite, sauvage, ayant une pulpe 
amère et purgative. 

Enfin, pour les Etats-Unis méridionaux, Elliott *® s'exprimait 
ainsi en 1824 : « Le Z. vul^aris se trouve rarement dans les bois 
et n'est certainement pas mdigène. Il paraît avoir été apporté 
par les anciens habitants de notre pays d'une contrée plus 

1. Piso, Indix utnusouej etc. y éd. 1658, p. 264. 

2. Marcçraf, Hist, nai. Brasiliœ^ 1648, p. 44. 

3. Naudm, /. c. ; Cogniaux, dans Flora brasU.^ fasc, 78, p. 7, et dans de 
Candolle, Monoqr. Phaner., 3, p. 418. 

4. Cl. Gay, Flora Chilena, 2, p. 403. 

5. los. Acosta, trad. française, p. 167. 

6. Pickering, ChronoL arrang., p. 861. 

7. Pickering, /. c. 

8. Ramusio, vol. 3, p. 112. 

9. P. Brown, Jamaica^ éd. 2, p. 354. 

10. Elliott, Sketch of the botany of S. Carolina and Georgia^ 2, p. 663. 



POTIRON 199 

chaude. Maintenant, Tespèce est devenue spontanée autour des 
habitations, particulièrement dans les îles de la mer. » L'expres- 
sion : habitants de notre pays, aTair de signifier les colons plutôt 
que les indigènes. Entre la découverte de la Virginie, par Cabot 
en 1497, ou les voyages de W. Raleigh en 1584, et les flores 
des botanistes modernes, il s'est écoulé plus de deux siècles, et 
les indigènes auraient eu le temps de répandre la culture de 
l'espèce, s'ils l'avaient reçue des Européens. Mais le fait même 
de la culture par les Indiens à l'époque des premières relations 
sur leur compte est douteux. Torrey et Gray * l'avaient men- 
tionné comme certain dans leur flore, publiée en 1830-40, et 
plus tard le second de ces habiles botanistes *, dans un article 
sur les Gucurbitacées connues des indigènes, ne cite pas le Ca- 
labash ou Lagenaria. Je remarque la même omission dans un 
autre article spécial, sur le même sujet, pubhé plus récem- 
ment '. 

Potiron. — Cucurbita inaxlma, Duchesne. 

En commençant l'énumération des espèces du genre Cucur- 
àita, je dois expliquer que la distinction, autrefois très difficile, 
des espèces, a été fondée par M. Naudin * d'une manière scienti- 
fique, au moyen d'une culture assidue des variétés et d^expé- 
riences sur leur fécondation croisée. Il nomme espèces les 
groupes de formes qui ne peuvent pas se féconder mutuellement 
ou dont les produits n'ont pas été féconds et stables, et races ou 
variétés les formes qui se croisent entre elles et donnent des 
produits féconds et variés. La suite des expériences ^ l'a averti 
que l'établissement des espèces sur cette base n'est pas sans 
exceptions, mais dans le genre Cucurbita les faits physiologi- 
ques concordent avec les différences extérieures. M. Naudin a 
établi les véritables carïictères distinctifs des Cucurbita maxima 
«t C Pepo, La première a les lobes de la feuille arrondis, les 
pédoncules à surface unie et les lobes de la corolle recourbés 
à l'extérieur ; la seconde a les lobes de la feuille aigus, les pé- 
doncules marqués de côtes et sillons, la corolle rétrécie à la 
base, avec les lobes presque toujours dressés. 

Les principales formes du Cucurbita maxima sont le Potiron 
jaune, qui atteint quelquefois un poids énorme ^, le Potiron 
turban ou Giraumon, le Courgeron, etc. 

Les noms vulgaires et des anciens auteurs ne cadrant pas 
avec les définitions botaniques, il faut se défier des assertions 

1. Torrey et Gray, Floj^a ofN, America, 1, p. 544. 

2. A. Gray, dans American journal of science, 1857, vol. 24, p. 442. 

3. Trumbull, dans Bulletin ofthe Torrey club of botany, vol. 6, ann. 1876, 
p. 69. 

4. Naudin, dans Annales des se. nat., série 4, vol. 6, p. .5; vol, 12, p. 84. 

5. Ann. se. nat., série 4, vol. 18, p. 160, vol. 19, p. 180. 

6. Jusqu'à 100 kilogr., d'après Le bon jardinier, 1850, p. 180. 



200 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS 

répandues autrefois sur les origines et sur Tintroduction de la 
culture de telle ou telle courge à certaine époque ou dans cer- 
taines contrées. C'est une des raisons pour lesquelles, quand je 
me suis occupé du sujet, en 1855, la patrie de ces plantes était 
restée pour moi inconnue ou très douteuse. Aujourd'hui, on peut 
scruter mieux la question. 

D'après sir Joseph Hooker \ le Cucurbita maxima a été trouvé 
par Barter sur les hords du Niger, en Guinée, « avec l'appa- 
rence indigène » (apparently indigenous) , et par Welwitsch 
dans l'Angola, sans affirmation de la qualité spontanée. Je ne 
vois aucune indication de spontanéité dans les ouvrages sur 
TAbyssinie, l'Egypte ou autres pays africains dans lesquels on 
cultive communément l'espèce. Les Abyssins se servent du mot 
Dubba, qui s'applique, en arabe, aux Courges, dans un sens 
très général. 

Longtemps on a soupçonné une origine indienne, en s'ap- 
puyant sur des noms tels que Courge dlnde^ donnés par des bo- 
tanistes du XVI® siècle, et, en particulier, sur le Pepo maximus 
indiens^ figuré par Lobel ^, qui rentre bien dans l'espèce actuelle; 
mais c'est un genre de preuve bien faible, car les indications, 
vulgaires d'origine sont souvent fausses. Le fait est que si les 
Potirons sont cultivés dans l'Asie méridionale, comme ailleurs 
entre les tropiques, on n'a pas rencontré la plante à l'état sau- 
vage ^. Aucune espèce seinblable ou analogue n'est indiquée 
dans les anciens ouvrages chinois, et les noms modernes des 
Courges et Potirons cultivés actuellement en Chine montrent 
une origine étrangère méridionale *. Il est impossible de savoir 
à quelle espèce s'appliquait le nom sanscrit Kurkarou, attribué 
par Roxburgh au Cucurbita Pepo, et l'incertitude n'est pas moins 
grande au sujet des Courges, Potirons et Melons cultivés par les 
Grecs et les Romains. On n'a pas constaté la présence d'un Po- 
tiron dans l'ancienne Egypte. Peut-être en cultivait-on dans ce 
pays et dans le monde gréco-latin? Les Pepones dont Gharle- 
magne ordonnait la culture dans ses fermes ^ étaient ou l'espèce 
actuelle ou le Cucurbita Pepo ; mais aucune figure ou descrip- 
tion reconnaissable de ces plantes n'a été donnée avant le 
XVI® siècle. 

Ceci pourrait faire présumer une origine américaine. L'exis- 
tence, à l'état spontané, en Afrique, est bien une objection, car 
les espèces de la famille des Cucurbitacées sont très locales; 
mais il y a des arguments en faveur de l'Amérique, et je dois les 

1. Hooker, Flora of tropical A frica^ 2, p. 555. 

2. Lobel, Icônes, t. 641. La figure est reproduite dans Dalecbamp , 
Hist., 1, p. 626. 

3. Clarke, dans Hooker, Flora of hritish India, 2, p. 622. 

4. Bretschneider, lettre du 23 août 1881 

5. La liste est dans E. Meyer, Geschichte der Botanik. 3, p. 401. Les Cm- 
curbita dont il parle également devaient être la Gourde, Lagenaria, 



POTIRON 201 

examiner avec d'autant plus de soin qu'on m'a reproché aux 
Etats-Unis de n'en avoir pas tenu suffisamment compte. 

D'abord, sur dix espèces connues du genre Gucurbita, six sont 
certainement spontanées en Amérique (au Mexique ou en Cali- 
fornie), mais ce sont des espèces vivaces, tandis que les Courges 
cultivées sont annuelles. 

La plante nommée Jurumu par les Brésiliens, figurée par 
PisonetMarcgraf *, est rapportée par les modernes au Cucurbita 
maxima, La planche et les courtes explications des deux auteurs 
conviennent assez, mais il parait que c'était une plante cultivée. 
Elle peut avoir été apportée d'Afrique ou d'Europe par les 
Européens, entre la découverte du Brésil, en 1504, et les voyages 
des .auteurs sus-mentionnés, qui ont eu lieu en 1637 et 1638. 
Personne n*a trouvé l'espèce sauvage dans l'Amérique méridio- 
nale ou septentrionale. Je ne rencontre dans les ouvrages sur le 
Brésil, la Guyane, les Antilles aucun indice de culture ancienne 
ou d'existence spontanée, soit d'après les noms, soit d'après des 
traditions ou opinions plus ou moins précises. Aux Etats-Unis, 
les savants qui connaissent le mieux les langues et les usages 
des indigènes, par exemple le D»* Harris autrefois, et M. Trum- 
buU plus récemment ^5 ont soutenu que les Cucurbitacées appe- 
lées Squash par les Anglo-Américains et Macock ou CashaWj 
Cushaw par d'anciens voyageurs en Virginie, répondent à des 
Courges. M. Trumbull dit que Squash est un mot indien. Je 
n'en doute pas, d'après son assertion, mais ni les plus habiles 
linguistes ni les voyageurs du xvii^ siècle ' qui ont vu les 
indigènes pourvus de fruits appelés dans leurs livres Citrouilles, 
Courges^ Pompions, Gourdes^ n'ont pu donner la preuve que 
ce fût telle ou telle des espèces reconnues distinctes aujour- 
d'hui par les botanistes. Cela nous apprend seulement que 
les indigènes, un siècle après la découverte de la Virginie, 
vingt à quarante ans après la colonisation par W. Raleigh, 
faisaient usage de certains fruits de Cucurbitacées. Les noms 
vulgaires sont encorie si confus aux Etats-Unis que le D"" Asa 
Gray, en 1868, indique Pumpkin et Squash comme répondant 
à des espèces de Cucwbita *, tandis que Darlington ^ attribue 
le nom de Pumpkin à la Courge ordinaire {Cucurbita Pepo), 
et celui de Squash aux variétés de celle-ci qui rentrent aans 
les formes Mdopepo des anciens botanistes. Ils n'attribuent pas 
un nom vulgaire, particulier et certain, au Potiron {Cucurbita 
maxima). 

En définitive, sans ajouter une foi implicite à l'indigénat sur les 

1. Piso, BrasiL, éd. 1638, p. 264; Marcgraf, éd. 1648, p. 44. 

2. Barris, American journal, 1857, vol. 24, p. 441; Trumbull, Bull, of 
Toireii's Club, 1876, vol. 6, p. 69. 

3. Champlain, en 1604; Strachey, en 1610; etc. 

4. Asa Gray, Botany of the northem states, éd. 1868, p. 186. 

5. Darlington, Flora cestnca, 1853, p. 94. 



202 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS 

bords du Niger, fondé sur le dire d'un seul voyageur, je persiste 
à croire l'espèce originaire de l'ancien monde et introduite en 
Amérique par les Européens . 

Courge Pépon. — Citrouille. — Cucurbita Pepo et C. Melo^ 
pepo, Linné. 

Les auteurs modernes comprennent dans le Cucw^bita Pepo 
la plupart des formes désignées sous ce nom par Linné et en 
outre celles qu'il nommait C. Melopepo. Ces formes sont exces- 
sivement variées quant aux fruits, ce qui montre une très an- 
cienne culture. On remarque dans leur nombre : la Courge ou 
Citrouille des Patagons, à fruits cylindriques énormes ; la Courge 
sucrière, dite du Érésil ; la Courge à la moelle ou Vegetaok 
mai^row des Anglais, à petits fruits allongés ; les BarbérlneSy à 
fruits bosselés ; le Pâtisson ou Bonnet d'électeur, à fruit conique, 
surbaissé et lobé d'une manière bizarre, etc. Il ne faut attacner 
aucune valeur aux noms de pays dans ces désignations de va- 
riétés, car nous avons vu souvent qu'ils expriment autant d'er- 
reurs que de vérités. Les noms botaniques rapportés à l'espèce 
par M. Naudin et M. Gogniaux sont nombreux, par suite de la 
mauvaise habitude qui existait il n'y a pas longtemps de décrire 
comme espèces des formes uniquement de jardins, sans tenir 
compte des effets prodigieux de la culture et de la sélection sur 
l'organe pour lequel on cultive une plante. 

La plupart des variétés existent dans les jardins des régions 
chaudes ou tempérées de l'ancien et du nouveau monde. L'ori- 
gine de l'espèce est regardée comme douteuse. J'hésitais, 
en 1855 S entre l'Asie méridionale et la région de la mer Médi- 
terranée. MM. Naudin et Gogniaux ^ admettent comme probable 
l'Asie méridionale, et les botanistes des Etats-Unis, de leur côté, 
ont donné des motifs pour croire à une origine américaine. La 
question mérite d'être examinée d'une manière précise. 

Je chercherai d'abord quelles formes, rapportées aujourd'hui 
à l'espèce, ont été indiquées comme croissant quelque part à 
l'état spontané. 

La variété ovée^ Cucurbita ovifera^ Linné, avait été recueillie 
jadis par Lerche, près d'Astrakhan ; mais aucun botaniste du 
siècle actuel n'a confirmé ce fait, et il est probable qu'il s'agis* 
sait d'une plante cultivée. D'ailleurs Linné n'affirme pas la qua- 
lité spontanée. J'ai consulté toutes les flores asiatiques et afri-r 
caines sans trouver la moindre indication d'une variété qui ffti 
sauvage. De l'Arabie, ou même de la côte de Guinée au Japon, 
l'espèce ou les formes qu'on lui rapporte sont toujours dites cul- 
tivées. Pour l'Inde, Roxburgh l'avait remarqué jadis, et ce n'est 

1. Géogr. bot. raisonnes^ p. 902. 

2. Naudin, Ann. se. nat., série o, vol. 6, p. 9; Gogniaux, dans de Can- 
dolle, Monogr. Phaner., 3, p. 546. 



COURGE PÉPON 203 

sûrement pas sans de bons motifs que M. Glarke, dans la flore 
récente de l'Inde anglaise, n'indique aucune localité hors des 
cultures. 

Les faits sont tout autres en Amérique. 

Une variété texana^ Cucurbita texana, Asa Gray *, très voi- 
sine de Vovata, d'après cet auteur, et qu'on rapporte sans hésita- 
tion aujourd'hui au C. Pepo, a été trouvée par Lindheimer « au 
bord des fourrés et dans les bois humides, sur les rives du 
Guadalupe supérieur, avec les apparences de plante indigène. » 
Le D*" Asa Gray ajoute que c'est peut-être un efiet de naturalisa- 
tion. Cependant, comme il existe plusieurs espèces du genre 
Cucurbita sauvages au Mexique et dans le sud-ouest des Etats- 
Unisj on est amené naturellement à tenir l'assertion du collec- 
teur pour bonne. Il ne paraît pas que d'autres botanistes aient 
trouvé cette plante au Mexique ou aux Etats-Unis. Elle n'est 
mentionnée ni dans la Biologia centrali-americana de Hemsley, 
ni dans la flore récente de la Californie du D' Asa Gray. 

Quelques synonymes ou échantillons de rAmérique méridio- 
nale, attribués au C. Pepo, me paraissent bien douteux. Il est 
impossible de savoir ce que Molina ^ a entendu sous les noms de 
C, Siceratia et C. mammeata^ qui paraissent d'ailleurs avoir été 
des plantes cultivées. Deux espèces décrites brièvement dans le 
voyage de Spix et Martius (2, p. 536) et rapportées aussi au 
C, Pepo ^, sont indiquées, à l'occasion de plantes cultivées, sur 
les bords du Rio Francisco. Enfin Téchantillon de Spruce, 2716, 
du Rio Uaupès, affluent du Rio Negro, que M. Cogniaux * ne dit 
pas avoir vu et qu'il a rapporté d'abord au C. Pepo, ensuite au 
C. moschata, était peut-être cultivé ou naturalisé à la suite de 
quelque transport ou culture, malgré la rareté des habitants de 
cette contrée. 

Les indications botaniques sont donc en faveur d'une origine 
mexicaine ou du Texas. Voyons si les documents historiques 
sont conformes ou contraires à cette idée. 

Il est impossible de savoir si tel nom sanscrit, grec ou latin 
de Courge, s'applique à l'une des espèces plutôt qu'à une autre. 
La forme du fruit est souvent la même, et les caractères distinc- 
tifs ne sont jamais mentionnés par les anciens. 

Aucune Courge n'est figurée dans VHerbarius Patavias 
impressus, de 1485, antérieur à la découverte de l'Amérique; 
mais les auteurs du xvi« siècle ont publié des planches qui s'y 
rapportent. Je citerai les trois formes de Pepones figurées à la 
page 406 de Dodoens, édition de 1557. Une quatrième, Pepo 
•Totundus major, ajoutée dans l'édition de 1616, me paraît ren- 
trer dans le C maxima. Dans la figure du Pepo oblongm de 

1. A. Gray, Plantée Lindheimerianx, part. 2, p. 193. 

2. Molina, Hist. nat. du Chili, p. 377. 

3. Cogniaux, /. c, et Flo7'a brasiL, fasc. 78, p. 21. 

4. Cogniaux, FI. bras, et Monogr, Phan., 3, p. 547. 



204 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS 

LoheX, Jcones^ 641, le caractère du pédoncule est nettement 
accusé. Les noms donnés à ces plantes expriment une origine 
étrangère ; mais les auteurs ne pouvaient rien affirmer à cet 
égard, d'autant plus que le nom Inde signifiait ou l'Asie méri- 
dionale ou l'Amérique. 

Ainsi les données historiques ne contredisent pas ropinion 
d'une origine américaine, sans l'appuyer cependant. 

Si l'habitation ppontanée se confirme en Amérique, on pourra 
dire désormais que les Courges cultivées par les Romains et 
dans le moyen âge étaient le Cucurbita maxima et celles des 
indigènes de l'Amérique du Nord, dans le xviP siècle, vues par 
divers voyageurs, le Cucurbita Pepo, 

Courge musquée, ou melonnée. — Cucurbita moschata^ 
Duchesne. 

Le Bon jardinier cite comme principales formes de cette 
espèce les Courges muscade de Provence, pleine de Naples et de 
Barbarie. Il va sans dire que ces noms ne signifient rien pour 
l'origine. L'espèce est facile à reconnaître par sa pubescence 
légère et douce, le pédoncule du fruit pentagone, épaté au 
sommet, le fruit plus ou moins couvert d'une efflorescence 
glauque, à chair copieuse, plus ou moins musquée. Les lobes 
du calice sont souvent terminés par un limbe foliacé *. Cultivée 
dans tous les pays tropicaux, elle s'avance moins que les autres 
Courges dans les pays tempérés. 

M. Gogniaux ^ soupçonne qu'elle est du midi de l'Asie, sans 
en donner la preuve. J'ai parcouru les flores de l'ancien et du 
nouveau monde et n'ai pu découvrir nulle part la mention d'un 
état vraiment spontané. Les indications qui en approchent le 
plus sont : 1" en Asie, dans l'île de Bangka, un échantillon 
vérifié par M. Gogniaux et que Miquel ^ ne dit pas cultivé ; 
2° en Afrique , dans l'Angola , des échantillons que Welwilsch 
dit tout à fait spontai^és, mais « à la suite probai)lement d'une 
introduction * » ; 3o en Amérique, cinq échantillons du Brésil, de 
la Guyane ou de Nicaragua, mentionnés par M. Gogniaux, sans 
qu'on sache s'ils étaient cultivés, naturalisés ou spontsinés. Ce 
sont des indices tout à fait légers , et l'opinion des auteurs le 
confirme. Ainsi, pour l'Asie, Rumphius, Blume, Clarke (dans 
Flora of brit. India)^ et, pour l'Afrique, Schweinfurth (dans 
Baker, Tropical fiora), n'ont vu la plante absolument que cul- 
tivée. En Chine, la culture n'est pas ancienne *. En Amérique^ 
les flores mentionnent très rarement l'espèce. 

1. Voir l'excellente planche de Wight, Icônes, t. 507, aoua le nom faux 
de Cucurbita maxima. 

2. Gogniaux, dans Monogr. Phaner., 3, p. 547. 

3. Miquel, Sumatra, soûs le nom de Gymnopetalum, p. 332. 

4. Gogniaux, Ibid. 

5. Bretschneider, lettre du 23 août 1881 . 



MELON 205 

On ne connaît aucun nom sanscrit, et les noms indiens, malais 
et chinois ne sont ni très nombreux ni bien originaux, quoique 
la culture paraisse plus répandue dans l'Asie méridionale que 
dans les autres régions entre les tropiques. Elle Tétait déjà 
au XVII® siècle, d'après VHortus Malabaricus^ où l'on voit une 
bonne planche (vol. 8, pi. 2). 

Il ne paraît pas que les botanistes du xvi® siècle aient connu 
cette espèce, car la figure de Dalechamp (Hist,, 1, p. 616), que 
Seringe lui a attribuée, n'en a pas les caractères, et je ne puis 
découvrir aucune autre figure qui lui ressemble. 

Courge à feuilles de figuier. — Cncurbita ficifoUa, Bouché. 
^ Cucurbita melanosperma, Braun. 

Il s'est introduit, depuis une trentaine d'années, dans les jar- 
dins, une Courge à graines noires ou quelquefois brunes, qui 
diffère des autres espèces cultivées en ce qu'elle est vivace. On 
l'appelle quelquefois Melon de Siam. Le Bon jardinier dit qu'elle 
vient de Chine. Le D»* Bretschneider ne m'en a pas parlé dans la 
lettre de 1881 , où il énumère les Courges cultivées par les Chinois. 

Jusqu'à présent, aucun botaniste ne l'a trouvée à l'état spon- 
tané. Je doute beaucoup qu'elle soit originaire d'Asie, car toutes 
les espèces connues de Cucurbita vivaces sont du Mexique ou de 
Californie. 

• 

Melon. — Cucumis Melo, Linné. 

La question de Torigine du Melon a changé complètement 
depuis les travaux de M. Naudin. Le mémoire qu'il a publié, 
en 1859, dans les Annales des sciences naturelles, série 4, vo- 
lume 11, sur le genre Cucumis, est aussi remarquable que celui 
«ur le genre Cucurbita, Il rend compte d'observations et d'ex- 
périences, suivies pendant plusieurs années, sur la variabilité 
des formes et la fécondation croisée d'une multitude d'espèces, 
races ou variétés venant de toutes les parties du monde. J'ai 
parlé ci-dessus (p. 199) du principe physiologique sur lequel il 
croit pouvoir distinguer des groupes de formes qu'il nomme des 
espèces, quoique certaines exceptions se soient manifestées et 
rendent le critère de la fécondation moins absolu. Malgré ces 
cas exceptionnels, il est évident que si des formes voisines se 
croisent facilement et donnent des produits féconds, comme 
cela se voit, par exemple, dans l'espèce humaine, on est obligé 
de les regarder comme constituant une seule espèce. 

Dans ce sens, le Cucumis Melo , d'après les expériences et 
observations faites par M. Naudin sur environ deux mille indi- 
vidus vivants, constitue bien une espèce, laquelle comprend un 
nombre extraordinaire de variétés et même de races, c'est-à-dire 
de formes qui se conservent par hérédité. Ces variétés ou races 
peuvent se féconder eatre elles et donnent des produits variés et 



206 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS 

variables. Elles sont classées par l'auteur dans dix groupes» 
qu'il appelle Cantaloups^ Melons brodés^ SucrinSy Melons dhiver^ 
serpents^ forme de concombre^ Chito^ Dudahn^ rouges de Perse et 
sauvages^ chacun contenant des variétés ou races voisines les 
unes des autres. Celles-ci ont été nommées de 25 à 30 manières 
différentes par des botanistes qui, sans s'inquiéter des transi- 
tions de fiorme, de la faculté de croisement ou du peu de fixité 
dans la culture, ont désigné comme espèces tout ce qui diJOTere 
plus ou moins dans un temps et un lieu donnés. 

Il résulte de là que plusieurs formes qu'on avait trouvées à 
Tétat sauvage et qu'on décrivait comme espèces doivent être 
les types ou souches des formes cultivées, et M. Naudin fait la 
réflexion très juste que ces formes sauvages plus ou moins diffé- 
rentes l'une de l'autre ont pu donner des produits cultivés diffé- 
rents. C'est d'autant plus probable qu'elles habitent quelquefois 
des pays assez éloignés, comme l'Asie méridionale et l'Afrique 
tropicale, de sorte que les diversités de climat, combinées avec 
l'isolement, ont pu créer et consolider les différences. 

Yoici les formes que M. Naudin énumère comme sauvages : 

1° Celles de l'Inde, qui ont été nommées par Willdenow Cw- 
cumis puhescens, et par Roxburgh C. turbinatus ou C. Maderas- 
patanus. Leur habitation naturelle est l'Inde anglaise dans toute 
son étendue et le Belouchistan. La qualité spontanée est évi- 
dente, même pour des voyageurs non botanistes *. Les fruits 
varient de la grosseur d'une prune à celle d'un citron. Ils sont 
unis, rayés bu bariolés à l'extérieur, parfumés ou sans odeur. 
La chair en est sucrée, fade ou aigrelette, différences qui rap- 
pellent beaucoup celles des Cantaloups cultivés. D'après Rox- 
burgh, les Indiens récoltent les fruits du turbinatus et du JUade^ 
raspatanusy qu'ils ne cultivent pas, mais dont ils aiment la saveur. 

Si l'on consulte la flore la plus récente de l'Inde anglaise, où 
M. Clarke a décrit les Cucurbitacées (2, p. 619), il semble que 
cet auteur ne s'accorde pas avec M. Naudin sur les formes in- 
diennes spontanées, quoique tous deux aient examiné les nom- 
breux échantillons de l'herbier de Kew. La différence d'opinion, 
plus apparente que réelle, tient à ce que l'auteur anglais 
rapporte à une espèce voisine, Cucumis trigofius^ Roxborgh, 
certainement sauvage, les formes que M. Naudin classe dans le 
Cucumis Melo. M. Cogniaux *, qui a vu depuis les mêmes échan- 
tillons, attribue seulement le C, turbinatus au trigonus. La dis- 
tinction spécifique des C Melo et C. triaonus est malheu- 
reusement obscure, d'après les caractères donnés par les trois 
auteurs. La principale différence est que le Melo est annuel, 
l'autre vivace, mais cette durée ne parait pas bien constante. 

1. Gardener's chronicley articles si}4:né3 : J. H. H,, 1857, p. 153; 1858, 
p. 130. 

2. Cogniaux, dans Monogr, Phaner., 3, p. 485. 



MELON 207 

M. Glarke lui-même dit que le C. Melo est peut-être dérivé par 
la culture du C trigonus^ c'est-à-dire, selon lui, des formes 
attribuées par Naudin au C. Melo, 




paraissent appuyer 1 opinion d'une diversité spécifique 
admissible, car, si la fécondation a eu lieu, les produits ont été 
divers de formes et sont revenus souvent à l'un des ancêtres 
primitifs. 

2** Les formes africaines. M. Naudin n'a pas eu des échantil- 
lons en assez bon état et assez certains sous le rapport de la 
spontanéité, pour affirmer d'une manière positive l'habitation 
en Afrique. 11 l'admet avec hésitation. Il attribue à l'espèce 
des formes cultivées ou d'autres spontanées, dont il n'a pas vu 
les fruits. Après lui, sir Joseph Hooker ^ a eu des échantillons 
plus probants. Je ne parle pas de ceux de la région du Nil, qui 
sont probablement cultivés ', mais de plantes recueillies par 
Barter, en Guinée, dans les sables au bord du Niger. Thonning * 
avait déjà trouvé dans les sables, en Guinée, un Cucumis, qu'il 
^vait nommé arenmnus, et M. Gogniaux ^, après avoir vu un 
échantillon rapporté par ce voyageur, l'a classé dans le C. Meloj 
comme le pensait sir Joseph Hooker. Les nègres mangent le 
fruit de la plante recueilUe par Barter. L'odeur est celle d'un 
melon vert frais. Dans la plante de Thonning, le fruit est ovoïde, 
de la grosseur d'une prune. Ainsi, en Afrique, comme dans 
rinde, l'espèce a des petits fruits à Tétat spontané, ce qui n'est 
pas extraordinaire. Le Dudaïm s'en rapproche, parmi les va- 
riétés cultivées. 

La majorité des espèces du genre Cucumls est en Afrique ; 
une faible minorité se trouve en Asie ou en Amérique. D'autres 
espèces de Cucurbitacées sont disjointes entre l'Asie et l'Afrique, 
quoique les habitations soient ordinairement dans cette famille 
continues et restreintes. Le Cucumis Melo a peut-être été une 
fois spontané de la côte occidentale d'Afrique jusque dans l'Inde^ 
§ans intervalle, comme la Coloquinte {Citrullus Colocynthis), de 
la même famille. 

J'ai parlé jadis de la spontanéité douteuse du Melon au midi 
du Caucase, d'après d'anciens auteurs. Les botanistes subsé- 
quents ne l'ont pas confirmée. Hohenacker, qui avait trouvé, 
disait-on, l'espèce autour d'Elisabethpol, n'en fait aucune men- 
tion dans son opuscule sur les plantes de la province de Ta- 
lysch. M. Boissier n'admet pas le Cucumis Melo dans sa flore 
orientale. Il dit seulement qu'il se naturalise avec facilité dans 

1. Naudin, Ann. se. 7iat., série 4, vol. 18, p. 171. 

2. Hooker, dans Flora of tropical A fric a, 2, p. 546. 

3. Schweinfurth et Ascherson, Aufzœhlung, p. 267. 

4. Schumacher et Thonning, Guineiske planten, p. 426. 

5. Gogniaux, /. c, p. 483. 



208 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS 

les décombres et les terrains abandonnés. La même chose a été 
observée ailleurs, par exemple dans les sables de TUssuri, dans 
l'Asie orientale. Ce serait une raison pour se défier de la localité 
des sables du Niger, si la petitesse des fruits dans cet endroit ne 
rappelait les formes spontanées de llnde. 

La culture du Melon, ou de diverses variétés du Melon, a pa 
commencer séparément dans llnde et en Afrique. 

Son introduction en Chine parait dater seulement du viii® siècle 
de notre ère, d'après Tépoque du premier ouvrage qui en ait 
parlé '. Comme les relations des Chinois avec la Bactriane elle 
nord-ouest de l'Inde, par l'ambassade de Chang-Kien, remontent 
au ne siècle avant Jésus-Christ, il est possible que la culture de 
l'espèce ne fût pas alors très répandue en Asie. La petitesse du 
fruit spontané n'encourageait pas. On ne connaît aucun nom 
sanscrit, mais un nom tamoul, probablement moins ancien, 
Molam 2, qui ressemble au nom latin Melo. 

11 n'est pas prouvé que les anciens Egyptiens aient cultivé le 
Melon. Le fruit figuré par Lepsius * n'est pas reconnaissable. Si 
la culture avait été usuelle et ancienne dans ce pays, les Grecs 
et les Romains en auraient eu connaissance de bonne heure. Qr 
il est douteux que le Sikua d'Hippocrate et de Théophraste, ou 
le Pepôn de Dioscoride, ou le Melopepo de Pline fussent le 
Melon. Les textes sont brefs et insignifiants; Galien * est moins 
obscur, lorsqu'il dit qu'on mange l'intérieur des Melopepones^ 
mais non des Pepones. On a beaucoup* disserté sur ces noms *, 
mais il faudrait des faits plutôt que des mots. La meilleure 
preuve que j'aie pu découvrir de Fexistence du Melon chez les 
Romains est un fruit figuré très exactement dans la belle mo- 
saïque des fruits au musée du Vatican. Le D»* Cornes certifie, en 
outre, que la moitié d'un Melon est représentée dans un dessin 
d'Herculanum ^. L'espèce s'est introduite dans le monde gréco- 
romain probablement à l'époque de l'empire, au commence- 
ment de l'ère chrétienne. La qualité en était, je suppose, mé- 
diocre, vu le silence ou les éloges modérés des auteurs, dans un 
pays où les gourmets ne manquaient pas. Depuis la Renaissance, 
une culture plus perfectionnée et des rapports avec l'Orient et 
l'Egypte ont amené de meilleures variétés dans les jardins. Nous 
savons cependant qu'elles dégénèrent assez souvent, soit par des 
intempéries ou de mauvaises conditions du sol, soit par un 
croisement avec des variétés inférieures de l'espèce. 

1. Bretschneider, lettre du 26 août 1881. 

2. Piddingtoiip Index. 

3. Voir la copie dans Unger, Pflanzen des alten Mgyptens, fig. 25. 

4. Galien, De alimentis, 1. 2, c. 5. 

5. Voir toutes les Flottes de Virgile^ et Naudin, Ann, se, nat., série 4. 
vol. 12, p. m. 

6. Cornes, III, mante nei dipinti pompeiani, in-4, p. 20, d'après Museo 
nazion., vol. 3, pi. 4. 



PASTÈQUE 209 

Pastèque. — Citrullus vulgaris , Schrader — Cucurbita 
Citrullus, Linné. 

L'origine de la Pastèque, appelée aussi Melon cTeau, a été 
longtemps méconnue ou inconnue. D'après Linné, c'était une 
plante du midi de l'Italie '. L'assertion était tirée de Matthiole, 
sans faire attention que cet auteur disait l'espèce cultivée. 
Seringe *, en 1828, la supposait d'Afrique et de l'Inde, mais il 
n'en donnait aucune preuve. Je l'ai crue de l'Asie méridionale, 
à cause de sa culture très commune dans cette région. On* ne la 
connaissait pas à l'état spontané. Enfin on l'a trouvée indigène 
dans l'Afrique intertropicale, en deçà et au delà de l'équateur », 
ce qui tranche la question. Livingstone * a vu des terrains qui en 
étaient littéralement couverts. L'homme et plusieurs espèces 
d'animaux recherchaient ces fruits sauvages avec avidité. Ils 
sont ou ne sont pas amers, sans que rien le montre à l'extérieur. 
Les nègres frappent le fruit avec une hache et goûtent le suc 
pour savoir s'il est bon ou mauvais. Cette diversité dans des 
plantes sauvages, végétant sous le même climat et dans le même 
sol, est propre à faire réfléchir sur le peu de valeur du caractère 
dans les Gucurbitacées cultivées. Du reste, l'amertume fréquente 
de la Pastèque n'a rien d'extraordinaire, puisque l'espèce la 
pins voisine est la Coloquinte {Citrullus Colocynthis), M. Naudin 
a obtenu des métis féconds d'un croisement entre une Pastèque 
amère, spontanée au Cap, et une Pastèque cultivée, ce qui con- 
firme l'unité spécifique accusée par les formes extérieures. 

On n'a pas trouvé l'espèce sauvage en Asie. 

Les anciens Egyptiens cultivaient la Pastèque. Elle est figurée 
dans leurs dessins *. C'est déjà un motif pour croire que les 
Israélites connaissaient l'espèce et l'appelaient Abbatitckinu 
comme on le dit; mais en outre le mot arabe Battich, Batteca, 
qui dérive évidemment ^u nom hébreu, est le nom actuel de la 
Pastèque. Le nom français vient de l'hébreu, par l'arabe. Une 
preuve de l'ancienneté de la plante dans la culture du nord de 
l'Afrique est le nom berbère, Tadellaât ®, trop différent du nopi 
arabe pour n'être pas antérieur à la conquête. Les noms espa- 
gnols Zandria^ Cindria et de l'île de Sardaigne Sindria ^, que je 
ne puis rapprocher d'aucun autre, font présumer aussi une an- 
cienne culture dans la région méditerranéenne occidentale. En 
Asie, la culture s'est répandue de bonne heure, car on connaît un 



1. Habitat in Apulia, Calabria, Sicilia. (Linné, Species, éd. 1763, p. U35.) 

2. Serinée, dans Prodf^omus^ 3, p. 301. 

3. Naudin, Ann, se, nat. , série 4, vol. 12, p. 101 ; sir J. Hooker, dans 
Oliver, Flora of tropical Africa, 2, p. 549. 

4. Traduction française, p. 56. 

5. Unger a copié les fifçures de l'ouvrage de Lepsius, dans son mémoire 
Die Pflanzen des alten jÈgyptenSy fig. 30, 31, 32. 

6. Dictionnaire français-oerbère, au mot Pastèque. 

7. Moris, Flora saraoa. 

De Gandolle. 14 



210 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS 

nom sanscrit, Chaya-jmla \ mais les Chinois n'ont reçu la 
plante qu'au x® siècle de Tère chrétienne. Ils la nomment Si kua, 
qui veut dire melon de l'ouest *. 

La Pastèque étant annuelle mûrit, au delà des tropiques, dans 
les pays où Tété est suffisamment chaud. Les Grecs modernes la 
cultivent beaucoup et la nomment Carpousea ou Carpousia \ 
mais on ne trouve pas ce mot dans les auteurs de Tantiquité, ni 
même dans le grec de la décadence et du moyen âge *. C'est un 
mot commun avec le Karpus des Turcs de Gonstantinople ^, qui se 
trouve aussi en russe sous la forme de Arbtis ^ et en bengali et 
hindoustani sous celle de Tarbuj, Turbouz '. Un autre nom de 
Gonstantinople, cité par Forskal, CAimonico, se trouve en alba- 
nais, Chimico ®. L'absence d'un ancien nom grec qu'on puisse 
attribuer avec sûreté à l'espèce fait présumer qu'elle s'est intro- 
duite dans le monde gréco-romain à peu près au commencement 
de l'ère chrétienne. Le poème Copa^ attribué à Virgile et Pline, 
en a peut-être parlé (livre 19, cap. 5), comme le présume Naudin, 
mais c'est douteux. 

Les Européens ont transporté le Melon d eau en Amérique, 
où maintenant on le cultive du Ghili jusqu'aux Etats-Unis. Le 
Jacé des Brésiliens, figuré dans Pison et Marcgraf, est évidem- 
ment introduit, car le premier de ces auteurs dit la plante cul* 
tivée et quasi naturalisée ^. 

Concombre. — CtACumis sativm^ Linné. 

Malgré la différence bien visible du Melon et du Concombre, 
ou Cornichon^ qui appartiennent tous deux au. genre Cucumis^ 
les cultivateurs supposent que des croisements de ces espèces 
peuvent avoir lieu et nuisent quelquefois aux qualités du Melon. 
M. Naudin *** s'est assuré par expérience que cette fécondation 
n'est pas possible, et il a montré ainsi que la distinction des 
deux espèces est bien fondée. 

Le pays d'origine du Cucumis sattvus était réputé inconnu par 
linnéet de Lamarck. Ën^ 1805, Willdenow ^^ a prétendu que 
c'était la Tartarie et l'Inde, sans en fournir a4icune preuve. Les 
botanistes subséquents n'ont pas confirmé cette indication. 

i . Piddington, Index. 

2. Bretschneider, Stitdy and value, etc, p. 17. 

3. Heldreich, Pflanzen d. atiischen Ebene, p. 591 ; Nutzpftanzen Gnechen- 
lancTs, p. 50. 

4. Lanffkavel, Botanik der spateren Griechen, 

5. Forskal, Flora œrjypto-arabica, part. 1, p. 34. 

6. Nemnich, Polygl. Lexicon, 1, p. 1309. 

7. Piddington, Index; Pickering, Chronological arrangement j p. 72. 

8. Heldreich, Nutzpflanzen, p. 50. 

9. « Saliva planla et Iractu lemporis quasi nativa fada* » (Fisc, éd. 
1658, p. 233.) 

10. Naudin, dans Ann, se. nal.y série 4, vol. 11, p. 31. 

11. Willdenow, Spedes, 4, p. 615. 



CONCOMBRE. m 

Lorsque j'ai examiné la. question, en 1855^ on n'avait trouvé l'es- 
pèce sauvage nulle part. D'aprè» divers moti& , tirés" de son 
ancienne culture en Asie, et en Europe, et surtout de l'existence 
d'un nom sanscrit,, iS'ot^oâa ^ je disais : a La patrie est probable- 
ment le nord-ouest de l'Inde, par exemple le Caboul ou quel- 
que pays adjacent Tout fait présumer qu'on la découvrira un 
jour dans ces régions encore mal connues: » 

C'est bien ce. qui s'est réalisé, ai l'on admet, avec les auteurs 
actuels les mieux informés, que Le Cucumis Hardwickiiy Iloyle 
rentre dans les formesr du Cucumis sativus. On> peut voir dans 
l'ouvrage intitulé Hlu$lrations of Bimalamn plants de Royle, 
p. âSX), pi. 47, une figure coloriée de ce Concombre récolté au 
pied des monts Himalaya. Les tiges, feuilles et fleurs sont tout 
à fait celles du C.sativus. Le fruit, ellipsoïde et lisse, a une saveur 
amère; mais dans le Concombre cultivé il y a des formes analo- 
gues, et l'on sait que dans d'autres espèces de la famille, par 
exemple dans la Pastèque, la pulpe est douce ou amère. Sir 
Josepn Hooker, après avoir décrit la variété remarquable de 
Concombre dite de Sikkim ^,. ajoute que la forme Hardwiekii^ 
spontanée de Kumaon à Sikkim, et dont il a recueilli des échan- 
tdlonsy ne diffère pas plus des plantes cultivées que certaines 
vsuriétés de celles-ci ne diffèrent les unes des ajitres, et. M. Co^ 
gniaux, après avoir vu les plantes de l'berbier de Kew, adopte 
cette opinion '. 

Le Concombre,, cultivé depuis au moins trois mille ans dans 
rinde, a été introduit en Chine seulement au deuxième siècle 
avant Jésus-Christ, lors du retour de Chang<Kien, envoyé en 
Bactriane ^. Du côté occidental, la propagation de l'espèce a 
marché plus vite. Les anciens Grecs cultivaient le Concoml^re 
sous le nom de Sikuos ^, qui est resté dans la. langue moderne^ 
sous la forme de Sikucu Les Grecs actuels disent aussi Aggouriay 
d'une ancienne racine des langues aryennes, appliquée quelque- 
fois à la Pastèque^ et qui se retrouve pour le Concombre dans le 
bohème Agiar.ka^ l'allemand Gurke^ etc.. Les Albanais (Pélasges?) 
ont un tout autre nom, Kratsavets ®, qu'on reconnaît dans le 
slave Krastavak. Les Latins appelaient le Concombre Cucumis, 
Ces nom& divers montrent l'ancienneté de l'espèce en Europe. 
Je citerai même un nom esthonien, Uggurits^ Ûkkurits^ Unis ''. 
Il ne semble pas finnois, mais plutôt emprunté à.la même racine 
aryenne que Aggouria. Si le Concombre était parvenu en Europe 

1. Piddington, Index, 

2. Botanical magazine, pi. 6206. 

3. Gogniaux, dans de CandoUe, Monogr, Phanér,^ 3, p. 499. 

4. Bretechneider, lettres des 23 et 26 août 1881. 

5. Theophrastes, Hist», 1. 7, c, 4; Lenz, Botanik (1er alten Griechen und 
Roemer, p. 492. 

6. De Heldreich, Nutzpflanzen Griechenland's, p. 50. 

7. Nemnich, Polygl. Lexicon, 1, p. 1306. 



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212 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS 

avant les Aryens on aurait peut-être quelque nom particulier 
dans la langue basque, ou l'on aurait trouvé des graines dans les 
habitations lacustres de Suisse et Savoie, mais cela ne s'est pas 
présenté. Les peuples voisins du Caucase ont des noms tout 
différents du grec : en tartare Kiar^ en Kalmouk Chaja^ en 
arménien Karan *. Le nom Chiar existe aussi en arabe pour 
quelque variété de Concombre *. Ce serait donc un nom 
touranien, antérieur au sanscrit, par où la culture dans l'Asie 
occidentale aurait plus de 3000 ans. 

On dit communément que le Concombre était le Kischschmm, 
un des fruits d'Egypte regrettés par les Israélites dans le désert '. 
Je ne vois cependant aucun nom arabe, parmi les trois cités par 
Forskal, qui se rattache à celui-ci, et jusqu'à présent on n'a pas 
trouvé d'indication de la présence du Concombre dans l'ancienne 
Egypte. 

Concombre Anguria. — Cucumis Anguria, Linné. 

Cette petite espèce de Concombre est désignée dans le Bon 
jardinier sous le nom de Concombre Arada. Le fruit, de la gros- 
seur d'un œuf, est très épineux. On le mange cuit ou conservé 
au vinaigre. Comme la plante est productive, sa culture est fré- 
quente dans les colonies américaines. Descourtilz et sir J. Hooker 
en ont publié de bonnes figures coloriées, et M. Cogniaux une 
planche contenant des analyses détaillées de la fleur *. 

L'indigénat aux Antilles est affirmé par plusieurs botanistes. 
P. Browne *, dans le siècle dernier, appelait la plante Petit Con- 
combre sauvage (à la Jamaïque). Descourtilz s'est servi des 
expressions suivantes : « Le Concombre croit partout naturelle- 
ment, et principalement dans les savanes sèches et près des 
rivières dont les rives offrent une riche végétation. » Les habi- 
tants l'appellent Concombre marron. Grisebach ^ a vu des échantil- 
lons de plusieurs autres îles Antilles et parait admettre leur qua- 
lité spontanée. M. E. André a trouvé 1 espèce sur le bord de la 
mer, dans les sables, à Porto-Cabello, et Burchell, dans le même 
genre de stations, au Brésil, dans une locaUté non désignée, ainsi 
que Riedel, près de Rio-de-Janeiro ^. Pour une infinité d'autres 
échantillons recueillis dans l'Amérique orientale, du Brésil à la 
Floride, on ne sait s'ils étaient spontanés ou cultivés. 

Une plante spontanée, du Brésil, fort mal dessinée dans Piso *, 

1. Nemnich, ibid, 

2. Forskal, Flora xgy^t,, p. 76. 

3. RoseninûUer, Biblische Altei^thunskunde^ !, p. 97; Hamilton, Bota- 
nique de la Bible ^ p. 34. 

4. Descourtilz, Flore médicale des Antilles^ 5, pi. 329 ; Hooker, Botanical 
magazine f t. 5817; Cogniaux, dans Flora brasiliensis, fasc. 78, pi. 2. 

5. Browne, Jamaïca^ éd. 2, p. 353. 

6. Grisebach, Flora of british W. India idands, p . 288 . 

7. Cogniaux, /. c. 

8. Guanerva-oba^ dans Piso, BrasiL, éd. 1658, p. 264; Marcgraf, éd. 



BENINGASA 313 

est citée comme appartenant à Tespèce, mais j'en doute beau- 
coup. 

Les botanistes, depuis Toumefort jusqu'à nos jours, ont con- 
sidéré TAnguria comme originaire d'Amérique, en particulier 
de la Jamaïque. M. Naudin S le premier, a fait observer que 
tous les autres Cucumis sont de l'ancien monde, principalement 
d'Afrique. Il s'est, demandé si celui-ci n'aurait point été intro- 
duit en Amérique par les nègres, comme beaucoup d'autres 
plantes qui s'y sont naturalisées. Cependant, n'ayant pu trouver 
aucune plante africaine qui fût semblable, il s'est rangé à l'opi- 
nion des auteurs. Sir Joseph Hooker, au contraire, incline à 
croire le C. Anguria une forme cultivée et modifiée de quelque 
espèce africaine voisine des C. propketarum et C, Figarei, bien 
que ceux-ci soient vivaces. En faveur de cette hypothèse, j'ajou- 
terai que : 1* le nom de Concombre marron^ donné dans les 
Antilles françaises, indique une plante devenue sauvage, car tel 
est le sens pour les nègres marrons ; 2" la grande extension en 
Amérique, du Brésil aux Antilles, toujours sur la côte où la 
traite des nègres a été le plus active, paraît un indice d'origine 
étrangère. Si l'espèce était américaine, antérieure à la décou- 
verte, avec une habitation d'une pareille étendue elle se serait 
trouvée aussi sur la côte occidentale d'Amérique et dans l'inté- 
rieur, ce qui n'est pas. 

La question ne sera résolue que par une connaissance plus 
complète des Cucumis d'Afrique, et par des expériences de fécon- 
dation, si quelqu'un a la patience et l'habileté nécessaires pour 
opérer sur le genre Cucumis comme M. Naudin sur les Cucur- 
bita. 

. En terminant, je ferai remarquer la bizarrerie du nom vul- 
gaire des Etats-Unis pour l'Anguria : Jérusalem Cucumher^ Con- 
combre de Jérusalem *. Prenez ensuite les noms populaires pour 
guide dans la recherche des origines I 

Benincasa. — Benincasa hispida, Thunberg. — Benincasa 
cerifera^ Savi. 

Cette espèce, qui constitue à elle seule le genre Benincasa, 
ressemble tellement aux Courges que d'anciens auteurs l'avaient 

Ï)rise pour la Courge Pépon ', malgré l'efflorescence cireuse de 
a surface du fruit. Elle est d'une culture générale dans les pays 
tropicaux. On a peut-être eu tort de la négliger en Europe après 
l'avoir essayée, car M. Naudin et le Bon jardinier s'accordent à 
la recommander. 



1648, p. 44, sans figure, en parle sous le nom de Cucumis sylvestHs Bra^ 
siliœ, 

1. Naudin, Ann. se. nat., série 4, vol. 11, p. 12. 

2. Darlington, AgricuUural botany^ p. 58. 

3. C'est le Cucurbita Pepo de Loureiro et de Roxburgh. 



214 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS 

C*eât le Cumbalam de Rheede, le Camoienga de Rumphias, 
qui Tavaient vue au Malabar et dans les îles de la Sonde seu- 
lement cultivée, et en avaient donné des figures. 

D'après plusieurs ouvrages, même récents*, on pourrait croire 
que jamais elle n'a été trouvée à l'état spontané ; mais, si l'on fait 
attention aux noms divers sous lesquels on l'a décrite, il en est 
autrement. Ainsi les Cucurbtta hispida, Thunberg, et Lagenaria 
dastfstemon, Miquel, d'après des échantillons authentiques vus 
par M. Gognîaux *, sont des synonymes de l'espèce, et ce sont des 
plantes sauvages au Japon ®. Le Cucurôita littoralis, Hasskarl *, 
trouvé dans des 'broussailles au bord de la mer, à Java, et le 
Gymnopetatum septemlobum^ Miquel, aussi à Java, sont le Benin- 
casa, d après M. Cogniaux. De même le Cucurbtta vacua^ Mueller " 
et le Cucurbita pruriens^ Forster, dont il a vu des échantillons 
authentiques trouvés à Rockhingham , en Australie et aux fles 
de la Société. M. Nadeaud ^ ne parle pas de cette dernière. On 
peut soupçonner des naturailisations temporaires dans les iles 
de la mer Pacifique et le Queensland, mais les localités de Java 
et du Japon paraissent très certaines. Je crois d'autant plus à 
cette dernière que la culture du Benincasa en Chine remonte à 
une haute antiquité '. 

LufGei cylindrique. — Momordica cylindrica, Linné. — Luffa 
cylindricaj Rœmer. 

TH. Naudin ® s'exprime ainsi : « Le Luffa cylindrica^ anqael 
on a conservé dans quelques-unes de nos colonies le nom inaien 
de Pétole^ est probablement originaire de l'Asie méridionale, 
mais peut être il l'est aussi de l'Afrique, de l'Australie et des lies 
de l'Océanie. On le trouve cultivé par la plupaii^ des peuples 
des pays chauds, et il parait s'être naturalisé dans beaucoup de 
lieux où sans doute il n'existait pas primitivement. » H. Co- 
gniaux * est plus affirmatif. « Espèce indigène , dit-il , dans 
toutes les régions tropicales de l'ancien monde ; souvent cultivée 
et subspontanée en Amérique, entre les tropiques. » 

En consultant les ouvrages cités par ces deux monogrAphes 
et les herbiers, on trouve la qualité de plante sauvage oartifiée 
quelquefois d'une manière positive. 

1. Clarke, dans Flora ofbriiish India, 2, n. 616. 

2. Cogniaux, dans de GandoUe, Monogr, Planer,^ 3, p. 318. 

3. Thuoher g, FLj'eqi,, p. 322; Franchet et Savatier, Enum.. plant, Jap,, 
i, p. 173. 

4. Hasskarl, Catal, horti bogor.,alter, p. 190; Miquel, Flora indo-batava, 

5. Mueller, Fragm., 6, p. 186; Forster, Proar. (sans descr.); Seemann, 
Journal of botarw, 2, p. 50. 

6. Nadeaud, Plantes usuelles des Tahitiens; Enumération des plantes intH- 
gènes à Tatti, 

7. Breitschneider, lettre du 26 août 1881. 

8. Naudin, dans Ann, se. nat., série 4, vol. 12, p. 121, 

9. Cogniaux, dauB Monogr. Phanerog.^ 3, p. 458. 



LUFPA ANGULEUX 215 

En ce qui concerne l'Asie *, Rheede Fa vue dans les sables, les 
forêts et autres lieux du Malabar ;Roxburgh la dit spontanée dans 
THindoustan, Kurz dans les forêts du pays des Birmans ; Thwaites 
à Geylan. J'en possède des échantillons de Ceylan et de Khasia. 
On ne connaît aucun nom sanscrit, et le D*" Bretschneider, dans 
son opuscule On the study^ etc. y et dans ses lettres ne mentionne 
aucun Luffa cultivé ou spontané en Chine. Je présume par con- 
séquent que la culture n'est pas ancienne, même dans 1 Inde. 

En Australie , l'espèce est spontanée au bord des rivières du 
Queensland ', et d'après cela il est probable qu'on la trouvera 
spontanée dans l'archipel asiatique, où Rumphius, Miquel,etc., 
en parlent seulement comme d'une plante cultivée. 

Les herbiers renferment un grand nombre d'échantillons re- 
cueillis dans l'Afrique tropicale, de Mozambique à la côte de 
Guinée, et jusqu'au pays d'Angola, mais les collecteurs ne pa- 
raissent pas avoir indiqué si c'étaient des échantillons spon- 
tanés ou cultivés. Dans Thei^bier Delessert, Heudelot a indiqué 
les environs de Galam , dans les terrains fertiles. Sir Joseph 
Hooker ' les cite, sans rien affirmer. MM. Schweinfurth et As- 
cherson *, toujours attentifs à ces questions, donnent l'espèce 
pour uniquement cultivée dans la région du Nil. Ceci est assez 
curieux, parce que la plante ayant été vue» dans le xvii« siècle, 
dans les jardins d'Egypte, sous le nom arabe de Luff ^ on a 
nommé le genre Luffa et Tespèce Luff'a segyptiaca. Les monu- 
ments de 1 ancienne Egypte n en ont oflEert aucune trace. L'ab- 
sence de nom hébreu est encore une raison de croire que la 
culture s^est introduite en Egypte au moyen âge. On la pratique 
aiyourd'^hui dans le Delta, non seulement pour le fruit, tnais 
encore pour expédier les graines, dites de courgettes^ dont la 
décoction sert à adoucir la peau. 

L'espèce est cultivée au Brésil, à la Guyane, au Mexique, etc. ; 
mais je n'aperçois aucun indice qu'elle soit indigène en Améri- 

Îue. Il paraît qu'elle s'est naturalisée çà et là, par exemple 
ans le Nicaragua, d'après un échantillon de Levy. 
En résumé l'origine asiatique est certaine, l'africaine fort dou- 
teuse, celle d'Amérique imaginaire, ou plutôt Teffet d'une natu- 
ralisation. 

Lullà. aniruleux. — Papengay. — Luffa acutangula , 
Roxburgh. 
L'origine de cette espèce, cultivée, comme la précédente, dans 

1. Rheede, Hort malabar,^ 8, p. 15, t. 8; Roxburgli. PL ind,j 3, p. 714, 
715, sous le nom de L. clavata; Kurz, Cordrib.^, p. WO; Thwaites, Enum, 

2. Mueller, Fragmenta^ 3, p. 107; Bentham, Floraaustr(tl,,S,j^, 317, sous 
des noms synonymes de L. q/lindrica d'après Naudin et Gogmaut. 

3. Hooker, dans Flora of tropical Africa, 2, p. 530. 

4. Schweinfurth et Ascherson, Aufzàhlung, p. 268. 

5. Forskal, FL segypt, p. 75. 



216 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS 

tous les pays tropicaux, n'est pas bien claire, d'après MM. Nau- 
din et Gogniaux ^ Le premier indique le Sénégal, le second 
TAsie et, avec doute, TAfrique. Il est à peine besoin de dire que 
Linné ^ se trompait en indiquant la Tartarie et la Chine. 

L'indigénat dans l'Inde anglaise est donné, sans hésitation, 
par M. Glarke, dans la flore de sir J. Hooker. Rheede ' avait 
vu la plante autrefois dans les sables du Malabar. L'habitation 
naturelle parait limitée, car Thw^aites à Ceylan, Kurz dans la 
Birmanie anglaise et Loureiro pour la Gochinchine et la Chine *, 
ne citent l'espèce que comme cultivée, ou venant dans les dé- 
combres, près des jardins. Rumphius ^ l'appelle une plante du 
Bengale. Aucun Luffa n'est cultivé depuis longtemps en Chine, 
d'après une letttre du D"" Bretschneider. On ne connaît pas de 
nom sanscrit. Ce sont autant d'indices d'une mise en culture pas 
très ancienne en Asie. 

Une variété à fruit amer est commune dans l'Inde anglaise • 
à l'état spontané, car on n'a aucun intérêt à la cultiver. Elle 
existe aussi dans les îles de la Sonde. C'est le Luffa amaray 
Roxburgh, et le Z. sylvestrts, Miquel. Le L. subangulata, Miquel, 
est une autre forme, croissant à Java, que M. Gogniaux réunit 
également, sur la vue d'échantillons certains. 

M. Naudin n'explique pas d'après quel voyageur la plante 
serait sauvage en Sénégambie ; mais il dit que les nègres l'appel- 
lent Papengaye^ et, comme ce nom est celui des colons de l'iie de 
France ^ il est probable qu'il s'agit au Sénégal d'une plante 
cultivée, peut-être naturalisée autour des habitations. Sir^yseph 
Hooker, dans le Flora of tropical Africa^ indique l'espèce, sans 
donner la preuve qu'elle soit spontanée en Afrique, et M. Go- 
gniaux est encore plus bref. MM. Schweinfurth et Ascherson ' ne 
l'énumèrent pas, soit comme spontanée, soit comme cultivée, 
dans la région de l'Egypte, la Nubie et TAbyssinie. Il n'y a 
aucune trace d'ancienne culture en Egypte. 

L'espèce a été envoyée souvent des Antilles, de la Nouvelle- 
Grenade, du Brésil et autres localités d'Amérique; mais on n'a 
pas d'indice qu'elle y soit ancienne, ni même qu'elle s'y trouve 
à distance des jardins, dans un état vraiment spontané. 

Les conditions ou probabilités d'origine et de date de culture 
sont, comme on voit, semblables pour les deux Luffa cultivés. 
A l'appui de l'hypothèse que ces derniers ne sont pas originaires 

1. Naudin, Ann, se, nat.y sér. 4, v. 42, p. 122; Gogniaux, dans Monogr, 
Phaner.y 3, p. 450. 

2. Lioné, Species, p. 1436, sous le nom de Cucumis acutangulusm 

3. Rheede, Hoi't, malab., 8, p. 13, t. 7. 

4. Thwaites, Enum. Ceylan,, p. 126; Kurz, Contrih.^ 2, p. 101; Loureiro, 
FL Cochinch., p. 727. 

i). Rumphius, Amboin., 5, ][>. 408, t. 149 

6. Clarke, dans Flora of hritish India, 2, p. 614. 

7. Bojer, Ilortxis mauritianus, 

8. Schweinfurth et Ascherson, Aufzàhlung^ p. 268. 



CHAYOTE 217 

d'Afrique, je dirai que les quatre autres espèces du genre sont 
ou asiatiques ou américaines, et, comme indice de plus que la 
culture des LufTa n'est pas très ancienne, j'ajoute que la forme 
du fruit a varié beaucoup moins que dans les autres Cucurbi- 
tacées cultivées. 

Trichosanthes serpent. — Trichosanthes anguina, Linné. 

Gucurbitacée annuelle, grimpante, remarquable par sa corolle 
frangée. On l'appelle dans Tîle Maurice Petole, d'un nom usité 
à Java. Le fruit, allongé en quelque sorte comme un légume 
charnu de Légumineuse , est recherché dans TAsie tropicale 
pour être mangé cuit, comme des concombres. 

Les botanistes du xvii® siècle l'ayant reçu de Chine, se sont 
figurés que la plante y est indigène, mais elle y était probable- 
ment cultivée. Le D' Bretschneider * nous apprend que le nom 
chinois, Mankua^ signifie Concombre des barbares du sud. La 
patrie doit être llnde ou l'archipel indien. Aucun auteur cepen- 
dant n'affirme l'avoir trouvée dans un état clairement spontané. 
Ainsi M. Clarke se borne à dire dans la flore de Flnde anglaise 
(2, p. 610^ : « Inde, cultivé. » M. Naudin 2, avant lui, disait : 
a Habite llnde orientale, où on la cultive beaucoup pour ses 
fruits. Elle se présente rarement à l'état sauvage. » Rumphius * 
n'est pas plus affirmatif pour Amboine. Loureiro et Kurz en 
ce qui concerne la Cochinchine et le pays des Birmans, Blume 
et Miquel pour les lies au midi de l'Asie, n'ont vu que la plante 
cultivée. Les 39 autres espèces du genre sont toutes de l'ancien 
monde, entre la Chine ou le Japon, l'Inde occidentale et l'Aus- 
tralie. Elles sont surtout dans l'Inde et l'archipel. Je regarde 
l'origine indienne comme la plus probable. 

L'espèce a été portée à l'île Maurice, où elle se sème autour 
des cultures . Ailleurs elle s'est peu répandue. On ne lui connaît 
aucun nom sanscrit. 

Chayote. — Sechium edule, Swartz. 

On cultive cette Cucurbitacée, dans l'Amérique intertropi- 
cale, pour ses fruits, qui ont une forme de Poire et le goût d'un 
Concombre. Ils ne contiennent qu'une graine, de sorte que la 
chair est abondante. 

L'espèce constitue à elle seule le genre Sechium. On en trouve 
des échantillons dans tous les herbiers, mais ordinairement les 
collecteurs n'ont pas indiqué s'ils étaient cultivés, naturalisés 
ou vraiment spontanés, avec l'apparence d'être originaires du 
pays. Sans parler d'ouvrages dans lesquels on prétend que 
cette plante vient des Indes orientales, ce qui est tout à fait 
faux, plusieurs des plus estimés mentionnent pour origine la 

1. Bretschneider, On study, etc., p. 17. 

2. Naudin, Ann. se. nat., série 4, vol. 18, p 190. 

3. Rumphius, Amboin.y 5, pi. 148. 



218 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS 

Jamaïque *. Cependant P. Browne*, dans le «nilieu du siècle 
dernier, disait positivement qu'elle y est à l'état de culture, et 
avant lui Sloane n'en a pas parlé . Jacquin ' dit qu'elle 
€ habite et qu'on la cultive à Cuba », et EUcnard a copié cette 
phrase dans la flore de R. de La Sagra, sans ajouter quelque 
preuve. M. Naudin * a dit : « Plante du Mexicjue », mais il ne 
donne pas les motifs de son assertion. M. Cogniaux '^, dans sa ré- 
cente monographie, cite un grand nombre d'échantillons re- 
cueillis du Brésil aux Antilles, sans dire qu'il en ait vu aucun 
qualifié de spontané. Seemann ^ a vu la plante cultivée à Pa- 
nama^ et iJ ajoute une remarque importante, si elle est exacte : 
c'est que le nom de Chayote, usité clans Tisthme, est une cor- 
ruption d'un nom atztec, ChayotL Voilà un indice d'ancienne 
existence au Mexique, njais je ne trouve pas ce nom dans Her- 
nandez, l'auteur classique sur les plantes mexicaines antérieures 
à la conquête. La Chayote n'était pas encore cultivée à CSayenne 
il y a dix ans \ Au Brésil, rien ne fait présumer une ancienne 
culture. L'espèce n'est pas mentionnée dans les anciens auteurs, 
tels que Piso et Marcgraf, et le nom Chuchu^ donné comme bré- 
silien ^, me paraît venir de Chocho, usité à la Jamaïque^ lequel 
est peut-être une corruption du mot mexicain. 

Les probabilités sont, en résumé : 1^ une origine du Mexique 
méridional et de TAmérique centrale ; 2° un transport aux 
Antilles et au Brésil à peu près dans le xviii* «iècle. 

On a introduit plus tard l'espèce dans les jardins de l*Ue 
Maurice et récemment en Algérie, où elle réussit k merveille *. 

Opuntia Fii^ue d'Inde. — Opuntia Fictts indwa^ Miller. 

La plante grasse, de la famille des Cactacées, sur laquelle 
vient le fruit appelé dans le midi de l'Europe Figue éFInde^ n'a 
aucun rapport avec les Figuiers , ni le fruit avec la figue. 11 
n'est pas originaire de l'Inde, mais d'Amérique. Tout est ftinx 
et ridicule dans ce nom vulgaire. Cependant linné en ayant 
fait un nom botanique. Cactus Ficus indica, rapporte ensiâte au 
genre Opuntia, il a fallu conserver le nom spécifique, pour éviter 
les changements, sources de confusion, et rappeler la dénomina- 
tion populaire. Les formes épineuses et plus ou moins dépour- 
vues d'épines ont été désignées par quelques auteurs comme des 
espèces distinctes, mais un examen attentif porte à les réunir '*. 

1. Grisebach, Flora of brit. W, India Islands, p. 286. 

2. Browne, Jamaica^ p. 355. 

3. Jacquin, Stirp. amer, hist,^ p. 259. 

4. NandiD, Ann, se, nat,, série 4, voL 18, p. â05. 

5. Dans Monogr, Phaner,, 3, p. 902. 

6. Seemann, Bot. of Herald^ p. 128. 

7. Sugot, Journal de la Soc. ahortic. de France, 1872. 

8. Cogniaux, Flora brasil., fasc. 78. 

9. Saçot, /. c, 19. 

10. Webb et Berthelot, Phytographia canariensis, sect. I, p. ; 



GROBBILLIBR A MAQUEREAUX S19 

L'espèce existait, à l'état spontané et caltivé, au Mexique, 
avant l'arrivée des Espagnols. Hernandez * en décrit neuf va- 
riétés, ce qui montre l'ancienneté de la culture. L'une d'elles, à 
peu près sans épines, paraît avoir nourri plus spécialement que 
les autres Tinsecte appelé cochenille, qu on a transporté avec 
la plante aux îles Canaries et ailleurs. On ne peut pas savoir 
jusqu'où s'étendait l'habitation en Amérique avant que l'homme 
eût transporté les fragments de la plante, en forme de raquette, 
et les fruits, qui sont deux moyens faciles de propagation. Peut- 
être les individus sauvages dans la Jamaïque et autres îles 
Antilles dont parlait Sloane *, en 1725, étaient-ils le résultat 
d'une introduction par les Espagnols. Assurément l'espèce s'est 
naturalisée dans cette direction aussi loin que le climat le lui per- 
met, par exemple jusqu'à la Floride méridionale '. 

•Cest une des premières plantes que les Espagnols aient trans- 
portées dans le vieux monde, soit en Europe, soit en Asie. Son 
apparence singulière frappait d^autant plus l'attention qu'au- 
cune espèce de la famille n'avait encore été vue *. Tous les 
botanistes du xvi® siècle en ont parlé, et en môme temps la 
(ihuite s'est naturalisée dans le miidi de l'Europe et en Afrique à 
mesure qu'on se mettait à la cultiver. C'eât en Espagne que 
i^Opuntîa a d'abord été connu sous le nom américain de Tuna, 
et probablement se sont les Maures qui Tont porté en Barbarie, 

3nand on les a chassés de la Péninsule. Ils le nommaient Figue 
e chrétien ^. L'usage d'entourer les propriétés de Figuiers 
dinde, comme clôture, et la -valeur nutritive des fruits, assez 
fortement sucrés, ont déterminé l'extension autour de la mer 
Méditerranée et en général dans les pays voisins des tropiques. 
L'élève de la cochenille, qui nuisait à la production des fruits ^, 
est en pleine décadence depuis la fabrication des matières colo- 
rantes par des procédés chimiques. 

Groseillier À maquereaux. — RU>es Grosmlaria et R. Ova- 
crispa, Linné. 

Les formes cultivées iprésentent ordinairement un ihiit lisse 
ou qui porte quelques gros poils raides, tandis que le fruit de 
la forme sauvage (R, •Uva-'crispa) a des^poUs mous et moins longs ; 
mais on a constaté souvent des intermédiaires, et il a été prouvé, 
par expérience, qu'en semant des graines du fruit cultivé on 
obtient des pieds ayant des poils ou sans poils ^ Il n'y a, par 
conséquent, qu'une seule espèce, qui a donné par la culture une 

1. Hernandez, Thésaurus Novœ Hispaniie^ p. 78. 

2. Sloane, Jamaicay 2, p. 150. 

3. Chapman, Flora of south, United states^ p. 144. 

4. Le Cactos des Grecs était tout autre chose. 

5. Steinheil, dans Boissier, Voyage bot, en tspagnCf 1, p. 25. 

6. Webb et Bertheiot, Phyt, canar, 

7. Robson, cité dans English botany^ planche 2057. 



220 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS 

variété principale et plusieurs sous- variétés quant à la grosseur, 
la couleur ou la saveur du fruit. 

Ce Groseillier croît spontanément dans toute l'Europe tem- 
pérée, depuis la Suède méridionale jusque dans les parties mon- 
tueuses de TEspagne centrale, de l'Italie et de la Grèce *. On le 
mentionne aussi dans l'Afrique septentrionale, mais le dernier 
catalogue publié des plantes d'Algérie ^ l'indique seulement 
dans les montagnes d'Aurès, et M. Bail en a trouvé une variété 
assez distincte dans l'Atlas du Maroc ^ Il existe dans le Cau- 
case * et, sous des formes plus ou moins différentes, dans l'Hima- 
laya occidental ^. 

Les Grecs et les Romains n'ont pas parlé de cette espèce, qui 
est rare dans le midi et qu'il ne vaut guère la peine de planter 
là où les raisins mûrissent. C'est surtout en Allemagne , en 
Hollande et en Angleterre qu'on l'a cultivée, depuis le xvi* siè- 
cle ^, principalement pour assaisonnement, d'où viennent les 
noms de Gooseberry en anglais et de Groseille à maquereaux en 
français. On en fait aussi une sorte de vin. 

La fréquence de la culture dans les îles Britanniques et les 
lieux où on le trouve, qui sont souvent près des jardins, ont fait 
naître chez plusieurs botanistes anglais l'idée d'une naturalisa- 
tion accidentelle. C'est assez probable pour l'Irlande ' ; mais, 
comme il s'agit d'une espèce essentiellement européenne, je ne 
vois pas pourquoi en Angleterre, où la plante sauvage est plus 
commume, elle n'aurait pas existé depuis l'établissement de la 
plupart des espèces de la flore britannique, c'est-à-dire depuis 
la fin de l'épocjne glaciaire, avant la séparation de l'Ile d'avec le 
continent. Phillips cite un vieux nom anglais tout particuliw, 
Feaberry ou Feabes^ qui vient à l'appui d'une ancienne exis- 
tence, de même que deux noms gallois *, dont je ne puis cepen- 
dant pas attester l'originalité. 

Groseillier rouge. — Ribes rubrum, Linné. 

Le Groseillier ordinaire, rouge, est spontané dans l'Europe 
septentrionale et tempérée, de même que dans toute la Sibérie* 
jusqu'au Kamtschatka, et en Amérique du Canada et du Ver- 
mont à l'embouchure de la rivière Mackensie *®. 

Comme le précédent, il était inconnu aux Grecs et aux Ro- 

1. Nyman, Conspectus fl, europex^ p. 266 ; Boissier, FI. or,^ 2, p. 815. 

2. Mimby, Catal., éd. 2, p. 15. 

3. Bail, Spicilegium fl, marocc, p. 449. 

4. Ledebour, FL ross,^ 2,jp. 194; Boissier, /. c. 

5. Clarke, dans Hooker, Fl.. brit. India, 2, p. 410. 

6. Phillips, Account of ftmits, p. 174. 

7. Moore et More, Contrib. to the Cybebe hibernica^ p. 113. 

8. Davies, Welsh botanology^ p. 24. 

9. Ledebour, Fl. ross., 2, p. 199. 

10. Torrev et Gray, FL N. Am., 1, p. 150. 



GROSEILLIER ROUGE 221 

mains, et la culture s'en est introduite dans le moyen âge seule- 
ment. La plante cultivée diffère à peine de la plante sauvage. 
L'origine étrangère pour le midi de rEurope est attestée par le 
nom Groseille a outremer^ donné en France *, au xvi® siècle. A 
Genève, la Groseille se nomme encore vulgairement Raisin de 
mare^ et, dans le canton de Soleure, Meej'trûbli, Je ne sais pour- 
quoi on s'est imaginé, il y a trois siècles, que Fespèce venait d'ou- 
tremer. Peut-être doit-on Tentendre dans ce sens, qu'elle aurait 
été importée par les Danois et les Normands, ou que ces peuples 
du nord, venus par mer, en auraient introduit la culture. J'en 
doute, cependant, car le Bibes rubrum est spontané dans presque 
toute la Grande-Bretagne * et en Normandie ' ; les Anglais, qui 
ont eu des rapports fréquents avec les Danois, ne le cultivaient 
pas encore en 1557, d'après une liste des fruits de cette époque 
rédigée par Th. Tusser et publiée par Phillips *, et même du 
temps de Gerarde, en 1597 •*, la culture en était rare et la 
plante n'avait pas de nom particulier ^ ; enfin, il y a des noms 
français et bretons qui font supposer une culture antérieure aux 
Normands dans l'ouest de la France. 

Les vieux noms de cette contrée nous sont indiqués dans le 
Dittionnaire de Ménage. Selon lui, on appelait les groseilles 
rouges, à Rouen Gardes, à Gaen Grades^ dans la basse Nor- 
mandie Gradilles^ et dans son pays, en Anjou, Castilles, Ménage 
fait venir tous ces noms de rubius, rubicus^ etc., par une suite de 
transformations imaginaires, du mot ruber, rouge. Legonidec ^ 
nous apprend que les Groseilles rouges se nomment aussi Kas- 
tilez (avec / mouillée) en Bretagne, et il fait venir ce nom de 
Castille, comme si un fruit fort peu connu en Espagne et abon- 
dant dans le nord pouvait venir de la péninsule. Ces mots, 
répandus à la fois en Bretagne et hors de Bretagne, me semblent 
d'une origine celte, et à l'appui je dirai que, dans le Dictionnaire 
de Legonidec lui-même, gardiz signifie en breton rude, âpre, 
piquant, aigre, etc., ce qui fait deviner l'étymologie. Le nom 
générique Bibes a donné lieu à d'autres erreurs. On avait cru 
reconnaître une plante appelée ainsi par les Arabes ; mais ce mot 
vient plutôt d'un nom très répandu dans le nord pour le Gro- 
seillier, Bibs en danois *, Bisp et Besp en suédois ®. Les noms 
slaves sont tout différents et assez nombreux. 



i. Dodoneus, p. 748. 

2. Watson, Cybele brit. 

3. Brebisson, Flore de Normandie, p. 99. 

4. Phillips, Account of fruits, p. 136. 

5. Gérard, Hei^bal, p. 1143. 

6. Celui de Currant est venu plus tard, par suite de l'analogie avec les 
raisins de Corinthe (Phillips, ib.), 

7. Legonidec, Diction, celio- breton* 

8. Moritzi, Dict, inéd. des noms vulgaires, 

9. Linné, Flora suecica, n. 197. 



222 PLANTES CULTIVÉES POUR. LEURS FRUITS 

Groseillier noir. — Cassis. — Bibes nignan^ Linné. 

Le Cassis existe à l'état spontané dans TEurope septentrionale^ 
depuis l'Ecosse et la Laponie jusque dans le nord de la France 
et de l'Italie ; en Bosnie S en Arménie ^,. dans toute la Sibérie, 
et la région du fleuve Amour, et dans l'Himalaya occidental '. 
Il se naturalise souvent, par exemple, dans le centre de la 
France *. 

Les Grecs et les Romains ne connaissaient pas cet arbuste, 
qui est propre à des pays plus froids que le& leurs. D'après la 
diversité de ses noms dans toutes les langues, même antérieures 
aux Aryens, du nord de l'Europe, il est clair qu'on en recher- 
chait les fruits à une époque ancienne, et qu'on a probablement 
commencé à le cultiver avant le moyen âge. J. Bauhin ^ dit 
qu'on le plantait dans les jardins en France et en Italie, mais la 
plupart des auteurs du xvi® siècle n'en parlent pas. On trouve 
dans V Histoire de la vie privée des Français, par Le Grand d'Aussy, 
publiée en 1782, vol. i, p. 232, cette phrase assez curieuse : « Le 
Cassis n'est guère cultivé que depuis une quarantaine d'années,. 
et il doit cette sorte de fortune à une brochure intitulée Culture 
du cassis, dans laquelle l'auteur attribuait à cet arbuste toutes 
les vertus imaginables. » Plus loin (vol. 3, p. 80), l'auteur revient 
sur l'usage fréquent du ratafia de cassis depuis la brochure ea 
question. Bosc, toujours exact dans ses articles du Dictionnaire 
a' agriculture, parle bien de cet engouement, au nom Gboseilukr,. 
mais il a soin de dire : « On le cultive de très ancienne date, .pour 
son fruit, qui a une odeur particulière, agréable aux uns, désar 
gréable aux autres et passe pour stomachique et diurétique. » 
Il est employé dans la fabrication des liqueurs appelées ratafia 
et cassis ^. 

Olivier. — Olea europaea, Linné. 

L'Olivier sauvage, désigné dans les livres de botanique comme 
variété sylvestris ou Oleaste7\ se distingue de l'arbre cultivé par 
un fruit plus petit, dont la chair est moins épaisse. On obtient 

1. Watson, Compend. Cybele, 1, p. 177; Fries, Sùmma veg. Scandmacimj 
p. 39 ; Nyman, Conspectus fl09's ewropex, p. 266. 

2. Boissier. FI. or,, 2, p. 815. 

3. Ledebour, FI. 7'oss., p. 200 ; Maximovicz, Primitix fi. AmuTy p. 119; 
Clarke, dans Hooker, FI. brit. India, 2, p. 411. 

4. Boreau, Flore du centre de la France, éd. 3, p. 262. 

5. Bauhin, Hist. plant., 2, p. 99. 

6. Ce nom de cassis est assez singulier. Littré, dans aon Dictionnaire, dit 
qu'il semble être entré tardivement dans la langue et qu'il n'en connaît 
pas l'origine. Je ne l'ai pas trouvé dans les livres de botanique avant le 
milieu du xviu*^ siècle. Mon recueil manuscrit de noms vulgairea ne pré- 
sente pas, sur plus de quarante noms de cette espèce dans différentea lan- 
gues ou patois, un seul nom analogue. Buchoz, dans son Dictionnaire des 
plantes, 1770, 1, p. 289, appelle la plante le cassis ou cassetier des Poi- 
tevins. L'ancien nom français était poivrier ou groseillier noir. Le Diction- 
naire de Larousse dit gu'on fabriquait des liqueurs estimées à.Gaasis, en 
Provence. Serait-ce l'origine du nom? 



ou VISA 223 

d6 meUi^urs fruits par le choix des graines, les boutures ou les 
greffes de bonnes vai^iétés. 

làOkctëter existe aujourd'hui dans une vaste région à Test 
et à Touest de la Syrie, depuis le Punjab et le Belouchistan \ 
jusqu'en Portugal, et môme à Madère, aux îles Canaries et au 
Maroc '; et, dsms la direction du midi au nord, depuis TAtlas 
jusqu'au midi de la France, l'ancienne Macédoine, la Grimée 
et le Caucase ^. Si l'on compare ce que disent les voyageurs 
et les auteurs de flores, il est aisé de voir que sur les frontières 
de cette habitation on a souvent des doutes à l'égard de la 
qualité spontanée et indigène, c'est-à-dire très ancienne, de 
l'espèce. Tantôt, elle se présente à l'état de buissons, qui fructi- 
fient peu ou point, et tantôt, par exemple en Crimée, les pieds 
sont rares, comme s'ils avaient échappé, par exception, aux effets 
destructeurs d'hivers trop rigoureux qui ne permettent pas un 
établissement déflnitif. En ce qui concerne l'Algérie et le midi 
de la France, les doutes se sont manifestés dans une discussion, 
entre' des hommes très compétents, au sein de la Société bota- 
nique ^. Us reposent sur le fait incontestable que les oiseaux 
transportent -fréquemment les noyaux d'olives dans les endroits 
non cultivés et stériles, où la forme sauvage de VOleaster se 
produit et se naturalise. 

La question n'est pas bien posée lors(^u'on se demande si les 
Oliviers de telle ou telle localité sont vraiment spontanés. Dans 
une espèce ligneuse qui vit aussi longtemps et qui repousse du 
pied quand un accident l'a atteinte, il est impossible de savoir 
l'origine des individus qu'on observe. Ils peuvent avoir été semés 
par l'homme ou les oiseaux à une époque très ancienne^ car 
on connaît des Oliviers de plus de mille ans. L'effet de ces semis 
est une naturaUsation, qui revient à dire une extension de l'ha- 
bitation. Le point à examiner est donc de savoir quelle a été la 
patrie de l'espèce dans les temps préhistoriques très anciens, et 
comment cette patrie est devenue de plus en plus grande à la 
suite des transports de toute nature. Ce n'est pas la vue des 
Oliviers actuels qui peut résoudre cette question. Il faut chercher 
dans- quels pays a commencé la culture et comment elle s'est 
propagée. Plus elle a été ancienne dans une région, plus il est 
probable que l'espèce s'y trouvait à l'état sauvage depuis les 
événements géologiques antérieurs aux faits de l'homme pré- 
historique. 

1. Aitchison, Catalogue ^ p. 86. 

2. Lowe, Manual flora of Madeira, 2, p. 20 ; Webb et Berthelot, hist. 
nat. des ÔanaHeSy Géogr. bot,^ p. 48 ; Bail, Spicilegium floral maroccanœ^ 

p. 565. 

3. Cosson, Bull. Soc, bot. France, 4, p. 107, et 7, p. 31 ; Grisebacli, Spi- 
cilegium florse rumelicœ^ 2, p. 71 ; Steven, Verzeichniss cf. taurischen Hal- 
bimeln, p. 248 ; Ledebour, El. ross,^ p. 38. 

4. Bulletin, 4, p. 107. 



224 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS 

Les plus anciens livres hébreux parlent de TOlivier, Sait ou 
Zeit^ sauvage et cultivé *. C'était un des arbres promis de la 
terre de Canaan. La plus ancienne mention est dans la Genèse, 
où il est dit que la colombe lâchée par Noé rapporta une feuille 
d'Olivier. Si l'on veut tenir compte de cette tradition accompa- 
gnée de détails miraculeux, il faut ajouter que, d'après les dé- 
couvertes de l'érudition moderne, le mont Ararat de la Bible devait 
être à l'orient du mont Ararat actuel d'Arménie, qui s'appelait 
anciennement Masis. En étudiant le texte de la Genèse, François 
Lenormand * reporte la montagne en question jusqu'à i'Hindou- 
kousch, et même aux sources de llndus. Mais alors il la suppose 
près du pays des Aryas, et cependant l'Olivier n'a pas de nom 
sanscrit, pas même du sanscrit dont les langues indiennes sont 
dérivées *. Si l'Olivier avait existé dans le Punjab, comme main- 
tenant, les Aryo-Indiens, dans leurs migrations vers le midi, l'au- 
raient probablement nommé, et s'il avait existé dans le Mazan- 
déran, au midi de la mer Caspienne, comme aujourd'hui, les 
Aryens occidentaux l'auraient peut-être connu. A ces indices 
négatifs, on peut objecter seulement que l'Olivier sauvage n'attire 
pas beaucoup l'attention et que l'idée d'en extraire de l'huile 
est peut-être venue tardivement dans cette partie de FAsie. 

D'après Hérodote ^, la Babylonie ne produisait pas d'Oliviers 
et ses habitants se servaient d'huile de «Sésame. Il est certain 
qu'un pareil pays, souvent inondé, n'était pas du tout favorable 
à l'Olivier. Le froid l'exclut des plateaux supérieurs et des 
montagnes du nord de la Perse. 

J'ignore s'il existe un nom zend, mais le nom sémitique Sait 
doit remonter à une grande ancienneté, car il se retrouve à La 
fois en persan moderne, Seitun ^, et en arabe, Zeitun^ Sjetun • ; il 
est même dans le turc et chez les Tartares de Crimée, Seitun ', 
ce qui pourrait faire présumer une origine touranienne ou de 
l'époque très reculée au mélange des peuples sémitiques et tou- 
raniens. 

Les anciens Egyptiens cultivaient l'Olivier, qu'ils appelaient 
Tat *. Plusieurs botanistes ont constaté la présence de rameaux 
ou de feuilles d'Olivier dans les cercueils de momies •. Rien 



\, Uoaenmûller, Handbuch der biblischen Alterthumskunde, yoI, 4, p. 2ô8, 
et Hamilton, Botanique de la Bible^ p. 80, où les passages sont iaouqnés. 

2. Fr. Lenormand, Manuel de Vhistoire ancienne de l'Orient, 1869, vol. 1, 
p. 31. 

3. Fick, Wôrterbuch. — Piddington, Index, ne mentionne qu'un nom hifl- 
doustani^ Julpai, 

4. Hérodote, Hist.^ 1. 1, c. 193. 

5. Boissier, Flora or,, 4, p. 36. 

6. Ebn Baïtliar, trad. aUem., p. 569; Forskal, Plant. Egypt., p. 49. 

7. Boissier, /. c. ; Steven, /. c. 

8. Unger, Die Pflanzen d. alten JEgyptens, p. 45. 

0. De Candolle, Physiol. végét., ja. 696; Al. Braun, /. c, p. 12; Pleyte, 
cite par Braun et par Aschersoii, Sitzber. Naturfor. Ges,, 15 mai 1877. 



OLIVIER 338 

n'est plus certain, quoique M. Hehn ait dit récemment le con- 
traire, sans alléguer aucune preuve à l'appui de son opinion *. 
Il serait intéressant de savoir sous quelle dynastie avaient été 
déposés les cercueils les plus anciens dans lesquels on a trouvé 
des rameaux d'Olivier. Le nom égyptien, tout différent du 
nom sémite, indique une existence plus ancienne que les pre- 
mières dynasties. Je citerai tout à Tneure un fait à l'appui de 
cette grande antiquité. 

Selon Théophraste ', il y avait beaucoup d'Oliviers et l'on 
récoltait beaucoup d'huile dans la Gyrénaïque, mais il ne dit pas 
que l'espèce y fût sauvage, et la circonstance qu'on récoltait 
beaucoup d'huile fait présumer une variété cultivée. La contrée 
basse et très chaude entre l'Egypte à l'Atlas n'est guère favorable 
à une naturalisation de l'Olivier hors des plantations. M. Kralik, 
botaniste très exact, dans son voyage à Tunis et en Egypte, ne 
l'a vu nulle part à l'état sauvage ^; bien qu'on le cultive dans 
les oasis. En Egypte, il est seulement cultivé, d'après MM. Schwein- 
furth et Ascherson, dans leur résumé de la flore de la région du 
NU*. 

La patrie préhistorique s'étendait probablement de la Syrie 
vers la Grèce, car l'Olivier sauvage est très commun sur la côte 
méridionale de l'Asie Mineure. Il y forme de véritables forêts ^. 
C'est sans doute là et dans l'Archipel que les Grecs ont pris de 
bonne heure connaissance de cet arbre. S'ils ne l'avaient pas vu 
chez eux, s'il l'avaient reçu des peuples sémites, ils ne lui au- 
raient pas donné un nom spécial, Blaia, dont les Latins ont fait 
Olea. Jj Iliade et VOdyssée mentionnent la dureté du bois d'Oli- 
vier et l'usage de s'oindre le corps avec son huile. Celle-ci était 
d'un emploi habituel pour la nourriture et l'éclairage. La my- 
thologie attribuait à Minerve la plantation de l'Olivier dans 
l'Attique, ce qui signifie probablement l'introduction de variétés 
cultivées et de procédés convenables pour l'extraction de l'huile. 
Aristée avait introduit ou perfectionné la manière de presser le 
fruit. 

Ce même personnage mythologique, du nord de la Grèce, 
avait porté, disait-on, l'Olivier en Sicile et en Sardaigne. Les 
Phéniciens, à ce qu'il semble, ont pu s'en acquitter comme lui 
et de très bonne heure, mais, à l'appui de l'introduction de l'espèce 
ou d'une variété perfectionnée par les Grecs, je dirai que dans 
les îles de la Méditerranée le nom sémite Zeit n'a laissé aucune 
trace. C'est le nom gréco-latin qui existe comme en Italie ®, 
tandis que sur la côte voisine d'Afrique et en Espagne ce sont 

1. Hehn, Kulturpflanzen, éd. 3, p. 88, ligne 9. 

2. Theophrastes^ Hist. plant., 1. 4, c. 3, a la fin. 

3. Kralik, dans Bull. Soc. bot. Fr., 4, p. 108. 

4. Schweinfurth et Ascherson, Beitràge zur flora JEthiopiens^ p. 281. 

5. Balansa. Bull. Soc. bot. de France, 4, p. 107. 

6. Moris, Flora sardoa, 3, p. 9 ; Bertoloni, Flora itaL, 1, p. 46. 

De Candolle. V6 



226 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS 

des noms égyptien ou arabe, comme je Texpliquerai dans un 
instant. 

Les Romains ont connu l'Olivier plus tard que les Grecs, 
D'après Pline *, ce serait seulement à l'époque de Tarquin 
l'Ancien, en 627 avant J.-C, mais probablement Tespèce exis- 
tait déjà dans la Grande Grèce, comme en Grèce et en Sicile. 
D'ailleurs Pline voulait parler peut-être de l'Olivier cultivé. 

Un fait assez singulier, qui n'a pas été remarqué et discuté 
par les philologues, est que le nom berbère de l'Olivier et de 
l'olive a pour racine Taz ou Tas^ analogue au Tat des anciens 
Egyptiens. Les Kàbaïles de la division d'Alger, d'après le Dic- 
tionnaire français-berbère, publié par le gouvernement français, 
appellent l'Olivier sauvage Tazebboujt^ Tesettha Ow' Zebbouj et 
l'Olivier greffé Tazemmourt^ Tasettha Ou' zemmour. Les Touaregs, 
autre peuple berbère, disent Tamahinet^. Ce sont bien des indices 
d'ancienneté de l'Olivier en Afrique. Les Arabes ayant conquis 
cette contrée et refoulé les Berbères dans les montagnes et le 
désert, ayant également soumis l'Espagne à l'exception du pays 
basque, les noms dérivés du sémitique Zeit ont prévalu même 
dans l'espagnol. Les Arabes d'Alger disent Zenbotidje pour 
l'Olivier sauvage, Zitoun pour l'olivier cultivé ', Zit pour l'nuiie 
d'olive. Les Andalous appellent l'olivier sauvage Azeb\iche et 
le cultivé Aceytuno *. Dans d'autres provinces, on emploie 
concuremment le nom d'origine latine, Olivio, avec les noms 
arabes ^. L'huile se dit en espagnol aceyte^ qui est presque le 
nom hébreu; mais les huiles saintes s'appellent oleos santos, 
parce qu'elles se rattachent à Rome. Les Basques se servent du 
nom latin de l'Olivier. 

D'anciens voyageurs aux îles Canaries, par exemple Bontier, 
en 1403, mentionnent l'Olivier dans cet archipel, où les botanistes 
modernes le regardent comme indigène ^ Il peut avoir été intro- 
duit par les Phéniciens, s'il n'existait pas antérieurement. On 
ignore si les Guanches avaient des mots pour olivier et huile. 
Webb et Berthelot n'en indiquent pas dans leur savant chapitre 
sur la langue des aborigènes \ On peut donc se livrer à diflfé- 
rentes conjectures. Il me semble que l'huile aurait joué un rôle 
important chez les Guanches s'ils avaient possédé l'Olivier, et 
qu'il en serait resté quelque trace dans la langue actuelle popu- 
laire. A ce point de vue, la naturalisation aux Canaries n'est 
peut-être pas aussi ancienne que les voyages des Phéniciens. 

Aucune feuille d'Olivier n'a été trouvée jusqu'à présent dans 

4. Pline, Hist., 1. 15, c. 1. 

2. Duveyrier, Les Toîiaregs du nord (1864), p. 179. 

3. Munby, Flore de l'Algérie, p. 2 ; Debeaux, Catal. Boghar, p. 68, 

4. Boissier, Voyage bot. en Espagne^ éd. 1, 2, p. 407. 

5. Willkomm et Lange, Prodr, fl. hispan., 2, p. 672. 

6. Webb et Berthelot, Hist. nat. des Canaries, Géog. bot., p. 47 et 48. 

7. Webb et Berthelot, Ibid., Ethnographie, p. 188. 



CAÏNITIER 227 

les tufs de la France méridionale, de la Toscane et de la Sicile, où 
Ton a constaté le laurier, le myrte et autres arbustes actuelle- 
ment vivants. C'est un indice, jusqu'à preuve contraire, de natu- 
ralisation subséquente. 

L'Olivier s'accommode bien des climats secs, analogues à celui 
de la Syrie ou de l'Algérie. Il peut réussir au Gap, dans plusieurs 
régions de l'Amérique, en Australie, et sans doute il y deviendra 
spontané quand on le plantera plus souvent. La lenteur de sa 
croissance, la nécessité de le greffer ou de choisir des rejetons 
d'une bonne variété, surtout la concurrence d'autres espèces 
oléifères ont retardé jusqu'à présent son expansion, mais un 
arbre qui donne des produits sur les sols les plus ingrats ne 
peut pas être négligé indéfiniment. Même dans notre vieux 
monde, où il existe depuis tant de milliers d'années, on doublera 
sa production quand on voudra prendre la peine de greffer les 
pieds sauvages, à l'imitation des Français en Algérie. 

Gaînltier. — Chrmophyllum Caînito^ Linné. 

Le Gaùiitier ou Gaïmitier , Star apple des Anglais , ap- 
partient à la famille des Sapotacées. If donne un fruit assez 
estimé dans l'Amérique tropicale, quoique les Européens ne 
l'aiment pas beaucoup. Je ne vois pas qu'on se soit occupé de 
l'introduire dans les colonies d'Afrique ou d'Asie. De Tussac en 
a donné une bonne figure dans sa flore des Antilles, vol. 2, pi. 9. 

Seemann * a vu le Chysophyllum Caînito sauvage dans plu- 
sieurs endroits de Pisthme de Panama. De Tussac, colon de 
Saint-Domingue, le regardait comme spontané dans les forêts 
des Antilles, et Grisebach ' le dit spontané et cultivé à la Jamaï- 
que, Saint-Domingue, Antigoa et la Trinité. Avant lui, Sloane 
le considérait comme échappé des cultures à la Jamaïque, et 
Jacquin s'est servi d'une expression vague en disant : « Habite 
à la Martinique et à Saint-Domingue '. » 

Gaîmito. — Lucuma Caïmito, Alph. deGandolle. 

Il ne faut pas confondre ce Gaîmito, du Pérou, avec le Chry- 
sophyllum Caînito des Antilles. Tous deux appartiennent à la 
famille des Sapotacées, mais leurs fleurs et leurs graines diffè- 
rent. Gelui-ci est figuré dans Ruiz et Pavon, Flora peruviana, 
vol. 3, pi. 240. 

Cultivé au Pérou on l'a transporté à Ega, sur le fleuve des 
Amazones, et à Para, où communément on le nomme Abi ou 
Abiu *. 

D'après Ruiz et Pavon, il est sauvage dans les parties chaudes 
du Pérou, au pied des Andes. 

1. Seemann, Bofany of Herald^ iû. 166. 

2. Grisebach, Flora of british W. Ind. islands, p. 398. 

3. Sloane, Jamaïgite, 2, p. 170 ; Jacquin, Amer.y p. 52. 

4. Flora ôrasil., vol. 7, p. 88. 



228 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS 

Mammei ou Mammei-Sapote. — Lucuma mammosa, 
Gsertner. 

Cet arbre fruitier, de l'Amérique tropicale et de la famille des 
Sapotacées, a donné lieu dans les ouvrages de botanique à plu- 
sieurs méprises *. Il n'a pas encore été figuré d'une manière 
complète et satisfaisante, parce que les colons et les voyageurs 
le croient trop connu pour en envoyer des échantillons bien 
choisis, qu'on puisse décrire dans les herbiers. C'est du reste une 
négligence assez fréquente lorsqu'il s'agit de plantes cultivées. 

Le Mammei est cultivé aux Antilles et dans certaines régions 
chaudes du continent américain. M. Sagot nous dit qu'il ne 
l'est pas à Cayenne, mais bien dans le Venezuela ^. Je ne vois 
pas qu'on Tait transporté en Afrique ou en Asie, si ce n'est aux 
îles Philippines ^. C'est à cause, probablement, de la saveur 
trop fade de son fruit. 

Humboldt et Bonpland l'ont trouvé sauvage dans les foi*éts 
des missions de l'Orénoque '*. Tous les auteurs l'indiquent dans 
les Antilles, mais comme cultivé, ou sans affirmer qu'il soit 
spontané. Au Brésil il est uniquement dans les jardins. 

Sapotillier — Sapota Achras, Miller. 

Le fruit du Sapotiller est le plus estimé de la famille des Sa- 
potacées et l'un des meilleurs des régions intertropicales. Une 
Sapotille plus que mûre, dit Descourtilz dans sa flore des An- 
tilles, est fondante et ofiTre les doux parfums du miel, du jasmin 
et du muguet. L'espèce est très bien figurée dans le Botanical 
Magazine^ pi. 3111 et 3112, ainsi que dans Tussac, Flore des An- 
tilles, 1, pi. 5. On Ta introduite dans les jardins de l'île Maurice, 
de l'archipel asiatique et de llnde, depuis l'époque de Rum- 
phius et Rheede, mais personne ne doute de son origine améri- 
caine. 

Plusieurs botanistes l'ont vue à l'état spontané dans les forêts 
de l'isthme de Panama, de Campêche ^, du Venezuela ® et peut- 
être de la Trinité ^. A la Jamaïque, du temps de Sloane, elle 
existait seulement dans les jardins ^. Il est bien douteux qu'elle 
soit sauvage dans les autres Antilles , quoique peut-être des 
graines jetées çà et là l'aient naturalisée jusqu'à un certain de- 
gré. Dans les plantations, les jeunes pieds ne sont pas faciles à 
élever, d'après Tussac. 

1. Voir la synonymie dans Flora brasiliensiSj vol. 7, p. 66. 

2. Sagot, dans Journal Soc. d'hort. de France, 1872, p 347. 

3. Blànco, FL de Filipinas, sous le nom d'Achras Lucuma. 

4. Nova gênera, 3, p. 240. 

5. Dampier et Lnssan, dans Sloane, Jamaïca, 2, p. 172; Seemann, Bot. 
of Herald, p. 166. 

6. Jacquin, Amer., p. 59; Humboldt et Bonpland, Nova gênera, 3, p. 239. 

7. Grisebach, Flora of brit, W. Ind., p. 399. 

8. Sloane, /. c. 



AUBERGINE. — PIMENTS 229 

Aubergine. — Solanum Melongena^ Linné. — Solarium escu^ 
lentum^ Dunal. 

L'Aubergine a un nom sanscrit, Vartia^ et plusieurs noms que 
Piddington, dans son Index^ regarde comme à la fois sanscrits 
et bengalis, tels que Bong, BartakoUy Mahoti, Hingoli, Wallich, 
dans son édition de la flore indienne de Roxburgh, indique 
Varttay Varttakou^ Yarttakay Bunguna^ d'oùl'industani Bungan, 

On ne peut douter, d'après cela, que l'espèce ne fût connue 
dans l'Inde depuis un temps très reculé. Rumphius l'avait vue 
dans les jardins des îles de la Sonde et Loureiro dans ceux de 
la Gochinchine. Thunberg ne la mentionne pas au. Japon, 
quoique maintenant on en cultive plusieurs variétés dans ce 
pays. Les Grecs et les Romains n'en avaient pas connaissance, 
et aucun botaniste n'en a parlé en Europe avant le commence- 
ment du XVII® siècle *, mais la culture a dû se propager vers 
l'Afrique avant le moyen âge. Le médecin arabe Ebn Baithar *, 
qui écrivait au xiii® siècle, en a parlé, et il cite Rhasès, qui vivait 
dans le ix® siècle. Rauwolf * avait vu la plante dans les jardins 
d'Alep, à la fin du xvi® siècle. On l'appelait Melanzana eiBeden- 
giam. Ce nom arabe, que Forskal écrit Badindjan, est commun 
avec rhindustani Badanjan^ donné par Piddington. Un indice 
d'ancienneté dans l'Afrique septentrionale est l'existence chez les 
Berbères ou Kabyles de la province d'Alger * d'un nom, Tabend- 
jaltSy qui s'éloigne asssez du nom araoe. Les voyageurs mo- 
dernes ont trouvé l'Aubergine cultivée dans toute la région du 
Nil et sur la côte de Guinée ^. On l'a transportée en Amérique. 

La forme cultivée du Solanum Melongena n'a pas été trouvée 
jusqu'à présent à l'état sauvage, mais les botanistes sont assez 
d'accord pour considérer les Solanum insanum^ Roxburgh^ et 
S. incanum, Linné^ comme appartenant à la môme espèce. On 
ajoute même d'autres synonymes, conformément à une étude 
faite par Nées d'Esenbeck sur de nombreux échantillons ^. Or 
le S. tnsanum parait avoir été trouvé sauvage dans la province 
de Madras et à Tong-Dong, chez les Birmans. La publication 
prochaine des Solanées dans la flore de l'Inde anglaise de sir 
J. Hooker donnera probablement sur ce point des détails plus 
précis. 

Piments. — Poivre de Gayenne. — Capsicum, 
Le genre Capsicum, dans les meilleurs ouvrages de botanique, 
«st encombré d'une multitude de formes cultivées, qu'on n'a 

1. Dunal, Histoire des Solanum, p. 209. 

2. Ebn Baithar, trad. allemande, 1, p. 116. 

3. Rauwolf, Flora orient., édit. Gronmgue, p. 26. 

4. Dictionn. français- berbère, publié par le gouvernement français. 
0. Thonnin^, sous le nom de S. edule ; Hooker, Niger Flora, p. 473 

6. Transactions of the Linnean society, 17, p. 48; Baker, Flora of Mauri' 
iius, p. 215. 



230 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS 

pas vues à Tétai sauvage et qui diffèrent surtout par ]a durée de 
la tige — chose assez variable — ou par la forme du fruit, carac- 
tère de peu de valeur dans des plantes cultivées précisément 
pour les fruits. Je parlerai des deux espèces le plus souvent cul- 
tivées, mais je ne puis m'empècher d'émettre l'opinion qu'au- 
cun Gapsicum n'est originaire de l'ancien monde. Je les crois 
tous d'origine américaine, sans pouvoir le démontrer d'une ma- 
nière complète. Voici mes motifs. 

Des fruits aussi apparents, aussi faciles à obtenir dans les jar- 
dins, et d'une saveur si agréable aux habitants des pays chauds 
se seraient répandus très vite dans l'ancien monde s'ils avaient 
existé au midi de l'Asie, comme on le suppose quelquefois. Us 
auraient des noms dans plusieurs des langues anciennes. Cepen- 
dant les Romains, les Grecs et même les Hébreux n'en avaient 
pas connaissance. Ils ne sont pas mentionnés dans les anciens 
livres chinois ^ Les insulaires de la mer Pacifique ne les culti- 
vaient pas lors du voyage de Gook ^, malgré leur proximité des 
îles de la Sonde, où Rumphius mentionnait leur emploi très 
habituel. Le médecin arane Ëbn Baithar, qui a recueilli au 
XIII* siècle tout ce que les Orientaux avaient dit sur les plantes 
officinales, n'en parle pas. 

Roxburgh ne connaissait aucun nom sanscrit pour les Gapsi* 
cum. Plus tard, Piddington a cité pour le C. frutescens un nom, 
Bran-marichay qu'il dit sanscrit ' ; mais ce nom, qui roule sur 
comparaison avec le poivre noir {Muricha^ Murichung)^ est-il 
vraiment ancien? Gomment n'aurait-il laissé aucune trace dans 
les noms des langues indiennes dérivées du sanscrit ^? 

La qualité spontanée, ancienne, des Gapsicum est toujours 
incertaine, à cause de la fréquence des cultures; mais elle me 
paraît plus souvent douteuse en Asie que dans l'Amérique méri- 
dionale. Les échantillons indiens décrits par les auteurs les plus 
dignes d'attention viennent presque tous des herbiers de la com- 
pagnie des Indes, dans lesquels on ne sait jamais si une plante 
paraissait vraiment sauvage, si elle était loin des habitations, 
dans les forêts, etc. Pour les localités de l'archipel asiatique, les 
auteurs indiquent souvent les décombres, les haies, etc. 

Examinons de plus près chacune des espèces ordinairement 
cultivées. 

Piment annuel. — Capsicum annuum^ Linné. 

Gette espèce a reçu dans nos langues européennes une infinité 
de noms difi'érents ^, qui indiquent tous une origine étrangère et 
la ressemblance de saveur avec le poivre. En français, on dit 

1. Bretschneider, On the study, etc., p. 17. 

2. Forster, De plantis esculenth insuiartun, etc, 

3. Piddington, Index, 

4. Piddington, au mot Capsicum. 

5. Nemnicb, Ij^xicon, indique douze noms fhinçais et huit allemands. 



PIMENT. — TOMATE 231 

souvent Poivre de Guinée , mais aussi Poivre du Brésil , 
d'Inde, etc., dénominations auxquelles il est impossible d'attri- 
buer de l'importance. La culture s'en est répandue en Europe 
dès le xvi° siècle. C'est un des Piments que Piso et Marcgraf * 
avaient vus cultivés au Brésil sous le nom de Quija ou Quiya. Ils ne 
disent rien sur sa provenance. L'espèce paraît avoir été cultivée 
d'ancienne date aux Antilles, où elle est désignée par plusieurs 
noms caraïbes *. 

Les botanistes qui ont le plus étudié les Gapsicums ' ne parais- 
sent pas avoir rencontré dans les herbiers un seul échantillon 
qu'on puisse croire spontané. Je n'ai pas été plus heureux. 

Selon les probabilités, la patrie origmaire est le Brésil. 

Le C, grossum Willdenow paraît une forme de la même es- 
pèce. On le cultive dans' l'Inde, sous le nom de Kafree-murick 
et Kaffree-chilly, mais Roxburgh ne le regardait pas comme 
d'origine indienne *. 

Piment arbrisseau. — Capsicum frutescens, Willdenow. 

Cette espèce, plus élevée et plus ligneuse à la base que le 
C annuumj est généralement cultivée dans les régions chaudes 
du nouveau et de l'ancien monde. On en tire la glus grande 
partie du Poivre de Cayenne à l'usage des Anglais, mais ce nom 
s'étend quelquefois aux produits d'autres Piments. 

L'auteur le plus attentif à l'origine des plantes indiennes, Rox- 
burgh, ne le donne point pour spontané dans l'Inde. Selon 
Blume, il s'est naturalisé dans l'archipel indien, dans les haies ^. 

Au contraire, en Amérique, où la culture est ancienne, on Ta 
trouvé plusieurs fois dans des forêts, avec l'apparence indigène. 
De Martius Ta apporté des bords de l'Amazone, Pœppig de la 
province de Maynas du Pérou oriental, et Blanchet de la pro- 
vince de Bahia ^. Ainsi la patrie s'étend de Bahia au Pérou 
oriental, ce qui explique la diffusion dans l'Amérique méri- 
dionale en général. 

Tomate. — Lycopersicum esculentum^ Miller. 

La Tomate ou Pomme d'amour appartient à un genre de 
Solanées donj toutes les espèces sont américaines "'. Elle n'a 
point de nom dans les anciennes langues d'Asie, ni même dans 
les langues modernes indiennes ^ Elle n'était pas encore cul- 
tivée au Japon du temps de Thunberg, c'est-à-dire il y a un 

1. Piso, p. 107 ; Marcgraf, p 39. 

2. Descourtilz, Flore médicale des Antilles, 6, pi. 423. 

3. Fingerhuth, Monographia gen. Capsici, p. 12 ; Sendtner, dans Flora 
brasil.y vol. 10, p. 147. 

4. Roxburgh. FL ind,, éd. Wall., 2, p. 260 ; éd., 1832, 2, p. 574. 

5. Blume, Bi/'rfr. 2, p. 704. 

6. Sendtner, dans Flora bras,, 10, p. 143. 



7. Alph. de CandoUe, Prodr., 13, s. 1, p. 26. 

8. Roxburgh, FI. Indica, éd. 1832, vol. 1, p. 



565 ; Piddington, Index. 



232 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS 

siècle, et le silence des anciens auteurs sur la Chine montre que 
rintroduction y est moderne. Rumphius * l'avait vue dans les 
jardins de Tarchipel asiatique. Les Malais l'appelaient Tomatte; 
mais c'est un nom américain, car G. Bauhin désigne l'espèce 
comme Tumatle Americanorum, Rien ne fait présumer qu'elle 
fût connue en Europe avant la découverte de l'Amérique. 

Les premiers noms donnés par les botanistes, au xvi« siècle, 
font supposer qu'on avait reçu la plante du Pérou '. Elle a été 
cultivée sur le continent américain avant de l'être aux Antilles, 
car Sloane ne la mentionne pas à la Jamaïque, et Hughes ' dit 
qu'elle a été apportée du Portugal à la Barbade, il n y a guère 
plus d'un siècle. Humboldt regardait la culture des Tomates 
comme ancienne au Mexique *. Je remarque cependant que le 
premier ouvrage sur les plantes de ce pays (Hernandez, Historia) 
n'en fait pas mention. Les premiers auteurs sur le Brésil, Piso 
et Marcgraf, n'en parlent pas non plus, quoique l'espèce soit 
aujourd'hui cultivée dans toute l'Amérique intertropicale. Nous 
revenons ainsi, par exclusion, à l'idée d'une origine péruvienne, 
au moins pour la culture. 

De Martius * a trouvé la plante spontanée dans les environs 
de Rio-de- Janeiro et de Para, mais échappée peut-être des jar- 
dins. Je ne connais aucun botaniste qui l'ait trouvée vraiment 
sauvage, dans l'état que nous connaissons, avec ses fruits plus 
ou moins gros, bosselés et à côtes renflées; mais il n'en est pas 
de même de la forme à petits fruits sphériques, appelée Z. cera- 
si forme dans certains ouvrages de botanique et considérée, ce me 
semble ®, avec raison, dans d'autres ouvrages, comme apparte- 
nant à la même espèce. Celle-ci est sauvage sur le littoral du 
Pérou \ à Tarapoto, dans le Pérou oriental * et sur les confins 
du Mexique et aes Etats-Unis vers la Californie ^. Elle se natu- 
ralise quelquefois dans les déblais, près des jardins ^^. C'est ainsi 
probablement que l'habitation s'est étendue, du Pérou, au nord 
et au midi. 



Avocatier. — Persea aratissima. Gœrtner. 

V Avocat^ Alligator pear des Anglais, est un des fruits les plus 

i. Rumphius, Amboin,, 5, p. 416. 

2. Mala peruviana, Pomi ael Peru, dans Bauhin, Hist,, 3, p. 621. 

3. Hughes, BarhadoeSy p. 148. 

4. Humboldt, Nouv. -Espagne, éd. 2, vol. 2, p. 472. 

5. Flora brasil., vol. 10, p. 126. 

6. Les proportions du calice et de la corolle sont les mêmes que dans 
la Tomate cultivée, mais elles sont différentes dans Tespèce voisine, L. Hum- 
boldtii, dont on mange aussi le fruit, d'après de Humbmdt, et qu'il a trouvée 
sauvage dans le Venezuela. 

7. Ruiz et Pavon, Flov. peruv,, 2, p. 37. 

8. Spruce, n. 4143, dans VHerbier Boissier, 

9. Asa Gray, Bot. of Califomia, 1, p. 538. 

10. Baker, Flora of Mauritius, p. 216. 



AVOCATIER. — PAPAYER 233 

estimés dans les pays tropicaux. Il appartient à la famille des 
Lauracées. Son apparence est celle dune poire contenant un 
gros noyau, comme cela se voit bien dans les figures de Tussac, 
Flore des Antilles^ 3, pi. 3, et du Botanical Magazine^ pi. 4580. 

Rien de plus ridicule que les noms vulgaires. Celui à Alligator 

Tient on ne sait d'où. Celui &' Avocat est une corruption d'un 

nom mexicain, Ahuaca ou Aguaeate. Le nom botanique Persea 

n'a rien de commun avec le Persea des Grecs, qui était un 

Cordia. 

D'après Clusius *, en 1601, FAvocatier était un arbre fruitier 
d'Amérique, introduit en Espagne, dans un jardin; mais, comme 
il s'est beaucoup répandu dans les colonies de l'ancien monde et 
que parfois il devient presque spontané *, on peut se tromper 
sur 1 origine. Cet arbre n'existait pas encore aans les jardins 
de rinde anglaise au commencement du xix^ siècle. On Tavait 
apporté dès le milieu du xviiie dans Farchipel de la Sonde ', 
et en 1750 aux îles Maurice et Bourbon *. 

En Amérique, l'babitation actuelle, à Tétat spontané, est sin- 
gulièrement vaste. On a trouvé l'espèce dans les forêts, au bord 
des fleuves et sur le littoral de la mer depuis le Mexique et les 
Antilles jusqu'à la région des Amazones ^. Elle n'a pas toujours 
eu cette grande extension. P. Browne dit formellement que 
l'Avocatier a été introduit du continent à la Jamaïque, et Jac- 
quin pensait de même pour les Antilles en général *. Piso et 
Marcgraf ne l'ont pas mentionnée au Brésil, et de Martius n'in- 
dique aucun nom brésilien. 

Lors de la découverte de l'Amérique, l'Avocatier était certai- 
nement cultivé et indigène au Mexique, d'après Hernandez. Au 
Pérou, d'après Acosta '', on le cultivait sous le nom de Palto, 
qui était celui d'un peuple du Pérou oriental, chez lequel il 
abondait ®. Je ne connais pas de preuve qu'il fût spontané sur 
le littoral péruvien. 

Papayer. — Carlca Papaya, Linné. — Papaya vulgaris, de 
Gandolle. 

Le Papayer est une grande espèce vivace, plutôt qu'un arbre. 
11 a une sorte de tronc juteux, terminé par une touffe de 

i. Clusius, Historiay p. 2. 

2. Par exemple à Madère, d'après Grisebach, FI. ofbrit. W. India, p. 280; 
aux îles Maurice, Seychelles et Rodriguez, d'après Baker, Flora, p. 290. 

3. n n'est pas dans Rumphius. 

4. Aublet, Guyane, 1, p. 364. 

5. Meissner, dans Prodromus, vol. 15, sect. 1, p. 52, et Flora brasil.^ 
vol. 5, p. 158. Pour le Mexique : Hernandez, p. 89. Pour le Venezuela et 
Para : Nées, Laurineée, p. 129. Pour le Pérou oriental : Pœppig, Exsicc, 
vu par Meissner. 

6. P. Browne, Jamaïca, p. 214 ; Jacquin, Obs.y 1, p. 38. 

7. Acosta, Hist. nat. des Indes, édit. 1598, p. 176. 

8. Laet, Hist, nouv. monde, 1, p. 325, 341, 



234 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS 

feuilles dans le g^nre des choux-cavaliers, et les fruits, qui res- 
semblent aux melons, sont suspendus au-dessous des feuilles ^ 
On le cultive maintenant dans tous les pays tropicaux, même 
jusqu'aux 30®-32® degrés de latitude. Il se naturabse facilement 
hors des plantations. C'est une des causes pour lesquelles on l'a 
dit et on persiste à le dire originaire d'Asie ou d'Afrique, tan- 
dis que RoDert Brown et moi avons démontré, en 1818 et 1855, 
son origine américaine *. Je répéterai les arguments contre l'ori- 
gine supposée de l'ancien monde. 

L'espèce n'a pas de nom sanscrit. Dans les langues mo- 
dernes de rinde, on la nomme d'après le nom américain Papava, 
qui dérive du nom caraïbe Ababai '. D'après Rumphius *, les ha- 
bitants de l'archipel indien la regardaient comme d'origine 
exotique, introduite par les Portugais, et lui donnaient des noms 
exprimant l'analogie avec d'autres plantes ou une importation 
de l'étranger. Sloane ^, au commencement du xvme siècle, cite 
plusieurs de ses contemporains d'après lesquels on l'avait trans- 
portée des Indes occidentales en Asie et en Afrique. Forstar ne 
l'avait pas aperçue dans les plantations des îles de la mer Paci- 
fique lors du voyage de Gook. Loureiro ®, au milieu du xvm* siè- 
cle, l'avait vue dans les cultures de la Chine, de la Cochinchine et 
du Zanguebar. Une plante aussi avantageuse et aussi particulière 
d'aspect se serait répandue depuis des milliers d'années dans 
l'ancien monde si elle y avait existé. Tout porte à croire qu'elle 
a été introduite sur les côtes occidentales et orientales d'Afri- 
que et en Asie, depuis la découverte de l'Amérique. 

Toutes les espèces de la famille sont américaines. Gelle-ei 
doit avoir être cultivée du Brésil aux Antilles et au Mexique 
avant l'arrivée des Européens, puisque les premiers auteurs sur 
les productions du nouveau monde en ont parlé "'. 

Marcgraf avait vu souvent des pieds mâles (toujours plus nom- 
breux que les femelles) dans les forêts du Brésil, tanois que les 
pieds femelles étaient dans les jardins. Clusius, qui a donné le 
premier une figure de la plante ®, dit qu'elle avait été dessinée 
en 1607 à la « baie des Toaos Santos » (province de Bahia). Je ne 
connais pas d'auteur moderne qui ait confirmé l'habitation au 



1. Voir les belles planches de Tussac, Flore des AntilleSy 3, p. 45, pL 10 
et 11. Le Papayer appartient à la petite famille des Papayacées, réunie 
par quelques notanistes aux Passiflorées et par d'autres aux Bixaeées. 

2. R. Brown, Botany of Congo, p. 52 ; A. de Candolle, Gëogr. bot. rai- 
sonnée^ p. 917. 

3. Sagot, Journal de la Société centrale d'horticulture de France, 1872. 

4. Rumphius, Amboin,, 1, p. 147. 

5. Sloane, Jamatca, p. 165. 

6. Loureiro, Flora Cochineb.j lû, 772. 

7. Marcgraf, Brasil.^ p. 103, et Piso, p. 159, pour le Brésil; Ximenes, daoi 
Marcgraf et Hemandez, Thésaurus^ p. ^9, pour le Mexique ; ce dernier pour 
Saint-Domingue et le Mexique. 

8. Clusius, Curse posteriores^ p. 79, 80. 



FIGUIER 335 

Brésil. De Martius ne mentionne pas l'espèce dans son diction- 
naire sur les noms de fruits en langue des Tupis ^ On ne la 
cite pas comme spontanée à la Guyane et dans la Colombie. 
P. Browne ' affirme, au contraire, la qualité spontanée à la 
Jamaïque, et avant lui Ximenes et Hernandez Favaient affirmée 
pour Saint-Domingue et le Mexique. Oviedo ' paraît avoir vu le 
Papayer dans l'Amérique centrale, et il cite pour Nicaragua le 
nom vulgaire Olocoton. Cependant MM. Correa de Mello et 
Spruce, dans leur mémoire important sur les Papayacées, après 
avoir beaucoup herborisé dans la région des Amazones, au 
Pérou et ailleurs, regardent le Papayer comme originaire des 
îles Antilles et ne pensent pas qu'il soit sauvage nulle part sur 
le continent. J'ai vu * des échantillons rapportés des bouches 
de la rivière Manaté en Floride, de Puebla au Mexique et de 
Colombie ; mais les étiquettes ne portent aucune remarque sur 
la qualité spontanée. Les indices, comme on voit, sont nombreux 
pour les bords du golfe du Mexique et les Antilles. L'habitation 
au Brésil, fort isolée, est suspecte. 

Figuier. — Ficus Carica, Linné. 

L'histoire du Figuier présente beaucoup d'analogie avec celle 
de l'Olivier en ce qui concerne l'origine et les limites géogra- 
phiques. Son habitation, comme espèce spontanée, a pu s'éten- 
dre par un effet de la dispersion des graines à mesure que la 
culture s'étendait. Cela paraît probable, car les graines traver- 
sent intactes les organes digestifs de l'homme et des ani- 
maux. Cependant on peut citer des pays dans lesquels on cul- 
tive le figuier depuis au moins un siècle sans qu'il se soit 
naturalisé de cette manière. Je ne parle pas de l'Europe au nord 
des Alpes, où l'arbre exige des soins particuHers et mûrit mal 
ses fruits, même ceux de la première portée, mais par exemple 
de l'Inde, du midi des Etats-Unis, de l'île Maurice et du Chili, 
où, d'après le silence des auteurs de flores, les faits de quasi 
spontanéité paraissent rares. 

De nos jours, le Figuier est spontané ou presque spontané dans 
une vaste région dont la Syrie est à peu près le milieu, savoir 
de la Perse orientale ou même de l'Afghanistan, au travers de 
toute la région de la Méditerranée, jusqu'aux îles Canaries ^, 
Du midi au nord, cette zone varie de 25 à 40-42o de latitude 
environ, suivant les circonstances locales. En général, le Figuier 

1. Martius, Beitr. z, Ethnographey 2, p. 418. 

2. P. Browne, Jamatca, éd. 2, p. 360. La première édition, que je n'ai 
pas vue, est de 1756. 

3. Le passage d'Oviedo est traduit en anglais par Correa de Mello et 
Spruce, dans leur mémoire, Journal of the proceedings of the Linnean 
Society, 10, p. 1. 

4. Prodr,, 15, s. 1, p. 414. 

5. Boissier, Flora orientalis, 4, p. 1154 ; Brandis, Forest flora of Indiar 
p. 418 ; WebD et Berthelot, Hist, nat, des Canaries, Botanique, 3, p. 257. 



236 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS 

s'arrête, comme l'Olivier, au pied du Caucase et des montagnes 
de l'Europe qui bordent le bassin de la mer Méditerranée, mais 
il se montre à Tétat presque spontané, sur la côte sud-ouest de 
la France, grâce à la douceur des hivers *. 

Voyons si les documents historiques et linguistiques font pré- 
sumer dans l'antiquité une habitation moins vaste. 

Les anciens Egyptiens appelaient la figue Teb *, et les plus 
anciens livres des Hébreuxparlent du Figuier, soit sauvage, soit 
cultivé, sous le nom de leenak ^, qui a laissé sa trace dans 
l'arabe Tin ^. Le nom persan est tout autre, Unjir; mais je ne 
sais s'il remonte au zend. Piddington mentionne , dans son 
JndeXy un nom sanscrit, Udumvara, queRoxburgh, très soigneux 
dans ces sortes de questions, n'indique pas, et qui n'aurait 
laissé aucune trace dans les langues modernes de l'Inde, à en 
juger d'après quatre noms cités par ces auteurs. L'ancienneté 
d'existence à l'orient de la Perse me semble un peu douteuse 
jusqu'à ce que le nom attribué au sanscrit ait été vérifié. Les 
Chinois ont reçu le Figuier de Perse, mais seulement au hui- 
tième siècle de notre ère ^ Hérodote ® dit que les Perses ne man- 
quaient pas de figues, et Reynier, qui a fait des recherches 
scrupuleuses sur les usages de cet ancien peuple^ ne mentionne 
pas le Figuier. Cela prouve seulement que l'espèce n*était pas 
utilisée et cultivée, mais elle existait peut-être à l'état sauvage. 

Les Grecs appelaient le Figuier sauvage Brineos et les Latins 
Caprificus. Homère mentionne dans VIliade un pied de cet arbre 
qui existait près de Troie \ M. Hehn afQrme * que le Figuier 
cultivé ne peut pas être venu du Figuier sauvage, mais tous les 
botanistes sont d'une opinion contraire ^, et, sans parler des dé- 
tails fioraux sur lesquels ils s'appuyent, je dirai que Gussone a 
obtenu des mêmes graines des pieds de la forme Caprificus et 

1. M. le comte de Solms-Laubacb, dans une savante dissertation [Bet' 
kunft^ Domestication, etc. y des Feigenbaums, in- 4, 1882), a constaté sur 




assure cependant que la fécondation s'opère quelquefois sans le secours 
de rinsecte. 

2. Chabas, Mélanges egyptoL, série 3 (1873), vol. 2, p. 92. 

3. RosenmuUer, Bibl, Alterthumskunae, 1, p. 285; Reynier, Economie fnt" 
àlique des Arabes et des Juifs, p. 470 (pour la Micbna).' 

4. Forskal. FL œgypto-arab,, p. 125. M. de Lagarde {Revue crit, d'hist,, 
27 février 1882) dit que ce nom sémite est très ancien. 

5. Bretschneider, dans Solms, l, c, p. 51 . 

6. Hérodote, 1, 71. 

7. Lenz, Botanik der Griechen^ p. 421, cite quatre vers d'Homère. Voir 
aussi Hehn, Culturpflanzen, éd. 3, p. 84. 

8. Hehn, Culturpflanzeny éd. 3, p. 513. 

9. 11 ne faut pas s'attacher aux divisions exagérées faites par Gasparini 
dans le Ficus Canca, Linné. Les botanistes qui ont étudié le Figuier après 
lui conservent une seule espèce et énumèrent dans le Figuier sauvage 
plusieurs variétés. Elles sont mnombrables pour les formes cultivées. 



FIGUIER 237 

de l'autre *. La remarque faite par plusieurs érudits qu'il n'est pas 
question dans V Iliade de la figue cultivée, Sukai^ ne prouve donc 
pas l'absence du Figuier en Grèce à l'époque de la guerre de Troie. 
C'est dans VOdyssée que la figue douce est mentionnée par 
Homère, et encore d une manière assez vague. Hésiode, dit 
M. Hehn, n'en parle pas, et Archilochus (700 ans avant 
J.-C.) est le premier qui en ait mentionné clairement la culture 
chez les Grecs, à Paros. D'après cela, l'espèce existait à l'état 
sauvage en Grèce, au moins dans l'Archipel, avant l'introduc- 
tion de variétés cultivées originaires d'Asie. Théophraste et 
Dioscoride mentionnent des Figuiers sauvages et cultivés '. 

Remus et Romulus, selon la tradition, auraient été nourris 
sous un pied de Ficus qu'on appelait ruminalisy de rumen ^ ma- 
melle '. Le nom latin Ftcus^ que M. Hehn, par un efi'ort d'érudi- 
tion, fait venir du grec Sukai *, fait aussi présumer une existence 
ancienne en Italie, et l'opinion de Pline est positive à cet égard. 
Les bonnes variétés cultivées ont été introduites plus tard chez 
les Romains. Elles venaient de Grèce, de l'Asie Mineure et de 
Syrie. Du temps de Tibère, comme aujourd'hui, les meilleures 
figues venaient de l'Orient. 

Nous avons appris au collège comment Gaton avait exhibé en 
plein sénat des figues de Garthage encore fraîches, comme 
preuve de la proximité du pays qu'il détestait. Les Phéniciens 
avaient dû transporter de bonnes variétés sur la côte d'Afrique 
et dans les autres colonies de la mer Méditerranée, même jus- 
qu'aux îles Canaries, mais le Figuier sauvage peut avoir existé 
antérieurement dans ces pays. 

Pour les Canaries, nous en avons une preuve par des noms 
guanches, Arahormaze et Achormaze^ figues vertes, Tahareme- 
nen et Tehakunemen, figues sèches. Les savants Webb et Ber- 
Uielot ^, qui ont cité ces noms et qui avaient admis l'unité d'ori- 
gine des Guanches et des Berbères, auraient vu avec plaisir chez 
les Touareçs, peuples berbères, le mot Tahart pour Figuier ^, et 
dans le dictionnaire français-berbère, publié depuis eux, les noms 
Taàeksist pour figue fraîche et Tagrourt pour Figuier. Ces vieux 
noms, d'origine plus ancienne et plus locale que l'arabe, parlent 
en faveur d'une habitation très ancienne dans le nord de l'Afri- 
que jusqu'aux Canaries. 

Le résultat de notre enquête est donc de donner pour habi- 



1. Gussone, Enum, plant. Inarimensiurrif p. 301. 

2. Pour l'ensemble de Thistoire du Figuier et de Topération, d'une utilité 
douteuse, qui consiste à répandre des Caprificus à insectes parmi les pieds 
cultivés (caprification), voir la dissertation de M . le comte de Solms. 

3. Pline, Hist, 1. 15, c. 18. 

4. Hehn, l. c, p. 512. 

5. Webb et Bertlielot, /. c, Ethnographie, p. 186, 187; Phytographie , 
3, p. 257. 

6. D'après Duveyrier, Les Touaregs du nord, p. 193. 



238 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS 

tation préhistorique du Figuier la réçion moyenne et méridio- 
nale de la mer Méditerranée, depuis la Syrie jusqu'aux lies 

Canaries. 

On peut avoir du doute sur l'ancienneté des Figuiers mainte- 
nant dans le midi de la France ; mais un fait bien curieux doit être 
mentionné. M. Planchon a trouvé dans les tufs quaternaires de 
Montpellier et M. le marquis de Saporta * dans ceux des Ayga- 
lades, près de Marseille, et dans le terrain quaternaire dé La 
Celle, près de Paris, des feuilles et même des fruits du Fïcas 
Carica sauvage avec des dents d'Elephas primigenius, et des 
feuilles de végétaux, dont les uns n'existent plus, et d'autres 
comme le Laurus canariensiSy sont restés aux îles Canaries. Ainsi 
le Figuier a peut-être existé sous sa forme actuelle, dans un 
temps aussi reculé. Il est possible qu'il ait péri dans le midi 
de la France, comme cela est arrivé certainement à Paris ; après 
quoi il serait revenu à Tétat sauvage dans les localités du midi. 
Peut-être les Figuiers dont Webb et Berthelot avaient vu de vieux 
individus dans les endroits les plus sauvages des Canaries des- 
cendaient-ils de ceux qui existaient à l'époque quaternaire. 

Arbre à» pain. — Artocarpus incisa, Linné. 

L'Arbre à pain était cultivé dans toutes les îles de Tarchipel 
asiatique et du grand Océan voisines de Téquateur, depuis Su- 
matra jusqu'aux lies Marquises, lorsque les Européens ont 
commencé de les visiter. Son fruit est constitué, comme dans 
l'Ananas, par un assemblage de feuilles florales et de fruits 
soudés en une masse charnue plus ou moins sphérique, et, comme 
dans l'Ananas encore, les graines avortent dans les variétés 
cultivées les plus productives ^. On fait cuire des tranches de 
cette sorte de fruit pour les manger. 

Sonnerat * avait transporté l'Arbre à pain à l'île Maurice, où 
l'intendant Poivre avait eu soin de le répandre. Le capitaine 
Bligh avait pour mission de le transporter dans les Antilles an- 
glaises. On sait qu'une révolte de son équipage Tempècha de 
réussir la première fois, mais dans un second voyage il fut plus 
heureux. En janvier 1793, il débarqua 150 pieds dans l'Ile de 
Saint- Vincent, d'où l'on a répandu 1 espèce dans plusieurs loca- 
lités de l'Amérique équinoxiale *. 

Rumphius ^ avait vu l'espèce à l'état sauvage dans plusieurs 

1. Planchon, Etude sur les tufs de Montpellier^ p. 63; de Saporta, La 
flore des tufs quaternaires en Pi*ovence, dans les Comptes rendus de la 
33« session du Congrès scientifique de France, et à part, p. 27, Bull, Soc. geo- 
log„ 1873-74, d. 442. 

2. Voir les Délies planches publiées dans Tussac, Flore des AnUUts^ 
vol. 2, pi. 2 et 3 ; et Hooker, Boianical magazine, t. 2869-2871. 

3. Voyage à la Nouvelle-Guinée, p. 100. 

4. Hooker, /. c. 

5. Rumphius, Herb, Amboin.j 1, p. 112, pi. 33. 



ARBRE A PAIN. — JACQUIER 239 

des îles de la Sonde. Les auteurs modernes, moins attentifs ou 
n'ayant observé que des pieds cultivés, ne s'expliquent pas à cet 
égard. Pour les îles Fidji, Seemam* dit : « Cultivé et selon toutes 
les apparences sauvage dans quelques localités ». Sur le con- 
tinent du midi de l'Asie il n'est pas même cultivé, le climat n'étant 
pas assez chaud. 

Evidemment, l'Arbre à pain est originaire de Java, Amboine 
et îles voisines; mais Tancienneté de sa culture dans toute la 
région insulaire, prouvée par la multitude des variétés, et la 
facilité de sa propagation par des drageons et des boutures 
empêchent de connaître exactement son histoire. Dans les îles 
de l'extrémité orientale, comme 0-Taïti, certaines fables et tra- 
ditions font présumer une introduction qui ne serait pas très 
ancienne, et l'absence de graines le confirme '. 

Jacc[uier ou Jack. — Artocarpus integrifolia^ Linné. 

Le fruit du Jacquier, plus gros que celui de l'Arbre à pain, 
car il pèse jusqu'à 80 livres, est suspendu aux branches d'un 
arbre de 30 à 50 pieds de hauteur ^. Si le bon La Fontaine l'avait 
Connu, il n'aurait pas écrit sa fable du gland et de la citrouille. 

Le nom vulgaire est tiré des noms indiens Jaca ou Tsjaka. 

Le Jacquier est cultivé depuis longtemps dans l'Asie méridio- 
nde, du Punjab à la Chine, de THimalaya aux îles Moluques. 
Une s'est pas introduit encore dans les petites îles plus àl'onent, 
comme 0-Taïti, ce qui fait présumer une date moins ancienne dans 
l'archipel indien que sur le continent asiatique. Du côté nord- 
ouest de rinde, la culture ne date peut-être pas non plus d'une 
époque très reculée, car on n'est pas certain de l'existence d'un 
nom sanscrit. Roxburgh en cite un, Punusa, mais après lui 
Piddington ne l'admet pas dans son Index, Les Persans et les 
Arabes ne semblent pas avoir connu l'espèce. Son fruit énorme 
les aurait pourtant frappés si l'espèce avait été cultivée près de 
leurs frontières. Le D*" Bretschneider ne parle pas d'Artocarpus 
dans son opuscule sur les plantes connues des anciens Chinois, 
d'où l'on peut inférer que vers la Chine, comme dans les autres 
directions, le Jacquier n'est pas un arbre répandu depuis une 
époque très ancienne. 

La première notion sur son existence à l'état sauvage est 
donnée par Rheede dans des termes contestables : « Cet arbre 
croît partout au Malabar et dans toute Tlnde. » Le vénérable 
auteur confondait peut-être l'arbre planté et l'arbre spontané. 
Après lui cependant, Wight a trouvé l'espèce, à plusieurs re- 

1. Seemann, Flora Vitiemis, p. 255. 

2. Seemann, /. c; Nadeaud, Èniim, des plantes indigènes de Taïti, p. 44; 
Id., Plantes usuelles des Tahitiens,jû. 24. 

3. Voir les planches de Tussac, rlore des Antilles^ pi. 4, et Hooker, Bota- 
nical magazine^ t. 2833, 2834. 



240 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS 

prises, dans la péninsule indienne, notamment dans les Gbats 
occidentaux, avec toute l'apparence d'un arbre indigène sauvage. 
On le plante beaucoup à Geylan ; mais Thwaites, la meilleure 
autorité pour la flore de cette île, ne le reconnaît pas comme 
spontané. Dans l'archipel au midi de l'Inde, il ne l'est pas non 
plus, selon l'opinion générale. Enfin, Brandis en a trouvé des 
pieds dans les forêts du district d'Attaran, pays des Birmans, 
à l'est de l'Inde, mais il ajoute que c'est toujours à proximité 
d'établissements abandonnés. Kurz ne l'a pas trouvé spontané 
dans le Burman anglaise 
Ainsi l'espèce est originaire du pied des montagnes occiden- 




Tamiral Rodney, et de là à Saint-Domingue *. On l'a introduit 
aussi au Brésil, dans les îles Maurice, Seychelles et Rodriguez '. 

Dattier. — Phœnix dactylifera, Linné. 

Le Dattier existe, depuis les temps préhistoriques, dans la 
zone sèche et chaude qui s'étend du Sénégal au bassin de 
llndus, principalement entre les 15« et 30® degrés de latitude. 
On le voit çà et là plus au nord, en raison de circonstances 
exceptionnelles et du but qu'on se propose en le cultivant. En 
efl*et, au delà du point où les fruits mûrissent chaque année, il 
y a une zone dans laquelle ils mûrissent mal ou rarement, et 
une dernière limite jusqu'à laquelle l'arbre vit encore, mais sans 
fructifier ni même fleurir. Le tracé de ces limites a été donné 
d'une manière complète par de Martius, Garl Ritter et moi- 
même *. Il est inutile de les reproduire ici, le but du présent 
ouvrage étant d'étudier les origines. 

En ce qui concerne le Dattier, nous ne pouvons guère nous 
appuyer sur l'existence plus ou moins constatée d'individus 
vraiment sauvages ou, comme on dit, aborigènes. Les dattes se 
transportent facilement; leurs noyaux germent quand on les 
sème dans un terrain humide, près d'une source ou d'une 
rivière, et même dans des fissures de rochers. Les habitants des 
oasis ont planté ou semé des Dattiers dans des localités favora- 
bles où l'espèce existait peut-être avant les hommes, et quand 
un voyageur rencontre des arbres isolés, à distance des habita- 
tions, il ne peut pas savoir s'ils ne viennent pas de noyaux jetés 
par les caravanes. Les botanistes admettent bien une variété 

1. Rheede, Malabar, 3, p. 18; Wight, Icônes, 2, num. 678 ; Brandis, Forest 
flora of India, p. 426 ; Kurz, Forest flora of brit. Burma, p. 432. 

2. Tussac, /. c, 

3. Bakei\ Flora of Mauritius, etc. y p 282. 

4. De Martius, Gênera et species Palmarum, in-folio, vol. 3, p. 257; 
C. Rilter, Endkunde, 13, p. 760 ; Alph. de Candolle, Géographie botanique 
raisonnée, p. 343. 



DATTIER 241 

sylvestris^ c'est-à-dire sauvage, à baies petites et acerbes ; mais c'est 
peut-être l'effet d'une naturalisation peu ancienne dans un sol 
défavorable. Les faits historiijues et linguistiques auront plus de 
valeur dans le cas actuel, quoique sans doute, vu l'ancienneté des 
cultures, ils ne puissent donner que des indications probables. 

D'après les antiquités égyptiennes et assyriennes, ainsi que les 
traditions et les ouvrages les plus anciens, le Dattier existait en 
abondance dans la région qui s'étend de l'Ëuphrate au Nil. Les 
monuments égyptiens contiennent des fruits et des dessins de 
cet arbre *. Hérodote, à une époque moins reculée (v® siècle 
avant Jésus-Christ), parle des bois de Dattiers qui existaient en 
Babylonie ; plus tard Strabon s'est exprimé d 'une manière analogue 
sur ceux d'Arabie, par où il semble que l'espèce était plus commune 
qu'à présent et plus dans les conditions d'une essence forestière 
naturelle. D'un autre côté Garl Ritter fait la remarque ingé- 
nieuse que les livres hébreux les plus anciens ne parlent pas des 
Dattiers comme donnant un fruit recherché pour la nourriture 
de l'homme. Le roi David, vers l'an 1000 avant Jésus-Christ, 
environ sept siècles après Moïse, n'énumère pas le Dattier au 
nombre des arbres qu'il convient de planter dans ses jardins. Il 
est vrai qu'en Palestine, sauf à Jéricho, les dates ne mûrissent 
guère. Plus tard, Hérodote dit des Dattiers de Babylonie, que la 
majorité seulement des pieds donnait de bons fruits, dont on 
faisait usage. Ceci paraît indiquer le commencement d'une cul- 
ture perfectionnée au moyen de la sélection des variétés et du 
transport des fleurs mâles au milieu des branches de pieds fe- 
melles, mais cela signifie peut-être aussi qu'Hérodote ne connais- 
sait pas l'existence des pieds mâles. 

A l'occident de l'Egypte, le Dattier existait probablement 
depuis des siècles ou des milliers d'années quand Hérodote les a 
mentionnés. Il parle de la Libye. Aucun document historique 
n'existe pour les oasis du Sahara, mais Pline ^ mentionne les 
Dattiers des iles Canaries. 

Les noms de l'espèce témoignent d'une grande ancienneté soit 
en Asie, soit en Afrique, attendu qu'ils sont nombreux et fort 
différents. Les Hébreux appelaient le Dattier Tamar et les anciens 
Egyptiens Beq '. L'extrême diversité de ces mots, d'une grande 
antiquité, fait présumer que les peuples avaient trouvé l'espèce 
indigène et peut-être déjà nommée dans l'Asie occidentale et 
en Egypte. La multiplicité des noms persans, arabes et ber- 
bères, est incroyable *. Les uns dérivent du mot hébreu, les 
autres de sources inconnues. Ils s'appliquent souvent à des états 
différents du fruit ou à des variétés cultivées différentes, ce qui 

1. Unger, Pflanzen d, ait, Mgyptensy p, 38, 

2. Pline, Hist., 6, c. 37. 

3. Unger, U c. 

4. Voir C. Ritter, /. c. 

De Gandolle. 16 



242 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS 

montre encore d'anciennes cultures dans divers pays. Webb 
et Berthelot n'ont pas découvert un nom du Dattier dans la 
langue des Guanches, et c'est bien à regretter. Le nom grec, 
Pkœnix, se rapporte simplement à la Phénicie et aux Phéniciens, 
possesseurs du Dattier *. Les noms Dactylus et Datte sont des 
dérivés de Dachelj dans un dialecte hébreu ^. On ne cite aucun 
nom sanscrit, d'où Ton peut inférer que les plantations de Dat- 
tiers ne sont pas très anciennes dans l'Inde occidentale. Le climat 
indien ne convient pas à l'espèce ^. Le nom hindustani, Khurma, 
est emprunté au persan. 

Plus à l'est, le Dattier a été longtemps inconnu. Les Chinois 
l'ont reçu de Perse, au ni* siècle de notre ère, et plus tard à dif- 
férentes reprises, mais aujourd'hui ils l'ont abandonné *. En 
général, hors de la région aride qui s'étend de l'Euphrate au 
midi de l'Atlas et aux Canaries, le Dattier n'a pas réussi sous 
des latitudes analogues, ou du moins il n'est pas devenu un 
objet important de culture. 11 aurait de bonnes conditions d'exis- 
tence en Australie et au Cap, mais les Européens, qui ont colonisé 
ces pays, ne se contentent pas, comme les Arabes, de figues et de 
dattes pour leur nourriture. J'estime, en définitive, que dans les 
temps antérieurs aux premières dynasties égyptiennes le Dattier 
existait déjà, spontané ou semé çà et là par des tribus errantes, 
dans la zone de l'Euphrate aux Canaries, et qu'on s'est mis à le 
cultiver plus tard jusqu'au nord-ouest de l'Inde, d'un côté, et 
aux îles du Cap-Vert ^, de l'autre, de sorte que Thabitation natu- 
relle est restée à peu près la même environ 5000 ans. Qu'était-elle 
à une époque antérieure? C'est ce que des découvertes paléonto- 
logiques apprendront peut-être un jour. 

Bananier. — Musa sapientum et M. paradisiaca, Linné. — 
M, sapientum, Brown. 

On regardait assez généralement le Bananier, ou les Bana- 
niers, comme originaires de l'Asie méridionale et comme trans- 
portés en Amérique par les Européens, lorsque M. de Huniboldt 
est venu jeter des doutes sur l'origine purement asiatique. Il a 
cité, dans son ouvrage sur la Nouvelle-Espagne ®, d'anciens 
auteurs d'après lesquels le Bananier aurait été cultivé en Amé- 
rique avant la découverte. 

Il convient que, d'après Oviedo \ le Père Thomas de Ber- 

1. Hehn, Cullurpflanzen, éd. 3, p. 234. 

2. C. Ritter, /. c, p. 828. 

3. D'après Roxburgh, Royle, etc. 

4. Bretschneider, On stuay, etc., p. 31. 

o. D'après Schmidt, Flora d, Cap-Verd Insein, p. 168, le Dattier est rare 
dans ces îles et u'y est certainement pas sauvage. An contraire, dans quel- 
ques-unes des îles Canaries, il a toutes les apparenees d'un arbre indigène, 
d'après Webb et Berthelot, Hist. nat. des vanaries, Botanique, 3, p. 289. 

6. De Humboldt, Nouvelle-Espagne^ 1" édit., II, p. 360. 

7. Oviedo, Hist, nat., 1556, p. 112-114. Le premier ouvrage d'Oviedo est 



BANANIER 343 

langas aurait transporté, en 1516, des iies Canaries à Saint- 
Domingue, les premiers Bananiers, introduits de là dans d'autres 
îles et sur la terre ferme *. Il reconnaît que, dans les relations 
de Colomb, Alonzo Negro, Pinzon, Vespuzzi et Cortez, il n'est 
jamais question de Bananier. Le silence de Hemandez, qui 
vivait un demi-siècle après Oviedo, Tétonne et lui paraît une 
négligence singulière, « car, dit-il *, c'est une tradition con- 
stante au Mexique et sur toute la terre ferme que le Platano 
arton et le Dominico y étaient cultivés longtemps avant l'arrivée 
des Espagnols. » L'auteur qui a marqué avec le plus de soin 
les différentes époques auxquelles Tagriculture américaine s'est 
enrichie de productions étrangères, le Péruvien Garcilasso de la 
Vega ', dit expressément que, du temps des Incas, le maïs, le 
4|uinoa, la pomme de terre, et dans les régions chaudes et tem- 
pérées les bananes faisaient la base de la nourriture des indi- 
gènes. Il décrit le Musa de la vallée des Andes; il distingue 
même l'espèce plus rare, à petit fruit sucré et aromatique, le 
Dominico, de la banane commune ou Arton, Le Père Acosta * 
afQrme aussi, quoique moins positivement, que le Musa était 
cultivé par les Américains avant l'arrivée des Espagnols. Enfin 
M. de Humboldt ajoute d'après ses propres observations : « Sur 
les rives de l'Orénoque, du Cassiquaire ou de Béni, entre les 
montagnes de l'Esmeralda et les rives du fleuve Carony, au 
milieu des forêts les plus épaisses, presque partout où Ton dé- 
couvre des peuplades indiennes qui n'ont pas eu des relations 
avec les établissements européens, on rencontre des plantations 
de Manioc et de Bananiers. » M. de Humboldt, en conséquence, 
a émis l'hypothèse qu'on aurait confondu plusieurs espèces ou 
variétés constantes de Musa, dont quelques-unes seraient origi- 
naires du nouveau monde. 

Desvaux s'empressa d'examiner la question spécifique, et 
dans un travail vraiment remarquable publié en 1814 ^ il a 
regardé tous les Bananiers cultivés pour leurs fruits comme une 
seule espèce. Dans cette espèce, il distingue 44 variétés, qu'il 
dispose en deux séries, les Bananes à gros fruits (7 à 15 pouces 
de longueur) et celles à petits fruits (1 à 6 pouces) appelées vul- 
gairement figues bananes. R. Brown en 1818, dans son ouvrage 
sur les plantes du Congo, p. 51, soutient aussi qu'aucune cir- 
constance dans la structure des Bananiers cultivés en Asie et en 
Amérique n'empêche de les considérer comme appartenant à 



de 1526. C'est le plus ancien voyageur naturaliste cité par Dryander 
{Bibl. hanks.) pour l'Amérique. 

1. J'ai lu ce passage également dans la traduction d'Oviedo par Ramusio, 
vol. 3, p. 115. 

2. De Humboldt, Nouvelle-Espagne, 2» édit., p. 385. 

3. Garcilasso de la Vega, Commentarios reaies, 1, p. 282. 

4. Acosta, Hist. nat. de Indias, 1608, p. 250. 

5. Desvaux, Journ. bot., IV, p. 5. 



244 PLAiNTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS 

une seule espèce. 11 adopte le nom de Musa sapientum, qui me 
paraît effectivement préférable à celui de M. paraatsiacay. 
adopté par Desvaux, parce que les variétés à petits fruits fer- 
tiles rapportées au M. sapientum L. semblent plus près de l'état 
des Musa spontanés qu'on a trouvés en Asie. 

Brown remarque, sur la question d'origine, que toutes le& 
autres espèces du genre Musa sont de l'ancien monde ; que per- 
sonne ne dit avoir trouvé en Amérique, dans l'état sauvage, de& 
variétés à fruits fertiles, comme cela est arrivé en Asie ; enfin, 
que Piso et Marcgraf ont regardé le Bananier comme introduit 
du Congo au Brésil. Malgré la force de ces trois arguments^ 
M. de Humboldt, dans la seconde édition de son Fssai sur la 
Nouvelle-Espagne (2, p. 397), n'a pas renoncé complètement à 
son opinion. Il dit que le voyageur Galdcleugh * a trouvé che^ 
les Puris la tradition établie que, sur les bords du Prato, on cul- 
tivait, longtemps avant les communications avec les Portugais, 
une petite espèce de banane. Il ajoute qu'on trouve dans les 
langues américaines des mots, non importés, pour distinguer 
le fruit du Musa, par exemple Paruru en tamanaque, etc., 
Arata en maypure. J'ai lu aussi dans le voyage de Stevenson ' 
qu'on aurait* trouvé dans les huacas, ou tombeaux péruvien» 
antérieurs à la conquête, des lits de feuilles des deux Bananiers 
cultivés habituellement en Amérique; mais, comme ce voyageur 
dit avoir vu dans ces huacas des fèves * et que la fève est cer- 
tainement de l'ancien monde, ses assertions ne méritent guère 
confiance. M. Boussingault * pensait que le Platano arton au 
moins est originaire d'Amérique, mais il n'en a pas donné de 
preuve. Meyen, qui avait aussi été en Amérique, n'ajoute aucun 
argument à ceux qui étaient connus avant lui °. Il en est de 
même du géographe Ritler ^, qui reproduit simplement pour 
l'Amérique les faits indiqués par de Humboldt. 

D'un autre côté, des botanistes qui ont visité l'Amérique plu» 
récemment n'hésitent pas sur l'origine asiatique. Je citerai 
Seemann pour l'isthme de Panama, Ernst pour le Venezuela 
et Sagot pour la Guyane ^. Les deux premiers insistent sur l'ab- 
sence de noms pour le Bananier dans les langues du Pérou et 
du Mexicjue. Piso ne connaissait aucun nom brésilien. De Mar- 
tius * a indiqué depuis, dans la langue tupi du Brésil, les noms 
Pacoba ou Bacoba. Ce même nom Bacove est usité, selon 

\. Galdcleugh, Trav. in S. Amer., 1825, i, p. 23. 

2. StevensoD, Trav. in S. Amer., 1, p. 328. 

3. Stevenson, Trav. in S. Amer., 1, p. 363. 

4. Boussin^ult, dans C. r. Acad, se. Paris, 9 mai 1836. 

5. Meyen, P/ïanz. geog,, 1836, p. 383. 

6. Ritter, Erdkunde, 4, p. 870 et suiv. 

7. Seemann, Botanv of Herald, p. 213; Ernst, dans Seemann, Jowmal of 
hotany, 1867, p. 289; Sagot, dans Journal de la Société dhortic, ék 
France, 1872, p. 226. 

8. Martius, Ethnogr, Spi'achenkunde America' s^ p, 123. 



BANANIER 248 

M. Sagot, par les Français à la Guyanne. Il a peut-être pour 
origine le nom Bala ou Palan ^ du Malabar, à la suite d'une 
introduction par les Portugais, depuis le voyage de Piso. 

L'ancienneté et la spontanéité du Bananier en Asie sont des 
faits incontestables. Il a plusieurs noms sanscrits *. Les Grecs, 
les Latins et ensuite les Arabes en ont parlé comme d'un arbre 
fruitier remarquable de l'Inde. Pline * en parle assez claire- 
ment. Il dit que les Grecs de l'expédition d'Alexandre l'avaient 
vu dans l'Inde, et il cite le nom Pala^ qui existe encore au Ma- 
labar. Les sages se reposaient sous son ombré et en mangeaient 
les fruits. De là le nom de Musa sapientmn des botanistes.* Musa 
est tiré de l'arabe Mouz ou Mauwz^ qu'on voit déjà au xiii« siècle 
dans Ebn Baithar. Le nom spécifique paradisiaca vient des 
hypothèses ridicules qui faisaient jouer au Bananier un rôle 
dans l'histoire d'Eve et du paradis. 

Il est assez singulier que les Hébreux et les anciens Egyptiens ' 
n'aient pas connu cette plante indienne. C'est un indice qu'elle 
n'était pas dans l'Inde depuis un temps très reculé, mais plutôt 
originaire de l'archipel indien. 

Le Bananier offre dans le midi de l'Asie, soit sur le continent, 
mt dans les îles, un nombre de variétés immense ; la culture 
de ces variétés remonte dans l'Inde, en Chine, dans l'archipel 
indien à une époque impossible à apprécier; elle s'était étenoue 
jadis, même dans les îles de la mer Pacifique * et sur la côte 
occidentale d'Afrique * ; enfin les variétés portaient des noms 
distincts dans les langues asiatiques les plus séparées, comme le 
sanscrit, le chinois, le malais. Tout cela indique une ancienneté 
prodigieuse de culture, par conséquent une existence primitive 
en Asie, et une difi*usion contemporaine avec celle des races 
d'hommes ou antérieure. 

On dit avoir trouvé le Bananier spontané en plusieurs points, 
delà mérite d'autant plus d'être noté que les variétés cultivées 
ûe donnant souvent pas de graines et se multipliant par divi- 
sion, l'espèce ne doit guère se naturaliser par semis hors des 
cultures. Roxburgh l'avait vu dans les forets de Chittagong ®, 
sous la forme du M. sapientum. Rumphius ' décrit une variété 
à petits fruits sauvage dans les îles Philippines. Loureiro • parle 
probablement de la même sous le nom de M, seminifera agrestis^ 
qu'il oppose au M, seminifera domestica, et qui serait donc 

1. Roxburgh et WaUich, FL ind,, 2, p. 485 ; Piddington, Index, 

2. Pline, Uist, 1. 12, c. 6. 

3. Unger, l, c, et Wilkinson, 2, p. 403, ne le mentionnent pa?« Le Bana- 
mier se cultive aujourd'hui en Egypte. 

4. Forster, Plant, esc, p. 28. 

5. Clusius, Exot.t p. 229; Brown, Bot, Congo, p. 51. 

6. Roxburgh, Coi'om,, tab. 275; F/, md., l. c. 

7. Rumphius, Amb.y 5, p. 139. 

S. Loureiro, FI, coch,^ p. 791. /^ 



246 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS 

spontanée en Gochinchine. Bianco indic[ue aussi un Bananier 
sauvage aux Philippines ', mais sa description est insuffisante. 
Finlayson ^ a trouvé le Bananier sauvage, en abondance, dans 
la petite île de Pulo Ubi, à Textrémité sud du pays de Siam. 
Thwaites ' a vu la forme du M. sapientum dans les forêts ro- 
cailleuses du centre de l'île de Geylan et n'hésite pas à dire 
que c'est la souche des Bananiers cultivés. Sir J. Hooker et 
Thomson * l'ont trouvé sauvage à Khasia. 

En Amérique, les faits sont tout autres. On n'y a jamais vu le 
Bananier sauvage, excepté à la Barbade ^^ mais là c'est un 
arbre qui ne mûrit pas ses fruits et qui est par conséquent, 
selon les probabilités, le résultat de variétés cultivées peu abon- 
dantes en semences. Le Wild plantain de Sloane ® paraît une 
plante très différente des Musa. Les variétés qu'on prétend pou- 
voir être indigènes en Amérique sont au nombre de deux seu- 
lement, et en général on y cultive infiniment moins de variétés 
qu'en Asie. La culture du Bananier est, on peut dire, récente 
dans une grande partie de l'Amérique, car elle ne remonte guère 
à plus de trois siècles. Piso ^ dit positivement que la plante a 
été importée au Brésil et n'avait pas de nom brésilien. Il ne 
dit pas d'où elle venait. Nous avons vu que, d'après Oviedo, 
l'espèce a été apportée des Canaries à Saint-Domingue. Ceci, 
joint au silence de Hernandez, généralement si exact pour les 
plantes utiles, spontanées ou cultivées, du Mexique, me peiv 
suade que le Bananier manquait lors de la découverte de T^jné- 
rique à toute la partie orientale de ce continent. 

Existait-il dans la partie occidentale, sur les bords de la mer 
Pacifique? C'est très mvraisemblable quand on pense aux cona- 
munications qui existaient entre les deux côtes, vers l'isthme de 
Panama, et à l'activité avec laquelle les indigènes avaient ré- 
pandu dans toute l'Amérique les plantes utiles, comme le ma- 
nioc, le maïs, la pomme de terre, avant l'arrivée des Européens. 
Le Bananier, dont ils font tant de cas depuis trois siècles, qui se 
multiplie si aisément par les drageons, qui a une apparence si 
frappante pour le vulgaire, n'aurait pas été oublié dans quel- 
ques villages au milieu des forêts ou sur le littoral. 

Je conviens que l'opinion de Garcilasso, descendant des Incas, 
auteur qui a vécu de 1530 à 1568, est d'une certaine importance 
lorsqu'il dit que les indigènes connaissaient le Bananier avant 
la conquête. Ecoutons cependant un autre écrivain très digne 
d'attention, Joseph Acosta, qui avait été au Pérou et que M. de 

• 

1. Bianco, FI., 1" édit., p. 247. 

2. Finlayson, Joum. to Siam, 1826, p. 86, d'après Ritter, Erdk,, 4, p. 878. 

3. Thwaites, Enum. plant. Ceylan, p. 321. 

4. D'après Aitchison, Catal. of Punjab, p. 147. 

5. Hughes, Barb., p. 182 ; Maycock, FI. Barb., p. 396. 

6. Sloane, Jamaica, 2, p. 148. 

7. Piso, édit. 1648, Htst. nat., p. 75. 



BANANIER 247 

Humboldt invoque à Tappui du précédent. Ses expressions me 
conduisent plutôt à une opinion difîérente ^ Il s'exprime ainsi 
dans la traduction française de 1598 ' : « La cause pour la- 
quelle les Espagnols Font appelé plane (car les naturels n'avaient 
point de tel nom) a été, comme es autres arbres, pour autant 
qu'ils ont trouvé quelque ressemblance de Tun à l'autre ». Il 
montre combien le plane (Platanus] des Anciens était différent. 
Il décrit très bien le Bananier, et ajoute que cet arbre est très 
commun aux Indes (ici, cela veut dire en Amérique), « quoiqu'ils 

disent (les Indiens) que son origine soit venue d Ethiopie Ily 

a une espèce de petits planes blancs et fort délicats, lesquels 
ils appellent en l'Èspagnolle ' Dominique. Il y en d'autres qui 
sont plus forts et plus gros, et d'une couleur rouge. Il n'en 
croît point au Pérou, mais on les y apporte des Indes *, comine 
au Mexique de Guernavaca et des autres vallées. En la terre 
ferme et en quelques îles, il y a des grandes planares, qui 
r sont comme bosquetaux (bosquets) très épais. » Assurément, ce 
n'est pas ainsi que s'exprimerait l'auteur pour un arbre fruitier 
d'origine américaine. Il citerait des noms américains, des usages 
américains. Il ne dirait surtout pas que les indigènes les regar- 
dent comme d'origine étrangère. La diffusion dans les terres 
chaudes du Mexique pourrait bien avoir eu lieu entre l'époque 
de la conquête et celle où écrivait Acosta, puisque Hernandez, 
dont les recherches consciencieuses remontent aux premiers 
temps de la domination espagnole à Mexico (quoique publiées 
plus tard à Rome), ne dit pas un mot du Bananier ^. L'histo- 
rien Prescott a vu d'anciens ouvrages ou manuscrits, selon les- 
quels les habitants de Tumbez auraient apporté à Pizarre des 
bananes lorsqu'il débarqua sur la côte du Pérou, et il croit 
aux feuilles trouvées dans les huacas, mais il ne cite pas ses 
preuves ®. 
Quant à l'argument des cultures faites par les indigènes, à 

1. De Humboldt a cité Tédition espagnole de 1608. La première édition 
est de 1591. Je n'ai pu consulter que la traduction française de Regnault, 
qui est de 1398 et qui a tous les caractères de Texactitude, indépendam- 
ment du mérite au point de vue de la langue française. 

2. Acosta^ traduction, 1. 4, c. 21. 

3. C'est-à-dir« probablement à Hispaniola, soit Saint-Domingue, car, s'il 
avait voulu dire en langue espagnole, on aurait traduit par castillan et 
sans lettre capitale. Voyez d'ailleurs la page 168 de l'ouvrage. 

4. n y a ici probablement une faute d'impression pour Andes ^ car le mot 
Indes n'a pas de sens dans ce passage. Le même ouvrage dit, page 166, 
qu'il ne vient pas d'Ananas au Pérou, mais qu'on les y apporte des Andes, 
et^ page 173, que le cacao vient des Andes. Cela signifiait donc les régions 
chaudes. Le mot Andes a été appliqué ensuite à la chaîne des montagnes, 
par une transposition bizarre et malheureuse. 

5. J'ai parcouru l'ouvrage en entier pour m'en assurer. 

6. Prescott, Conquête au Pérou, édit. de Baudry, 164, 183. L'auteur a 
consulté des sources précieuses, entre autres un manuscrit de Montesinos, 
de 1527, mais il ne cite pas ses autorités pour chaque fait, et se borne à 
des indications vagues et collectives qui sont loin de suffire. 



248 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS FRUITS 

l'époque actuelle, dans des contrées de TAmérique très sépa- 
rées des établissements européens, il m'est difficile d'admettre 
que depuis trois siècles des peuplades soient restées absolument 
isolées et n'aient pas reçu un arbre aussi utile, par Tintermé- 
diaire des pays colonisés. 

En résumé , voici ce qui me parait le plus probable : une 
introduction faite de bonne heure par les Espagnols et les Por- 
tugais à Saint-Domingue et au Brésil, ce qui suppose, Ten con- 
viens, une erreur de Garcilasso quant aux traditions des Péru- 
viens. Si cependant des recherches ultérieures venaient à 
prouver que le Bananier existait dans quelques parties de 
l'Amérique avant la découverte par les Européens, ie croirais à 
une introduction fortuite, pas très ancienne^ par l'effet d'une 
communication inconnue avec les îles de la mer Pacifique ou 
avec la côte de Guinée, plutôt qu'à l'existence primitive et 
simultanée du Bananier dans les aeux mondes. La géographie 
botanique tout entière rend cette dernière hypothèse impro- 
bable, je dirai presque impossible à admettre, surtout dans un 
genre non partagé entre les deux mondes. 

Enfin , pour terminer ce que j'ai à dire du Bananier , je 
remarquerai combien la distribution des variétés est favorable 
à l'opinion de l'espèce unique, adoptée, dans des vues de bota- 
nique pure, par Roxburgh, Desvaux et R. Brown. S'il existait 
deux ou trois espèces, probablement l'une serait représentée 
par les variétés qu'on a soupçonnées originaires de TAmérique ; 
une autre serait sortie, par exemple, de l'archipel indien ou de 
la Chine, et la troisième de l'Inde. Au contraire, toutes les va- 
riétés sont géographiquement mélangées. En particulier, les 
deux qui sont le plus répandues en Amérique diffèrent sensible- 
ment Fune de l'autre et se confondent chacune avec des variétés 
asiatiques, ou s'en rapprochent beaucoup. 

Ananas. — Ananassa sativa^ Lindley. — Bromelia Ananas, 
Linné. 

Malgré les doutes énoncés par quelques auteurs l'Ananas doit 
être une plante d'Amérique, introduite de bonne heure, par les 
Européens, en Asie et en Afrique. 

Nana était le nom brésilien *, d'où les Portugais avaient fait 
Ananas. Les Espagnols avaient imaginé le nom de Pinas, à 
cause de l'analogie de forme avec le cône du Pin pignon *. Tous 
les premiers écrivains sur l'Amérique en parlent '. Hernandez 
dit que l'Ananas habite les endroits chauds de Haïti et du 
Mexique. Il mentionne un nom mexicain, Matzatli. On avait 

1. Marcgraf, Brasil., p. 33. 

2. Oviedo, trad. de Ramusio, 3, p. 113; Jos. Acosta, HisU nat. des Indes, 
Irad. franc., p. 166. 

3. Thevet, Pison, etc. ; Hernandez, Thés, p. 341. 



ANANAS 249 

apporté un fruit d'Ananas à Charles-Quint, qui s'en défia et ne 
voulut pas le goûter. 

Les ouvrages des Grecs, des Romains et des Arabes ne font 
aucune allusion à cette espèce, introduite évidemment dans 
Tancien monde depuis la découverte de l'Amérique. Rheede *, 
au xvii« siècle, en était persuadé ; mais ensuite Rumphius * a 
contesté, parce que, disait-il, l'Ananas était cultivé de son 
temps dans toutes les parties de l'Inde, et qu'on en trouvait de 
sauvages aux Gélèbes et ailleurs. Il remarque cependant l'ab- 
sence de nom asiatique. Celui indiqué par Rheede au Malabar 
est tiré évidemment d'une comparaison avec le fruit du Jac- 
quier et n'a rien d'original. C'est sans doute par erreur que 
Piddington attribue un nom sanscrit à l'Ananas ^ car ce nom 
même, Anarush, parait venir d'Ananas. Roxburgh n'en connais- 
sait point, et le dictionnaire de Wilson ne mentionne pas le 
nom d'Anarmh. Royle ' dit que l'Ananas a été introduit dans le 
Bengale en 1594. D'après Kircher *, les Chinois le cultivaient dans 
le xviie siècle, mais on pensait qu'il leur avait été apporté du 
Pérou. 

Clusius 5, en 1599, avait vu des feuilles d'Ananas apportées 
<le la côte de Guinée. Cela peut s'expliquer par une introduction 
<lepuis la découverte de l'Amérique. Robert Brôwn parle de 
l'Ananas à l'occasion des plantes cultivées du Congo, mais il 
regarde l'espèce comme américaine. 

Quoique l'Ananas cultivé ait ordinairement point ou peu de 
graines, il se naturalise quelquefois dans les pays chauds* On en 
cite des exemples aux îles Maurice, Seychelles et Rodriguez *, 
dans l'archipel indien, dans l'Inde "^ et dans quelques parties de 
l'Amérique où probablement il n'était pas indigène, par exemple 
aux Antilles. 

On l'a trouvé sauvçige dans les terres chaudes du Mexique 
si Ton peut se fier à la phrase d'Hernandez), dans la province 
"e Veraguas *, près de Panama, dans la vallée du Haut-Oré- 
ûoque *, à la Guyane *° et dans la province de Bahia ". 



j 



4. Rheede, Hort. malab.j 11, p. 6. 
2. Rumphius, Amboin,, 5, p. 228. 
^. Royle, ///., ç. 376. 

-4. Kircher, Chine illustrée, trad. de 1670, p. 253. 
^. Clusius, Exotic, cap. 44. 
6. Bc^er, Flora of Mauritius, 
^. Royle, Z. c. 

8. Seemann, Bot. of Herald, p. 215. 
D. Humboldt, Nouv.-Esp,, 2« édit., 2, p. 478. 

10. Gardener's chron., 1881, vol. 1, p. 657. 

11. Martius, lettre à A. de CandoUe, Géogr, bot, 7'ais., p. 927. 



CHAPITRE V 



PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS GRAINES 



Art. fe' — Graines natrIilTes. 

Cacaoyer. — Theohroma Cacao^ linné. 

Les Theob^oma, de la famille des Byttnériacées, voisine des 
Malvacées, forment un genre de 15 à 18 espèces, toutes de 
TAmérique intertropicale, principalement des parties les plus 
chaudes du Brésil, de la Guyane et de TAmérique centrale. 

Le Cacaoyer ordinaire, Theobroma Cacao, est un petit arbre, 
spontané dans les forêts du fleuve des Amazones, de 1 Orénoque * 
et de leurs affluents jusqu'à une élévation d'à peu près 400 mè- 
tres. On le cite également, comme sauvage, dans 1 île de la Tri- 
nité, voisine des bouches de l'Orénoque *. Je ne trouve pas de 
preuve qu'il soit indigène dans les Guyanes, bien que cela pa- 
raisse probable. Beaucoup d'anciens aulv trs Tindiquent comme 
spontané et cultivé, à l'époque de la découverte de l'Amérique, 
de Panama à Guatimala et Gampèche ; mais les nombreuses 
citations réunies par Sloane * font craindre qu'ils n'aient pas 
vérifié suffisamment la condition spontanée. Les botanistes mo- 
dernes s'expriment vaguement à cet égard, et en général ils ne 
mentionnent le Cacaoyer dans cette région et aux Antilles qu'à 
l'état cultivé. G. Bernoulli ^, qui avait résidé à Guatimala, se 
borne à ces mots : « Spontané et cultivé dans toute l'Amérique 
tropicale, » et Hemsley ^, dans sa revue des plantes du Mexique 
et de l'Amérique centrale, faite en 1879, d'après les riches 

1. Humboldt, Voy.j 2, p. 5H ; Kunth, dans Humboldt et Bonpland,. 
Nova gênera, 5, p. 316 ; Martius, Ueber den Cacao, dans Bûchner, nepert 
Pharm, 

2. Schach, dans Grisebach, Flora ofbritish W. India islands, p. 91. 

3. Sloane, Jamaïque, 2, p. 15. 

4. 6. Bernoulli, Uebersicht der Arten vcm Theobroma, p. 5. 

5. Hemsley, Biologia centrali-americana, part. 2, p. 133. 



CACAOYER — LI-TSCHI 251 

matériaux, de Therbier de Kew, ne cile aucune localité où Fes- 
pèce soit indigène. Elle a peut-être été introduite dans l'Amé- 
rique centrale et dans les parties chaudes du Mexique, par les 
Indiens, avant la découverte de l'Amérique. La culture peut 
l'avoir naturalisée çà et là, comme on dit que cela est arrivé à 
la Jamaïque *. A l'appui de cette hypothèse, il faut remarquer 
que M. Triana * indique le Cacaoyer seulement comme cultivé 
dans les parties chaudes de la Nouvelle-Grenade, pays situé 
entre la région de l'Orénoque et Panama. 

Quoi qu'il en soit, l'espèce était cultivée dans l'Amérique cen- 
trale et le Yucatan lors de la découverte de TAmérique. Les 
graines étaient envoyées dans les régions hautes du Mexique, et 
même elles y servaient de monnaie, tant on en faisait cas. 
L'usage de boire du chocolat était général. Le nom de cette 
excellente boisson est mexicain. 

Les Espagnols ont transporté le Cacaoyer d'Acapulco aux îles 
Philippines en 1674 et 1680 ^. Il y réussit à merveille. On le 
cultive aussi dans les îles de la Sonde. Je présume qu'il réussi- 
rait sur les côtes de Zanzibar et de la Guinée, mais il ne convient 
Êas de l'essayer dans les pays qui ne sont pas très chauds et 
umides. 

Une autre espèce, le Theobroma bicolor, Humboldt et Bon- 
land, se trouve mélangée avec le Cacaoyer ordinaire dans les 
cultures américaines. Ses graines sont moins estimées. D'un 
autre côté, elle n'exige pas autant de chaleur et peut vivre jus- 
qu'à 950 mètres d'élévation dans la vallée de la Magdelana. Elle 
abonde, à l'état spontané, dans la Nouvelle-Grenade ^. Bernoulli 
assure qu'elle est seulement cultivée à Guatimala, quoique les 
habitants la nomment « Cacao de montagne ». 

lârTselii. — Nephelium Lit-chi, Cambessèdes. 

La graine de cette espèce et des deux qui suivent est revêtue 
d'une excroissance charnue (arille), très sucrée et parfumée, 
qu'on mange volontiers en prenant du thé. 

Comme, en général, les Sapindacées, les Nephelium sont des 
arbres. Celui-ci est cultivé dans la Chine méridionale, l'Inde et 
l'archipel asiatique, depuis un temps qu'on ne peut préciser. Les 
auteurs chinois ayant vécu à Pelang n'ont connu le Li-Tschi 
que tardivement, au m* siècle de notre ère ^. L'introduction dans 
le Bengale date de la fin du xviii« siècle ^. 

Tout le monde admet que l'espèce est du midi de la Chine, et 
Blume ' ajoute de la Cochinchine et des Philippines, mais il ne 

1. Grisebach, /. c. 

2. Triana et Planchon, Prodr, Fions Novo-Granatensis^ p. 208. 

3. Blanco, Flora de Filipinas, éd. 2, p. 420. 

4. Kunth, dans Humboldt et Bonpland, /. c. ; Triana, /. c. 

5. Bretschneider, lettre du 23 août 1881. 

6. Roxburgh, FI. indica, 2, p. 269. 

7. Blume, Rumphia, 3, p. 106 • 



252 PLANTES CULTIVÉES POtJR LEURS GRAINES 

paraît pas qu'aucun botaniste Tait trouvée dans les conditions 
d'un arbre vraiment spontané. Gela tient probablement à ce 
que les parties méridionales de la Chine, du côté de Siam, ont 
été peu visitées. En Cochinchine, et dans le pays de Burma, à 
Ghittagong, le Li-Tschi est seulement cultivé *. 

Longan. — Nephelium Longana, Gambessèdes. 

Gette seconde espèce, très souvent cultivée dans TAsie méri- 
dionale, comme le Li-Tschi, est sauvage dans Tlnde anglaise, de 
Geylan et Goncan jusque dans les montagnes à l'est du Bengale 
et au Pégou '. 

Les Ghinois l'ont transportée dans Farchipel asiatique depuis 
quelques siècles seulement. 

Ramboutan. — Nephelium lappaceum, linné. 

On le dit sauvage dans Tarchipel indien, où il doit être cultivé 
depuis longtemps, d'après le nombre considérable de ses va- 
riétés. Un nom malais, cité par Blume, signifie arbre sauvage. 
Loureiro le dit spontané en Gochinchine et à Java. Cependant je 
ne vois pas de confirmation pour la Gochinchine dans les ou- 
vrages modernes, ni même pour les îles. La nouvelle flore de 
rinde anglaise ' l'indique à Singapore et Malacca, sans affirmer 
la qualité indigène, sur laquelle les étiquettes d'herbiers n'ap- 
prennent ordinairement rien. Assurément, l'espèce n'est pas 
spontanée sur le continent asiatique, malgré les expressions 
vagues de Blume et Mic[uel à cet égard *, mais il est plus pro- 
bable qu'elle est originaire de l'archipel malais. 

Malgré la réputation des Li-Tschis et Ramboutans, dont les 
fruits peuvent s'exporter, il ne paraît pas qu'on ait introduit ces 
arbres dans les colonies tropicales d'Afrique ou d'Amérique, si 
ce n'est peut-être dans quelques jardins, comme objets ae cu- 
riosité. 

Pistachier. — Pistacia vera^ Linné. 

Le Pistachier, arbrisseau de la famille des Térébintacées, croît 
naturellement en Syrie. M. Boissier * l'a trouvé au nord de 
Damas, dans l'Antiliban. Il en a vu des échantillons de Mésopo- 
tamie, mais sans pouvoir affirmer leur qualité spontanée. Le 
même doute existe sur des rameaux recueillis en Arabie, dont 
quelques auteurs ont parlé. Pline et Galien ® savaient déjà que 

1. Loureiro, Flora Cochinch., p. 233; Kurz, For est flora ofbritUh Burma. 
p. 293. 

2. Roxburgh* Flora indicay 2, p. 271 ; Thwaites, Enum. Zeylanùp, p. 58; 
Hiern, dans Flora of biii, India, 1, p. 688. 

3. Hiern, dans Flora of brit, Inditty 1, p. 687. 

4. Blume, Rumphia^ 3, p. 103; Miquel, Flora indo-batava^ i, p. 554. 

5. Boissier. Flora orient ^ 2, p. 5. 

6. Pline, llist, nat,, 1. 13, c. 15; l. 15» c. 22 ; Galien, De alimentis, 1. 2, c 30. 



PISTACHIER — FÈVE 283 

la plante est de Syrie. Le premier nous dit qu'elle a été intro- 
duite en Italie, par Vitellius, à la fin du règne de Tibère, et de 
là en Espagne, par Flavius Pompée. 

Il n'y a pas de raison de croire que la culture du Pistachier 
fût ancienne dans son pays d'origine, mais elle est pratiquée de 
nos jours en Orient, de même qu'en Sicile et à Tunis. Dans le 
midi de la France et en Espagne, elle n'a guère d'importance. 

Fève. — Faba vulgaris^ Moench. — Vicia Faba, Linné. 
Linné, dans son meilleur ouvrage descriptif, VHortus cliffor- 
tianus^ convient que l'origine de cette espèce est obscure, 
comme celle de beaucoup de plantes anciennement cultivées. 
Plus tard, dans son Species, qu'on cite davantage, il a dit, sans 
en donner aucune preuve, que la fève « habite en Egypte ». Un 
voyageur russe de la fin du siècle dernier, Lerche, Ta trouvée 
sauvage dans le désert Mungan, du Mazanderan, au midi de la mer 
Caspienne *. Les voyageurs qui ont herborisé dans cette région 
l'ont quelquefois rencontrée*, mais ils ne la mentionnent pas dans 
leurs ouvrages ', si ce n'est Ledebour, qui n'est pas exact dans 
la citation sur laquelle il s'appuie *. Bosc ^ a prétendu qu'Oli- 
vier avait trouvé la Fève sauvage en Perse. Je n'en vois pas la 
confirmation dans le Voyage d'Qlivier, et en général Bosc paraît 
avoir cru un peu légèrement que ce voyageur avait trouvé beau- 
coup de nos plantes cultivées dans l'intérieur de la Perse. Il le 
dit du Sarrasin et de l'Avoine, dont Olivier n'a pas parlé. 

La seule indication, outre celle de Lerche, que je découvre 
dans les flores, est d'une localité bien difi*érente. Munby ^ men- 
tionne la Fève, comme spontanée, en Algérie, à Oran. Il ajoute 
Qu'elle y est rare. Aucun auteur, à ma connaissance, ne l'a citée 
ans l'Afrique septentrionale. M. Cosson, qui connaît mieux que 
personne la flore d'Algérie, m'a certifié n'avoir vu ou reçu 
aucun échantillon de Fève sauvage du Nord de l'Afrique. Je me 
suis assuré qu'il n'y en a pas dans l'herbier de Munby, mainte- 

• 

1. Lerche, Nova acta Acad, cxsareo-Leopold., vol. 5, appendix, p. 203, 

Fablié en 1773. M. Maximowicz (lettre du 23 février 1882) m'apprend que 
échantillon de Lerche existe dans Therbier du jardin impérial de Saint- 
Pétersbourg. Il est en fleur et ressemble en tout à la Fève cultivée, moins 
la taille, qui est à peu près d'un demi-pied. L'étiquette mentionne la loca- 
lité et la spontanéité, sans autre observation. 

2. Il y a dans le même herbier des échantillons transcaucasiens, mais 
plus grands de taille et qu'on ne dit pas spontanés. 

3. Marschall Bieberstein, Flora Caucaso-Taurica; C.-A. Meyer, Verzeich' 
niss ; HohenQckeTy Enum. plant, Talysch; Boissier, FL orientalis, p. 578; 
Buhse et Boissier, PUmt, Transcaucasiœ. 

4. Ledebour, FL ross,, 1, p. 664, cite de CandoUe, Prodro7niiSy 2, p. 354; 



or c'est Seringe qui a rédigé l'tirticle Faba du Prodromiùs, dans lequel est 
indiqué le midi ae la mer Caspienne, probablement d'après Lerche, dans 
Willdenow. 

5. Bosc, Dici, d'agric, 5, p. 512, 

6. Munby, Catalogus plant» in Algeria sponte nascentium^ éd. 2, p. 12. 



254 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS GRAINES 

nant à Kew. Comme les Arabes cultivent beaucoup la Fève, elle 
se rencontre peut-être accidentellement hors des cultures. Il ne 
faut pas oublier cependant que Pline (1.18, c. 12) parle d'une Fève 
sauvage en Mauritanie; mais il ajoute qu'elle est dure et qu'on 
ne peut pas la cuire, ce qui fait douter de l'espèce. Les bota- 
nistes qui ont écrit sur l'Egypte et la Gyrénaïque, en particulier 
les plus récents S donnent la Fève pour cultivée. 

Cette plante est seule à constituer le genre Faba. On ne peut 
donc invoquer aucune analogie botanique pour présumer son 
origine. C'est à l'histoire de la culture et aux noms de l'espèce 
qu'il faut recourir si l'on veut deviner le pays où elle était an- 
ciennement indigène. 

Mettons d'abord de côté une erreur qui venait d'une mauvaise 
interprétation des ouvrages chinois. Stanislas Julien avait cru 
que la fève était une des cinq plantes que l'empereur Ghin-Nong, 
U y a 4600 ans, avait ordonné de semer en grande solennité 
chaque année *^. Or, d'après le D"* Bretschneider ^, qui est en- 
touré à Peking de toutes les ressources possibles pour savoir la 
vérité, la graine, analogue à une fève, que sèment les empereurs 
dans la cérémonie ordonnée est celle du Soja (Dolicho Soja), et 
la Fève a été introduite en Chine, de l'Asie occidentale, un siècle 
seulement avant l'ère chrétienne, lors de l'ambassade de Ghang- 
Kien. Ainsi tombe une assertion qu'il était difficile de concilier 
avec d'autres faits, par exemple avec l'absence de culture an- 
cienne de la Fève dans l'Inde et de nom sanscrit, ou même de 
quelque langue moderne indienne. 

Les anciens Grecs connaissaient la Fève, qu'ils appelaient 
Kuamos et quelquefois Kuamos de Grèce, Kuamos elleniiosy pour 
la distinguer de celle d'Egypte, oui était la graine d'une espèce 
aquatique toute différente, le Nelumhium, 1^ Iliade parle déjà 
de la Fève comme d'une plante cultivée *, et M. Virchow en a 
trouvé des graines dans les fouilles faites à Troie ^. Les Latins 
l'appelaient Faba, On ne trouve rien dans les ouvrages de Théo- 
phraste, Dioscoride, Pline, etc., qui puisse faire croire que la 
plante fût indigène en Grèce ou en Italie. Elle y était ancienne- 
ment connue, puisque dans le vieux culte des Romains on devait 
mettre des fèves dans les sacrifices le jour de la déesse Garna, 
d'où le nom de Fabariae calendœ ®. Les Fabius tiraient peut-être 
leur nom de Faba, et le chapitre XII du livre 18 de Pline 
montre, à n'en pouvoir douter, le rôle ancien et important de là 
fève en Italie. 

1 . Schweinfurth et Ascherson, Aufzàhlung, p. 256 ; Rohlfs, Kufra, on 
vol. in-8». 

2. Loiseleur-Deslongchamps , Considérations sur les céréales , part. I, 
p. 29. 

3. Bretschneider, On study and value of chinese bot, works, p. 7 et 15. 

4. Iliade, 13, v. 589. 

5. Wittmack, Siiz. bericht Vereins, Brandenb., 1879. 
(>. Novitius DictionnctfHum, au mot Faba. 



FÈVE 2SS 

Le mot Faba se retrouve dans plusieurs des langues aryennes 
de l'Europe, avec des modifications que les philologues seuls 
peuvent reconnaître. N'oublions cependant pas Fobservation 
très juste d'Adolphe Pictet * que, pour les graines de céréales et 
de Légumineuses, on a souvent transporté des noms d'une espèce 
à l'autre, ou que certains noms étaient tantôt génériques et tantôt 
spécifiques. Plusieurs graines, de forme analogue, ont été appe- 
lées Kuamos par les Grecs ; plusieurs haricots diff'érents (Pha- 
selus, Dolichos) portent le même nom en sanscrit, et Faba^ en 
ancien slave Éoèu , en ancien prussien Babo , en armoricain 
FaVy etc., peut fort bien avoir été employé pour dv.s pois, hari- 
cots, ou autres graines de ce genre. Ne voyons-nous pas de nos 
jours appeler, en style commercial, le café une fève ? C'est donc 
avec raison que Pune ayant parlé d'îles fabarix, où se trou- 
vaient des Fèves en abondance, et ces îles étant situées dans 
l'océan septentrional, on a pensé qu'il s'agissait d'un certain 
pois sauvage appelé en botanique Pisum maritimum. 

Les anciens habitahts de la Suisse et de l'Italie, à Tépoque du 
bronze, cultivaient une variété à petites graines du Faba vul- 
garis, M. Heer * la désigne sous le nom de Celtica nana^ parce 
que la graine a de 6 à 9 millimètres de longueur, tandis que celle 
de notre Fève actuelle des champs (Fèverolle) en a 10 à 12. Il a 
comparé les échantillons de Montelier sur le lac de IMorat et de 
l'île de Saint-Pierre du lac de Bienne, avec d'autres de Parme 
de la même époque. M. de Mortillet a trouvé dans les lacustres 
contemporains du lac du Bourget la même petite fève, qu'il dit 
fort semblable à une variété cultivée aujourd'hui en Espagne ^. 

La Fève était cultivée chez les anciens Egyptiens *. Il est vrai 

a ue, jusqu'à présent, on n'en a pas trouvé des graines ou vu des 
gures dans les cercueils ou monuments. La cause en est, dit-on, 
' qu'elle était réputée impure ^. Hérodote ® s'exprime ainsi : « Les 
Egyptiens ne sèment jamais de Fèves dans leurs terres, et, s'il 
en vient, ils ne les mangent ni crues ni cuites. Les prêtres n'en 
peuvent pas même supporter la vue ; ils s'imaginent que ce 
légume est impur. » La Fève existait donc en Egypte, et proba- 
blement dans les endroits cultivés, car les terrains qui pouvaient 
lui convenir étaient généralement en culture. Peut-être la popu- 
lation pauvre et celle de certains districts n'avaient pas les 
mêmes préjugés que les prêtres. On sait que les superstitions 
différaient suivant les nomes. Plutarque et Diodore de Sicile ont 



1. Ad. Pictet, Les origines indo-européennes ^ éd. 2, vol. 1, p. 353. 

2. Heer, Pflanzen, der Pfahlbauten, p. 22, tig. 44-47. 

3. Perrin, Etude préhistorique sur la Savoie, p. 2. . 

4. Delile, Plant, cuit, en Egypte, p. 12 ; Reynier, Economie des Egyptiens 
et Carthaginois, p. 340 ; Unger, Pflanzen d. alten jEgyptens, p. 64 ; Wil- 
kinson, Manners and customs of ancient Egyptians, 2, p. 402. 

u. Reynier, /. c, cherche à en deviner les motifs. 

6. Hérodote, Histoire, traduction de Larcher, vol. 2, p. 32. 



âS6 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS GRAINES 

mentionné la culture de la Fève en Egypte, mais ils écrivaient 
500 ans après Hérodote. 

On trouve deux fois dans l'Ancien Testament * le mot Pol^ qui 
a été traduit par fève , à cause des traditions conservées par le 
Talmud et du nom arabe /bw/, fol ou /*«/, qui est celui de la 
fève. Le premier des deux versets fait remonter la connaissance 
de l'espèce par les Hébreux à Tan mille avant Jésus-Christ. 

Je signalerai enfin un indice d'ancienne existence de la Fève 
dans le nord de l'Afrique. C'est le nom berbère Ibiou^ au pluriel 
labouen, usité chez les Kabyles de la province d'Alger *. Il ne 
ressemble nullement au nom sémitique et remonte peut-être à 
une grande antiquité. Les Berbères habitaient jadis la Mauri- 
tanie, où Pline prétend que l'espèce était sauvage. On ignore si 
les Guanches, peuple berbère des îles Canaries, connaissaient 
la fève. Je doute que les Ibères l'aient eue, car leurs descendants 
supposés, les Basques, se servent du nom Baba ', répondant au 
Faba des Romains. 

D'après ces documents, la culture de la fève est préhistorique 
en Europe, en Egypte et en Arabie. Elle a été introduite en Eu- 
rope, probablement par les Aryens occidentaux, lors de leurs 
premières migrations (Pélasges, Celtes, Slaves) . C'est plus tard 
qu'elle a été portée en Chine, un siècle avant l'ère chrétienne, 
plus tard encore au Japon ; et tout récemment dans l'Inde. 

Quant à l'habitation spontanée, il est possible qu'elle ait été 
double il y a quelques milliers d'années, l'un des centres étant 
au midi de la mer Caspienne, l'autre dans l'Afrique septentrio- 
nale. Ces sortes d'habitations, que j'ai appelées disjointes et dont 
je me suis beaucoup occupé naguère *, sont rares dans les 
plantes Dicotylédones; mais il en existe des exemples précisé- 
ment dans les contrées dont je viens de parler ^. Il est probable 
que l'habitation de la Fève est depuis longtemps en voie de di- 
minution et d'extinction. La nature de la plante appuie cette 
hypothèse, car ses graines n'ont aucun moyen de dispersion, et 
les rongeurs ou autres animaux peuvent s'en emparer avec faci- 
lité. L'habitation dans l'Asie occidentale était peut-être moins 
limitée jadis que maintenant, et celle en Afrique, à l'époaue de 
Pline, s'étendait peut-être plus ou moins. La lutte pour l'exis- 
tence, défavorable à cette plante, comme au Maïs, 1 aurait can- 
tonnée peu à peu et l'aurait fait disparaître, si l'homme ne 
l'avait sauvée en la cultivant. 

La plante qui ressemble le plus à la Fève est le Vicia narbo- 
nensis. Les auteurs qui n'admettent pas le genre Faba, dont les 

1. Samuel, II, c. 17, v. 28; Ezechiel, c. 4, v. 9. 

2. Dict. français-berbère^ publié par le gouvernement français. 

3. Note communiquée à M. Clos par M. d*Abadie. 

4. A. de CandoUe, Géographie botafiique raisonnée^ chap. X. 

5. Le Rhododendron ponticum ne se trouve plus que dans l'Asie Mineure 
et au midi de la péninsule espagnole. 



LENTILLE 287 

caractères sont assez peu distincts du Vicia, rapprochent ces deux 
espèces dans une même section. Or le Vicia narbonensis est 
spontané dans la région de la mer Méditerranée et en Orient, 
jusqu'au Caucase, à la Perse septentrionale et la Mésopotamie *. 
Son habitation n'est pas disjointe, mais elle rend probable, par 
analogie, l'hypothèse dont j'ai parlé. 

Lentille. — Ervum Lens^ Linné. — Lens esculetita, Moench. 

Les plantes qui ressemblent le plus à la Lentille sont classées 
par les auteurs tantôt dans le genre Ervum ^ tantôt dans un genre 
distinct, Lens^ et quelquefois dans le genre Cicer; mais les espèces 
de ces groupes mal définis sont toutes de la région méditerra- 
néenne ou de l'Asie occidentale. C'est une indication pour l'ori- 
gine de la plante cultivée. Malheureusement, on ne retrouve plus 
la LentiUe dans un état spontané, du moins qu'on puisse affir- 
mer être tel. Les flores du midi de l'Europe, de l'Afrique septen- 
trionale, d'orient et de l'Inde la citent toujours comme cultivée, 
ou venant dans les champs, après ou parmi d'autres cultures. Un 
botaniste * l'a vue dans les provinces au midi du Caucase, « cul- 
tivée et presque spontanée çà et là autour des villages. » Un 
autre ' l'indiquait vaguement dans la Russie méridionale, mais 
les flores plus récentes ne le confirment pas. 

Voyons si l'histoire et les noms de cette plante indiquent plus 
clairement son origine. 

Elle est cultivée depuis un temps préhistorique en Orient, 
dans larégion de la mer Méditerranée, et même en Suisse. D'après 
Hérodote, Théophraste, etc., les anciens Egyptiens en faisaient 
un grand usage. Si leurs monuments n'en ont pas fourni la 
preuve, c'est peut-être que la graine en était réputée commune 
et grossière, comme la fève. L'Ancien Testament la mentionne 
trois fois, sous le nom à'Adaschum ou Adaschim^ qui doit bien 
signifier Lentille, car le nom arabe est Ads * ou Adas °. La couleur 
rouge du fameux potage d'Esaû n'a pas été comprise par la 
plupart des auteurs. Reynier ®, qui avait séjourné en Egypte, 
confirme une explication donnée jadis par l'historien Josèphe : 
les lentilles étaient rouges, parce qu'elles étaient mondées. La 
pratique des Egyptiens, dit Reynier, est encore de dépouiller ces 
graines de leur "écorce, et dans ce cas elles sont d'un rouge pâle. 
Les Berbères ont reçu des Sémites pour la lentille le nom Adès '. 

Les Grecs cultivaient la Lentille : Fakos ou Fakai. Il en est 

1. Boissier, FI. orient.^ 2, p. 577. 

2. C.-A. Meyer, Vei^zeichniss pi, caucas.^ p. 147. 

3. Georgi, dans Ledebour, FL ross. 

4. Forskal, Ft. œgypt.; Delile, Plant, cuit, en Egypte, p. 13. 
0. Ebn Baithar, 2, p. 134. 

6. Reynier, Economie publique et rurale des Arabes et des Juifs, Genève, 
1820, ï). 429. 

7. Dictionn. français-berbère, in-8*, 1844. 

De Candolle. 17 



288 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS GRAINES 

question déjà dans Aristophane, comme servant de nourriture 
aux pauvres ^ Les Latins l'appelaient Lens^ mot d'une origine 
inconnue, qui est évidemment lié au nom ancien slave Lesha, 
illyrien Lechja^ lithuanien Lenszic ^. La diversité des noms grec 
et latin est une indication que l'espèce a peut-être existé en 
Grèce et en Italie, avant d'y être cultivée. Une autre preuve 
d'existence ancienne en Europe est qu'on a trouvé des lentilles 
dans les habitations lacustres de l'île Saint-Pierre, du lac de 
Bienne ', qui sont, il est vrai, de l'époque du bronze. L'espèce 
peut avoir été tirée dltalie. 

D'après Théophraste *, les habitants de la Bactriane ÇBouc- 
kharie actuelle) ne connaissaient pas le Fakos des Grecs. Adolphe 
Pictet cite un nom persan, Mangu ou Margu; mais il ne dit pas 
si c'est un nom ancien, qui se trouve, par exemple, dans le Zend- 
avesta. Il admet pour la Lentille plusieurs noms sanscrits, Ma* 
surtty Benuka^ Mangalya^ etc., tandis que les botanistes anglo- 
indiens, Roxburgh et Fiddington, n'en connaissaient aucun '. 
Gomme ceux-ci mentionnent un nom analogue hindustani et 
bengali, Mussour^ on peut croire que Masura exprime bien la 
Lentille, tandis que Mangu des Persans rappelle l'autre nom, 
Mangalya. Roxburgh et Piddington ne donnant aucun nom dans 
les autres langues de llnde, on peut présumer que la lentille 
n'était pas connue dans ce pays avant l'arrivée du peuple de 
langue sanscrite. Il n'est pas question de l'espèce dans les anciens 
ouvrages chinois; du moins, le D"" Bretschneider n'en parle ni 
dans son opuscule de 1870, ni dans les lettres plus détaillées 
qu'il m'a écrites récemment. 

En résumé, la lentille parait avoir existé dans TAsie occidentale 
tempérée, en Grèce et en Italie quand les hommes ont eu lldée 
de la cultiver , dans un temps préhistorique très ancien, et 
l'ont portée en Egypte. La culture paraît s être étendue, à une 
époque moins reculée, mais à peine historique, à l'ouest et à 
l'est, c'est-à-dire en Europe et dans l'Inde. 

Pois chiche. — Cicer anetinum, Linné. 

On connaît quinze espèces du genre Cicer, qui sont toutes de 
l'Asie occidentale ou ae la Grèce, à l'exception d'une, qui est 
d'Abyssinie. La probabilité est donc très grande que l'espèce 
cultivée vient des pays entre la Grèce et l'Himalaya, appelés 
vaguement l'Orient. 

Elle n'a pas été trouvée, d'une manière certaine , dans les 
conditions d'une plante spontanée. Toutes les flores du midi de 

1. Hehn, Culturpflanzen, etc., éd. 3, voL 2, p. 188. 

2. Ad. Pictet, Les origines indo-européennes, éd. 2, vol. !• p. 364; 
Hehn, /. c. 

3. Heer, Pfianzen d, Pfahlbauteny p. 23, fig. 49. 

4. Theophrastes, Hist,, 1. 4, c. 5. 

5. Roxburgh. F/, ind,, éd. 1832, v. 3, p. 324 ; PiddlngtOD, Index. 



POIS CHICHE 259 

l'Europe, d'Egypte et de TAsie occidentale jusqu!à la mer Cas- 
pienne et l'Inde en parlent comme d'une espèce cultivée ou des 
champs et de terrains cultivés. On Ta indiquée quelquefois * en 
Crimée, et au nord et surtout au midi du Caucase, comme à peu 
près spontanée; mais les auteurs modernes bien informés ne le 
croient pas *. Cette quasi spontanéité peut faire présumer seu- 
lement une origine d'Arménie et des pays voisins. 

La culture et les noms de l'espèce jetteront peut-être quelque 
jour sur la question. 

Le Pois chiche était cultivé chez les Grecs, déjà du temps 
d'Homère, sons le nom de Erebintkos ^ et aussi de Krios *, à 
cause de la ressemblance de la graine avec une tête de bélier. 
Les Latins l'appelaient Cieer^ origine des noms modernes dans 
le midi de l'Europe. Ce nom existe aussi chez les Albanais, des- 
cendants des Pélasges, sous la forme de Kikere ^. L'existence 
de noms aussi différents indique une plante très anciennement 
connue et peut-être indigène dans le sud-est de l'Europe. 

Le Pois chiche n'a pas été trouvé dans les habitations lacustres 
de Suisse, Savoie ou Italie. Pour les premières, ce n'est pas sin- 
gulier; le climat n'est pas assez chaud. 

Un nom commun chez les peuples du midi du Caucase et de 
la mer Caspienne est en géorgien iVachuda, en turc et arménien 
Nachius^ Naehunt, en persan Nochot *. Les linguistes pourront 
dire si c'est un nom très ancien et s'il a quelque rapport avec 
le nom sanscrit Chennuka, 

Le Pois chiche est si souvent cultivé en Egypte depuis lespre- 
miers temps de l'ère chrétienne ' qu'on le suppose avoir été 
également connu des anciens Egyptiens. Il n'en existe pas de 
preuve dans les figures ou les dépôts de graines de leurs monu- 
ments, mais on peut supposer que cette graine, comme la fève 
et la lentille, était réputée vulgaire ou impure. Reynier ^ pensait 
que le Ketsech, mentionné par Esaïe dans l'Ancien Testament, 
était peut-être le pois chiche ; mais on attribue ordinairement ce 
nom à la Nielle {Nigella sativa) ou au Vicia sativa^ sans en être 
sûr ®. Comme les Arabes appellent le Pois chiche d'un nom tout 
différent, Omnos, Homos^ qui se retrouve chez les Kabyles sous 

1. Ledebour, FI, ross., 1, p. 661^, d'après Pallas, Falk et C. Koch. 

2. Boissier, FI. orient.-, 2, p. 56ty; Steven, Verzeichniss des taurischen Hab- 
linseln, p. 134. 

3. Iliadey 1. 13, v. 589 ; Theophrastes, Hisi., 1. 8, c. 3. 

4. Dioscorides, 1. 2, c. 126. 

5. Heldreich, Nutzpflanzen Griechenlands^ p. 71. 

6. Nemnich, PolygtotL Lexicon, 1, p. 1037^ Bunge, dans Gœbels Reise, 
2, p. 328. 

7. Clément d'Alej^andrie, Strom., 1. 1, cité d'après Reynier, Economie des 
Egyptiens et Carthaginois, p. 343. 

8. Reynier, Economie des Arabes et des Juifs, p. 430. 

9. RosenmûUer, Bii)l. Alterth., 1, p. 100; Hamilton, Botanique de la Bible, 
p. 180. 



260 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS GRAINES 

la forme Hammez *, il n'est pas probable que le Ketsech des 
Juifs fut la même plante. Ces détails me font soupçonner que 
l'espèce était inconnue aux anciens Egyptiens et Israélites. 
Elle s'est peut-être répandue chez eux de Grèce ou dltalie, 
vers le commencement de notre ère. 

L'introduction a été plus ancienne dans l'Inde, car on connaît 
un nom sanscrit et plusieurs noms, analogues ou différents, 
dans les langues modernes ^. Bretschneider ne mentionne pas 
l'espèce en Chine. 

Je ne connais aucune preuve de Tancienneté de la culture en 
Espagne ; cependant le nom castillan GarbanzOy usité aussi par 
les Basques sous la forme Garbantzua et en français sous celle 
de Garvance, n'étant ni latin ni arabe, peut remonter à une date 
plus ancienne que la conquête romaine. 

Les données botaniques, historiques et linguistiques s'accor- 
dent à faire présumer une habitation antérieure à la culture 
dans les pays au midi du Caucase et au nord de la Perse. Les 
Aryens occidentaux (Pélasges, Hellènes) ont peut-être introduit 
la plante dans l'Europe méridionale, où cependant il y a quel- 
que probabilité qu'elle était également indigène. Les Aryens 
orientaux l'ont portée dans l'Inde. La patrie s'étendait peut-être 
de la Perse à la Grèce, et maintenant l'espèce n'existe plus que 
dans les terrains cultivés, où Ton ne sait pas si elle provient de 
pieds originairement sauvages ou de pieds cultivés. 

Lupin. — Lupinus albus, Linné. 

Les anciens Grecs et Romains cultivaient cette Légumineuse 
pour l'enfouir, comme engrais vert, et à cause des graines, qui 
sont bonnes pour nourrir les bœufs et dont l'homme fait aussi 
usage. Les expressions de Théophraste , Dioscoride , Caton , 
Varron, Pline, etc., citées par les modernes, se rapportent à la 
culture ou aux propriétés médicales des graines et n'indiquent 
pas s'il s'agissait du Lupin à fleurs blanches (Z. albus] ou de 
celui à fleurs bleues (Z. kirsutus)^ qui croît spontanément dans 
le midi de l'Europe. D'après Fraas ^ ce dernier est cultivé aujour- 
d'hui dans la Morée ; mais M. de Heldreich * dit que dans TAttique 
c'est le L. albus. Gomme en Italie on cultive depuis longtemps 
celui-ci, il est probable que c'est IcLupin des anciens. On le cul- 
tivait beaucoup dans le xvi« siècle, surtout en Italie '^j et de 
l'Ecluse constate l'espèce, car il la nomme Lupintis sativus albo 
flore ®. L'ancienneté de la culture en Espagne est indiquée par 

1. Rauwolf, FI. orient., d. 220; Forska', FU segypt., p. 81; Dictionnaire 
français- berbère. 

2. Roxburgh, FI. ind., 3, p. 324 ; Piddington, Index^ 

3. Voir Fraas, FI. class., p. 51 ; Lenz, Bot. dei" Alten, p. 73. 

4. Heldreich, Nutzpflanzen Griechenl., p. 69. 

5. Olivier de Serres, Théâtre de Vagric.y éd. 1529, p. 88. 

6. Clusius, Historia plant., 2, p. 228. 



LL'PIN — TERMIS 261 

rexistence de quatre noms vulgaires différents, suivant les pro- 
vinces ; mais la plante y existe seulement à l'état cultivé ou pres- 
que spontané, dans les champs et les endroits sablonneux *. 

En Italie, l'espèce a été indiquée, par Bertoloni, sur les collines 
de Sarzane. Cependant M. Garuel ne pense pas qu'elle y soit 
spontanée, non plus que dans d'autres localités de la pénin- 
sule ^. Gussone ^ est très affîrmatif pour la Sicile. Il indique la 
plante : « sur les collines arides et sablonneuses, et dans les 
prés (in herbidis) ». Enfin Grisebach * Ta trouvée dans la Tur- 
quie d'Europe, près de Ruskoï, et d'Urville ^, en abondance, 
dans des bois près de Gonstantinople. Castagne le confirme 
dans un catalogue manuscrit que je possède. M. Boissier ne cite 
aucune localité pour l'Orient ; il n'est pas question de l'espèce 
dans l'Inde, mais des botanistes russes l'ont recueillie au midi 
du Caucase, sans que l'on sache si c'était bien dans des condi- 
tions de spontanéité *. On découvrira peut-être d'autres localités 
entre la Sicile, la Macédoine et le Caucase. 

Termis. — Lupinus Termis, Forskal. 

On cultive beaucoup en Egypte, et même dans l'île de Crète, 
cette espèce de Lupin, si voisine du L. albus qu'on a proposé 
quelquefois de les réunir '. La différence la plus apparente est 
qjue la fleur du Termis est bleue dans sa partie supérieure. La 
tige est plus haute que dans le L. albus. On fait usage des grai- 
nes, comme de celles du Lupin ordinaire, après les avoir fait 
macérer, à cause de leur amertume. 

Le L. Termis est spontané dans les sables et sur les collines 
en Sicile, en Sardaigne et en Corse ^; en Syrie et en Egypte, sui- 
vant M. Boissier ®; mais, selon MM. Schweinfurth et Acherson, 
il serait seulement cultivé en Egypte *°. Hartmann l'a vu sau- 
vage dans la haute Egypte ".Unger ** l'indique parmi les espèces 
cultivées chez les anciens Egyptiens, mais il ne cite ni -échan- 
tillon ni figure. Wilkinson *^ se borne à dire qu'on l'a trouvé 
dans les tombeaux. 

Aucun Lupin n'est cultivé dans l'Inde et n'a de nom en sans- 
crit; on en vend des graines dans les bazars sous le nom de 
Tourmus (Royle, ///., p. 194). 

1. Willkomm et Lange, FL. hisp., 3, p. 466. 

2. Caruel, FI. toscana, p. 136. 

3. Gussone, Florx siculx synopsis^ éd. 2, vol. 2, p. 266. 

4. Grisebach, Spicil. FL rumel., p. 11. 

5. D'Urville, Enum.y p. 86. 

6. Ledebour, FI. ross,, 1, p. 510. 

7. Caruel, FL tosc, p. 136. 

8. Gussone, FL sic. syn., 2, p. 267 ; Moris, FL Sardoa, 1, p. 596 

9. Boissier, FL orienL, 2, p. 29 

10. Schweinfurth et AschersoD, Aufzàhlung^ etc., p. 257. 

11. Schweinfurth, Plaiitse nilot. a Hartmann colL, p. 6. 

12. Un^er, Pflanzen d. ait. JEgypten., p. 65 

13. Wilkinson, Manners and cusioms of ancient Egyptians^ 2, p. 403. 



262 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS GRAINES 

Le nom Terniis ou Termus, des Arabes, est celui du Lupin 
des Grecs, Termos, On peut soupçonner que les Grecs Pont reçu 
des Egyptiens. L'espèce ayant été connue dans l'ancienne Egypte, 
il est assez singulier qu'on ne mentionne aucun nom hébreu *. 
Elle a peut-être été introduite en Egypte après l'époque du sé- 
jour des Juifs. 

Pois des champs. — Pois gris, — Bisaille. — Pisum arvense, 
Linné. 

Il s'agit ici du Pois que l'on cultive en grand, pour ses grai- 
nes, et quelquefois comme fourrage. Bien que son apparence et 
ses caractères botaniques permettent de le distinguer assez faci- 
lement du Pois des jardins potagers, les auteurs grecs et ro- 
mains le confondaient ou ne se sont pas expliqués clairement 
à son égard. Leurs ouvrages ne prouvent pas qu'il fût cultivé 
de leur temps. On ne Ta pas trouvé dans les lacustres de Suisse, 
Savoie et Italie. Une légende de Bobbio, en 930, dit que les 
paysans italiens appelaient un grain Herèilia, et l'on a conclu 
de là que c'était le nubig lia actuel, soit Pisum sativum des bota- 
nistes ^. L'espèce est cultivée en Orient et jusque dans l'Inde 
septentrionale ^. Pour ce dernier pays, ce n'est pas une culture 
ancienne, car on ne connaît pas de nom sanscrit, et Piddington 
cite un seul nom dans une des langues modernes. 

O-uoi qu'il en soit de l'introduction de la culture, l'espèce 
existe, à l'état bien spontané^ en Italie, non seulement dans 
les haies et près des cultures, mais aussi dans des forêts et lieux 
incultes des montagnes*. Je ne découvre aucune indication ana- 
logue positive dans les flores d'Espagne, d'Algérie, de Grèce et 
d'Orient. On a dit la plante indigène dans la Russie méridio- 
nale ; mais tantôt la qualité spontanée est très douteuse et tantôt 
c'est l'espèce elle-même qui n'est pas certaine, par confusion 
avec le Pisum sativum ou le P. elatius, Royle admettait Tindi- 
génat dans l'Inde septentrionale, mais il est le seul parmi les 
botanistes anglo-indiens. 

Pois des jardins, petit Pois.. — Pisum sativum^ Linné. 

Le pois de nos jardins potagers est plus délicat que celui des 
champs. Il craint la gelée et la sécheresse. Probablement son 
habitation naturelle, avant la culture, était plus méridionale et 
restreinte. 

Le fait est qu'on ne l'a pas encore trouvé dans un état spon- 
tané, soit en Europe, soit dans l'Asie occidentale d'où l'on pré- 

1. Rosenmûller, Bibl. Alterth,^ vol. 1. 

2. Muratori, Antich, ital., 1, p. 347; Diss,, 24; cité par Targioni, Cemii 
stoHci, p. 31. 

3. Boissier, FL orient.^ 2, p. 623 ; Royle, IlL Himal., p. 200. 

4. Bertoloni, FI. ital., 7, p. 419 ; Caruel, FL tosc, p. 184 ; Gaseone, 
FI. siculx synopsis, 2, p. 279; Moris, FL sardoa, 1, p. 5T7. 



POIS DES JARDINS 363 

sume qu'il est sorti. L'indication de Bieberstein pour la Crimée 
n'est pas exacte, selon Steven, qui a résidé dans le pays *. Peut- 
être les botanistes ont passé à côté de son habitation . Peut-être 
la plante a disparu de son lieu d'origine. Peut-être encore elle 
n'est qu'une modification du Pisum arvense^ obtenue dans les 
cultures . Cette dernière opinion était celle d'Alefeld ', mais ce 
qu'il a publié est si bref qu'on ne peut rien en conclure. Cela se 
borne à dire qu'ayant cultivé un grand nombre de formes de 
pois des champs et des jardins, il a jugé qu'elles appartiennent 
à la même espèce. Darwin ' avait appris, par un intermédiaire, 
que André Knight avait croisé le Pois des champs avec un 
Pois de jardin appelé Pois de Prusse, et que les produits avaient 
paru complètement fertiles. Ce serait bien une preuve de l'unité 
spécifique, mais il faudrait pourtant plus d'observations et plus 
d'expériences. Provisoirement, dans cette recherche des origines 
géographiques, je suis obligé de considérer les deux formes 
séparément, et dans ce but j'examinerai la question du Pisum 
sativum des jardins. 

Les botanistes qui distinguent beaucoup d'espèces dans • le 
genre Pisum, en admettent huit, qui sont toutes d'Europe ou 
d'Asie. 

Le Pisum sativum était cultivé chez les Grecs, du temps de 
Théophraste *. Ils l'appelaient Pisos ou Pison. Les Albanais, 
descendants des Pelasges, l'appellent Pizelle *. Les Latins di- 
saient Pisum ®. Cette uniformité de nomenclature fait supposer 
que les Aryens arrivés en Grèce et en Italie connaissaient la 
plante et l'avaient peut-être apportée avec eux. Les autres lan- 
gues d'origine aryenne présentent plusieurs mots pour le sens 
générique de Pois; mais il est évident, d'après la savante dis- 
sertation d'Adolphe Pictet ''j qu'on ne saurait appliquer aucun 
de ces noms au Pisum sativum en particulier. Même quand une 
des langues modernes, slave ou bretonne, a limité le sens au 
Pois des jardins, il est très possible que jadis, à l'origine de 
ces langues, le mot ait signifié Pois des champs ou Lentille ou 
quelque autre Légumineuse. 

On a retrouvé le petit Pois ® dans les restes des habitations 
lacustres de Tâge de bronze, en Suisse et en ^avoie. La graine 
est sphérique, en quoi l'espèce diffère du Pisum arvense. Elle 
est plus petite que celle de nos Pois actuels. M. Heer dit l'avoir 

1. Steven, Verzeichniss^ p. 134. 

2. Alefeld, Botanische Zeitung, 1860, p. 204. 

3. Darwin, Variations of animais and plants under domestication, p. 326. 

4. Theophrastes, Hist., 1. 8, c. 3, 5. 

5. Heldreich, Nutzpflanzen Griechenlands, p. 71. 

6. Pline, Hist.^ 1. 18, c. 7, 12. Il s'a^git bien du Pisum sativum, car l'au- 
teur dit qu'il supporte très mal le froid. 

7. Ad. Pictet, Les origines indo-européennes, éd. 2, vol. 1, p. 359. 

8. Heer, Pflanzen der Pfahlbauten, 23, flg; 48 ; Perrin, Etudes préhvttoriq. 
sur la Savoie, p. 22. 



264 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS GRAINES 

vue aussi de l'âge de la pierre, à Moosseedorf ; mais il est moins 
affirmatif et ne donne des figures que du Pois moins ancien de 
Tîle de Saint-Pierre. Si l'espèce remonte à l'âge de pierre en 
Suisse, ce serait une raison de la regarder comme antérieure 
aux peuples aryens. 

Il n'y a pas d'indication de culture du Pisum sativum dans 
l'ancienne Egypte ou chez les Hébreux. Au contraire, il a été 
cultivé depuis longtemps dans l'Inde septentrionale, s'il avait, 
comme le dit Piddington, un nom sanscrit, Harenso, et s'il est 
désigné par plusieurs noms, très différents de celui-ci, dans les 
langues indiennes actuelles *. On l'a introduit en Chine de l'Asie 
occidentale. Le Pent-sao, rédigé à la fin du xvi* siècle de notre 
ère, le nomme Poïs mahométan ^. 

En résumé, l'espèce paraît avoir existé dans l'Asie occidentale, 
peut-être du midi du Caucase à la Perse, avant d'être cultivée. 
Les peuples aryens l'auraient introduite en Europe, mais elle 
était peut-être dans l'Inde septentrionale avant l'arrivée des 
Aryens orientaux. 

Elle n'existe peut être plus à l'état spontané, et quand elle 
s'offre dans les champs, quasi spontanée, on ne dit pas qu'elle 
ait une forme modifiée qui se rapproche des autres espèces. 

Soja. — Dolichos Soja^ Linné. — Glycine Soja, Bentham. 

La culture de cette Légumineuse annuelle remonte, en Chine 
et au Japon, à une antiquité reculée. On pouvait le présumer 
d'après la multitude des emplois de la graine et le nombre im- 
mense des variétés. Mais, en outre, on estime que c'est un des 
farineux nommés Sku dans les ouvrages chinois contemporains 
de Confucius, quoique le nom moderne de la plante soit la-tou '. 
Les graines sont à la fois nutritives et fortement oléagineuses» 
ce qui permet d'en tirer des préparations analogues au beurre, 
à l'huile et au fromage dans la cuisine japonaise et chinoise *. 
Le Soja est cultivé aussi dans l'archipel indien, mais à la fin du 
xvii® siècle il était encore rare à Amboine^, etForster ne l'avait 
pas vu dans les îles de la mer Pacifique, lors du voyage de 
Cook. Dans l'Inde, il doit être d'une introduction moderne, car 
Roxburgh n'avait vu la plante qu'au jardin botanique de Cal- 
cutta, où elle provenait des Moluques ®. On ne connaît pas de 
noms vulgaires indiens ^. D'ailleurs si la culture était ancienne 



1. Piddington, Index. Roxburgb ne parle pas d'un nom sanscrit. 

2. Bretscnneider, Study and value of chinese botanical works, p. 16. 

3. Bretschneider, i/>îV/., p. 9. 

4. Voir Pailleux, dans le Bullelin de la Société d'acclimatation, sept, et 
oct. 1880. 

5. Rumphius, Amb., vol. 5, p. 388. 

6. Roxburgh, Flora indica, 3, p. 314. 
1, Piddington, Index. 



SOJA 265 

dans rinde, elle se serait propagée vers Touest, en Syrie et en 
Egypte, ce qui n'est pas arrivé. 

Kaempfer * avait publié jadis une excellente figure du Soja, et 
on le semait depuis un siècle dans les jardins botaniques d'Eu- 
rope, lorsque des renseignements plus nombreux sur la Chine et 
le Japon suscitèrent, il y a une dizaine d^années, un zèle extraor- 
dinaire pour l'introduire dans nos pays. C'est surtout dans 
r Autriche-Hongrie et en France que des essais ont été faits en 
grand et qu'on les a résumés dans des ouvrages très dignes 
d'être consultés '. Faisons des vœux pour que le succès réponde 
à ces efforts, mais nous ne devons pas nous écarter du but de 
nos recherches. Occupons-nons donc ici de l'origine probable 
de l'espèce. 

Linné a dit dans son Species : « Habitat in India ; » après quoi 
il renvoie à Kaempfer, qui a parlé des plantes du Japon, et à sa 
propre flore de Ceylan, où 1 on voit que la plante était cultivée 
dans cette île. La flore moderne de Ceylan, par Thwaites, n'en 
fait aucune mention. Evidemment il faut avancer vers l'Asie 
orientale pour trouver l'origine à la fois de la culture et de 
l'espèce. Loureiro dit qu'elle habite en Cochinchine et qu'on la 
cultive souvent en Chine ^. Je ne vois pas de preuve qu'on l'ait 
trouvée sauvage dans ce dernier pays, mais on l'y découvrira 
peut-être, vu l'ancienneté de la culture. Les botanistes russes * 
ne l'ont rencontrée dans le nord de la Chine et vers le fleuve 
Amour qu'à l'état de plante cultivée. Elle est certainement 
spontanée au Japon ^. Enfin, Junghuhn ^ l'a récollée à Java sur 
le mont Gunung-Gamping, et l'on rapporte à la même espèce 
une plante envoyée aussi de Java par Zollinger, sans qu'on 
sache si elle était vraiment spontanée \ Un nom malais, Ka- 
delee ^, tout à fait différent des noms vulgaires japonais et chi- 
nois, appuie l'indigénat à Java. 

En résumé, d'après les faits connus et les probabilités histo- 
riques et linguistiques, le Soja était spontané de la Cochin- 
chme au Japon méridional et à Java lorsque d'anciens habi- 
tants, à une époque très reculée, se sont mis à le cultiver, à 
l'employer de différentes manières pour leur nourriture, et en 
ont obtenu des variétés, dont le nombre est remarquable, sur- 
tout au Japon. 

i. Kœmpfer, Amœn. exot,, p. 837, pi. 838. 

2. Haberlandt, Die Sojabohne, m-8% Vienne, 1878, extrait en français par 
M. Pailleux, l. c. 

3. Loureiro, FI. coch., 2. p. 538. 

4. Bunge, Ënum. plant. Chin., n" 118; Maximowicz, Primitif fl. Amui\, 
p. 87 

5. Miquel, Prolusio, dans Ann. Mus. Lugd.-Bat., 3, p. 52; Franchet et 
Savatier, Enum. plant. Jap., 1, p. 108. 

6. Junghuhn, Plantœ Jungh., p. 255. 

7. Le Soja angustifblia, Miquel; voir Hooker, Fl. brit. Ind.^ 2, p. 184. 

8. Rumphius, l. c. 



266 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS GRAINES 

Cajan. — Cajanus indiens^ Sprengel. — Cytisus Cajan, 
Linné. 

Cette Légumineuse, très souvent cultivée dans les pays tropi- 
caux, est de la nature des arbustes; mais elle fructifie dès 
la première année, et dans quelques pays on aime mieux la cul- 
tiver comme une plante annuelle. Ses graines sont. un article im- 
{)ortant de la nourriture des nègres ou des indigènes, tandis que 
es colons européens ne les recherchent guère, si ce n'est pour 
les manger avant maturité, comme nos petits pois. 

La plante se naturalise avec une grande f acuité dans de mau- 
vais terrains, hors des cultures, même aux Antilles, d'où elle 
n'est certainement pas originaire *. 

A l'île Maurice, elle se nomme Ambrevade; dans les colonies 
anglaises, Doll^ 'Pigeon-Pea, et dans les Antilles anglaises ou 
françaises, Pois d'Angola^ Pois de Congo ^ Pois pigeon. 

Chose singulière, pour une espèce répandue dans les trois 
continents, les variétés ne sont pas nombreuses. On en signale 
deux, basées uniquement sur la couleur jaune ou teintée de 
rouge dés fleurs, qui ont été regardées quelquefois comme des 
espèces distinctes, mais que des observations plus attentives 
ramènent à une seule, conformément à l'opinion de Linné *. Le 
petit nombre des variations obtenues, même dans l'organe pour 
lequel on. cultive l'espèce, est un indice de culture pas très an- 
cienne. C'est cependant ce qu'il faut chercher, car l'habitation 
préculturale est incertaine. Les meilleurs botanistes ont sup- 
posé tantôt llnde et tantôt l'Afrique in ter tropicale. M. Bentham, 
qui a beaucoup étudié les Légumineuses, croyait en 1861 à 
l'origine africaine, et en 1865 il inclinait plutôt vers Torigine 
asiatique '. Le problème est donc assez intéressant. 

Et d'abord il ne peut pas être question d'une origine améri- 
caine. Le Cajan a été introduit aux Antilles de la côte d'Afrique 
par la traite des nègres, comme l'indiquent les noms vulgaires 
déjà cités * et l'opinion unanime des auteurs de flores améri- 
caines. On l'a porté également au Brésil, à la Guyane et dans 
toutes les régions chaudes du continent américain. 

La facilité avec laquelle cet arbuste se naturalise empêcherait, 
à elle seule, d'accorder beaucoup de poids au dire dfes collec- 
teurs, qui l'ont trouvé plus ou moins spontané en Asie ou en 
Afrique, et de plus ces assertions ne sont pas précises. Généra- 
lement elles sont accompagnées de doutes. La plapart des 

1. De Tussac, Flore des Antilles^ vol. 4, p. 94, pi. 32; Grisebach, FI, of 
hrit. w, Ind., 1, p. 191. 

2. Voir sur cette question Wight et Àmott, Prodr, ft. penins, tnd., 
p. 256; Klotzsch, dans Peters, Reise nach Mozambique, 1, p. 36. La variété 
à fleur jaune est figurée dans Tussac, /. c; celle a fleur colorée de rouge, 
dans le Botanical registei% 1845, pi. 31. 

3. Bentham, Flo7'a Hongkongensis^ p. 89 ; Flora àrasil,, vol. 15, p. 199* 
Bentham et Hooker, Gen,^ I, p. 541. . ' 

4. De Tussac, Flore des Antilles; Jacquin, Oôs,, p. 1. 



CAJAN 267 

anteurs de flores de Tlnde continentale n'ont vu la plante qu'à 
l'état cultivé *. Aucun, à ma connaissance, n'affirme la qualité 
spontanée. Pour Tîle de Ceylan, Thwaites ^ s'exprime cdnsi : 
« On dit qu'elle n'est pas réellement sauvage, et les noms du 
pays paraissent le confirmer. » Sir Jos. Hooker, dans sa flore 
de l'Inde anglaise, dit : « Sauvage ? et cultivée jusqu'à 6000 pieds 
dans l'Himalaya. » Loureiro * l'indique cultivée et non cul- 
tivée « en Gochinchine et en Chine. » Les auteurs chinois ne 
paraissent pas en avoir parlé, car l'espèce n'est pas nommée 
dans l'opuscule du D^ Bretschneider, On study^ etc. Dans les îles 
de la Sonde, elle est mentionnée comme cultivée, et même assez 
rarement à Amboine, à la fin du dix-septième siècle, d'après 
Rumphius *. Forster ne l'avait pas vue dans les îles de la mer 
Paeinque lors du voyage de Ciook, mais Seemam nous apprend 
que les missionnaires l'ont introduite depuis peu dans les jar- 
dins des îles Fidji ^. Tout cela fait présumer une extension peu 
ancienne de la culture à l'est et au midi du continent asiatique. 
Outre la citation de Loureiro, je vois qu'on indique l'espèce sur 
la montagne de Magelang, de l'île de Java ^; mais, en supposant 
tme véritable et ancienne spontanéité dans ces deux cas, il serait 
bien extraordinaire qu'on ne trouvât pas également l'espèce 
dans beaucoup d'autres localités asiatiques. 

L'abondance des noms indiens et malais ^ montre une culture 
assez ancienne. Piddington indique même un nom sanscrit, 
ArkukUy que Roxburgh ne connaissait pas, mais il ne donne au- 
cune preuve à l'appui de son assertion. Le nom peut avoir été 
simplement supposé, d'après les noms hindou et bengali iJrur et 
Oral. On ne connaît pas de nom sémitique. 

Bq Afrique^ le Cajan est signalé souvent de Zanzibar à la côte 
de Guinée ®. Les auteurs le disent cultivé, ou ne s'expliquent pas 
à cet égard, ce qui semble indiquer des échantillons quelque- 
fois spontanés. En Egypte, la culture est toute moderne, du 
xix« siècle '. 

En résumé, je doute que l'espèce soit vraiment spontanée en 
Asie et qu'elle s'y trouve depuis plus de 3000 ans. Si les anciens 
peuples l'avaient connue, elle serait arrivée à la connaissance des 
Arabes et des Egyptiens avant notre époque. Au contraire, dans 
l'Afrique équatoriale, il est possible qu'elle existe, sauvage ou 
cultivée, depuis un temps très long, et qu^elle soit arrivée en 

1. Rheede, Roxburgh, Knrz, Burm. flora, etc. 

2. Thwaites, Enum. plant. Ceylan. 

3. Loureiro, FI. cochinch., p. 565. 

4. Rumphius, Amb.^ toI. 5, t. 135. 

5. Seemann, Flora Vitiensis^ p. 74. 

6. Junffhuhn, Plantx Jungh., fasc. 1, p. 241. 

7. Pidaington, Index ; Rheede, Malab., 6, p. 23 ; etc. 

8. Pickering, Chronol. arrangement of plants, p. 442; Petere, Reise, p. 36; 
R. Brown, Bot. of Congo y p. 53 ; Oliver, Flora of tropical AfHca, 2, p. 216. 

9. Bulletin de la Soc. d'acclimatation, 1871, p. 663. 



268 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS GRAIiNES 

Asie par d'anciens voyageurs faisant le trafic de Zanzibar à 
rinde et Geylan. . . 

Le genre Gajanus n'a qu'une espèce, de sorte qu'on ne peut 
invoquer aucune analogie de distribution géographique pour le 
croire d'Asie plutôt que d'Afrique, ou vice versa. 

Caroubier *. — Ceratonia Siliqua^ Linné. 

On sait à quel point les fruits ou légumes du Caroubier sont 
recherchés dans les parties chaudes de la région de la mer Médi- 
terranée, pour la nourriture des animaux et même de l'homme. 
De Gasparin ^ a donné des détails intéressants sur le traitement, 
les emplois et l'habitation de l'espèce, envisagée comme arbre 
cultivé. Il note qu'elle ne dépasse pas au nord la limite où l'on 
peut avoir l'oranger sans abri. Ge bel arbre, à feuilles persis- 
tantes, ne s'accommode pas non plus des pays très chauds, sur- 
tout quand ils sont humides. Il aime le voisinage de la mer 
et les terrains rocailleux. Sa patrie, d'après de Gasparin, est 
« probablement le centre de l'Afrique. Denham et Glapperton, 
dit-il, l'ont trouvé dans le Bournou. » Gette preuve me paraît 
insuffisante, car, dans toute la région du Nil et en Abyssinie, le 
Garoubier n'est pas sauvage ou même n'est pas cultivé '. 
R. Brown n'en parle pas dans son mémoire sur les plantes du 
voyage de Denham et Glapperton. Plusieurs voyageurs l'ont vu 
dans les forêts de la Gyrénaïque, entre le littoral et le plateau; 
mais les habiles botanistes qui ont dressé le catalogue des 
plantes de ce pays ont eu soin de dire * : « Peut-être indigène. » 
La plupart des botanistes se sont contentés de mentionner l'es- 
pèce dans le centre et le midi de la région méditerranéenne, 
depuis le Maroc et l'Espagne jusqu'à la Syrie et l'Anatolie, sans 
scruter beaucoup si elle est indigène ou cultivée, et sans abor- 
der la question de la véritable patrie, antérieure à la culture. 
Ordinairement, ils indiquent le Garoubier comme « cultivé et 
subspontané ou presque naturalisé ». Cependant il est donné 
pour spontané en Grèce, par M. de Heldreich; en Sicile, par 
Gussone et Bianca; en Algérie, par Munby ^, et je cite là des 
auteurs qui ont vécu assez dans ces divers pays pour se former 
une opinion vraiment éclairéfe. 

M. Bianca remarque cependant que le Garoubier n'est pas 
toujours vigoureux et productif dans les localités assez res- 

1. Enuméré ici pour ne pas le séparer d'autres légumineuses cultivées 
pour les graines seulement. 

2. De Gasparin, Cours d'agriculture, 4, p. 328 . 

3. Schweinfurth et Ascherson, Aufzàhtung, p. 255 ; Richard, Tentamen 
florœ ahyasinicsB . 

4. Ascnerson, etc., dans Rohls, Kufra, 1, vol. in-8% 1881, p. 519. 

5. Heldreich, Nutzpflanzen Griechenlands, p. 73, Die Pfianzen der atti- 
schen Ebene , p. 477; Gussone, Synopsis fl, siculse ^ p. 646; Bianca, // 
CarrubOj dans Giornale d'agricoltura italiana, 1881 ; Munby, Catal. pi. in 
Alger, spont., p. 13. 



CAROUBIER 269 

treintes où il existe en Sicile, dans les petites îles adjacentes et 
sur la côte d'Italie. Il s'appuie, en outre, sur le nom italien 
Carrubo, presque semblable au nom arabe, pour émettre Tidée 
d'une introduction ancienne dans le midi de lEurope, l'es- 
pèce étant originaire plutôt de Syrie ou de l'Afrique sep- 
tentrionale. A cette occasion, il soutient, comme probable, 
l'opinion de Hœfer et de Bonne *, d'après laquelle le Lotos des 
Lotophages était le Caroubier, dont la fleur est sucrée et le fruit 
d'un goût de miel, conformément aux expressions d'Homère. 
Les Lotophages habitant la Cyrénaïque, le Caroubier devait 
croître en masse dans leur pays. Pour admettre cette hypo- 
thèse, il faut croire qu'Hérodote et Pline n'ont pas connu la 
plante d'Homère, car le premier a décrit le Lotos comme ayant 
une baie de Lentisque et le second comme un arbre qui perd 
ses feuilles en hiver 2. 

Une hypothèse sur une plante douteuse dont a parlé jadis un 
poète ne peut guère servir de point d'appui dans un raisonne- 
ment sur des faits d'histoire naturelle. Après tout, le Lotos d'Ho- 
mère était peut-être... dans le jardin fantastique des Hespé- 
rides. Je reviens à des arguments d'un genre plus sérieux, dont 
M. Bianca a touché quelques mots. 

Le Caroubier est désigné dans les langues plus ou moins 
anciennes par deux noms : l'un grec, Keraunia ou Kerateia ^; 
l'autre arabe, Chimub ou Charûb. Le premier exprime la forme 
du légume, analogue à certaines cornes médiocrement recour- 
bées. Le second signifie un fruit allongé (légume), car on voit 
dans l'ouvrage de Ebn Baithar * que quatre autres Légumineuses 
sont désignées par ce même nom, avec une épithète. Les Latins 
n'avaient pas de nom spécial pour le Caroubier. Ils se servaient 
du mot grec, on de l'expression Siliquay Siliqua graeca^ c'est-à- 
dire fruit allongé de Grèce ^. Cette pénurie de noms est l'indice 
d'une habitation jadis restreinte et d'une culture qui ne remonte 
probablement pas à des temps préhistoriques. Le nom grec s'est 
conservé en Grèce. Le nom arabe existe aujourd'hui chez les 
Kabyles, qui disent Kharroub pour le fruit, Takharrout pour 
l'arbre ®, comme les Espagnols disent Alaarrobo, Chose singu- 
lière, les Italiens ont pris aussi le nom arabe, Currabo, Carubio, 
d'où vient notre nom français Caroubier, Il semble qu'une intro- 
duction se serait faite, par les Arabes, dans le moyen âge, 

1. Hœfer, Histoire de la botanique, de la minéralogie et de la géologie ^ 
i vol. in-12, p. 20; Bonne, Le Caroubier ou l'arbre des Lotophages, 
Alger, 1869 (cité d'après Hœfer). Voir, ci-dessus, i'article du Jujubier. 

2. Pline, Hist., 1. 16, c. 30. 

3. Théophraste, Hist, plant,, 1. 1, c. 11; Dioscorides, 1. 1, c. 155 ; Fraas, 
Syn.fl, class., p. 65 

4. Ebn Baithar, trad. allem., 1, p. 354; Forskal, Flora œgypt., p. 77. 

5. Columna, cité dans Lenz. Bot. der Alten Griech. una Rœm., p. 733 ; 
Pline, Hist,, 1. 13, c. 8. 

6. Dict. finançais-berbère, au mot Caroube. 



270 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS GRAINES 

depuis Tépoque romaine, où Ton employait un nom différent. 

Ces détails appuient l'idée de M. Bianca d'une origine plus 
méridionale que la Sicile. D'après Pline, l'espèce était de Syrie, 
lonie, Gnide et Rhode, mais il ne dit pas si dans ces localités elle 
était sauvage ou cultivée. 

Selon le même auteur, le Caroubier n'existait pas en Egypte. 
On a cru cependant le reconnaître dans des monuments lûen 
antérieurs à l'époque de Pline, et même des égyptologaes lui 
ont attribué deux noms égyptiens, Kontrates ou Jiri *. Lepâiis 
a donné la figure d'un légume qui paraît bien une caroube, et 
lé botaniste Kotschy ayant rapporté une canne, sortie d'un 
cercueil, s'est assuré, par l'observation au microscope, qu'elle 
est de bois de Caroubier ^. On ne connsût aucun nom bébreii 
de cette espèce, dont l'Ancien Testament ne parle pas. Le Nou- 
veau en fait mention, avec le nom grec, dans la parabole de 
l'enfant prodigue. La tradition des chrétiens d'Orient porte que 
saint Jean se serait nourri de Caroubes dans le désert, et c'est 
de là que dans le moyen âge on a tiré des noms, comme Pain de 
Saint-^ean, et Johannis èrodbaum, pour le Caroubier. 

Evidemment, cet arbre a pris de l'importance au commence- 
ment de l'ère chrétienne, et ce sont les Arabes qui l'ont aurtoal 
propagé vers l'Occident. S'il avait existé antérieurement en 
Algérie, chez les Berbères, et en Espagne, on aurait conaenrè 
des noms antérieurs à l'arabe, et l'espèce aurait probablement 
été introduite aux Canaries par les Phéniciens. 

Je résume l'ensemble des données comme suit : 

Le Caroubier était spontané à l'orient de la mer Méditerranée, 
probablement sur la côte méridionale d'Anatolie et en Syrie, 
peut-être aussi dans la Cyrénaïque. Sa culture a commencé depuis 
les temps historiques. Les Grecs l'ont étendue dans leur pays et 
en Italie ; mais plus tard les Arabes s'en sont occupés davantage 
et l'ont propagée jusqu'au Maroc et en Espagne. Dans tous ces 
pays, l'espèce s'est naturalisée çà et là, sous une forme moins pro- 
ductive, qu'on est obligé de greffer pour avoir de meilleurs fruits. 

Jusqu'à présent, on n'a pas trouvé le Caroubier fossile dans les 
tufs et dépôts quaternaires de l'Europe méridionale. Il est seul 
de son espèce, dans le genre Ceratonia, qui est assez exeep- 
tionnel parmi les Légumineuses, surtout en Europe. Rien ne 
peut faire supposer qu'il ait existé dans les anciennes flores ter- 
tiaires ou quaternaires du sud-ouest de l'Europe. 

Haricot commun. — Phaseolm vulgaris Savi. 

Lorsque j'ai voulu m'occuper, en 1855 ^, de l'origine des Pha^ 

1. Lexicon oxon., cité dans Pickering, Chronological hùt. ofpUmts, p. I4i. 

2. Le dessin est reproduit dans Unser, Pflanzen des alien ^gjmUm, 
flg. 22. L'observation qu'il cite de Kotschy aurait besoin d*ètre confirmée 
par un anatomiste spécial. 

3. A. de Cundolle. Géogr, bot, raisonnée, p. 961. 



HARICOT COMMUN S71 

seolus et Dolichos, la distinction des espèces était si peu avancée 
et les flores de pays tropicaux si rares que j'avais dû laisser de 
côté plusieurs questions. Aujourd'hui, grâce à'des mémoires de 
M. Bentham et de M.: George von Martens * complétant ceux anté- 
rieurs de Savi ^, les Légumineuses des pays chauds sont mieux 
connues ; enfin tout récemment des graines tirées des tombeaux 
péruviens d'Ancon, examinées par M. Wittmack, ont modifié 
complètement le problème des origines. 

Voyons d'abord ce qui concerne le Haricot commun. Je par- 
lerai ensuite d'autres espèces, sans énumérer toutes celles qui se 
cultivent, car plusieurs d'entre elles sont encore mal définies. 

Les botanistes ont cru pendant longtemps que le Haricot com- 
mum était originaire de l'Inde. Personne ne l'avait trouvé sau- 
vage, ce qui est encore le cas actuellement; et l'on s'était figuré 
une origine indienne, quoique l'espèce fût cultivée aussi en 
Afrique et en Amérique dans les régions tempérées ou chaudes, 
du moins dans celles qui ne sont pas d'une chaleur excessive et 
humide. Je fis remarquer qu'elle n'a pas de nom sanscrit et aue 
fes jardiniers du xvi® siècle appelaient souvent le Haricot ^ve 
turque. Persuadé en outre, comme tout le monde, que les Grecs 
avaient cultivé cette plante, sous les noms deFasiolosei Dolichos^ 
j'émis l'hypothèse qu'elle était originaire de l'Asie occidentale, 
ûon de l'Inde. George de Martens adopta cette manière de voir. 

Il s'en faut de beaucoup cependant que les mots Dolichos de 
Théophraste , Fasiolos de Dioscoride, raseolus et Pkasiolus des 
Romains ^ soient assez définis dans les textes pour qu'on puisse 
les attribuer avec sûreté au Phaseolus vulgans. Plusieurs Légu- 
mineuses cultivées se soutiennent par les vrilles dont parlent les 
auteurs et présentent des gousses et des graines qui se ressem- 
blent. Le njeilleur argument pour traduire ces noms par Pha- 
seolus vulgans est que les Grecs actuels et les Italiens ont des 
mots dérivés de Fasiolos pour notre haricot commun. Les Grecs 
modernes disent Fasotdia et les Albanais (Pélasges ?) Fasulé; les 
Italiens Fagiolo. On peut craindre pourtant une transposition de 
nom d'une espèce de Pois, de Vesce, de Gesse ou d'un Haricot 
anciennement cultivé au Haricot commun actuel. Il faut être 
assez hardi pour déterminer une espèce de Phaseolus d'après 
une ou deux épithètes dans un auteur ancien, quand on voit la 
peine que donne la distinction des espèces aux botanistes mo- 
dernes avec les plantes mêmes sous les yeux. On a voulu cepen- 
dant préciser que le Dolichos de Théophraste était notre haricot 
à rames, et le Fasiolos le haricot nain de nos cultures, qui cons- 

« 

1. Bentham, dans Ann. wiener Muséum, vol. 2; Martens (George von), 
ùie Gartenbohnen, m-4o, Stuttgard, 1860 ; éd. 2, 1869. 

2. Savi, Osserv. sopra Phaseolus i DqlichoSf 1, 2, 3. 

3. Théophraste, Histy 1. 8, c. 3; Dioscorides, 1. 2, c. 130; Pline, Hist.y 
1. 18, c. 7, 12, interprétés par Fraas, Synopsis fl, class,, p. 52 ; Lenz, 
Botanik d. alten Griecnen und Rœmer, p. 731 ; Mertens, /. c, p. 1. 



272 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS GRAINES 

tituenl les deux races actuelles principales du Haricot commun, 
avec une immense quantité de sous-races quant aux gousses et 
aux graines. Je me contenterai de dire ; C'est probable. 

Si le Haricot commun est arrivé jadis en Grèce, il n'a pas été 
une des premières introductions, car le Faseolus n'était pas en- 
core à Rome du temps de Gaton, et c'est seulement au com- 
mencement de l'empire que les auteurs latins en ont parlé. 
M. Virchow a rapporté des fouilles faites à Troie plusieurs 
graines de Légumineuses, que M. Wittmack * certifie être les es- 
pèces suivantes : Fève {Faba vulgaris), Pois des jardins {Pisum 
sativum), Ers [Ervum Ervilia), et peut-être Jarosse? [Lathyrm 
Cicera), mais aucun Haricot. De même, dans les habitations des 
anciens lacustres de Suisse, Savoie, Autriche et Italie, on n'a 
pas encore trouvé le Haricot. 

Il n'y a pas non plus de preuves ou d'indices de son existence 
dans l'ancienne Egypte. On ne connaît pas de nom hébreu répon- 
dant à ceux de Dolichos ou Phaseolus des botanistes. Un nom 
moins ancien, car il est arabe, Loubia^ se trouve en Egypte, 
pour le Dolichos Lubia^ et en hindoustani, sous la forme Loba^ 
pour le Phaseolus vulgaris ^. Quant à cette dernière espèce, Pid- 
dington n'indique dans les langues modernes de l'Inde que deux 
noms, tous deux hindoustanis , Loba et Bakla, Geci, joint à 
l'absence de nom sanscrit, fait présumer une introduction peu 
ancienne dans l'Asie méridionale. Les auteurs chinois ne men- 
tionnent pas le Haricot commun {Ph, vulgaris) ', nouvel indice 
d'une introduction peu ancienne aans Tlnde , et aussi en Bac- 
triane, d'où les Ghinois ont tiré des légumes dès le ii« siècle 
avant notre ère. 

Toutes ces circonstances me font douter que l'espèce ait été 
connue en Asie avant l'ère chrétienne. L'argument des noms 
grçc moderne et italien pour le Haricot, conformes à Fasiolos^ a 
besoin d'être appuyé de quelque manière. On peut dire en sa fa- 
veur qu'il a été employé dans le moyen âge, probablement pour 
le Haricot commun. Dans la liste des légumes que Gharlemagne 
ordonnait de semer dans ses fermes, on trouve le Fasiolum *, 
sans explication. Albert le Grand décrit sous le nom de Faseolus 
une Légumineuse qui parait être le Haricot nain de notre époaue •. 
Je remarque d'un autre côté que des auteurs du xv® siècle ne 
parlent d'aucun Faseolus ou nom analogue. G'est le cas de Pierre 

1. Wittmack, Bot. Vereins Brandenb., 19 déc. 1879. 

2. Delile, Plantes cultivées en E^ypte^ p. 14 ; Piddington, Index, 

3. Bretschneider n'en fait mentioa ni dans son opuscule On study, etc», 
ni dans les lettres au'il m'a adressées. 

4. E. Meyer, Gescnichte der Botanik^ 3, p. 404. 

5. u Faseolus est species leguminis et grani, guod est in quantîtate pamm 
minus quam Faba, et in figura est columnare sicut faba, et herba ejus minor 
est aliquantulum quam herba Fabse. Et sunt faseoli multorum colomm, 
sed quodlibet granorum habet maculam nigram in loco cotyledonis. • 
(Jessen, Alberti Magni, De vegetabilibuSf éd. critica, p. 515.) 



HARICOT COMMUN 273 

Grescenzio * etMacer Floridus*. Au contraire, après la découverte 
de l'Amérique, dès le xyi« siècle, tous les auteurs publient des 
figures et des descriptions du Phaseolus vulgaris, avec une infi- 
nité de variétés. 

Il est douteux que sa culture soit très ancienne dans l'Afrique 
tropicale. Elle y est indiquée moins souvent que celle d'autres 
espèces des genres Dolichos et Phaseolus. 

Personne ne songeait à chercher l'origine du Haricot commun 
en Amérique, lorsque tout récemment des découvertes singulières 
ont été faites de fruits et de graines dans les tombeaux péruviens 
d'Ancon, près de Lima. M. de Rochebrune ' a publié une liste 
des espèces de diverses familles d'après une collection de MM. de 
Gessac et L. Savatier. Dans le nombre se trouvent trois Haricots, 
dont aucun, selon l'auteur, n'est le Phaseolus vulgaris; mais 
M. Wittmack *, qui a étudié les Légumineuses rapportées de 
ces mêmes tombeaux par les voyageurs Reiss et Stubel, dit avoir 
constaté la présence de plusieurs variétés du Haricot commun, 
parmi d'autres graines appartenant au Phaseolus lunatuslAnné, 
Il les a identifiées avec les variétés du/^A. vulgaris appelées par 
les botanistes oblongus purpureus (Martens) , ellipticus prœcox 
(Alefeld) et ellipticus atrofuscus (Alefeld), qui sont de la catégo- 
rie des Haricots nains ou sans rames. 

II n'est pas certain que les sépultures en question soient toutes 
antérieures à l'arrivée des Espagnols. L'ouvrage de MM. Reiss 
et Stubel, actuellement sous presse, donnera peut-être des expli- 
cations à cet égard; mais M. Wittmack admet, d'après eux, 
qu'une partie des tombeaux n'est pas ancienne. Je suis frappé 
cependant d'un fait qui n'a pas été remarqué. Les cinquante 
espèces de la liste de M. Rochebrune sont toutes américaines. 
Je n'en vois pas une seule qu'on puisse soupçonner d'origine 
européenne. Evidemment, ou ces plantes et graines ont été dépo- 
sées avant la conquête, ou dans certains tombeaux, qui sont peut- 
être d'une époque subséquente, les habitants ont eu soin de ne 
pas mettre des espèces d'origine étrangère. C'était assez natu- 
rel, selon leurs idées, puisque l'usage de ces dépôts de plantes 
n'est pas venu de la religion catholique, mais remonte aux cou- 
tumes et opinions des indigènes. La présence du Haricot commun 
parmi ces plantes uniquement américaines me parait donc signi- 
ficative, quelle que soit la date des tombeaux. 

On peut objecter que des graines sont insuffisantes pour déter- 
miner l'espèce d'un Phaseolus, et qu'on cultivait dans l'Amé- 

1. P. Crescens, traduction française de 1539. 

2. Macer Fioridus, éd. 1485, et commentaire par Ghoulànt, 1832. 

3. De Rochebrune, Actes de la Société linnéenne de Bordeaux, vol. 33, 
janvier 1880, dont j'ai vu l'analyse dans Botanisches Centralblatt. 1880, 
p. 1633. 

4. Wittmack, Sitzungsbericht des bot. Vereins Brandenburg, 19 déc. 1879, 
et lettre particulière de lui . 

De Gandolle. 18 



274 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS GRAINES 

rique méridionale, avant l'arrivée des Espagnols, plusieurs 
plantes de ce genre, qui ne sont pas encore bien connues. 
Molina * parle de treize ou quatorze espèces {ou /variétés?) cul- 
tivées jadis, au Chili seulement. 

M. Wittmack insiste sur Temploi fréquent et ancien des 
Haricots dans divers pays de l'Amérique méridionale. Cela prouve 
au moins que plusieurs espèces y étaient indigènes et cultivées. 
Il cite le témoignage de Joseph Acosta, un des premiers écrivains 
après la conquête, d'après lequel les Péruviens « cultivaient des 
légumes qu'ils appelaient Frisoles et PalareSy dont ils usaient 
comme les Espagnols de Garbanzos (Pois chiche), Fèves et Len- 
tilles. Je n'ai point reconnu, ajoute-t-il, que ceux-ci ni autres 
légumes d'Europe s'y soient trouvés avant que les Espagnols y 
entrassent. nFrisole, Fajol, Fasoler sont des noms espagnols du 
haricot commun, par corruption du latin Faselus^Fasoltis^ Faseo- 
lus. Palier eist américain. 

Qu'il me soit permis à l'occasion de ces noms d'expliquer l'ori- 
gine du nom français Haricot, Je l'ai cherchée autrefois 2, sans 
la trouver; mais je signalais le fait que Tournefort {Instit,^ p. 4io) 
s'en est servi le premier ^. Je faisais remarquer en outre l'exis- 
tence du mot Arackos (apaxo;) dans Théophraste, pour une sorte 
de Yicia probablement, et du mot ffarenso, en sanscrit,, pour le 
Pois commun. Je repoussais l'idée, peu vraisemblable, que. le nom 
d'un légume vînt du plat de viande appelé haricot ou laiicot de 
mouton, comme l'avait dit un auteur anglais. Je critiquais en- 
suite Bescherelle, qui faisait venir Haricot du celte, tandis que les 
noms bretons de la plante diffèrent totalement et signifient fève 
menue (fa-munud)^ ou sorte de pois (Pis-ram), Littré, dans son 
Dictionnaire, a cherché aussi l'étymologie de ce nom. Sans avoir 
eu connaissance de mon article, il incline vers la supposition que 
haricot, légume, vient du ragoût, attendu que ce dernier est 
plus ancien dans la langue et qu'on peut voir une certaine res- 
semblance entre la graine du haricot et les morceaux de viande 
du ragoût, ou encore que cette graine convenait à l'assaisonne- 
ment du plat. Il est sûr que le légume s'appelait en français. 
Fazéole ouFaséole,du nom latin, jusque vers la fin du xvii» siècle ; 
mais le hasard m'a fait tomber sur la véritable origine du mot 
haricot. C'est un nom italien, Araco, qui se trouve dans Durante 
et dans Matthioli, en Iditin Aracus niger *, pour une légumineuse 
que les modernes rapportent à la Gesse Ochrus {Lathyrus Ockrus). 
11 n'est pas surprenant qu'un nom itahen du xviie siècle ait été 

1. Molina {Essai sur l'hist. nat. du Chili , trad. française, p. 10!) 
cite les Phaseolus, qu'il nomme Pallar et Asellus, et la Flore du ôhili de 
a. Gay ajoute, avec peu d'éclaircissement, le Ph, Cuminyii^ Bentham. 

2 A. de Candolle, Géogr, bol, raisonnée, p. 691. 

3. Tournefort, Elémenls (i694), 1, p. 328; InstiL, p. 415. 

4. Durante, Herbario nuovo, 1585, p. 39; Matthioli, éd. Valgris, p. 322; 
Targioni, Dizionario bot. ital., 1, p. 13. 



HARICOT DE LIMA 278 

transporté par des cultivateurs français du siècle suivant à une 
autre légumineuse et qu'on ait changé ara en ari. C'est dans la 
limite des erreurs qui se font de nos jours. D'ailleurs TAraco^ ou 
Arachos a été attribué parles commentateurs à plusieurs légumi- 
neuses des genres Latnyrus, Vicia, etc. Durante donne pour sy- 
nonyme à son Araco l'apaxoç des Grecs , par où l'on voit bien 
Tétymologie. Le Père Feuillée * écrivait en français Aricot, Avant 
lui, Tournefort mettait Haricot. Il croyait peut-être que l'a du 
mot grec avait un accent rude, ce qui n'est pas le cas, du moins 
dans les bons auteurs. 

Je résume cet article en disant : 1** Le Phaseolus vulgaris n'est 
pas cultivé depuis longtemps dans l'Inde, le sud-ouest de TAsie 
et l'Egypte. 2** On n'est pas complètement sûr qu'il fut connu en 
Europe avant la découverte deTAmérique. 3° A cette époque le 
nombre des variétés s'est accru subitement dans les jardms d'Eu- 
rope et tous les auteurs ont commencé d'en parler. 4° La majorité 
des espèces du genre existe dans l'Amérique méridionale. 5** Des 
graines qui paraissent appartenir à cette espèce ont été trouvées 
dans des tombeaux péruviens d'une date un peu incertaine, mé- 
langées avec beaucoup d'espèces toutes américaines. 

Je n'examine pas si le Phaseolus vulgains existait, avant la mise 
en culture, dans l'ancien et le nouveau monde également, parce 
que les exemples de cette nature sont excessivement rares 
parmi les plantes phanérogames, non aquatiques, des pays tro- 
picaux. Il n'en existe peut-être pas une sur mille, et encore on 
peut soupçonner souvent quelque transport du fait de l'homme *. 
Il faudrait du moins, pour aborder cette hypothèse à l'égard du 
Phi vulgaris^ qu'il eût été trouvé en apparence sauvage dans 
l'ancien et le nouveau monde, mais cela n'est pas arrivé. S'il 
avait eu une habitation aussi vaste, on en aurait des indices par 
des individus vraiment spontanés dans des régions très éloignées 
les uaefs des autres sur le même continent. C'est ce qu'on voit 
dans l'espèce suivante, Ph, lunatus. 

Haricot courbé. — Phaseolus lunatus, Linné. 

Haricot de Lima. — Phaseolus lunatus màcrocarpus^ Ben- 
tham. — Phas, inamœnus, Linné. 

Ce Haricot, de même que la variété dite de Lima, est si répandu 
dans tous les pays tropicaux qu'on l'a décrit, sans s'en douter, 
sous plusieurs noms ^. Toutes ses formes se rapportent à deux 
groupes, dont Linné faisait deux espèces. La plus commune 
maintenant dans les jardins est celle appelée, depuis le com- 
mencement du siècle. Haricot de Lima, Elle se distingue par sa 

1. Feuillée, HUt, des plantes médicinales du Pérou, etc., in-i», 1725, p. 54. 

2. A. dé Candolle, Géogr, bot, raisowwée, chapitre des espèces disjointes. 

3. Phaseolus bipunctatus Jacq., inamœnus Linné, puberulus Kunth, 
saccharatus Mac-Fadyen, etc., etc. 



276 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS GRAINES 

taille élevée et par la grandeur de ses légumes et de ses graines. 
Sa durée est de plusieurs années dans les pays qui lui sont favo- 
rables. 

Linné croyait son Phaseolus lunatus du Bengale, et l'autre 
forme, d'Afrique, mais il n'en a donné aucune preuve. Pendant 
un siècle, on a répété ce qu'il avait dit. Maintenant, M. Bentham *, 
attentif à ces questions d'origine, regarde l'espèce et sa variété 
comme certainement américaines ; îl émet seulement des doutes^ 
sur la présence en Afrique et en Asie comme plante spontanée. 

Je ne vois aucun indice quelconque d'ancienneté d'existence 
en Asie. Non seulement la plante n'a jamais été trouvée sauvage, 
mais elle n'a pas de noms dans les langues modernes de l'Inde 
ou en sanscrit ^. Elle n'est pas mentionnée dans les ouvrages 
chinois. Les Anglo-Indiens l'appellent, comme le Haricot commun, 
French bean *, ce qui montre à quel point la culture en est mo- 
derne. 

En Afrique, elle est cultivée à peu près partqut entre les tro- 
piques. Cependant MM. Schweinfurth et Ascherson * ne la men- 
tionnent pas en Abyssinie, Nubie ou Egypte. M. Oliver ^ cite 
beaucoup d'échantillons de Guinée et de l'Afrique intérieure, 
sans préciser s'ils étaient spontanés ou cultivés. Si l'on suppose 
l'espèce originaire ou d'introduction très ancienne en Afrique,. 
elle se serait répandue vers l'Egypte et dans l'Inde. 

Les faits sont tout autres dans l'Amérique méridionale. 
M. Bentham cite des échantillons spontanés de la région du 
fleuve des Amazones et du Brésil central. Ils se rapportent sur- 
tout à la grande forme {macrocarpus). Cette même variété est 
abondante dans les tombeaux péruviens d'Ancon, d'après M. Witt- 
raack ®. C'est évidemment une espèce du Brésil, que la culture 
a répandue et peut-être naturalisée çà et là, depuis longtemps, 
«lans l'Amérique tropicale. Je croirais volontiers qu'elle a été 
introduite en Guinée par le commerce des esclaves, et qu'elle a 
^agné de cette côte l'intérieur du pays et la côte de Mozam- 
bique. 

Haricot él feuille d'Aconit. — Phaseolus aconitifoHus ^ 
Willdenow. 

Espèce annuelle, cultivée dans l'Inde, comme fourrage, et 
dont les graines sont comestibles, mais peu estimées. Le nom- 
hindustani est Mout^ chez les Sikhs Moth, Elle ressemble au Pha-- 
seolus trilobus^ qui est cultivé pour la graine. 

1. Bentham, dans Flora brasil., vol. 15, p, 181. 

2. Roxburgh, Piddington, etc. 

3. Royle, ///. Himalaya, p. 190. 

4. Aufzàhlungy p. 257. 

5. Oliver, Flora of tropical Africa, p. 192. 

6. Wittmack, Sitz. ber. bot. Vereins Brandenburg, 19 déc* 1879. 



LABLAB 277 

Le Phaseolns aconitifolius est spontané dans Tlnde anglaise, 
^e Gevlan à l'Himalaya *. 

L'absence de nom sanscrit et de noms divers dans les langues 
modernes de llnde fait présumer une culture peu ancienne. 

Haricot trilobé. — Phaseolus tr'dobus, Willdenow. 

Une des espèces le plus ordinairement cultivées dans Tlnde ^ 
du moins depuis quelques années, car Roxburgh ', à la fin du 
XVIII® siècle, ne Favait vue qu'à l'état spontané. Tous les auteurs 
s'accordent à dire qu'elle est sauvage au pied de l'Himalaya 
et jusqu'à Geylan. Elle existe aussi en Nubie, en Abyssinie et au 
Zambèse *, et Ton ne dit pas si elle y est cultivée ou spontanée. 

Piddington cite un nom sanscrit et plusieurs noms dans les 
langues modernes de l'Inde, ce (\m fait présumer une culture ou 
une connaissance de l'espèce depuis au moins trois mille ans. 

Mungo. — Phaseolus Mungo^ Linné. 

Espèce généralement cultivée dans l'Inde et dans la région du 
Nil. Le nombre considérable de ses variétés et l'existence de 
trois noms différents dans les langues indiennes actuelles font 
présumer une date de mille ou deux mille ans au moins pour la 
culture, mais on ne cite aucun nom sanscrit ^. En Afrique, elle est 
probablement peu ancienne. 

Les botanistes anglo-indiens s'accordent à dire qu'elle est 
spontanée dans l'Inde. 

Lablab. — DoHchos Lablab^ Linné. 

On cultive beaucoup cette espèce dans l'Inde et l'Afrique tro- 
picale. Roxburgh compte jusqu'à sept variétés, ayant des noms 
indiens. Piddington cite, dans son Index, un nom sanscrit, 
Schimbi, qui se retrouve dans les langues modernes. La culture 
a donc peut-être au moins trois mille ans de date. Cependant 
l'espèce ne s'est pas répandue anciennement en Chine et dans 
l'Asie occidentale ou l'Egypte, du moins je n'en découvre aucune 
trace. Le peu d'extension de plusieurs de ces Légumineuses co- 
mestibles hors de l'Inde, dans les temps anciens, est un fait assez 
singulier. Il est possible que leur culture ne remonte pas bien 
haut. 

Le Lablab est incontestablement spontané dans l'Inde et 
même, dit-on, à Java *. Il s'est naturalisé aux îles Seychelles, à 

1. Roxburgh, PL ind.^ éd. 1832, v. 3, p. 299; Aitchison, Calai, of Punjab^ 
p. 48; sir J. Hooker, FI. of brit. India, 2, p. 202. 

2. Sir J. Hooker, Flora of brilish India, 2, p. 201. 

3. Roxburgli, Flora indica, 3, p. 299. 

4. Scbweinfurtli, Beitr, z. Flora éthiopiens, p. 15; Aufzàhlung^^, 257; 
Oliver, Flora of tropical Africa, p. 194. 

5. Voir les auteurs cités pour le P. trilobus, 

6. Sir J. Hooker, Flora of brit. India, 2, p. 209; Jungbuhn, Plantx 
Junghun., fasc. 2, p. 240. 



278 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS GRAINES 

la suite de cultures *. Les indications des auteurs ne permettent 
pas de dire qu'il soit spontané en Afrique *. 

Lubia. — Dolichos Lubia, Forskal. 

Cette espèce, cultivée en Egypte sous le nom de Lubia^ Loubya 
Loubyéj d'après Forskal etDeiile ^, est peu connue des botanistes. 
D'après le dernier de ces auteurs, elle existe aussi en Syrie, en 
Perse et dans l'Inde ; mais je n'en vois nullement la confirmation 
dans les ouvrages modernes sur ceâ deux pays. MM. Schwein- 
furth et Ascherson * l'admettent bien comme espèce distincte, 
cultivée dans la région du Nil. Jusqu'à présent, personne ne l'a 
trouvée à l'état spontané. 

On ne connaît aucun Dolichos ou Phaseolus dans les monu- 
ments de l'ancienne Egypte. Nous verrons d'autres indices, tirés 
des noms vulgaires, conduisant aussi à l'idée que ces plantes 
se sont introduites dans l'agriculture égyptienne après l'époque 
des Pharaons. 

Le nom Lubia est appliqué par les Berbères, sans changement, 
et en Espagne sous la forme Alubia, au Haricot commun, Pha- 
seolus vulgaris ^. Quoique les deux genres Dolichos et Phaseolus 
se ressemblent beaucoup, c'est un exemple du peu de valeur des 
noms vulgaires pour la constatation des espèces. 

Je rappellerai ici que Loba est un des noms du Phaseolus vul- 
garis en hindustani, et que Lobia est celui du Dolichos sinensis 
dans la même langue ^. 

Les orientalistes feront bien de chercher si Lubia est ancien 
dans les langues sémitiques. Je ne vois pas qu'on cite un nom 
analogue en hébreu et il se pourrait que les Araméens ou les 
Arabes eussent pris Lubia du Lobos (Xo^oc) des Grecs, qui signi- 
fiait une partie saillante, comme le lobe de l'oreille, un fruit de 
la nature de ceux des légumineuses et plus particulièrement, 
selon Galien, le Phaseolus vulgaris, Lobion (Xopiov), dans Diosco- 
ride, est le fruit du Phaseolus vulgaris^ du moins selon L'opinion 
des commentateurs ''. Il a continué dans le grec moderne avec 
le même sens, sous la forme de Loubion ^. 

Voandzou. — Glycine subterranea^ Linné fils. — Voandzeia 
subterraneaj du Petit-Thouars. 

1. Baker, FI. of Maurîtius^ p. 83. 

2. Oliver, FI. oftrop. Africa, 2, p. 210. 

3. Forskal, Descripf., p. 133; Delile, Plant, cuit, en Egypte, p. 14. 

4. Schweinfurth et Ascherson, Aufzàhlung, p. 256. 

5. Dictionn, français- berbère, au mot haricot; Willkomm et Lange, 
Prodr, fl, hisp., 3, p. 324. Le Haricot commun n'a pas moins de cinq 
noms différents dans la péninsule espagnole. 

6. Piddington, Index, 

7. Lenz, Éotanik der alten Griechen und Rômer, p. 732. 

8. Langkavel, Botanik der spàteren Griechen, p. 4; Heldreich, Nutzpflanzen 
Griechenland'Sf p. 72. 



SARRASIN OU BLÉ NOIR 279 

Les plus anciens voyageurs à Madagascar avaient remarqué 
cette Légumineuse annuelle, que les halDitants cultivent pour en 
manger le fruit ou les graines, comme des pois, haricots, etc. 
Elle ressemble à TArachide, en particulier par la circonstance 
que le support de la fleur se recourbe et enfonce le jeune fruit 
ou légume dans le sol. La culture en est répandue dans les jar- 
dins, surtout de FAfrique tropicale, et moins communément de 
l'Asie méridionale *. Il ne semble pas qu'on la pratique beaucoup 
en Amérique *, si ce n'est au Brésil, où elle se nomme Mandubi 
d'Angola ^. 

Les anciens auteurs sur l'Asie ne la mentionnent pas. C'est 
donc en Afrique qu'il faut chercher l'origine. Loureiro * l'avait 
vue sur la côte orientale de ce continent et du Petit-Thouars à 
Madagascar, mais ils ne disent pas qu'elle y fût spontanée. Les 
auteurs de la flore de Sénégambie ^ l'ont décrite comme cultivée 
et « probablement spontanée » dans le pays de Galam. Enfln 
MM. Schweinfurth et Ascherson * l'ont trouvée à l'état sauvage, 
au bord du Nil, de Ghartum à Gondokoro. Malgré la possibilité 
d'une naturalisation par suite de la culture, il est extrêmement 
probable que la plante est spontanée dans l'Afrique intertro- 
picale. 

Sarrasin ou blé noir. — Polygonum Fagopyrum^ Linné. — 
Fagopyrum esculentum^ Moench. 

L'histoire de cette espèce est devenue très claire depuis quel- 
ques années. 

Elle croît naturellement en Mandschourie, sur les bords du 
fleuve Amour ', dans la Daourie et près du lac Baïkal *. On 
l'indique aussi en Chine et dans les montagnes de l'Inde sep- 
tentrionale ®, mais je ne vois pas que la qualité de plante sau- 
vage y soit certaine. Roxburgh ne l'avait vue dans le nord de 
l'Inde qu'à l'état cultivé, et le D^ Bretschneider *^ regarde l'indi- 
génat comme douteux pour la Chine. La culture n'y est pas 
ancienne, car le premier auteur qui en a parlé écrivait dans la 



période du x® au xii* siècle de l'ère chrétienne. 
Dans l'Himalaya, on cultive le Sarrasin, sous les 



noms de Ogal 



1. Sir J. Hooker, Flora of brit, India, 2 p. 205; Miquel, Flora indo- 
batava, 1 p. 175. 

2. Linné fils, Becad., 2, pi. 19, paraît a^oir confondu l'espèce avec 
Y Avachis, et il indique, à cause de cela peut-être, le Voandzeia comme 
cultivé de son temps à Surinam. Les auteurs actuels sur l'Amérique ne 
l'ont pas vu ou ont négligé d'en parler. 

3. Gardener's Chronicle, 4 sept. 1880. 

4. Loureiro, Flora cochinch., 2, p. 523. 

5. Guillemin, Perroltet, Richard, Florœ Senegambiœ tentameny p. 254. 

6. Aufzàhlung, p. 259. 

7. Maximowicz, Primitiœ fl, amur., p. 236. 

8. Ledebour, FL ross., 3, p. 517. 

9. Meissner, dans Proar., 14^ p. 143. 

10. Bretschneider, On study, etc., p. 9. 



280 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS GRAINES 

OU Ogla et Kouton *. Gomme il n'existe pas de nom sanscrit 
pour cette espèce, ni pour les suivantes, je doute beaucoup de 
fancienneté de leur culture dans les montagnes de TAsie cen- 
trale. Il est certain que les Grecs et les Romams ne connaissaient 
pas les Fagopyrum, Ce nom grec a été fait par les botanistes 
modernes, à cause de la ressemblance de forme de la graine avec 
le fruit du Hêtre, de la même façon qu'on dit en allemand 
Buchweitzen * et en italien Faggina, 

Les langues européennes d'origine aryenne n'ont aucun nom 
de cette plante indiquant une racine commune. Ainsi les Aryens 
occidentaux ne connaissaient pas plus l'espèce que les orientaux 
de langue sanscrite, nouvel indice qu'elle n'existait pas autrefois 
dans l'Asie centrale. Aujourd'hui encore, elle n'est probablement 

Sas connue dans le nord de la Perse et en Turquie, puisque les 
ores ne la mentionnent pas ^. Bosc a mis dans le Dictionnaire 
d'agriculture qu'Olivier l'avait vue sauvage en Perse, mais je ne 
puis en trouver la preuve dans la relation imprimée de ce natu- 
raliste. 

L'espèce est arrivée en Europe, au moyen âge, par la Tartane 
et la Russie. La première mention de sa culture en Allemagne, 
se trouve dans un registre du Mecklembourg, en 1436 *. Au 
xvie siècle, elle s'est répandue vers le centre de l'Europe, et dans 
les terrains pauvres, comme ceux de la Bretagne, elle a pris une 
place importante. Reynier, ordinairement très exact, s'était 
figuré que le nom Sarrasin venait du celte ^ ; mais M. Le Gall m'a 
écrit naguère que les noms bretons signifient simplement blé de 
couleur noire [Ed-du) ou froment noir {Gwims-m), Il n'y a pas 
de nom original dans les langues celtiques, ce qui nous parait 
naturel aujourd'hui que nous connaissons l'origine de l'espèce •. 
Quand la plante s'est introduite en Belgique, en France, et 
qu'on l'a connue même en Italie, c'est-à-dire au xvi« siècle, le 
nom de Blé sarrasin ou Sarrasin a été communément adopté. 
Les noms vulgaires sont quelquefois si ridicules, si légèrement 
donnés, qu'on ne peut pas savoir, dans le cas actuel, si le nom 
vient de la couleur de la graine, qui était celle attribuée aux 
Sarrasins, ou de l'introduction, qu'on supposait peut-être venir 
des Arabes ou des Maures. On ignorait alors que l'espèce n'est 
pas du tout connue dans les pays au sud de la mer Méditerranée, 
ni même en Syrie et en Perse. Il est possible qu'on ait adopté 
lïdée d'une origine méridionale, à cause du nom Sarrasin, 

1. Madden, Trans. of Edinb, bot. Soc, 5, p. 118. 

2. Le nom anglais Buckwheat et le nom français de quelques localités, 
Buscail, viennent de l'allemand. 

3. Boissier, FI. orientalis; Biihse et Boissier, Pflanzen Transcaucasien. 

4. Pritzel, Sitzungs beiHcht Naturforsch. freunde zu Berlin, 15 mai 1866. 



5. Régnier, Economie des Celtes, p. 425. 

6. J'ai discuté plus en détail les noms vulgaii 



lires dans la Géographie botO' 
nique raisonnée, p. 953. 



SARRASIN ÉMARGINÉ 281 

motivé parla couleur. L'origine méridionale a été admise jusqu'à 
la fin du siècle dernier et même dans le siècle actuel *. Reynier 
Ta combattue le premier, il y a plus de cinquante ans. 

Le Sarrasin s'échappe quelquefois des cultures et devient quasi 
spontané. Plus on avance vers son pays d'origine, plus cela se 
voit fréquemment, et il en résulte qu'on aurait de la peine à 
déterminer la limite, comme plante spontanée, sur les confins 
de l'Europe et de l'Asie, dans l'Himalaya ou en Chine. Au Japon, 
ces demi-naturalisations ne sont pas rares ^. 

Sarrasin ou Blé noir de Tartarie. — Polygonum tata- 
ncum^ Linné. — Fagopyrum tataricum, Gaertner. 

Moins sensible au froid que le Sarrasin ordinaire, mais don- 
nant un grain médiocre, on le cultive quelquefois en Europe et 
en Asie, par exemple dans l'Himalaya ^. C'est une culture peu 
ancienne. Les auteurs des xvi® et xvii® siècles n'ont pas men- 
tionné la plante ; c'est Linné qui en a parlé, un des premiers, 
comme originaire de Tartarie. Roxburgh et Hamilton ne l'avaient 
pas vue dans l'Inde septentrionale au commencement du siècle 
actuel, et je ne la trouve pas indiquée en Chine et au Japon. 

Elle est bien spontanée en Tartarie et en Sibérie, jusqu'en 
Daourie * ; mais les botanistes russes ne l'ont pas trouvée plus à 
Test, par exemple dans la région du fleuve Amour *. 

Gomme cette plante est arrivée par la Tartarie dans l'Europe 
orientale, après le Sarrasin ordinaire, c'est celui-ci qui porte 
dans plusieurs langues slaves le nom de Tatrika, Tatarka ou 
Tattar, qui conviendrait mieux, vu l'origine, au Sarrasin de Tar- 
tarie. 

Il semble que les peuples aryens ont dû connaître cette espèce, 
et cependant on ne mentionne aucun nom dans les langues 
indo-européennes. Jusqu'à présent on n'en a pas trouvé de 
trace dans les restes des habitations lacustres en Suisse ou en 
Savoie. , 

Sarrasin émarginé. — Polygonum emarginatmn, Rolh. — 
Fagopyrum emarginalum, Meissner. 

Cette troisième espèce de Sarrasin est cultivée dans les par- 
ties hautes et orientales du nord de l'Inde, sous le nom de Pha- 
phra ou Phaphar ®, et en Chine '. 

Je ne vois pas de preuve positive qu'on l'ait trouvée sauvage. 

1. Nemnich, Polyglott. Lexicon, p. 1030; Base, Dict. d'agric, U, p. 379. 

2. Franchet et Savatier, Enum. plant. Japoniâs, 1, p. 403. 

3. Royle, ///. HimaL, p. 317. 

4. Gmelin, Flora sibirica, 3, p. 64; Ledebour, Floi^a rossica^ 3 p. 516. 

5. Maximowicz, Primitiœ; Regel, Opit flori, etc. ; Schmidt, Reisen in Amur, 
n'en parlent pas. 

6. Royle, Ilî. Himal., p. 317; Madden, Trans. bot. Soc. Edinb., 5, p. 118. 

7. Roth, Catalecta botanica, 1, p. 48. 



282 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS GRAINES 

Hoth dit seulement qu'elle « habite en Chine » et que ses graines 
sont employées pour la nourriture. Don *, qui en a parlé le pre- 
mier parmi les botanistes anglo-indiens, dit qu'on la regarde à 
peine comme spontanée. Elle n'est pas indiquée dans les ou- 
vrages sur la région du fleuve Amour, ni au Japon. D'après le 
pays où on la cultive, il est probable qu'elle est sauvage dans 
l'Himalaya oriental et le nord-ouest de la Chine. 

Le genre Fagopyrum a huit espèces, qui sont toutes de l'Asie 
tempérée. 

Quinoa. — Chenopodium Quinoa^ Willdenow. 

Le Quinoa était une des bases de la nourriture des indigènes 
de la Nouvelle-Grenade, du Pérou et du Chili, dans les parties 
élevées et tempérées, à l'époque de la conquête. La culture en 
a continué dans ces pays, par habitude et à cause de l'abon- 
dance du produit. 

On a distingué de tout temps le Quinoa à feuillage coloré et 
le Quinoa à feuillage vert et graines blanches * , Celui-ci a été 
considéré par Moquin ^ comme une variété d'une espèce, mal 
connue, qu'on croit asiatique; mais j'estime avoir bien démontré 
que les deux Quinoa d'Amérique sont des races, probablement 
fort anciennes, d'une même espèce *. On peut soupçonner que 
la moins colorée, qui est en même temps la plus farineuse, est 
une dérivation de l'autre. 

Le Quinoa blanc donne une graine très recherchée à Lima, 
d'après les informations contenues dans le Botanical magazincy 
où l'on peut en voir une bonne figure (pi. 3641). Les feuilles 
sont un légume analogue à l'épinard ^. 

Aucun botaniste n'a mentionné le Quinoa dans un état spon- 
tané ou quasi spontané. L'ouvrage le plus récent et le plus 
complet sur un des pays dans lesquels on cultive l'espèce, la 
flore du Chili par Cl. Gay, n'en parle que comme d'une plante 
cultivée. Le Père Feuillée et Humboldt se sont exprimés de la 
même manière, en ce qui concerne le Pérou et la Nouvelle- 
Grenade. C'est peut-être à cause du peu d'apparence de la 
plante et de son aspect de mauvaise herbe des jardins que les 
collecteurs ont négligé d'en rapporter des échantillons sau- 
vages. 

Kiery. — Amarantus frumentaceusy Roxburgh. 
Plante annuelle, cultivée dans la péninsule indienne, pour sa 
petite graine farineuse, qui est dans quelques localités la prin- 



1. Don, Prodv. fl, nepal,^ p. 74. 

2. Molina, Hist. nat, du Chili, ja. 

3. Moquin, dans Prodromus^ 13, sect. 1, p. 67. 



4. A. de Candolle, Géogr, bot, raisonnée, p. 952. 

5. Bon jardinier, 1880, p. 562. 



CHATAIGNIER 28S 

cipale nourriture des habitants *. Les champs de cette espèce, 
de couleur rouge ou dorée, produisent un très bel effet *. 

D'après ce que ditRoxburgh, le D' Buchanan l'avait « décou- 
« verte sur les collines de Mysore et Goimbatore », ce qui paraît 
indiquer un état sauvage. 

Jj'Amarantus speciosus^ cultivé dans les jardins et figuré dans 
le Botanical Magazine^ pi. 2227, parait la même espèce, Hamilton 
fa trouvé au Népaul ^. 

On cultive sur les pentes de l'Himalaya une variété, ou espèce 
voisine, appelée Amarantus Anardana, Wallich *, jusqu'à pré- 
sent mal définie par les botanistes. 

D'autres espèces sont employées comme légumes. Voir ci-des~ 
sus, page 80, Amarantus gangeticus. 

Châtaignier. — Castanea vulgaris, Lamarck. 

Le Châtaignier, de la famille des Gûpulifères, a une habitation 
naturelle assez étendue, mais disjointe. Il constitue des forêts ou 
des bois dans les pays montueux de la zone tempérée, de la mer 
Caspienne au Portugal. On l'a trouvé aussi dans les montagnes de 
TEdough en Algérie et, plus récemment, vers la frontière de Tu- 
nisie (lettre de M. Letourneux). Si Ton tient compte des variétés 
appelées Japonica et Americana, il existe aussi au Japon et 
dans la partie tempérée de l'Amérique septentrionale ^. On Ta 
semé ou planté dans plusieurs localités de l'Europe méridionale 
et occidentale, et maintenant il est difficile de savoir s'il y e^t 
spontané ou cultivé. La culture principale cependant consiste 
dans l'opération de greffer de bonnes variétés sur l'arbre de 
qualité médiocre. Dans ce but, on recherche surtout la variété 
qui donne les marrons^ c'est-à-dire les fruits contenant une seule 
graine, assez grosse, et non deux ou trois petites séparées par des 
membranes, comme cela se voit dans l'état naturel de l'espèce. 

Les Romains, du temps de Pline ^, distinguaient déjà huit 
variétés, mais on ne peut pas savoir, d'après le texte de cet 
auteur, s'ils possédaient le marron. Les meilleures châtaignes 
venaient de Sarde (Asie Mineure) et du pays napolitain. Olivier 
de Serres *', dans le xvi® siècle, vante les châtaignes Sardonne et 
Tuscanes, qui donnaient les marrons dits de Lyon ^. Il regarde 

1. Roxburgh, F/om indicaj éd. 2, v. 3, p. 609; Wight, Icônes, pi. 720; 
Aitchison, Punjab, p. 130. 

2. Madden, Tram, of the Edinb, bot. Soc, 5, p. 118. 

3. Don, Prodr. fl. nepal.^ p. 76. 

4. WaUich, List, n» 6903; Moquin, dans D C. Prodr., 13, sect. 2, p. 256. 

5. Pour plus de détails, voir mon article dans le Prodromus, vol. 16, 
sect. 2, p. 114, et Boissier, Fl. orient., 4, p. 1175. 

6. Pline, Hist. nat,, 1. 19, c. 23. 

7. Olivier de Serres, Théâtre de Vagriculture, p. 114. 

8. Aujourd'hui, les marrons de Lyon viennent surtout du Dauphiné et 
du Vivarais. On en récolte aussi dans le Var, au Luc (Gasparin, Traité 
d'agricult., 4, p. 744;. 



284 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS GRAINES 

ces variétés comme venant dltalie, et Targioni * nous apprend 
que le nom marrone ou marone était usité dans ce pays déjà au 
moyen âge (en 1170). 

Froment et formes ou espèces voisines. 

Les innombrables races de blé proprement dit, dont les grains 
se détachent naturellement à maturité de leur enveloppe, ont 
été classées par Vilmorin ' en quatre groupes, qui constituent 
suivant les auteurs des espèces distinctes ou des modifications 
du froment ordinaire. Je suis obligé de les distinguer pour 
l'étude de leur histoire, mais celle-ci, comme on le verra, appuie 
l'opinion d'une espèce unique ^. 

I. Froment ordinaire. — Tritlcum vulgare^ Villars. — Tri- 
ticum hybernum et TV. œstivum^ Linné. 

D'après les expériences de l'abbé Rozier et, plus tard, de 
Tessier, la distinction des blés d'automne et de mars n'a pas 
d'importance. « Tous les froments, dit ce dernier agronome *, 
suivant les pays, sont ou de mars ou d'automne. Ils passent 
tous, avec le temps, à l'état de blé d'automne ou de blé de mars, 
comme je m'en suis assuré. Il ne s'agit que de les y accoutumer 
peu à peu, en semant graduellement plus tard qu'on ne le fait 
les blés d'automne et plus tôt les blés de mars ». Le fait est que, 
dans le nombre immense des races de blé que l'on cultive, quel- 
ques-unes souffrent davantage des froids de l'hiver, et alors 
l'habitude s'est établie de les semer au printemps ^. Pour la ques- 
tion d'origine, nous n'avons guère à nous occuper de ces distinc- 
tions, d'autant plus que la plupart des races obtenues remontent 
à des temps très reculés. 

La culture du froment peut être qualifiée de préhistorique 
dans l'ancien monde. De très vieux monuments de l'Egypte, 
antérieurs à l'invasion des Pasteurs, et les livres hébreux mon- 
trent cette culture déjà établie, et, quand les Egyptiens ou les 
Grecs ont parlé de son origine, c'est en l'attribuant à des per- 
sonnages fabuleux, Isis, Gérés, et Triptolème ®. En Europe, les 

1. Targioni, Cenni storici, p. iSO. 

2. L. Vilmorin, Essai d'un catalogue méthodique et synonymigue des 
froments, Paris, 1850. 

3. Les meilleures figures de ces formes principales de froment se 
trouvent dans Metzger, Europxi^che Cerealien, in-folio, Heidelberg, 1824; 
et dans Host, Graminex, in-fol., vol. 3. 

4. Tessier, Dict, cCagric, 6, p. 198. 

5. Loiseleur-Deslongchamps, Considérations sur les céréales, 1 vol. 
in-8«, p. 219. 

6. Ces points d'érudition ont été traités d'une manière très savante et 
très judicieuse par quatre auteurs : Link, Ueber die altère Geschichte 
der Getreide Arten, dans AbhandL der Berlin, Akad., 1816, vol. 17, p. 1^; 
1826, p. 67, et dans Die Urwelt und das Alterthum, deuxième édit, 
Berlin, 1834, p. 399; Reynier, Economie des Celtes et des Germains, 1818, 



FROMENT ORDINAIRE 38S 

plus anciens lacustres de la Suisse occidentale cultivaient un 
blé à petits grains que M. Heer * a décrit attentivement et figuré 
sous le nom de Triticum vulgare antiquorum. D'après un en- 
semble de divers faits, les premiers lacustres de Rohenhausen 
étaient au moins contemporains de la guerre de Troie et peut- 
être plus anciens. La culture de leur blé s'est maintenue en Suisse 
jusqu'à la conquête romaine, d'après des échantillons trouvés 
à Buchs. M. Regazzoni l'a découvert également dans les débris 
des lacustres de Varèze et M. Sordelli dans ceux de Lagozza, 
en Lombardie *. Unger a trouvé la même forme dans une brique 
de la pyramide de Dashur, en Egypte, qui date, selon lui, de 
l'année 3359 avant Jésus-Christ (Unger, Bot. Sti^eifzûge^ Vil; 
Ein Ziegelj etc., p. 9). Une autre variété [Triticum vulgare com- 
pactum muticum, Heer) était moins commune en Suisse, dans le 
premier âge de la pierre, mais on Fa trouvée plus souvent chez 
des lacustres moins anciens de la Suisse occidentale et d'Italie *. 
Enfin une troisième variété intermédiaire a été trouvée à Aggte- 
lek, en Hongrie, cultivée lors de l'âge de pierre *. Aucune n'est 
identique avec les blés cultivés de nos jours. On leur a substitué 
des formes plus avantageuses. 

Pour les Chinois, qui cultivaient le froment 2700 ans avant 
notre ère, c'était un don du ciel ^. Dans la cérémonie annuelle 
du semis de cinq graines instituée alors par l'empereur Shen- 
Nung ou Ghin-Nong, le froment est une des espèces, les autres 
étant le Riz, le Sorgho, le Setaria italica et le Soja. 

L'existence de noms diff'érents pour le blé dans les langues 
les plus anciennes confirme la notion d'une très grande anti- 
quité de culture. Il y a des noms chinois Mai, sanscrits Sumana 
et Gôdhûma, hébreu Chittahy égyptien Br^ guanche Y7nchen^ 
sans parler de plusieurs noms dans les langues dérivées du 
sanscrit primitif ni d'un nom basque Ogaia ou Okhaya, qui 
remonte peut-être aux Ibères ^, et de plusieurs noms finlandais, 
tartare, turc, etc. ', qui viennent probablement de noms toura- 
niens. Cette prodigieuse diversité s'expliquerait par une vaste 
habitation s'il s'agissait d'une plante sauvage très commune, 
mais le blé est dans des conditions tout opposées. On a de la 



p. 417; Dureau de La Malle, Ann, des se. nat.t vol. 9, 1826; et Loiseleur 
Deslongchamps, Considérations sur les céréales, 1842, paitie 1, p. 52. 

1. 0. Heer, Pflanzen des Pfahlbauten^ p. 13, pi. 1, fig. 14-18. 

2. Sordelli, Sulle viante délia torbiera di Lagozza, p. 31. 

3. Heer, /. c. Sordelli, /. c. 

4. Nyary, cité par Sordelli, /. c. 

5. Bretschneider, Study and value ofchinese botanical works, p. 7 et 8. 

6. Bretschneider, /. c; Ad. Pictet, Les origines indo-européennes, éd. 2, 
vol. 1, p. 328; RosenmûUer, Biblische Naturgesch, 1, p. 77; Pickering, 
Chronol. arrangement, p. 78 ; Webb et • Bertheiot, Canaries, part, Ethno» 
arajahie, p. 187; d'Abaoie, Notes mss. sur les noms basques; de Gharencey, 
necherches sur les noms basques, dans Actes Soc. philolog., 1*' mars 1869. 

7. Nemnich, Lexicon, p. 1492. 



286 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS GRAINES 

peine à constater sa présence à l'état sauvage dans quelques 
points de l'Asie occidentale, comme nous allons le voir. S'il 
avait élé très répandu avant d'être mis en culture, il en serait 
resté des desdendants, çà et là, dans des pays éloignés. Les noms 
multiples des langues anciennes doivent donc tenir plutôt à 
l'ancienneté extrême de la culture dans les régions tempérées 
d'Asie, d'Europe et d'Afrique, ancienneté plus grande que celle 
des langues réputées les plus anciennes. 

Quelle était la patrie de l'espèce, avant sa mise en culture, 
dans l'immense zone qui s'étend de la Chine aux îles Canaries? 
On ne peut répondre à cette question que par deux moyens : 
1° l'opinion des auteurs de l'antiquité ; 2"* la présence plus 
ou moins démontrée, du blé à l'état sauvage, dans tel ou tel 
pays. 

D'après le plus ancien de tous les historiens, Bérose, prêtre 
de Ghaldée, dont Hérodote a conservé des fragments, on voyait 
dans la Mésopotamie, entre le Tigre et l'Euphrate, le froment 
sauvage (Frumentum agreste) *. Les versets de la Bible sur 
l'abondance du blé dans le pays de Canaan, en Egypte, etc., 
ne prouvent rien, si ce n'est qu'on cultivait la plante et qu'elle 
produisait beaucoup. Strabon ^, né cinquante ans avant Jésus- 
Christ, dit que, d'après Aristobulus, dans le pays des 'Musicani (au 
bord de l'Indus par 25° lat.), il croissait spontanément un grain 
très semblable au froment. Il dit aussi * qu'en Hircanie (le Ma- 
zanderan actuel) le blé qui tombe des épis se semait de lui-même. 
Cela se voit un peu partout aujourd'hui, et l'auteur ne précise 
pas le point important de savoir si ces semis accidentels conti- 
nuaient sur place de génération en génération. D'après V Odys- 
sée * le blé croissait en Sicile sans le secours de l'homme. Que 
peut signifier ce mot d'un poète et encore d'un poète dont 
l'existence est contestée? Diodore de Sicile, au commence- 
ment de l'ère chrétienne, dit la même chose et mérite plus de 
confiance, puisqu'il était Sicilien. Cependant il peut bien s'être 
abusé sur la qualité spontanée, le blé étant cultivé généralement 
alors en Sicile. Un autre passage de Diodore ^ mentionne la 
tradition qu^Osiris trouva le blé et l'orge croissant au hasard 
parmi les autres plantes, à Nisa, et Dureau de La Malle a prouvé 
que cette ville était en Palestine. De tous ces témoignages, il 
me paraît que ceux de Bérose et Strabon, pour la Mésopotamie 
et l'Inde occidentale, sont les seuls ayant quelque valeur. 

Les cinq espèces de graines de la cérémonie instituée par 
l'empereur Chin-Nong sont regardées par les érudits chinois 



1. G. Syncelli, Chronoqv.^ foL 1652, p. 28. 

2. Strabon, éd. 1707, Vol. 2, p. 1017. 

3. Ibid., vol. 1, p. 124, et 2, p. 776. 

4. Odyssée, 1. 9, v. 109. 

5. Diodore, traduction de Terasson, 2, p. 186, 190. 



FROMENT ORDINAIRE 287 

comme natives de leur pays *, et le D' Bretschneider ajoute que 
les communications de la Chine avec TAsie occidentale datent 
seulement de l'ambassade de Chang-kien, dans le deuxième 
siècle avant Jésus-Christ. Il faudrait cependant une assertion 
plus positive pour croire le blé indigène en Chine, car une 
plante qui était cultivée dans l'Asie occidentale deux ou trois 
mille ans avant l'époque de Chin-Nong et dont les graines sont 
si faciles à transporter a pu s'introduire dans le nord de la 
€hine, par des voyageurs isolés et inconnus, de la même ma- 
nière que des noyaux d'abricot et de pèche ont probablement 
passé de Chine en Perse, dans les temps préhistoriques. 

Les botanistes ont constaté que le froment n'existe pas au- 
jourd'hui en Sicile à l'état sauvage *. Quelquefois il s'échappe hors 
des cultures, mais on ne l'a pas vu persister indéfiniment ^. La 
plante que les habitants appellent froment sauvage, Frumentu 
sarvaggiu^ qui couvre des districts non cultivés, est V^gilop» 
ovata, selon le témoignage de M. Inzença *. 

Un zélé collecteur, M. Balansa, croyait avoir trouvé le blé, au 
mont Sipyle, de l'Asie Mineure, « dans des circonstances où il 
était impossible de ne pas le croire spontané ^, » mais la plante 
qu'il a rapportée est un Epeautre, le Triticum monococcum^ 
d'après un botaniste très exact qui l'a examinée *. Avant lui, 
Olivier '^, étant sur la rive droite de l'Euphrate, au nord-ouest 
d'Anah, pays impropre à la culture, « trouva dans une sorte de 
ravin leJroment, l'orge et Pepeautre, » et il ajoute : « que nous 
avions déjà vus plusieurs fois en Mésopotamie. » 

D'après Linné ^, Heintzelmann avait trouvé le blé dans le pays 
des Baschkirs, mais personne n'a confirmé cette assertion, et 
aucun botaniste moderne n'a vu l'espèce vraiment spontanée 
autour du Caucase ou dans le nord de la Perse. M. de Bunge ^, 
dont l'attention avait été provoquée sur ce point, déclare qu'il 
n'a vu aucun indice faisant croire que les céréales soient origi- 
naires de ces pays. 11 ne paraît même pas que le blé ait une ten- 
dance, dans ces régions, à lever accidentellement hors des cul- 
tures. Je n'ai découvert aucune mention de spontanéité dans 
l'Inde septentrionale, la Chine ou la Mongolie. 

En résumé, il est remarquable que deux assertions aient été 
données de l'indigénat en Mésopotamie, à un intervalle de vingt- 
trois siècles, l'une jadis par Bérose et l'autre de nos jours par 

1. Bretschneider, /. c, p. 15. 

2. Parlatore, FI. ital., 1, p. 46 el 508. Son assertion est d'autant plu? 
digne d'attention qu'il était Sicilien. 

3. Strobl, dans Flora, 1880. p. 348. 

4. Inzenga, Annal, agricult. sicil, 

5. Bull, de la Soc, bot. de Fra7ice, 1854, p. 108. 
€. J. Gay, Bull. Soc. bot. de France, 1860, p. 30. 

7. Olivier, Voy. dans ÏEmpire o^^oman (1807), vol, 3, p. 460. 
8 Linné, Sp. plant., ed 2, vol. 1, p. 127. 
9. Bunge, Bull. Soc. bot. France, 1860, p. 29. 



288 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS GRAINES 

Olivier. La région de l'Euphrate étant à peu près au milieu de la 
zone de culture qui s étendait autrefois de la Chine aux îles 
Canaries, il est infiniment probable qu'elle a été le point prin- 
cipal de l'habitation dans des temps préhistoriques très anciens. 
Peut-être cette habitation s'étendait-elle vers la Syrie, vu la 
ressemblance du climat ; mais à Test et à l'ouest de l'Asie occi- 
dentale le blé n'a probablement jamais été que cultivé, antérieu- 
rement, il est vrai, à toute civilisation connue. 

II. Gros blé, Petanielle ou Foulard. — Triticum turgidum 
et TV. composltum^ Linné. 

Parmi les noms vulgaires, très nombreux, des formes de cette 
catégorie, on remarque celui de Blé â^ Egypte. Il paraît qu'on le 
cultive beaucoup actuellement dans ce pays et dans toute la 
région du Nil. A.-P. de Gandolle * dit avoir reconnu ce blé parmi 
des graines tirées des cercueils de momies anciennes, mais il 
n'avait pas vu les épis. Unger * pense qu'il était cultivé par les an- 
ciens Egyptiens et n'en donne cependant aucune preuve basée 
sur des dessins ou des échantillons retrouvés. Le fait qu'on n'a 
pu attribuer à cette espèce aucun nom hébreu ou araméen ^ me 
paraît significatif. Il prouve au moins que les formes si éton- 
nantes, à épis rameux, appelées communément Blé de miracle, 
Blé d'abondance^ n'existaient pas encore dans les temps anciens, 
car elles n'auraient pas échappé à la connaissance des Israélites. 
On ne connaît pas davantage un nom sanscrit ou même des 
noms indiens modernes, et je ne découvre aucun nom persan. 
Les noms arabes que Delile * attribue à l'espèce concernent peut- 
être d'autres formes de blé. Il n'existe pas de nom berbère *. De 
cet ensemble il me paraît découler que les plantes réunies 
sous le nom de Triticum turgidum^ et stirtout leurs variétés à 
épis rameux, ne sont pas anciennes dans l'Afrique septentrio- 
nale ou dans l'Asie occidentale. . 

M. Oswald Heer *, dans son mémoire si curieux sur les 
plantes des lacustres de l'âge de pierre en Suisse, attribue an 
Tr, turgidum deux épis non ramifiés, l'un à barbes, l'autre à peu 
près sans barbes, dont il a publié des figures. Plus tard, dans 
une exploration des palafittesde Robenhausen, M. Messicommer 
ne l'a pas rencontré, quoique les provisions de grains y fussent 
très abondantes '. MM. Strœbel et Pigorini disent avoir trouvé 
« le blé à grano grosso duro » (TV. turgidum) dans les palafittes 

1. De CandoUe, Physiol, bot. y 2, p. 696. 

2. Unger, die Pflanzend. alten Egyptens,^, 31. 

3. Voir RosenmûUer, Bibl, Naturgesch,^ et Lôw, Aramœische Pflanzen' 
natnen, 1881. 

4. Delile, Plantes cuit, en Egypte^ P- 3; Flora Aigypt, illttstr., p. 5. 

5. Dict français-berbère, publié par le gouyemement. 

6. Heer, Pflanzen d, Pfcihlbauten,^^. 5» flg. 4; p. 52, fig. 20. 

7. Messicommer, dans Flora, 186d, p. 320. 



BLÉ DE POLOGNE 289 

du Pannesan *. Du reste, M. Heer * regarde cette forme comme 
une race du froment ordinaire, et M. Sordelli paraît incliner 
vers la même opinion. 

Fraas soupçonne que le Krithanias de Théophraste était le 
Triticum turgidum^ m'ais ceci est absolument incertain. D'après 
M. de Heldreich ', le Gros blé est d'introduction moderne en 
Grèce. Pline * a parlé brièvement d'un blé à épis rameux, don- 
nant cent grains, qui devait être notre Blé de miracle. 

Ainsi les documents historiques et linguistiques concourent à 
faire regarder les formes du Triticum turgidum comme des mo- 
difications du froment ordinaire, obtenues dans les cultures. La 
forme à épis rameux ne remonte peut-être pas beaucoup plus 
âiaut que 1 époque de Pline. 

Ces déductions seraient mises à néant si Ton découvrait le 
Triticum turgidum à l'état sauvage, ce qui n'est pas encore 
arrivé d'une manière certaine. Malgré G. Koch *^, personne n'ad- 
met qu'il croisse, hors des cultures, à Gonstantinople et dans 
l'Asie Mineure. L'herbier de M. Boissier, si riche en plantes 
d'Orient, n'en possède pas. Il est indiqué comme spontané en 
Egypte par MRf. Schweinfurth et Ascherson, mais c'est par 
suite d'une erreur typographique *. 

IIL Blé dur. — Triticum durum, Desfontaines. 

Cultivé depuis longtemps en Barbarie, dans le midi de la 
•Suisse et quelquefois ailleurs, il n'a jamais été trouvé à l'état 
sauvage. 

Dans les différentes provinces d'Espagne, il ne porte pas moins 
d'une Quinzaine de noms ', et aucun ne dérive du nom arabe 
Queman, usité en Algérie * et en Egypte ^. L'absence de noms 
dans plusieurs autres pays et surtout de noms originaux 
est bien frappante. C'est un indice de plus en faveur d'une 
dérivation du froment ordinaire, obtenue en Espagne et dans 
le nord de l'Afrique, à une époque inconnue, peut-être depuis 
l'ère chrétienne. 

IV. Blé de Pologne. — Triticum polonicum, Linné. 
Cet autre blé dur, à grains encore plus allongés, cultivé surtout 
dans l'Europe orientale, n'a pas été trouvé sauvage. 

1. Cités d'après Sordelli, Notizie sull. Lagozza, p. 32. 

2. Heer, /. c, p. 50. 

3. Heldreich, Die Nutzpflanzen Griechenlands, p. 5. 

4. Pline, Hist,, 1. 18, c. 10. 

5. Koch, Linnsea, 21, p. 427. 

6. Lettre de M. Ascherson, en 1881. 

7. Dictionn. maniùsant des noms vulgab^es. 

8. Debeaux, Catal. des plantes de Boghar, p. 110. 

9. D'après Delile, /. c, le blé se nomme Qamh, et un blé corné, rouge, 

De Candolle. 19 



290 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS GRAINES 

Il a, en allemand, un nom original, Ganer, Gommer^ Gûmmer *, 
et en d'autres langues des noms qui ne se rattachent qu'à des 
personnes ou à des pays desquels on avait tiré les semences. On 
ne peut douter que ce ne soit une forme obtenue dans les cul- 
tures, probablement dans l'Europe orientale, à une époque 
inconnue, peut-être assez moderne. 

Conclusion sur runité spécifique de ces races principaks. 

Nous venons de montrer que l'histoire et les noms vulgaires 
des grandes races de froments sont en faveur d'une dérivation, 
contemporaine de l'homme, probablement pas très ancienne, de 
la forme du blé ordinaire, peut-être du blé à petits grains cul- 
tivés jadis par les Egyptiens et par les lacustres de Suisse et 
d'Itahe. M. Alefeld^ était arrivé à l'unité spécifique des Triticum 
vulgare^ turgidum et durum au moyen de l'observation atten- 
tive de leurs formes cultivées dans des conditions semblables. 
Les expériences de M. Henri Vilmorin ^ sur les fécondations 
artificielles de ces blés conduisent au même résultat. Quoique 
l'auteur n'ait pas encore vu les produits de plusieurs généra- 
tions, il s'est assuré que les formes principales les plus distinctes 
se croisent sans peine et donnent des produits fertiles. Si la 
fécondation est prise pour une mesure du degré intime d'affinité 
qui motive le groupement d'individus en une seule espèce, on 
ne peut pas hésiter dans le cas actuel, surtout avec l'appui 
des considérations historiques dont j'ai parlé. 

Sur les prétendus Blés de momie. 

Avant de terminer cet article, je crois convenable de dire que 
jamais une graine quelconque sortie d'un cercueil de l'ancienne 
Egypte et semée par des horticulteurs scrupuleux n'a germé. Ce 
n'est pas que la chose soit impossible, car les graines se conser- 
vent d'autant mieux qu'elles sont plus à l'abri de l'air et des 
variations de température ou d'humidité, et les monuments 
égyptiens présentent assurément ces conditions ; mais, en fait,. 
les essais de semis de ces anciennes graines n'ont jamais réussi. 
L'expérience dont on a le plus parlé est celle du comte de Ster- 
berg, à Prague *. Il avait reçu des graines de blé qu'un voya- 
geur, digne de foi, assurait provenir d'un cercueil de momie. 
Deux de ces graines ont levé, disait-on; mais je me suis assuré 
qu'en Allemagne les personnes bien informées croient à quelque 
supercherie, soit des Arabes, qui glissent quelquefois des graines 

1. Nemnich, Lexicon, p. 1488, 

2. Alefeld, Botanische Zeitung, 1865, p. 9. 

3. H. Vilmorin, Bulletin de la Société ()otanique de France, 1881, p. 35d. 

4. Journal Flora, 1835, p. 4. 



l'épeautre 291 

modernes dans les tombeaux (même du Maïs, plante améri- 
caine!), soit des employés de l'honorable comte de Sternberg. 
Les graines répandues dans le commerce sous le nom de Blé de 
momie n'ont été accompagnées d'aucune preuve quant à Tan- 
cienneté d'origine. 

Epeautre et formes ou espèces voisines ^ 

Louis Vilmorin *, à l'imitation de Seringe dans son excel- 
lent travail- sur les Céréales ^, a réuni en un groupe les blés 
dont les grains, à maturité, sont étroitement contenus dans 
leur enveloppe, ce qui oblige à faire une opération spéciale 
pour les en dégager, — caractère plus agricole que botanique. 
Il énumère ensuite les formes de ces blés vêtus^ sous trois noms, 
qui répondent à autant d'espèces de la plupart des botanistes. 

I. Epeautre, Grande Epeautre. — TriticumSpelta, Linné. 

L 'Epeautre n'est plus guère cultivé que dans le midi de l'Alle- 
magne et la Suisse allemande. Autrefois, il n'en était pas de 
même. 

Les descriptions de céréales par les auteurs grecs sont telle- 
ment brèves et insignifiantes qu'on peut toujours hésiter sur le 
sens des noms qu'ils emploient. Cependant, d'après les usages 
dont ils parlent, les érudits * estiment que les Grecs ont appelé 
l'Epeautre d'abord Olyra^ ensuite Zeia^ noms qui se trouvent 
dans Hérodote et Homère. Dioscoride ^ distingue deux sortes de 
Zela, qui paraissent répondre aux Triticum Spelta et Tr, mono- 
coccum. On croit que l'Epeautre était le Semen (grain par excel- 
lence) et le Far, de Pline, dont il dit que les Latins se sont 
nourris pendant 360 ans, avant de savoir confectionner du 
pain ®. Comme l'Epeautre n'a pas été trouvé chez les lacustres 
de Suisse ou d'Italie, et que les premiers cultivaient des formes 
voisines, appelées T7\ dicoccum et TV. monococcum ', il est 
possible que le Far des Latins fut plutôt une de celle-ci. 

L'existence du véritable Epeautre dans l'ancienne Egypte et 
dans les pays voisins me paraît encore plus douteuse. uOlyra 
des Egyptiens, dont parle Hérodote, n'était pas VOlyra des Grecs. 
Quelques auteurs ont supposé que c'était le riz, Oryza ®. Quant 
à l'Epeautre, c'est une plante qu'on ne cultive pas dans des pays 
aussi chauds. Les modernes, depuis Rauwolf jusqu'à nos jours, 

1. Voir les planches de Metzger et de Host, dans les ouvrages cités tout 
à l'heure. 

2. Essai d'un catalogue méthodique des froments^ Paris. 1850. 

3. Seringe, Monographie des céréales de la Suisse^ in-8o, Berne, 1818. 

4. Fraas, Synopsis Û, class.^ p. 307; Lenz, Botanik d. Alten^ p. 257. 

5. Dioscorides, Mat, med.y 2, 111-115. 

6. Pline, Hist,, 1. 18, c 7; Targioni, Cenni storici, p. 6. 

7. Heer, /. c, p. 6; Unger, Pflanzen d, alten JEgypt.^ p. 32. 

8. Delile, Plantes cultivées en Egypte, p. 5. \ 



292 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS GRAINES 

ne Font pas vue dans les cultures d'Egypte *. On ne Ta pas 
trouvée dans les monuments égyptiens. C'est ce qui m'avait fait 
supposer ^ que le mot hébreu Kussemeth, qui se trouve trois 
fois dans la Bible ^, ne devrait pas s'appliquer à l'Epeautre, con- 
trairement à l'opinion des hébraïsants *, J'avais présumé que 
c'était peut-être la forme voisine appelée TV. monococcum^ mais 
celle-ci n'est pas non plus cultivée en Egypte. 

L'Epeautre n'a pas de nom en sanscrit ni même dans les lan- 
gues modernes de l'Inde et en persan ^, à plus forte raison en chi- 
nois. Les noms européens, au contraire, sont nombreux et témoi- 
gnent d'une ancienne culture, surtout dans l'Europe orientale : 
Spelta en ancien saxon, d'où Epeautre; Dinkel en allemand 
moderne; Orkisz en polonais, jPoô/a en russe® sont des noms qui 
paraissent venir de racines bien différentes. Dans le midi de 
l'Europe, les noms sont plus rares. Il faut citer cependant un 
nom espagnol, des Asturies, Escandia ', mais je ne connais pas 
de nom basque. 

Les probabihtés historiques et surtout linguistiques sont en 
faveur d'une origine de l'Europe orientale tempérée et d'une 
partie voisine de l'Asie. Voyons si la plante a été découverte à 
l'état spontané. 

Olivier, dans un passage déjà cité ®, dit l'avoir trouvée plu- 
sieurs fois en Mésopotamie, en particulier sur la rive droite de 
l'Euphrate, au nord d'Anah, dans une localité impropre à la 
culture. Un autre botaniste, André Michaux, l'avait vue, en 1783, 
près de Hamadan, ville de la région tempérée de Perse. D'après 
Dureau de La Malle, il en avait envoyé des graines à Bosc, qui les 
ayant semées à Paris en avait obtenu l'Epeautre ordinaire; 
mais ceci me paraît douteux, car Lamarck en 1786 ® et Bosc lui- 
même, dans le Dictionnaire d'agriculture^ article Epeautre, pu- 
blié en 1809, n'en disent pas un mot. Les herbiers du Muséum, 
à Paris, ne contiennent aucun échantillon des céréales dont 
parle Olivier. 




par la culture, du froment ordinaire, ou serait sorti d'une 



1. Reynier, Econ, des Eayptiens^ p. 337; Bureau de La Malle, Ann, se. 
nat., 9, p. 72; Schweinfurtn et Ascherson, /. c. Le Tr Spelta de Forskal 
n^est admis par aucun auteur subséquent. 

2. Géogr. oot. raisonnée^ p. 933. 

3. Exode, IX, 32; Esaie, XXVIII, 25; Ezéchiel, IV, 9. 

4. Rosenmûller, Bibl. Alterlhumskunde, 4, p. 83; Second, trad. de V An- 
cien Test,, 1874. 

5. Ad. Pictet,-le5 origines indo-européennes y éd. 2, voL i, p. 348. 

6. Ad. Pictet, /. c. ; Nemmich, Lexicon, 

7. Willkomm et Lange, Prodr. fl. hi^tp., 1, p. 107. 

8. Olivier, Voyage, 1807, voL 3, p. 460. 

9. Lamarck, Dict» enqjcL^ 2, p. 560. 



LOCULAR 293 

forme intermédiaire, à une époque préhistorique pas très an- 
cienne. Les expériences de M. H. Vilmorin * viennent à l'appui, 
car les croisements de TEpeautre par le Blé blanc velu et vice 
versa ont donné des « métis, dont la fertilité est complète, avec 
mélange des caractères des deux parents, ceux de PEpeautre 
ayant cependant quelque prépondérance '. 

II. Amidonier. — Triticum dlcoccum^ Schrank. — Triticum 
amyleum, Seringe. 

Cette forme {Emmer ou ^mer, des Allemands), cultivée sur- 
tout en Suisse pour l'amidon, supporte bien les hivers rigou- 
reux. Elle contient deux graines dans chaque épillet, comme le 
véritable Epeautre. 

M. Heer * rapporte à une variété du TV. dicoccum un épi 
trouvé, en mauvais état, dans la station lacustre de Wangen, 
en Suisse. M. Messikommer en a trouvé depuis à Robenhausen. 

On ne l'a jamais vu spontané. La rareté de noms vulgaires est 
frappante. Ces deux circonstances, et le peu de valeur des carac- 
tères botaniques propres à le distinguer du TV. Spelta, doivent 
le faire considérer comme une ancienne race cultivée de celui-ci. 

III. Locular, Engrain. — Triticum rnonococcum^ Linné. 
Le Locular^ Engrain commun ou Petit Epeautre^ Einkom des 

Allemands, se distingue des précédents par une seule graine 
dans Tépillet et par d'autres caractères, qui le font considérer 
par la majorité des botanistes comme une espèce véritablement 
distincte. Les expériences de M. H. Vilmorin appuient jusqu'à 
présent cette opinion, car il n'est pas parvenu à croiser le Triti- 
cum nionococcum avec les autres Epeautres ou froments. Cela 
peut tenir, comme il le remarque lui-même, à quelque détail 
dans la manière d'opérer. Il se propose de renouveler les tenta- 
tives, et réussira peut-être. En attendant, voyons si cette forme 
d'Epeautre est d'ancienne culture et si on Ta trouvée quelque 
part dans un état spontané. 

Le Locular s'accommode des sols les plus mauvais et les plus 
rocailleux. Il est peu productif, mais donne d'excellents gruaux. 
On le sème surtout dans les pays de montagnes, en Espagne, 
en France et dans l'Europe orientale, mais je ne le vois pas 
mentionné en Barbarie, en Egypte, dans l'Orient, ou dans l'Inde 
et en Chine. 

On a cru le reconnaître, d'après quelques mots, dans le Tiphai 
de Théophraste '. Dioscoride * est plus facile à invoquer, car il 
distingue deux sortes de Zeia^ l'une ayant deux graines, l'autre 

i. H. Vilmorin, BulL de la Soc. bot. de France, 1881, p. 858. 

2. Heer, Pflanzen d. Pfahlbauten, fig., p. 5, fig. 23, et p. 15. 

3. Fraas, Si/nopsis fl. class.y p. 307. 

4. Dioscondes, Mat. med., 2, c. III, 155. 



294 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS GRAINES 

une seule. Celle-ci serait le Locular, Rien ne prouve qu'il fût ha- 
bituellement cultivé chez les Grecs et les Latins. Leurs descen- 
dants ne remploient pas aujourd'hui *. 

Il n'a pas de nom sanscrit, ni même persan ou arabe. J'ai 
émis jadis l'hypothèse que le Kussemeth des Hébreux pourrait 
se rapporter à cette plante, mais cela me parait maintenant 
difficile à soutenir. 

Marschall Bieberstein ^ avait indiqué le TV. monococcum spon- 
tané, au moins sous une forme particulière, en Grimée et dans 
le Gaucase oriental. Aucun botaniste n'a confirmé cette asser- 
tion. Steven ^, qui vivait en Grimée, déclare qu'il n'a jamais vu 
l'espèce autrement que cultivée par les Tartares. D'un autre côté, 
la plante que M. Balansa a récoltée, dans un état spontané, 
près du mont Sipyle, en Anatolie,est le TV. monococcum , d'après 
J. Gay *, lequel assimile à cette forme le Triticum bxoticum^ 
Boissier, spontané dans la plainne de Béotie ^ et en Servie ®. 

En admettant ces faits, le Triticum monococcum serait origi- 
naire de Servie, Grèce et Asie Mineure, et, comme on n'est pas 
parvenu à le croiser avec les autres Epeautres ou les froments, 
on a raison de l'appeler une espèce, dans le sens linnéen. 

Quant à la séparation des froments à grains libres et des Epeau- 
tres, elle serait antérieure aux données historiques et peut-être 
aux commencements de toute agriculture. Les froments se 
sei:?iient montrés les premiers, en Asie ; les Epeautres ensuite, 
plutôt dans l'Europe orientale et l'Anatolie. Enfin, parmi les 
Epeautres, le TV. monococcum serait la forme la plus ancienne, 
dont les autres se seraient éloignées, à la suite de plusieurs 
milliers d'années de culture et de sélection. 

OiPge à deux rangrs. — Hordeum distichon^ Linné. 

Les Orges sont au nombre des plus anciennes plantes cultivées. 
Gomme elles ont à peu près la même manière de vivre et les 
mêmes emplois, il ne faut pas s'attendre à trouver chez les au- 
teurs de l'antiquité et dans les langues vulgaires la précision 
qui permet de reconnaître les espèces admises par les botanistes. 
Dans beaucoup de cas, le nom Orge a été pris dans un sens vague 

1. Heidreich, Nutzpflanzen d. Grichenlands , 

2. M. BiebersteÎD, Flora tauro-caucasica, vol. 1, p. 85. 

3. Steven, Verzeichniss taur. Halbinseln Pflanzen, p. 354. 

4. Bull. Soc, boL de France^ 1860, p. 30. 

5. Boissier, Diagnoseè^ sériel, vol. 2, fasc. 13, p. 69. 

6. Balansa, 1854, n. 137, dans ÏHei^ôier Boissier^ où Ton voit aussi un 
échantillon trouvé dans les champs en Servie et une variété à barbes 
brunes envoyée par M. Pancic, croissant dans les prés de Servie. Le même 
botaniste de Belgrade vient de m 'envoyer des écnantillons spontanés de 
Servie que ie ne saurais distinguer du Tr. monococcum. II me certifie 
qu'on ne cultive pas celui-ci en Servie. M. Bentham m'écrit que le Tr. 
bœoticum, dont il a vu plusieurs échantillons d'Asie Mineure, est, selon lui, 
la monococcum. 



ORGE A DEUX RANGS 295 

OU générique. C'est une difficulté dont nous devons tenir compte. 
Par exemple, les expressions de l'Ancien Testament, de Bérose, 
de Moïse de Ghorène, Pausanias, Marco Polo, et plus récemment 
d'Olivier, qui indiquent « Torge spontanée ou cultivée » dans tel 
ou tel pays, ne prouvent rien, parce qu'on ne sait pas de quelle 
espèce il s'agit. Même obscurité pour la Chine. Le D"^ Bret- 
schneider * dit que, d'après un ouvrage publié en l'an 100 de 
notre ère, les Chinois cultivaient une « Orge », mais il n^expli- 
que pas laquelle. A l'extrémité occidentale de l'ancien monde 
les Guanches cultivaient aussi de l'Orge dont on connaît le nom, 
pas l'espèce. 

L'Orge à deux rangs, sous sa forme ordinaire dans laquelle 
les grains sont couverts à maturité, a été trouvée sauvage dans 
l'Asie occidentale, savoir : dans l'Arabie Pétrée ^, autour du 
mont Sinaï ^, sur les ruines de Persépolis *, près de la mer Cas- 
pienne ^, entre Lenkoran et Baku, dans le désert de Chirvan et 
Awhasie, également au midi du Caucase ^ et en Turcomanie '^. 
Aucun auteur ne l'indique en Crimée, en Grèce, en Egypte ou 
à l'orient de la Perse. Willdenow ® l'indique à Samara, dans le 
sud-est de la Russie; ce que les auteurs plus récents ne confir- 
ment pas. La patrie actuelle est donc de la mer Rouge au Cau- 
case et à la mer Caspienne. 

D'après cela l'Orge à deux rangs devait être une des formes 
cultivées par les peuples sémitiques et touraniens. Cependant on 
ne Ta pas trouvée dans les monuments d'Egypte. Il semble que 
les Aryas ont dû la connaître, mais je n'en vois pas de preuve 
dans les noms vulgaires ou dans l'histoire. 

Théophraste ^ parle de l'Orge à deux rangs. Les lacustres de 
la Suisse orientale la cultivaient avant de posséder des métaux *^ ; 
mais l'Orge à six rangs était plus commune chez eux. 

La race dans laquelle le grain est nu à maturité {H. distichon 
nudurrij Linné), qu'on appelle en français de toutes sortes de 
noms absurdes, Orge à café, 0. du Pérou, etc., n'a jamais été 
trouvée sauvage. 

VOrge en éventail {Hordeum Zeocriton^ Linné) me paraît une 
forme cultivée de l'Orge à deux rangs. On ne la connaît pas à l'état 



1. Bretschneider, On the study, etc.j p. 8. 

2. Herbier Boissier, échantillon bien déterminé, par Reuter. 

3. Figari et de Notaris, Agrostologiss xgypt. fragm., p. 18. 

4. Plante très maigre, recueillie car Kotschy, n» 290, dont je possède un 
échantillon. M. Boissier l'a déterminée comme if. distichon, varietas, 

5. G. -A. Meyer, Verzeichniss, p. 26, d'après des échantillons vus aussi 
par Ledebour, FI. ross., 4, p. 327. 

6. Ledebour, L c. 

7. Re^el, Descr. plant, nov., 1881, fasc. 8, p. 37. 

8. Willdenow, Sp. plant. , 1, p. 473. 

9. Theophrastes, Htst. plant, j I. 8, c. 4. 

10. Heer, Pflanzen der PfahlbaïUen, p. 13; Messicommer, Flora bot. Zei- 
iung, 1869, p. 320. 



296 ' PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS GRAINES 

spontané. Elle n'a pas été trouvée dans les monuments égyp- 
tiens, ni dans les débris lacustres de Suisse, Savoie et Italie. 

Orge commune. — Hordeum vulgare, Linné. 

L'Orge commune, à quatre rangs, est mentionnée par Théo- 
phraste *, mais il parait que dans l'antiquité on la cultivait 
moins que celles à deux et surtout à six rangs. 

Elle n'a pas été trouvée dans les monuments égyptiens, ni- 
dans les débris des lacustres de Suisse, Savoie et Italie. 

Willdenow ^ dit qu'elle croît en Sicile et dans le sud-est de la 
Russie, à Samara; mais les flores modernes de ces pays ne le 
confirment nullement. On ne sait pas quelle Orge Olivier avait 
vue sauvage en Mésopotamie ; par conséquent, V Hordeum vul- 
gare n'a pas encore été trouvé à l'état spontané, d'une manière 
certaine. 

La multitude des noms vulgaires qu'on lui attribue ne signifie 
rien comme indication d'origine, car il est impossible de savoir 
dans la plupart des cas si ce sont des noms de l'Orge, en général, 
ou d'une Orge en particulier cultivée dans tel ou tel pays. 

Orge à six rangs. Escourgeon. — Hordeum hexastichouy 
Linné, 

C'était l'espèce le plus souvent cultivée dans l'antiquité. Non 
seulement les Grecs en ont parlé, mais encore elle a été trouvée 
dans les monuments les plus anciens de l'Egypte ^ et dans les 
restes des lacustres de Suisse (âge de pierre), de Savoie et d'Italie 
(âge de bronze) *. M. Heer a même distingué deux variétés dans 
l'espèce cultivée jadis en Suisse. L'une d'elles répond à l'orge à 
six rangs figurée sur les médailles de Métaponte, ville de l'Italie 
méridionale, six siècles avant J.-G. 

D'après Roxburgh ^, c'était la seule Orge cultivée dans l'Inde 
à la fin du siècle dernier. Il lui attribue le nom sanscrit Yuva^ 
devenu en bengali Juba, Adolphe Pictet ^ a étudié avec soin les 
noms sanscrits et des langues indo-européennes qui répondent 
au mot générique Orge, mais il n'a pas pu suivre dans les dé- 
tails ce qui concerne chacune des espèces. 

L'Orge a six rangs n'a pas été vue dans les conditions d'une 
plante sponfenée dont un botaniste aurait constaté l'espèce. Je^ 
ne l'ai pas trouvée dans l'herbier de M. Boissier, si riche en 

1 Théophraste, Hist.^ L 8, c. 4. 

2. Willdenow, Species plant., 1, p. 472. 

3. TJnger, Pflanzen des alten MgyptenSy p. 33; Ein Ziegel der Dashur 
Pyramide, p. 109. 

4. Heer, Pflanzen der Pfahlbauten, p. 5, fig. 2 et 3; p. 13, fig. 9; Flora 
bot.Zeitung, 1869, p. 320; ae Mortillet, d'après Perririj Etudes préhistoriques 
sur la Savoie, p. 23 ; Sordelli, Suite piante delta torbtera di Lagozza, p. 33.. 

5. Roxburgh, F t. ind., éd. 1832, v. 1, p. 358. 

6. Ad. Pictet, Origines indo-européennes y éd. 2, vol. 1, p. 333. 



SEIGLE 297 

plantes d'Orient. Il est possible que les Orges sauvages men- 
tionnées par d'anciens auteurs et par Olivier aient été VHordeum 
hexastichon, mais on n'en a aucune preuve. 

Sur les Orges en général» 

Nous venons de voir que la seule forme trouvée aujourd'hui 
spontanée est la plus simple, la moins productive, VHordeum 
distickon^ dont la culture est préhistorique, comme celle de 
r^. hexastichon . Peut-être VH, vulgare est-il moins ancien de 
culture que les deux autres? 

On peut tirer de ces données deux hypothèses : 1° Une déri- 
vation des Orges à quatre et à six rangs de celle à deux rangs, 
dérivation qui remonterait aux cultures préhistoriques, anté- 
rieures à celles des anciens Egyptiens constructeurs des monu- 
ments. 2® Les Orges à quatre et à six rangs seraient des espèces 
jadis spontanées, éteintes depuis Tépoque historique. Il serait 
singulier; dans ce cas, qu'il n'en restât aucune trace dans les 
flores de la vaste région comprise entre l'Inde, la mer Noire 
et l'Abyssinie, où Ton est à peu près assuré de la culture, au 
moins de l'Orge à six rangs. 

Seigle. — Secale céréale^ Linné. 

Le Seigle n'est pas d'une culture très ancienne, si ce n'est 
peut-être en Russie et en Thrace. 

On ne l'a pas trouvé dans les monuments égyptiens, et il n'a 
pas de noms dans les langues sémitiques, même modernes. Il 
en est de même en sanscrit et dans les langues indiennes qui 
dérivent du sanscrit. Ces faits concordent avec la circonstance 
que le Seigle réussit mieux dans les pays septentrionaux que 
dans ceux du Midi, où généralement, à notre époque, il n'est 
pas cultivé. Le D"^ Bretschneider * pense qu'il est inconnu aux 
agriculteurs chinois. Il doute de l'assertion contraire d'un au- 
teur moderne et fait remarquer qu'une céréale mentionnée 
dans les mémoires de l'empereur Kanghi, qu'on peut soupçonner 
être cette espèce, signifie d'après son nom Blé apporté de Russie. 
Or le Seigle, dit-il, est cultivé beaucoup en Sibérie. Il n'en est 
pas question dans les flores japonaises. 

Les anciens Grecs ne le connaissaient pas. Le premier auteur 
qui l'ait mentionné dans l'empire romain est Pline 2, qui parle 
du Secale^ cultivé à Turin, au pied des Alpes, sous le nom de 
Asia, Galien % né en 131 de notre ère, l'avait vu cultivé, en 
Thrace et en Macédoine, sous le nom de Briza, Ces cultures 
paraissent peu anciennes, du moins en Italie, car on n'a pas 

1. Bretschneider, Onstudy, etc. y p. 18, 44. 

2. Pline, Hist., 1. 18, c. 16. 

3. Galenus, De alimentis, 1, 13, cité d'après Lenz, Bot. d. Aliène p. 259. 



298 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS GRAINES 

trouvé de Seigle dans les débris des habitations lacustres du nord 
de ce pays, de Savoie et de Suisse, même à l'époque du bronze. 
M. Jetteles en a recueilli, près d'Olmutz, avec des instruments 
de ce métal, et M. Heer *, qui a vu les échantillons, en men- 
tionne d'autres, de l'époque romaine, en Suisse. 

A défaut de preuves archéologiques, les langues européennes 
montrent une ancienne connaissance du Seigle dans les pays 
germains, celtes et slaves. Le nom principal, selon Adolphe 
Pictet *, appartient aux peuples du nord de TEurope : anglo- 
saxon Ryge, Rig^ Scandinave Rûgr^ ancien allemand Jîo^gfo, an- 
cien slave Rujt^ Roji, polonais Rez, illyrien Raz^ etc. L'origine 
de ce nom, dit-il, doit remonter à une époque antérieure à la 
séparation des Germains et des Lithuano-Slaves. Le mot Secale 
des Latins se trouve sous une forme presque semblable chez 
les Bretons, Segal, et les Basques, Ceketa, Zekhalea; mais on ne 
sait pas si les Latins l'ont emprunté aux Gaulois et Ibères ou si 
inversement ces derniers ont reçu le nom des Romains. Cette 
seconde hypothèse parait probable, puisque les Gaulois cisalpins 
du temps de Pline se servaient d'un nom tout différent. Je vois 
aussi mentionnés un nom tartare, Aresch ^, et un nom ossète, 
Syl^ SU *, qui font présumer une ancienne culture à l'orient de 
l'Europe. 

Ainsi les données historiques et linguistiques montrent une 
origine probable des pays au nord du Danube, et une culture 
qui remonte à peine au delà de l'ère chrétienne pour l'empire 
romain, mais plus ancienne peut-être en Russie et en Tartarie. 

L'indication du Seigle spontané telle que la donnent plusieurs 
auteurs ne doit presque jamais être admise, car il est arrivé 
souvent qu'on a confondu avec le Secale céréale des espèces 
vivaces ou dont l'épi se brise facilement, que les botanistes mo- 
dernes ont distinguées avec raison ^. Beaucoup d'erreurs qui en 
provenaient ont été éliminées sur l'examen des échantillons 
originaux. D'autres peuvent être soupçonnées. Ainsi je ne sais 
ce qu'il faut penser des assertions de L. Ross, qui disait avoir 
trouvé le Seigle sauvage dans plusieurs localités de l'Anatolie *, 
et du voyageur russe, Ssaewerzoff, qui l'aurait vu dans le Tur- 
kestan \ Ce dernier fait est assez probable, mais on ne dit pas 
qu'un botaniste ait vérifié la plante. Kunth ^ avait déjà indiqué 

1. Heer, Die Pflanzen der Ffahlbauten, p. 16. 

2. Ad. Pictet, Origines indo-européennes, éd. 2, vol. 1, p. 344. 

3. Nemnich, Lexicon Naturgesch, 

4. Pictet, /. c. 

5. Secale fragile, Bieberstein; S. anatolicum, Boissier; S. montanum, 
Gussone; S. viUosiim, Unné. J'ai expliqué dans la Géographie botanique, 
p. 936, les erreurs qui résultaient de cette confusion, lorsqu*on disait le 
Seigle spontané en Sicile, en Crète et quelquefois en Russie. 

6. Flora, bot. Zeitung, 1850, p. 520. 

7. Flora, bot, Zeitung, 1869, p. 93. 
S. Kunth, Enum., 1, p. 449. 



AVOINE ORDINAIRE ET AVOINE D'ORIENT 299 



« le désert entre la mer Noire et la mer Caspienne », sans dire 
d'après quel voyageur ou quels échantillons. L herbier de M. Bois- 
sier ne m'a révélé aucun Secale céréale spontané, mais il m'a 
donné la persuasion qu'un voyageur doit facilement prendre 
une autre espèce de Seigle pour celle-ci et que les assertions 
doivent être vérifiées soigneusement. 

A défaut de preuves suffisantes pour des pieds spontanés j'ai 
fait valoir autrefois, dans ma Géographie botanique raisonnée, 
un argument de quelque valeuir. Le Secale céréale se sème hors 
des cultures et devient presque spontané dans les pays de l'em- 
pire d'Autriche *, ce qu'on ne voit guère ailleurs '. Ainsi dans la 
partie orientale de l'Europe, où l'histoire indique une culture 
ancienne, le Seigle trouve aujourd'hui les conditions les plus favo- 
rables pour vivre sans le secours de l'homme. On ne peut guère 
douter, d'après cet ensemble de faits, qu'il ne soit originaire de 
la région comprise entres les Alpes d'Autriche et le nord de la 
mer Caspienne. C'est d'autant plus probable que les cinq ou six 
autres espèces connues du genre Secale habitent l'Asie occiden- 
tale tempérée ou le sud-est de l'Europe. 

En admettant cette origine, les peuples aryens n'auraient pas 
connu l'espèce, comme la linguistique le montre déjà; mais 
dans leurs migrations vers l'ouest ils ont dû la renconlref ayant 
des noms divers, qu'ils auraient transportés çà et là. 

Avoine ordinaire et Avoine d'Orient. — Avena sativa, 
Linné, et Avena orientalis, Schreber. 

L'Avoine n'était pas cultivée chea^ les anciens Egyptiens et 
les Hébreux, mais aujourd'hui on la sème en Egypte '. Elle 
h'a pas de nom sanscrit, ni même dans les langues modernes 
de 1 Inde. Ce sont les Anglais qui la sèment quelquefois dans 
ee pays, pour en nourrir leurs chevaux *. La plus ancienne men- 
tion de l'Avoine en Chine est dans un ouvrage historique sur 
les années 618 à 907 de l'ère chrétienne; elle s'applique à la 
variété appelée par les botanistes Avena sativa nuaa ^, Les an- 
ciens Grecs connaissaient bien le genre Avoine, qu'ils appe- 
laient Bromos ^, comme les Latins l'appelaient Avena; mais ces 
noms s'appliquaient ordinairement aux espèces qu'on ne cultive 
pas et qui sont de mauvaises herbes mélangées avec les céréales. 
Rien ne prouve qu'ils aient cultivé l'Avoine ordinaire. La re- 

1. Sadler, FI. pesth., 1, p. 80; Host, FL austr., i, p. 177; Baumgarten, 
FI. transylv.^ 3, p. 225 ; Neilreich, FL VTieWjp. 58 ; Visiani, FL dalmat., 1, p. 97 ; 
Farkas, FL croatica, p. 1288. 

2. M. Strobi l'a vu cependant autour de l'Etna, dans les bois, par 
«uite de l'introduction dans la culture au xvm® siècle. {Œster. àot, zeit. 
1881, p. 159.) 

3. Schweinfurth et Ascherson, Beitràge zur Flora jrEthiopiens, p. 298. 

4. Royle, ///., p. 419. 

5. Bretschneider, On sttcdy, etc., p. 18, 44. 

6. Fraas, Synopsis fl, class., p. 303; Lenz, Botanik der Alten, p. 243. 



300 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS GRAINES 

marque de Pline ^ que les Germains se nourrissaient de farine 
tirée de cette plante fait comprendre que les Romains ne la 
cultivaient pas. 

La culture de l'Avoine était donc pratiquée anciennement au 
nord de l'Italie et de la Grèce. Elle s'est propagée plus tard, et 
partiellement dans le midi de l'empire romain. Il est possible 
qu'elle fût plus ancienne dans l'Asie Mineure , car Galien * dit 
que TAvoine abondait en Mysie, au-dessus de Pergame ; qu'on 
la donnait aux chevaux et que les hommes s'en nourrissaient 
dans les années de disette. L'Asie Mineure avait reçu jadis une 
colonie gauloise. 

On a trouvé de l'Avoine dans les restes des habitations 
lacustres suisses de l'époque du bronze ^, et en Allemagne, près 
de Wittenberg, dans plusieurs tombeaux des premiers siècles de 
l'ère chrétienne ou un peu plus anciens *. Jusqu'à présent, les 
lacustres du nord de l'Italie n'en ont pas présenté, ce qui con- 
firme l'absence de culture de l'espèce dans le temps de la répu- 
blique romaine. 

Les noms prouvent encore une ancienne existence au nord et 
à l'ouest des Alpes et sur les confins de l'Europe, vers le Caucase 
et la Tartarie. Le plus répandu de ces noms est indiqué par le 
latin Avenu, l'ancien slave Ovisu, Ovesu^ Ovsa, le russe Ovesu, le 
lithuanien Awiza^ le letton Ausas, l'ostiaque Abis *. L'anglais 
Oats vient, d'après Ad. Pictet, de l'anglo-saxon Ata ou Ate, Le 
nom basque ôlèa ou Oloa ® fait présumer une culture très 
ancienne par les Ibères. 

Les noms celtiques diffèrent des autres ' : irlandais, Coirce^ 
Cuî'rce, Corca; armoricain Kerch, Les noms tartare Sulu^ géor- 
gien Kari, hongrois Zab, croate Zob^ esthonien Kaer et autres 
sont indiqués par Nemnich * comme s'appliquant au mot géné- 
rique Avoine, mais il n'est pas probable qu'il y eût des noms 
aussi variés s'il ne s'agissait pas d'une espèce cultivée. Gomme 
singularité, je note un nom berbère Zekkoum ^, quoique rien ne 
puisse faire présumer une ancienne culture en Afrique. 

Tout ce qui précède montre combien était fausse l'opinion que 
l'Avoine est originaire de Tile de Juan Fernandez, opinion qui 
régnait dans le siècle dernier *^ et qui parait venir d'une asser- 
tion du navigateur Anson **. Ce n'est pas dans l'hémisphère 

1. Pline, HisL,\. 18, c. 17. 

2. Galenus, De alimentis, 1. c. 12. 

3. Heer, Pflanzen der Pfahlbauten, p. 6, fig. 24. 

4. Lenz, /. c, p. 245. 

5. Ad. Pictet, Les oriçines indo-européennes y éd. 2, vol. 1, p. 350. 

6. Notes communiquées par M. Clos. 

7. Ad. Pictet, /. c. 

8. Nemnich, Polyglott, Lexicon Naturgesch., p. 548. 

9. Dict. français 'berbère^ publié par le gouvernement français. 

10. Linné, Species, p. 118; Lamarck, Dict. enc, l,p.431. 

11. Phillips, Cuit, veget.j 2, p. 4. 



AVOINE ORDINAIRE ET AVOINE D'ORIENT 301 

austral qu'ils faut chercher la patrie de l'espèce, mais évidem- 
ment dans les pays de Thémisphère boréal où on l'a cultivée 
anciennement. Voyons si elle s'y trouve encore dans un état 
spontané. 

L'Avoine se sème dans les décombres, au bord des chemins 
et près des endroits cultivés, plus facilement que les autres 
céréales, et se maintient quelquefois de manière à sembler spon- 
tanée. Cette remarque a été faite dans des localités très éloi- 
gnées, comme l'Algérie et le Japon, Paris et le nord de la Chine *. 
Ce genre de faits doit nous rendre sceptiques sur l'Avoine que 
Bové dit avoir trouvée dans le désert du mont Sinaï. On a pré- 
tendu aussi ' que le voyageur Olivier avait vu l'Avoine sauvage 
en Perse, mais il n'en parle pas dans son ouvrage. D'ailleurs 
plusieurs espèces annuelles qui ressemblent beaucoup à l'Avoine 
ordinaire peuvent tromper un voyageur. Je ne puis découvrir ni 
dans les livres ni dans les herbiers l'existence de pieds vraiment 
spontanés, soit en Asie, soit en Europe, et M. Bentham m'a 
certifié qu'il n'y en a pas dans les riches herbiers de Kew; mais 
certainement, comme pour les formes dont je parlerai tout à 
l'heure, la condition quasi spontanée ou quasi naturalisée est 
plus fréquente dans les Etats autrichiens, de Dalmatie en Tran- 
sylvanie ^, que nulle part ailleurs. C'est une indication de 
l'origine, à ajouter aux probabilités historiques et linguistiques 
en faveur de l'Europe orientale tempérée. 

li'Avena strigosa^ Schreber, parait une forme de l'Avoine 
ordinaire, d'après des expériences de culture dont parle M. Ben- 
tham, en ajoutant, il est vrai, qu'elles méritent confirmation *. 
On peut voir une bonne figure ae cette plante dans Host, Icônes 
Graminum austriacorum^ 2, pi. 56, qui est intéressante à comparer 
avec la pi. 59 de VA, sativa. Du reste, VAvena strigosa n'a pas 
été trouvée à Tétat spontané. Elle est en Europe dans les champs 
abandonnés, ce qui appuie l'hypothèse d'une forme dérivée, par 
suite de la culture. 

UAvena orientaliSy Schreber, dont les épillets penchent d'un 
seul côté, est aussi cultivée en Europe depuis la fin du xviii® siècle. 
On ne la connaît pas à l'état spontané. Mélangée souvent avec 
l'Avoine ordinaire, elle se distingue au premier coup d'œil. Les 
noms qu'elle porte en Allemagne, Avoine de Turquie ou de 
Hongrie, montrent une introduction moderne venant de l'est. Host 
en a donné une excellente figure [Gram, austr,, 1, pi. 44). 

1. Munby, CataL Alger, ^ éd. 2, p. 36; Franchet et Savatier. Enum, plant, 
Jap,^ 2, p. 175 ; Gosson; FI, Paris^ 2. p. 637; Bunge, Enum, chin., p. 71, pour 
la variété nuda, 

2. Lamarck, Dict, enq/cl,, 1, p. 331. 

3. Visiani, FI, dalmat., 1, p. 69; Host, FI, austr.^ 1, p. 133; Neilreich, 
FI, Wien., p. 85; Baiimgarten, Ènum, Transylv,, 3, p. 259; Farkas^F/. croatica, 
p. 1277. 

4. Bentham, Handbook ofbritish flora, éd. 4, p. 544. 



302 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS GRAINES 

Toutes ces Avoines étant cultivées sans qu'on ait découvert ni 
les unes ni les autres à l'état vraiment spontané, il est bien pro- 
bable qu'elles proviennent d'une seule forme préhistorique, aont 
la patrie était l'Europe tempérée orientale et la Tartarie. 

Millet commun. — Panicum mïliaceum^ Linné. 

La culture de cette Graminée est préhistorique dans le midi 
de l'Europe, en Egypte et en Asie. Les Grecs en ont parlé sous 
le nom de Kegchros et les Latins sous celui de Milium *. Les 
lacustres suisses, à l'époque de la pierre, faisaient grand usage 
du Millet ^. On Ta trouvé aussi dans les restea des palafittes du 
lac de Varèse en Italie ^. Comme on ne retrouve pas ailleurs des 
échantillons de ces anciens temps, il est impossible de savoir ouei 
était le Panicum ou le Sorghum mentionné parlas auteurs latms, 
dont les habitants de la Gaule, de la Pannônie et autres pays se 
nourrissaient. 

• Unger * compte le P, miliaceum parmi les espèces de l'an- 
cienne Egypte, mais il ne paraît pas qu'il en eût des preuves 
positives , car il n'a indiqué ni monument ou dessin ni graine 
trouvée dans les tombeaux. On n'a pas non plus de preuves ma- 
térielles d'ancienne culture en Mésopotamie, dans llnde et en 
Chine. Pour ce dernier pays, la question s'est élevée de savoir si 
le Shuy une des cinq céréales que les empereurs sèment en grande 
cérémonie chaque année, est le Panicum miliaceum, une espèce voi- 
sine, ou le Sorgho ; mais il paraît que le sens du mot Shu a varié, 
et que jadis on semait peut-être le Sorgho ^. 

Les botanistes anglo-indiens ® attribuent à l'espèce actuelle deux 
noms sanscrits, Unoo (prononcez Ounou) et Vreehib-heda (pro- 
noncez Vrikib'keda), quoique le nom moaerne hindou et bengali 
et le nom telinga Worga soient tout autrçs, Cheena (prononcez 
China] . Si les noms sanscrits sont réels, ils indiquent une ancienne 
culture dans l'Inde. On ne connaît pas de nom hébreu ni berbère ' ; 
mais il y a des noms arabes, Doknn^ usité en Egypte, et Kosjaejô 
en Arabie ^ Les noms européens sont variés. Outre les deux noms 
grec et latin, il y a un nom vieux slave, Proso ®, conservé en Russie 
et en Pologne, un nom vieux allemand, Hirsi, et un nom lithua- 
nien, Sora *°. L'absence de noms celtiques est remarquable. Il 

1. Les passages de Théophraste, Gaton et autres sont traduits dans 
Lenz, Botanik aei^ Alteriy p. 232. 

2. Heer, Pflanzen der Pfahlbaulen, p. 17. 

3. Regazzoni, Riv, arch.prov. di Como, 1880, fasc. 7. 

4. Unger, Pflanzen des alien jEgyptens,^, 34. 

5. Bretschneider, Study and value of chinese bot, v)orks, p. 7, 8, 45. 

6. Roxburgh, FI, ind.,ed. 1832, p. 310; Piddington, Index, 

7. RosenmûUer, biôl. AUerth.; Dictionn. français-berbère. 

8. Delile, FI, ssgypt,, p. 3; Forskal, Arao , av. 

9. Ad. Pictet, Origines indo-européennes y éd. 2, v. 1, p. 351. 

10. Ad. Pictet, /. c. 



MILLET — PANIC D'ITALIE 30» 

semble que Tespèce aurait été cultivée spécialement dans l'Eu- 
rope orientale et se serait répandue vers l'ouest à la fin de la 
domination gauloise. Voyons si elle est spontanée quelque part. 

Linné * disait qu'elle habite dans l'Inde, et la plupart des au- 
teurs le répètent; mais les botanistes anglo-indiens * l'indiquent 
toujours comme cultivée. Elle n'est pas dans les flores du Japon. 
Au nord de la Chine, M. de Bunge l'a vue seulement cultivée ^ et 
M. Maximowicz près de l'Ussuri, au bord des prés et dans des locali- 
tés voisines des habitations chinoises *. D'après Ledebour ^, elle est 
presque spontanée dans la Sibérie altaïque et la Russie moyenne, 
et spontanée au midi du Caucase et dans le pays de Talysch. 
Pour cette dernière localité il cite Hohenaker. Celui-ci cependant 
dit « presque spontanée » ®.En Crimée, où elle fournit le pain 
des Tartares, on la trouve çà et là presque spontanée % ce qui 
arrive également dans le midi de la France, en Italie et en Au- 
triche ®. Elle n'est pas spontanée en Grèce ®, et personne ne l'a 
trouvée en Perse, ou en Syrie. Forskal et Delile 1 ont indiquée en 
Egypte; mais M. Ascherson ne l'admet pas *°, et Forskal l'in- 
dique en Arabie ". 

L'espèce pourrait s'être naturalisée dans ces régions, à la suite 
d'une culture fréquente, depuis les anciens Egyptiens. Cependant 
la qualité spontanée est si douteuse ailleurs que la probabilité 
est bien pour une origine égypto-arabique. 

Panic d'Italie ou Millet à grappe. — Panicum italicum^ 
Linné. — • Setaria italica^ Beau vois. 

La culture de cette espèce a été une des plus répandues dans 
les parties tempérées de l'ancien monde, à l'époque préhisto- 
rique. Ses graines servaient à la nourriture de l'homme, tandis 
que maintenant on les donne surtout aux oiseaux. 

En Chine, c'est une des cinq plantes que l'empereur doit semer 
chaque année dans une cérémonie publique, selon les ordres 
donnés par Chen-nung, 2700 ans avant Jésus-Christ ". Le nom 
ordinaire est S'fao-wîi (petit grain), et le nom plus ancien était Ku,, 
mais celui-ci parait s'être appliqué aussi à une espèce bien dif- 

1. Linné, Species plant, 1, p. 86. 

2. Roxburgh, /. c; Aitchison, Punjab, p. 159. 

3. Bunçe, Enumer.^ n. 400. 

4. Maximowicz, PnmitÛB Amur.^ p. 330. 

5. Ledebour, FI. ross., 4, p. 469. 

6. Hohenacker, Plant. Talysch,^ E,* ^^' 

7. Steven, Verzeichniss Halbins, Taur,, p. 371. 

8. Mutel, F/, franc., k, p. 20; Parlatore, F/. HaL, 1, p. 122; Visiani^ 
FI. dalmat., 1, p. 60; Neilreich, FI. Nied. Œsterr., p. 32. 

9. HelÔTeich,rfutzpfl. Griechenl., p. 3; Pflanzen Attisch. Ebene, p. 516. 

10. M. Ascherson m avertit dans une lettre que, dans VAufzàhlung, on a 
omis par erreur le mot cuit, après le Panicum miliaceum. 

11. Forskal, FI. arab., p. civ. 

12. Bretschneidcr, On thestudy and value ofchinese bot. works, p. 7, 8. 



304 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS GRAINES 

férente *. Pickering dit l'avoir reconnue dans deux dessins de 
Tancienne Egypte ^, et qu'elle est cultivée aujourd'hui sous le 
nom de Dokn^ mais c'est le nom du Panicum miliaceum. 11 est 
donc très douteux que les anciens Egyptiens l'aient cultivée. 

On Va trouvée dans les débris des habitations lacustres de 
Suisse, dès l'époque de pierre, et à plus forte raison chez les 
lacustres de l'époque subséquente en Savoie ^. 

Les anciens Grecs et les Latins n'en ont pas parlé, ou du moins 
on n'a pas pu le certifier d'après ce qu'ils disent de plusieurs 
Panicum ou Milium. De nos jours, l'espèce est rarement cultivée 
dans le midi de l'Europe ; elle ne l'est pas du tout en Grèce * par 
exemple, et je ne la vois pas indiquée en Egypte, mais elle est 
fréquente dans l'Asie méridionale ^. 

On attribue à cette Gr aminée des noms sanscrits Kungoo (pro- 
noncez Koungou) et Priyungoo {Priyoungou)^ dont le premier 
•js'est conservé en bengali ®. Piddington mentionne dans son 
Index plusieurs autres noms des langues indiennes. Ainslies ' 
indique un nom persan, Arzun^ et un nom arabe; mais celui-ci 
est attribué ordinairement au Panicum miliaceum. Il n'y a pas de 
'nom hébreu, et la plante n'est pas mentionnée dans les ouvrages 
de botanique sur l'Egypte et TArabie. Les noms européens n'ont 
aucune valeur historique. Ils ne sont pas originaux et se rap- 
portent communément à la transmission de l'espèce ou à sa 
culture dans tel ou tel pays. Le nom spécifique italicum en est 
un exemple assez absurde, la plante n'étant guère cultivée et 
point du tout spontanée en Italie. 

Rumphius la dit spontanée dans les îles de la Sonde, sans être 
bien affirmatif ®. Linné est parti probablement de cette base 
pour exagérer et même avancer une erreur , en disant : 
« Habite les Indes ^. » Elle n'est certainement pas des Indes 
occidentales. Bien plus, Roxburgh assure qu'il ne l'a jamais vue 
sauvage dans l'Inde. Les Graminées de la flore de sir J. Hooker 
n'ont pas encore paru ; mais, par exemple, Aitchison *® indique 
l'espèce comme uniquement cultivée dans le nord-ouest de 
l'Inde. La plante d'Australie que Rob. Brown avait dit être celte 
espèce appartient à une autre ".Au Japon, le P, italicum paraît 

1. Bretschneider, /. c.,p. 9. 

2. D'après Unger, /. c, p. 34. 

3. Heer, Pflanzen der Pfahlbauten, p. 3, fig. 7; p. 17, fig. 28, 29; Perrin, 
Etudes préhîstor. sur la Savoie, p. 22. 

4. Heidreich, Nutzpftanz. Griechenlands. 

5. Roxburgh, FL ind., éd. 1832, vol. 1, p. 302; Rumphius, Amboyn,, 5, 
p. 202, t. 75. 

6. Roxburgh, L c, 

7. Ainslies, Mat. med. ind., 1, p. 226. 

8. Obcurritiu Baleya, etc. (Rumph., 5, p. 202). 

9. Habitat in Indiis (Linné, 5/>., 1, p. 83). 

10. Aitchison, CataL of Punjabj p. 162. 

11. Bentham, Flora austral,, 7, p. 493. 



SORGHO COMMUN 305 

être spontané, du moins sous la forme appelée germanica par 
divers auteurs * et les Chinois regardent les cinq céréales de la 
cérémonie annuelle comme originaires de leur pays. Cependant 
MM. de Bunge, dans le nord de la Chine, et Maximowicz, dans 
la région du fleuve Amur, n'ont vu l'espèce que cultivée en grand 
et toujours sous la forme de la variété germanica ^. Pour la 
Perse ^, la région du Caucase et l'Europe, je ne vois dans les 
flores que l'indication de plante cultivée, ou cultivée et s'échap- 
pant quelquefois hors des cultures dans les décombres, les bords 
de chemins, les terrains sablonneux, etc. *. 

L'ensemble des documents historiques, linguistiques et bota- 
niques me fait croire que l'espèce existait, avant toute culture, il 
y a des milliers d'années, en Chine, au Japon et dans l'archipel 
indien. La culture doit s'être répandue anciennement vers l'ouest, 
puisque l'on connaît des noms sanscrits, mais il ne paraît pas 
qu'elle se soit propagée vers l'Arabie, la Syrie et la Grèce, et 
c'est probablement par la Russie et l'Autriche qu'elle est arrivée, 
de bonne heure, chez les lacustres de l'âge de pierre en Suisse. 




Sorg^ho commun. — Holcus Sorghum^ Linné. — Andropogon 
S or g hum ^ Bcotero. — Sorghum vulgare, Persoon. 

Les botanistes ne sont pas d'accord sur la distinction de 
plusieurs des espèces de Sorgho et même sur les genres à établir 
dans cette division des Graminées. Un bon travail monogra- 
phique serait désirable, ici comme pour les Panicées. En atten- 
dant, je donnerai quelques renseignements sur les principales 
espèces, à cause de leur extrême importance pour la nourriture 
de l'homme, l'élève des volailles, et comme fourrages. 

Prenons pour type de l'espèce le Sorgho cultivé en Europe, 
tel qu'il est figuré, par Host, dans ses Gramineœ austriacde 
(4, pi. 2). C'est une des plantes le plus habituellement cultivées 

{)ar les Egyptiens modernes, sous le nom de Dourra^ dans 
'Afrique équatoriale, l'Inde, et la Chine ^. Elle est si productive 
dans les pays chauds que d'immenses populations de l'ancien 
monde s'en nourrissent. 

Linné et tous les auteurs, même nos contemporains, disent 
u'elle est de l'Inde; mais, dans la première édition de la flore 
e Roxburgh. publiée en 1820, ce savant, qu'on aurait bien fait 
de consulter, affirme qu'il ne l'a pas vue autrement que cultivée. 
Il fait la même remarque pour les formes voisines (bicolor^ sac- 



a 



1. Franchet et Savatier, Enum, Japon», 2, ç. 262. 

2. Bunge, Enum., n. 399; Maximowicz, Pfimitix Amur», p. 330. 

3. Buhse, Aufzàhlung, p. 232. 

4. Voir Parlatore, FI. itaL, 1, p. 113; Mutel, F/./rawp., 4, p. 20, etc., etc. 

5. Delile, Plantes cultivées en Egypte, p. 7; Roxbargh, FL ind,, éd. 1832, 
V. 1, p. 269; Aitchisoii, CataL Punjab,^. 175; Bretschneider, On value, etc., 
p. 9. 

De Candolle. 20 



306 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS GRAINES 

charatus^ etc.), qu'on regarde souvent comme de simples va- 
riétés. Aitchison n'a vu aussi le Sorgho que cultivé. L'absence 
de nom sanscrit rend également l'origine indienne très douteuse. 
Bretschneider, de son côté, dit le Sorgho indigène en Chine, 
quoique les anciens auteurs chinois, selon lui, n'en aient pas parlé. 
Il est vrai qu'il cite le nom, vulgaire à Péking, de Kao-liang 
(haut Millet), qui s'applique aussi à VHolcus saccharatus^ pour 
lequel il convient mieux. 

Le Sorgho n'a pas été trouvé dans les restes des palafîttes de 
Suisse et d'Italie. Les Grecs n'en ont pas parlé. La phrase de 
Pline * sur un Milium introduit de son temps de l'Inde en Italie 
a fait croire qu'il s'agissait du Sorgho, mais c'était une plante 
plus élevée, peut-être VHolcus saccharatus. Le Sorgho n'a pas été 
trouvé en nature et d'une manière certaine dans les tombeaux 
de l'ancienne Egypte. Le D' Hannerd a cru le reconnaître d'après 
quelques graines écrasées que Rosellini avait rapportées de 
Thèbes ^; mais le conservateur des antiquités égyptiennes du 
Masée britannique, M. Birch, a déclaré plus récemment qu'on n'a 
pas découvert l'espèce dans les anciens tombeaux *. Pickering 
dit en avoir reconnu des feuilles, mêlées avec celles du Papyrus. 
Il dit aussi en avoir vu des peintures, et Lepsius a figuré des 
dessins qu'il prend, ainsi que Unger et Wilkinson, pbur le Durra 
des cultures modernes *. La taille et la forme de l'épi sont bien 
du Sorgho. Il est possible que cette espèce soit le Dochan, men- 
tionné une fois dans l'Ancien Testament ^ comme une céréale 
avec laquelle on faisait du pain. Cependant le mot arabe actuel 
Dochn s applique au Sorgho sucré. 

Les noms vulgaires ne m'ont rien appris, à cause de leur sens 
ou parce que souvent le même nom a été appliqué à différents 
Panicum et Sorghum. Je ne puis en découvrir aucun qui soit 
certain dans les langues anciennes de l'Inde ou de TAsie occi- 
dentale, ce qui fait présumer une introduction antérieure de peu 
de siècles à l'ère chrétienne. 

Aucun botaniste n'a mentionné le Durra comme spontané en 
Egypte ou en Arabie. Une forme analogue est sauvage dans 
l'Afrique équatoriale; mais R. Brown n'a pas pu la déterminer 
exactement ^, et la flore de l'Afrique tropicale qui se publie à 
Kew ne contient pas encore l'article des Graminées. Il reste donc 
uniquement l'assertion du D»" Bretschneider que le Sorgho, de 
grande taille, est indigène en Chine. Si c'est bien l'espèce, elle 

1. Pliae, Hlst,, 1. 18, c. 7. 

2. Cité par Unger, Die Pflanzen des alten Egyptens, p. 34. 

3. S. Birch, dans Wilkinson, Manners and customs of ancient Eouptians, 
1878, vol. 2, p. 427. '^ 

4. Les dessins de Lepsius sont reproduits dans Unger, /. c, et dans 
Wilkinson, 1. c. 

0. Ezechiel, 4, 9. 

0. Brown, Bot. of Congo, p. 54. 



SORGHO SUCRÉ 307 

se serait répandue tardivement vers Pouest. Mais les anciens 
Egyptiens la possédaient, et Ton se demande alors comment ils 
l'auraient reçue de Chine sans que les peuples intermédiaires en 
aient eu connaissance? Il est plus facile de comprendre Tindi- 
génat dans l'Afrique équatoriale, avec transmission préhisto- 
rique en Egypte, dans l'Inde et finalement en Chine, où la 
culture ne parait pas très ancienne, car le premier ouvrage qui 
en parle date du iv^ siècle de notre ère. 

A l'appui d'une origine africaine, je citerai l'observation de 
Schmidt ^ que l'espèce abonde dans l'île San Antonio de l'ar- 
chipel du Gap -Vert, dans des localités rocailleuses. Il la croit 
« complètement naturalisée », ce qui peut-être cache une véri- 
table origine. 

Sorgho sucré. — Holcus saccharatus^ Linné. — Andropogon 
saccharatus, Roxburgh. — Sorghum saccharatum, Persoon. 

Cette espèce, plus haute que le Sorgho ordinaire, et à pani- 
cule diffuse ^, est cultivée dans les pays tropicaux pour le grain, 
qui ne vaut cependant pas celui du Sorgho ordinaire, et dans 
les régions moins chaudes comme fourrage, ou même pour le 
sucre assez abondant que renferme la tige. Les Chinois en tirent 
de l'alcool, mais non du sucre. 

L^opinion des botanistes et du public la fait venir de l'Inde; 
mais, d'après Roxburgh, elle est seulement cultivée dans cette 
région. Il en est de même aux îles de la Sonde, où le Battari 
est bien Pespèce actuelle. C'est le Kao-liang (grand Millet) des 
€hinois. On ne le dit pas spontané en Chine. Il n'est pas mentionné 
dans les auteurs plus anciens que l'ère chrétienne ^. D'après ces 
divers témoignages et l'absence de tout nom sanscrit, l'origine 
asiatique me parait une illusion. 

La plante est cultivée maintenant en Egypte moins que le 
Sorgho ordinaire, et en Arabie, sous le nom de Dochna ou Vochn. 
Aucun botaniste ne l'a vue spontanée dans ces pays *. On n'a pas 
de preuve que les anciens Egyptiens Paient cultivée. Hérodote ^ 
a parlé d'un Millet en arbre, des plaines d'Assyrie. Ce pourrait 
être l'espèce actuelle, mais comment le prouver? 

Les Grecs et les Latins n'en avaient pas connaissance, du moins 
avant Pépoque de l'empire romain, mais il est possible que ce 
fût le Millet, haut de sept pieds, dont Pline fait mention ^ comme 
ayant été introduit de l'Inde, de son vivant. 

1. Schmidt, Beitrdge zur Flora capverdischen Insein, p. 158. 

2. Voir Host, Gramineœ aiLStriacœ, vol. 4, pi. 4. 

3. Roxburgh, FI. ind. éd. 2, vol. 1, p. 271 ; Kumphius, Amboin., 5, p. 194, 
pi. 75, fig. 1; Miqiiel, FI. indo-batava, 3, p. 503; Bretschneider, On the 
value, etc., p. 9 et 46; Loureiro, FI. cochincn., 2, p. 792. 

4. Forskal, Delile, Schweinfurth et Ascherson, /. c. 

5. Hérodote, 1. 1, c. 193. 

6. Pline, Hist., 1. 18, c. 7. Ce pourrait être aussi la variété ou espèce ap- 
pelée bicolor. 



308 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS GRAINES 

Probablement il faut chercher l'origine dans l'Afrique inter- 
tropicale, où l'espèce est généralement cultivée. Sir W. Hooker* 
cite des échantillons des bords du fleuve Nun, qui étaient peut- 
être sauvages. La publication prochaine des Graminées dans la 
Flore de 1 Afrique tropicale jettera probablement du jour sur 
cette question. 

L'expansion de la culture de l'Afrique intérieure à l'Egypte, 
depuis les Pharaons, à l'Arabie, l'archipel indien, et, après 
l'époque du sanscrit, à l'Inde, enfin à la Gnine, vers le commen- 
cement de notre ère, concorderait avec les indications historiques 
et n*est pas difficile à admettre. L'hypothèse inverse, d'une trans- 
mission de l'est à l'ouest, présente une foule d'objections. 

Plusieurs autres formes de Sorgho sont cultivées en Asie et en 
Afrique, par exemple le cernuus, à épis penchés, dont parle 
Roxburgh et que Prosper Alpin avait vu en Egypte; le bicolor^ 
qui par sa taille ressemble au saccharatus; et les niger, rubenSj 
qui paraissent encore plus des variétés de culture. Aucune n'a 
été trouvée sauvage, et il est probable qu'un monographe les 
rattacherait comme de simples dérivations aux espèces sus-men- 
tionnées. 

Goracan. — Eleusine Coracana^ Gœrtner. 

Gette Graminée annuelle, qui ressemble aux Millets, est cul- 
tivée surtout dans l'Inde et l'archipel indien. Elle l'est aussi en 
Egypte * et en Abyssinie ^ ; mais le silence de beaucoup de 
botanistes qui ont parlé des plantes de l'Afrique intérieure ou 
occidentale fait présumer que la culture en est peu répandue 
sur ce continent. Au Japon * elle s'échappe quelquefois hors 
des endroits où on la cultive. Les graines mûrissent dans le 
midi de l'Europe ; mais la plante y est sans mérite, excepté comme 
fourrage ^. 

Aucun auteur ne dit l'avoir trouvée à l'état spontané, en Asie 
ou en Afrique. Roxburgh ^, le plus attentif à ces sortes de ques- 
tions, après avoir parlé de sa culture, ajoute ; « Je ne l'ai 
jamais vue sauvage. » Il distingue, sous le nom à' Eleusine strie ta^ 
une forme encore plus fréquemment cultivée dans l'Inde, qui 
parait une simple variété du Coracana^ et qu'il n'a également 
pas rencontrée hors des cultures. 

La patrie nous sera indiquée par d'autres moyens. 

Et d'abord les espèces du genre Eleusine sont plus nombreuses 
dans l'Asie méridionale que dans les autres régions tropicales. 

1. W. Hooker, Niger Flora. 

2. Schweinfurth et Ascherson, Aufzahlunq, p. 299. 

3. Bon jardinier, 1880, p. 585. 

4. Franchet et Savatier, Enum, plant Japon., 2, p. 172. 

5. Bon jardinier, ibid. 

6. Boxburgh, Flora indica, éd. 2, vol. 1, p. 343. 



RIZ 309 

Outre la plante cultivée, Royle ^ mentionne d'autres espèces 
dont les habitants pauvres de l'Inde recueillent les graines dans 
la campagne. 

D'après VIndex de Piddington, il y a un nom sanscrit, Bajika, 
et plusieurs autres noms dans les langues modernes de Tlnde. 
Celui de Coracana vient du nom usité à Ceylan, Kourakhan ^. 
Dans Tarchipel indien, les noms paraissent moins nombreux et 
moins originaux. 

En Egypte, la culture de cette espèce ne peut pas être ancienne. 
Les monuments de l'antiquité n'en indiquent aucune trace. Les 
auteurs gréco-romains, qui connaissaient le pays, n'en ont pas 
parlé, ni plus tard Prosper Alpin, Forskal, Delile. Il faut arriver 
à un ouvrage tout récent, comme celui de MM. Schweinfurth et 
Ascherson, pour trouver l'espèce mentionnée, etje ne puis même 
découvrir un nom arabe *. 

Ainsi toutes les probabilités botaniques, historiques et linguis- 
tiques concourent à démontrer une origine indienne. 

La flore de l'Inde anglaise, dont les Graminées n'ont pas 
encore paru, nous dira peut-être si l'on a trouvé la plante spon- 
tanée dans des explorations récentes. 

On cultive en Abyssinie une espèce très voisine, Eleusine 
Tocussa^ Fresenius *, plante fort peu connue, qui est peut-être 
originaire d'Afrique. 

Riz. — Oryza satïva, Linné. 

Dans la cérémonie instituée par l'empereur Chin-Nong, 2800 
ans avant Jésus-Christ, le Riz joue le rôle principal. C'est l'em- 
pereur régnant qui doit le semer lui-même, tandis que les quatre 
autres espèces sont ou peuvent être semées par les princes de sa 
famille ^. Les cinq espèces sont regardées par les Chinois comme 
indigènes, et il faut convenir que c'est bien probable pour le riz, 
vu son emploi général et ancien, dans un pays coupé de canaux 
et de rivières, si favorable aux plantes aquatiques. Les botanistes 
n'ont pas assez herborisé en Chine pour qu'on sache jusqu'à 
quel point le Riz s'y trouve hors des cultures ; mais Loureiro ^ 
1 a vu dans les marais de la Gochinchine. 

Rumphius et les auteurs modernes sur l'archipel indien l'in- 
diquent seulement comme cultivé. La multitude cfes noms et des 
variétés fait présumer une très ancienne culture. Dans l'Inde 

1. Royle, ///. Himal. plants, 

2. Thwaites, Enum. plant. ZeyL, p. 371. 

3. Plusieurs des synonymes et le nom arabe dans Linné, Delile, etc., 
s'appliquent au Dactyloctenium œgyptiacum, Willdenow, soit Eleusine 
ssgyptiaca, de quelques auteurs, qu'on ne cultive pas. 

4. Fresenius, Catal. sem, horti Franco f., 1834; Beitrage zur Flora 
Abyssin,, p. 141. 

5. Stanislas Julien, dans Loiseleur, Consid, sur les céréales, part. 1, p. 29 ; 
Bretschneider, On the study and value of botanical chinese works, p. 8 et 9. 

6. Loureiro, FI. cochinch., 1, p. 267. 



310 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS GRAINES 

britannique, elle date au moins de Tinvasion des Aryas, puisque 
le Riz a des noms en sanscrit, Vrlhl, Arunya S d'où viennent 
plusieurs noms des langues modernes de Tlnde, et Oruza/on 
Oruzon des anciens Grecs, Bouz ou Arous des Arabes. Théo- 

f^hraste ^ a parlé du Riz comme cultivé dans l'Inde. Les Grecs 
'avaient connu par l'expédition d'Alexandre. « D'après Aristo- 
bule, dit Strabon ^, le Riz croit dans la Bactriane, la Babylonie, 
la Suside, » et il ajoute : « Nous dirons, nous, dans la basse Syrie 
aussi. » Plus loin, il note que les Indiens s'en nourrissent et en 
tirent une sorte de vin. Ces assertions, douteuses peut-être 
pour la Bactriane, montrent une culture bien établie au moins 
depuis le temps d'Alexandre (400 ans avant Jésus-Christ) dans 
la région de l'Euphrate, et depuis le commencement de notre 
ère dans les endroits chauds et arrosés de la Syrie. L'Ancien Tes- 
tament n'a pas parlé du Riz; mais un auteur toujours exact et 
judicieux, L. Reynier *, a relevé dans les livres du Talmud plu- 
sieurs passages relatifs à sa culture. On est conduit par ces faits 
à supposer que les Indiens ont employé le Riz après les Chinois, 
et qu'il s'est répandu vers l'Euphrate encore plus tard, anté- 
rieurement cependant à l'invasion des Aryas dans l'Inde. Depuis 
l'existence de cette culture en Babylonie, il s'est écoulé plus de 
mille ans jusqu'au transport en Syrie, et l'introduction en Egypte 
a suivi celle-ci, de deux ou trois siècles probablement. En effet, 
il n'y a aucune indication du Riz dans les graines ou les peintures 
de l'ancienne Egypte ^. Strabon, qui avait vu ce pays, comme la 
Syrie, ne dit pas que le Riz fût cultivé de son temps en Egypte, 
mais que les Garamantes ^ le cultivaient, et ce peuple est consi- 
déré comme ayant habité une oasis au midi de Garthage* 
L'avaient-ils reçu de Syrie? C'est possible. En tout cas, l'Egypte 
ne pouvait pas tarder à posséder une culture si bien appropriée 
à ses conditions particuUères d'arrosement. Les Arsdbes ont 
introduit l'espèce en Espagne, comme l'indique le nom espagnol 
Ai'roz. Les premières cultures de Riz en Italie datent de 1468, 
près de Pise '^. Celles de la Louisiane sont modernes. 

Lorsque j'ai présumé la culture moins ancienne dans l'Inde 
qu'en Chine , je n'ai pas entendu que la plante n'y fût pas 
spontanée. Elle appartient à une famille où les habitations des 

1. Piddington, Index; Heho, Culturpflanzen, éd. 3, p. 437. 

2. Theopnrastes, Hist.j 1. 4, c. 4, 10. 

3. Strabon, Géographie^ trad. de Tardieu, 1. 13, c. 1, § 18: L lii, c. 1, 
§ 53. 

4. Reynier, Economie des Arabes et des Juifs (1820), p. 450; Economie 
publique et rurale des Egyptiens et des Carthaginois (1823), p. 324. p-* wa. 

5. Ûnger n'en cite aucune. M. S. Birch, en 1878, a mis une note dans 
l'ouvrage do Wilkinson, Mayiners and customs of the ancient Egyptians, 2, 
p. 402, pour dire : « Ou n'a aucune preuve de la culture du riz, dont on n'a 
pas trouvé de graines. » 

6. Reynier^ l. c. 

7. Targiom, Cenni, p. 24. 



MAÏS 311 

espèces sont étendues, et en outre les plantes aquatiques ont 
ordinairement de plus vastes habitations que les autres. Le Riz 
existait peut-être avant toute culture dans l'Asie méridionale, de 
la Chine au Bengale, comme l'indique la diversité des noms 
dans les langues monosyllabiques des peuples entre l'Inde et la 
Chine *. On l'a trouvé hors des cultures dans plusieurs localités 
de l'Inde. Roxburgh * l'affirme. Il raconte que le Riz sauvage, 
appelé Newaree par les Telingas, croit en abondance aux bords 
des lacs dans le pays des Gircars. Le grain en est recherhé par 
les riches Indous; mais on ne le sème pas, parce qu'il est peu 
productif. Roxburgh ne doute pas que ce ne soit la plante origi- 
nelle. Thomson ^ a recueilli un Riz sauvage à Moradabad, dans la 
province de Dehli. Les raisons historiques appuient l'idée que 
ces échantillons sont indigènes. Sans cela, on pourrait les sup- 
poser un effet de la culture habituelle de l'espèce, d'autant plus 
qu'on a des exemples de la facilité avec laquelle le Riz se sème 
et se naturalise dans les pays chauds et humides *. Toutefois la 
combinaison des indices historiques et des probabilités botani- 
ques tend à faire admettre pour l'Inde une existence antérieure 
à la culture. 

Maïs. — Zea Mays^ Linné. 

« Le Maïs est originaire d'Amérique et n'a été introduit dans 
l'ancien monde que depuis la découverte du nouveau. Je regarde 
ces deux assertions comme positives, malgré l'opinion contraire 
de quelques auteurs et le doute émis par le célèbre agronome 
Bonafous, auquel nous devons le traité le plus complet sur le 
Maïs ^. » C'est ainsi que je m'exprimais en 1855, après avoir 
déjà combattu l'idée de Bonafous au moment de la publication 
de son ouvrage ®. Les preuves se sont renforcées depuis, en fa- 
veur de l'origine américaine. Cependant on a fait des tentatives 
dans un sens opposé, et, comme le nom de Blé de Turquie entre- 
tient une erreur, il est bon de reprendre la discussion avec de 
nouveaux documents. 

Personne ne conteste que le Maïs était inconnu en Europe du 
temps de l'empire romain, mais on a prétendu qu'il avait été 
apporté d'Orient, au moyen âge. L'argument principal reposait 
sur une charte du xiii® siècle, publiée par Molinari '^, d'aprèf^ 

1. Crawfurd, dans Journal of botany, 1866, p. 324. 

2. Roxburgh, FI ind., éd. 1832, v. 2, p. 200. 

3. D'après Aitchison, CataL Punjab, p. 157. 

4. Nées, dans Martius, FI. brasiL, iii-8% 2, p. 518; Baker, FI. of Mauri- 
tius, ^. 458. 

5. Bonafous, Hist. nût. agric. et économique du Maïs, un vol. in-folio, 
Paris et Turin, 1836. 

6. A. de Gandolle, Bibliothèque universelle de Genève^ août 1836; Géogr. 
bot, 7'aisonnée, p. 942. 

7. Molinari, Sto?na d'Incisa, Asti, 1810. 






312 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS GRAINES 

laquelle deux croisés, compagnons d^armes de Boniface III, mar- 
quis de Monferrat, auraient donné en 1204, à la ville d'Incisa, 

un morceau de la vraie croix plus une bourse contenant une 

sorte de grains de couleur d'or et en partie blancs, inconnus 
dans le pays, qu'ils rapportaient d'Anatolie, où ils s'appelaient 
Meliga, etc. L'historien des croisades, Michaux, et ensuite Daru 
et de Sismondi, ont beaucoup parlé de cette charte ; mais le bo- 
taniste Delile, ainsi que Targioni-Tozzetti et Bonafous lui-même 
ont pensé qu'il s'agissait de quelque Sorgho et non du Maïs. Ces 
vieilles discussions sont devenues risibles, car M. le comte Riant * 
a découvert que la charte d'Incisa est une pure fabrication d'un 
imposteur du siècle actuel I Je cite cet exemple pour montrer 
combien les érudits, qui ne sont pas naturalistes, peuvent se 
tromper dans l'interprétation des noms de plantes, et aussi com- 
bien il est dangereux dans les questions historiques de s'appuyer 
sur une preuve isolée. 

' Les noms de Blé de Turquie, Blé turc donnés au Maïs dans 
presque toutes les langues modernes d'Europe ne démontrent 
pas mieux que la charte dlncisa une origine orientale. Ce sont 
des noms aussi faux que celui du Coq d'Inde, en anglais Turkey^ 
donné à un oiseau venu d'Amérique. Le Maïs a été appelé en 
Lorraine en dans les Vosges Blé de Borne, en Toscane Blé de Si- 
cile, en Sicile Blé d'Inde, dans les Pyrénées Blé d'Espagne^ en 
Provence Blé de Barbarie ou de Guinée, Les Turcs le nomment 
Blé d'Egypte, et les Egyptiens Dourah de Syrie, Dans ce dernier 
cas, cela prouve au moins qu'il n'est ni d'Egypte ni de Syrie. Le 
nom si répandu de Blé de Turquie date du xvi® siècle. II est 
venu d'une erreur sur l'origine de la plante, entretenue peut- 
être par les houppes qui terminent les épis de Maïs, qu'on aurait 
comparées à la barbe des Turcs, ou par la vigueur de la plante, 
qui motivait une expression analogue à celle de « fort comme 
un Turc ». Le premier botaniste chez lequel on trouve le nom 
de Blé turc est Ruellius ^ en 1536. Bock ou Tragus ', en 1552, 
après avoir donné une figure de l'espèce, qu'il nomme Frumen- 
tum turcicum, Welschkorn des Allemands, ayant appris par des 
marchands qu^elle venait de l'Inde, eut l'idée malheureuse de 
supposer que c'était un certain Typha de Bactriane, dont les 
anciens avaient parlé vaguement. Dodoens en 1583, Camerarius 
en 1588 et Matthiole * rectifièrent ces erreurs et affirmèrent 
positivement l'origine américaine. Ils adoptèrent le nom de 
May s, qu'ils savaient américain. 

1. Rianl, La charte d'Incisa, broch. in-8», 1877, tirée à part de la Revue 
des questions historiques. 

2. Ruelliu?, De natura stirpium, p. 428 : « Hanc quoDiam nostrorum 
setate e Graecia vel Asia venerit Turcicum f?nimentum nominant. » Fuch- 
sius, p. 824, répète cette phrase, en 1543. 

3. Tragus, Stirpium, etc., éd. 1552, p. 650. 

4. Dodoens, Pemptades, p. 509; Camerarius, Ilort,. p. 94; Matthiole, éd. 
1570, p. 305. 



MAÏS 313 

Nous avons vu (p. 291) que le Zea des Grecs était l'Epeautre. 
Bien certainement les anciens n'ont pas connu le Maïs. Les voya- 
geurs * qui décrivirent les premiers les productions du nouveau 
monde furent très surpris à sa vue, preuve évidente qu'ils ne 
l'avaient pas connu en Europe. Hernandez ^, parti d'Europe en 
1571, suivant les uns, en 1593, suivant d'autres^, ne savait 
pas qu'à Seville, dès l'année 1500, on avait reçu beaucoup de 
graines de Maïs pour le mettre en culture. Le fait, attesté par 
Fée, qui avait vu les registres de la municipalité *, montre bien 
l'origine américaine, en raison de laquelle Hernandez trouvait 
le nom de blé de Turquie très mauvais. 

On dira, peut-être, que le Maïs, nouveau pour l'Europe au 
XVI® siècle, existait quelque part en Asie ou en Afrique avant la 
découverte de l'Amérique? Voyons ce qu'il faut en penser. 

Le célèbre orientaliste d'Herbelot ^ avait accumulé plusieurs 
erreurs, relevées par Bonafous et moi-même, au sujet d'un pas- 
sage de l'historien persan Mirkoud, du xv® siècle, sur une céréale 
que Rous, fils de Japhet, aurait semée sur les bords de la mer 
Caspienne et qui serait le Blé de Turquie des modernes. Il ne 
vaut pas la peine de s'arrêter à ces assertions d'un savant qui 
n'avait pas eu l'idée de consulter les ouvrages des botanistes de 
son époque ou antérieurs. Ce qui est plus important, c'est le 
silence absolu, au sujet du Maïs, des voyageurs qui ont visité 
l'Asie et l'Afrique avant la découverte de l'Amérique ; c'est aussi 
l'absence de nom hébreu ou sanscrit pour cette plante ; et enfin 
que les monuments de l'ancienne Egypte n'en présentent aucun 
échantillon ou dessin ^. Rifaud, il est vrai, a trouvé une fois 
un épi de Maïs dans un cercueil de Thèbes, mais on croit que 
c'est l'effet de quelque supercherie d'Arabe. Si le Maïs avait 
existé dans l'ancienne Egypte, il se verrait dans tous les monu- 
ments et aurait été lié à des idées religieuses, comme les autres 
plantes remarquables. Une espèce aussi facile à cultiver se serait 
répandue dans les pays voisins. La culture n'aurait pas été aban- 
donnée, et nous voyons, au contraire, que Prosper Alpin, visitant 
l'Egypte en 1592, n'en a pas parlé, et que Forskal \ à la fin du 
XVIII® siècle, mentionnait le Maïs comme encore peu cultivé en 
Egypte, où il n'avait pas reçu un nom distinct des Sorghos. Ebn 
Baithar, médecin arabe du xiii* siècle, qui avait parcouru les 
pays situés entre l'Espagne et la Perse, n'indique aucune plante 
qu on puisse supposer le Mais. 

1. P. Martyr, Èrcilla, Jean de Lery, etc., de 1516 à 1578. 

2. Hernandez, Thés, mexic, p. 242. 

3. Lasègue, Miùsée Delessert^ p. 467. 

4. Fée, Souvenirs de la guerre d'Espagne, p. 128. 

5. Bibliothèque orientale^ Paris, 1697, au mot Rous. 

6. Kuntb, Ann. se. nat., sér. 1, vol. 8, p. 418 ; Raspail, ibid. ; Unger, 
Pflanzen des alten JEgyptens; A. Braun, Pflanzenreste xgypt Mus. in Berlin; 
Wilkinson, Manners and customs of ancient Egyptians. 

7. Forskal, p. LUI. 



314 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS GRAINES 

J. Crawfurd*, après avoir vu le Maïs généralement cultivé dans 
rarchipel indien, sous un nom, Jarung^ qui lui paraissait indi- 
gène, a cru Tespèce originaire de ces îles. Mais alors comment 
Rumphius n'en aurait- il pas dit un mot? Le silence d'un pareil 
auteur fait présumer une introduction depuis le xvii® siècle. Sur 
le continent indien, le Maïs était si peu répandu dans le siècle 
dernier, que Roxburgh * écrivait dans sa flore, publiée longtemps 
après avoir été rédigée : « Cultivé dans différentes parties de 
l'Inde dans les jardins et seulement comme objet de luxe; mais 
nulle part sur le continent indien comme objet de culture en 
grand. » Nous avons vu qu'il n'y a pas de nom sanscrit. 

En Chine, le Maïs est fréquemment cultivé aujourd'hui, en 
particulier , autour de Péking , depuis plusieurs générations 
d'hommes ^, quoique la plupart des voyageurs du siècle dernier 
n'en aient fait aucune mention. Le D"" Bretschneider, dans son 
opuscule de 1870, n'hésitait pas à dire que le Maïs n'est pas 
originaire de Chine ; mais quelques mots de sa lettre de 1881 
me font penser qu'il attribue maintenant de l'importance à un 
ancien auteur chinois dont Bonafous et après lui MM. Hance et 
Mayers ont beaucoup parlé. Il s'agit de l'ouvrage de Li-chi-Tchin 
intitulé Phen-thsao-Kang-Mou , ou Pên-tsao-kung-mu , espèce 
de traité d'histoire naturelle, que M. Bretschneider * dit être de 
la fm du XVI® siècle. Bonafous précise davantage. Selon lui, il a 
été terminé en 1578. L'édition qu'il en avait vue, dans la biblio- 
thèque Huzard, est de 1637. Elle contient la figure du Maïs^ avec 
le caractère chinois. Cette planche est copiée dans l'ouvrage de 
Bonafous, au commencement du chapitre sur la patrie du Maïs. 
Il est évident qu'elle représente la plante. Le D»* Hance ^ parait 
s'être appuyé sur des recherches de M. Mayers, d'après lesquelles 
d'anciens auteurs chinois prétendent que le Maïs aurait été im- 
porté de Sifan (Mongolie inférieure, à l'ouest de la Chine), long- 
temps avant la fin du quinzième siècle, à une date inconnue. Le 
mémoire contient une copie de la figure du Pên-tsa-kung-mu, 
auquel il attribue la date de 1597. 

L'importation par la Mongolie est tellement invraisemblable 
qu'il ne vaut pas la peine d'en parler, et, quant à l'assertion 
principale de l'auteur chinois, il faut remarquer les dates ou in- 
certaines ou tardives qui sont indiquées. L'ouvrage a été ter- 
miné en 1578, selon Bonafous, et selon Mayers en 1597. Si cela 
est vrai, surtout si la seconde de ces dates est certaine, on peut 
admettre que le Maïs aurait été apporté en Chine depuis la dé- 

1. Crawfurd, History of thc indian archipelago, Edinburgh, 1820, vol. i: 
Journal of bot., 1866, p. 3i6. 

2. Roxburgh, Flora indica, éd. de 1832, vol. 3, p. 568. 

3. Bretschneider, On study and value, etc. y p. 7, 18. 

4. Bretschneider, l. c, p. 50. 

5. L'article est dans le Pharmaceuti cal journal de 1870. Je ne le connais 
que par un court extrait, dans Seemann, Journal of botany, 1871, p. 62. 



MAÏS 315 

couverte de F Amérique. Les Portugais sont venus à Java en 
1496 *, c'est-à-dire quatre années après la découverte de TAmé- 
rique, et en Chine dès Tannée 1516 ^. Le voyage de xMagellan 
de TAmérique australe aux îles Philippines a eu lieu en 1520. 
Pendant les 58 ou 77 années entre 1516 et les dates attribuées 
aux éditions de l'ouvrage chinois, des graines de Maïs ont pu 
être portées en Chine par des voyageurs venant d'Amérique 
ou d'Europe. Le D' Bretschneider m'écrivait récemment que les 
Chinois n'ont point eu connaissance du nouveau monde avant 
les Européens, et que les terres situées à l'orient de leur pays, 
dont il est quelquefois question dans leurs anciens ouvrages, 
étaient le Japon. Il avait déjà cité l'opinion d'un savant chinois 
que l'introduction du Maïs près de Peking date des derniers 
temps de la dynastie Ming, laquelle a fini en 1614. Voilà une 
date qui s'accorde avec les autres probabilités. 

L'introduction au Japon est probablement plus tardive, puis- 
que Kaempfer n'a pas mentionné l'espèce ^. 

D'après cet ensemble de faits, le Maïs n'était pas de l'ancien 
monde. Il s'y est répandu rapidement après la découverte de 
l'Amérique, et cette rapidité même achève de prouver que, s'il 
avait existé quelque part, en Asie ou en Afrique, il y aurait joué 
depuis des milliers d'années un rôle très important. 

Nous allons voir en Amérique des faits qui contrastent avec 
ceux-ci. 

Au moment de la découverte de ce nouveau continent, le Maïs 
était une des bases de son agriculture, depuis la région de la 
Plata jusqu'aux Etats-Unis. Il avait des noms dans toutes les lan- 
gues *. Les indigènes le semaient autour de leurs demeures tem- 
poraires, quand ils ne formaient pas une population agglomérée. 
Les sépultures appelées mounds des indigènes de l'Amérique du 
Nord antérieurs à ceux de notre temps, les tombeaux des Incas, 
les catacombes du Pérou renferment des épis ou des grains de 
Maïs, de même que les monuments de l'ancienne Egypte des 
grains d'Orge, de blé ou de Millet. Au Mexique, une déesse qui 
portait un nom dérivé de celui du Maïs (Cinteutl, de Cintli), 
était comme la Gérés des Grecs, car elle recevait les prémices 
de la récolte du Maïs, comme la déesse grecque de nos céréales. 
A Gusco, les vierges du soleil préparaient du pain de Maïs pour 
les sacrifices. Rien ne montre mieux l'antiquité et la généralité 
de la culture d'une plante que cette fusion intime avec les usages 
religieux d'anciens habitants. Il ne faut cependant pas attribuer 
à ces indications en Amérique la même importance que dans 
notre ancien monde. La civilisation des Péruviens, sous les 

1. Rumphius, Amboyn,, vol. 5, p. 525. 

2. Malte-Brun, Géographie, 1, p. 493. 

3. Une plante gravée sur une ancienne arme que Siebold avait prise pour 
le Maïs est un Sorgho, d'après Rein, cité par Wittmack, Ueb. antiken Mais. 

4. Voir Martius, Beitràge zur Ethnographie Amerika's, p. 127. 



316 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS GRAINES 

Incas, et celle des Toltecs et Atztecs au Mexique ne remontent 
pas à l'antiquité extraordinaire des civilisations de la Chine, de 
la Ghaldée et de l'Egypte. Elle date tout au plus des commen- 
cements de l'ère chrétienne ; mais la culture du Maïs est plus 
ancienne que les monuments , d'après toutes les variétés de 
Tespèce qui s'y trouvaient et leur dispersion dans des régions 
fort éloignées. 

Voici une preuve plus remarquable d'ancienneté découverte 
par Darwin. Cet illustre savant a trouvé des épis de Maïs et 
18 espèces de coquilles de notre époque enfouis dans le terrain 
d'une plage du Pérou, qui est mamtenant à 85 pieds au moins 
au-dessus de la mer *. Ce Maïs n'était peut-être pas cultivé, mais 
dans ce cas ce serait encore plus intéressant comme indication 
(le l'origine de l'espèce. 

Quoique l'Amérique ait été explorée par un grand nombre de 
botanistes, aucun n'a rencontré le Maïs dans les conditions d'une 
plante sauvage. 

Auguste de Saint-Hilaire * avait cru reconnaître le type spon- 
tané dans une forme singulière dont chaque grain est caché en 
dedans de sa bâle ou bractée. On la connaît à Buenos-Ayres, 
sous le nom de Pinsigallo. C'est le ZeaMays tunicata de Saint- 
Hilaire, que Bonafous a figuré dans sa planche 5 bis^ sous le 
nom de Zea cryjotosperma, Lindley ^ en a aussi donné une des- 
cription et une figure, d'après des graines venues, disait-on, des 
montagnes Rocheuses, origine qui n'est pas confirmée par les 
flores récemment publiées de Californie. Un jeune Guarany, né 
dans le Paraguay ou sur ses frontières, avait reconnu ce Maïs 
et dit à Saint-Hilaire qu'il croissait dans les forêts humides de 
son pays. Gomme preuve d'indigénat, c'est très insuffisant. Au- 
cun voyageur, à ma connaissance, n'a vu cette plante au Pa- 
raguay ou au Brésil. Mais, ce qui est bien intéressant, on 
l'a cultivée en Europe, et il a été constaté qu'elle passe fréquem- 
ment à l'état ordinaire du Maïs. Lindley lavait observé après 
deux au trois années seulement de culture, et le professeur von 
Radie a obtenu d'un même semis 225 épis de la forme tunicata 
et 105 de forme ordinaire, à grains nus*. Evidemment cette forme, 
qu'on pouvait croire une véritable espèce, mais dont la patrie 
était cependant douteuse, est à peine une race. C'est une des 
innombrables variétés, plus ou moins héréditaires, dont les bo- 
tanistes les plus accrédités ne font qu'une seule espèce, à cause 
de leur peu de fixité et des transitions qu'elles présentent fré- 
quemment. 
Sur l'état du Zea Mays et sur son habitation en Amérique, 

1. Darwin, Variations of animais and plants under domestication^ 1, p. 320. 

2. A. de Saint-Hilaire, Ann. se. nat., 16, p. 143. 

3. Lindley, Journal of the hortic. Society , 4, p. 114. 

4. Je cite ces faits d'après Wittmack, Ueber antiken Maïs ans Nord und 
Sud Amerika, p. 87, dans Berlin, anthropolog. Ges., 10 nov. 1879. 



MAÏS 317 

avant que l'homme se fût mis à le cultiver, on ne peut faire que 
des conjectures. Je les énoncerai, selon ma manière de voir, 
parce qu'elles conduisent pourtant à certaines indications pro- 
bables. 

Je remarque d'abord que le Maïs est une plante singulière- \^ 
ment dépourvue de moyens de dispersion et de protection. Les 
graines se détachent difficilement de l'épi, qui est lui-même 
enveloppé. Elles n'ont aucune aigrette ou aile dont le vent puisse 
s'emparer. Enfin, quand l'homme ne recueille pas Tépi, elles 
tombent enchâssées dans leur gangue, appelée rafle, et alors les 
rongeurs et autres animaux doivent les détruire en qualité, 
d'autant mieux qu'elles ne sont pas assez dures pour traverser 
intactes les voies digestives. Probablement, une espèce aussi mal 
conformée devenait de plus en plus rare, dans quelque région 
limitée, et allait s'éteindre, lorsqu'une tribu errante de sauvages, 
s'étant aperçue de ses qualités nutritives, l'a sauvée de sa perte 
en la cultivant. Je crois d'autant plus à une habitation naturelle 
restreinte que l'espèce est unique, c'est-à-dire qu'elle constitue 
ce qu'on appelle un genre monotype. Evidemment les genres de 

Êeu d'espèces et surtout les monotypes ont, en moyenne, une 
abitation plus étroite que les autres. La paléontologie ap- 
prendra peut-être un jour s'il a existé en Amérique plusieurs 
Zea ou Graminées analogues, dont notre Maïs serait le dernier. 
Au temps actuel le genre Zea^ non seulement est monotype, 
mais encore est assez isolé dans sa famille. On peut mettre à 
côté de lui un seul genre, Euchkena^ de Schrader, dont une 
espèce est au Mexique et l'autre à Guatemala, mais c'est un 
genre bien particulier et sans transitions avec le Zea. 

M. Wittmack a fait des recherches curieuses pour deviner 
quelle variété du Maïs représente, avec une certaine probabilité, 
la forme d'une époque antérieure aux cultures. Dans ce but, il a 
comparé des épis et des grains extraits des Mounds de l'Améri- 
que du Nord, et des tombeaux du Pérou. Si ces monuments 
avaient montré une seule forme de Maïs, le résultat aurait été 
significatif; mais il s'est trouvé plusieurs variétés diff'érentes, 
soit dans les Mounds, soit au Pérou. Il ne faut pas s'en étonner. 
Ces monuments ne sont pas très anciens. Le cimetière d'Ancon, 
au Pérou, dont M. Wittmack a obtenu les meilleurs échan- 
tillons, est à peu près contemporain de la découverte de l'Amé- 
rique *. Or, à cette époque, le nombre des variétés était déjà 
considérable, selon tous les auteurs, ce qui prouve une culture 
beaucoup plus ancienne. 
Des expériences dans lesquelles on sèmerait, plusieurs années 

l. Rochebnine, Rechercher ethnographiques sur les sépultures péruvienne,s 
d*Ancon, d'après un extrait par Wittmack, dans Uhlwonn, Bot. Centrai- 
blatt, 1880, p. 1633, où l'on voit que le cimetière a servi avant et depuis 
la découverte de l'Amérique. 



318 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS GRAINES 

de suite, des variétés de Maïs, dans des terrains non cultivés, 
montreraient peut-être un retour à quelque forme commune, 
qu'on pourrait alors considérer comme la souche. Rien de pareil 
n'a été fait. On a seulement observé que les variétés sont peu 
stables, malgré leur grande diversité. ^ 

Quant à Thabitation de la forme primitive inconnue, voici les 
raisonnements qui peuvent la faire entrevoir jusqu'à un certain 
point. 

Les populations agglomérées n'ont pu se former que dans les 
pays où se trouvaient naturellement des espèces nutritives 
faciles à cultiver. La pomme de terre, la batate et le maïs ont 
joué sans doute ce rôle en Amérique, et les grandes popula- 
tions de cette partie du monde s'étant montrées d'abord dans les 
régions situées à une certaine élévation, du Chili au Mexique, 
c'est là probablement que se trouvait le Maïs sauvage. Il ne 
faut pas chercher dans les régions basses, telles que le Paraguay, 
les bords du fleuve des Amazones, ou les terres chaudes de la 
Guyane, de Panama et du Mexique, puisque leurs habitants 
étaient jadis moins nombreux. D'ailleurs les forêts ne sont nulle- 
ment favorables aux plantes annuelles, et le Maïs ne prospère 
que médiocrement dans les contrées chaudes et humides où l'on 
cultive le Manioc *. 

D'un autre côté, sa transmission, de proche en proche, est plus 
facile à comprendre si le point de départ est supposé au centre 
que si on le place à l'une des extrémités de l'étendue dans laquelle 
on cultivait l'espèce du temps des Incas et des Toltecs, ou plu- 
tôt des Mayas, Nahuas et Ghibchasqui les ont précédés. Les mi- 
grations des peuples n'ont pas marché régulièrement du nord au 
midi ou du midi au nord. On sait qu'il y en a eu dans des sens 
divers, selon les époques et les pays *. Les anciens Péruviens 
avaient à peine connaissance des Mexicains et vice versa^ comme 
le prouvent leurs croyances et des usages extrêmement difiTé- 
rents. Pour qu'ils aient cultivé de bonne heure, les uns et les 
autres, le Maïs, il faut supposer un point de départ intermé- 
diaire ou à peu près. J'imagine que la Nouvelle-Grenade répond 
assez bien à ces conditions. Le peuple appelé Chibcha, qui occu- 
pait le plateau de Bogota lors de la conquête par les Espagnols 
et se regardait comme autochtone, était cultivateur. Il jouissait 
d'un certain degré de civilisation, attesté par des monuments 
que l'on commence à explorer. C'est peut-être lui qui possédait 
le Maïs et en avait commencé la culture. Il touchait d'un côté 
aux P éruviens, encore peu civilisés, et de l'autre aux Mayas, qui 

1. Saffot, Culture des céréales de la Guyane française {Journal de la Soc. 
centr. d'hortic. de France, 1872, p. 94). 

2. M. de Nadaillac, dans son ouvrage intitulé Les premiers hommes et 
les temps préhistoriques, donne un abrégé du peu que ron sait aujourd'hui 
sur ces migrations et en général sur les anciens peuples d'Amérique. Voir 
en particulier le vol. 2, chap. 9. 



PAVOT 319 

occupaient l'Amérique centrale et le Yucatan. Ceux-ci eurent 
souvent des conflits du côté du nord avec les Nahuas, prédé- 
cesseurs au Mexique des Toltecs et des Aztecs. Une tradition 
porte que Nahualt, chef des Nahuas, enseignait la culture du 
Maïs *. 

Je n'ose pas espérer qu*on découvre du Maïs sauvage, quoi- 
que son habitation préculturale fût probablement si petite que 
les botanistes ne Tout peut-être pas encore rencontrée. L'espèce 
est tellement distincte de toutes les autres et si apparente que 
les indigènes ou des colons peu instruits l'auraient remarquée et 
en auraient parlé. La certitude sur l'origine viendra plutôt de 
découvertes archéologiques. Si Ton étudie un plus grand nombre 
d'anciens monuments dans toutes les parties de l'Amérique, si 
l'on parvient à déchiffrer les inscriptions hiéroglyphiques de 
quelques-uns d'entre eux, et si l'on arrive à connaître les dates 
des migrations et des faits économiques, notre hypothèse sera 
justifiée, modifiée ou renversée. 



Article 9. — Graines «ervant à dlTers asag^es. 

Pavot. — Papnver somniferum^ Linné. 

On cultive le Pavot ordinairement pour l'huile, dite huile 
d^œillctte, produite par les graines, et quelquefois, surtout en 
Asie, pour le suc, qu'on extrait en incisant les capsules et qui 
fournit l'opium. 

La forme cultivée depuis des siècles s'échappe facilement hors 
des cultures, ou se naturalise à peu près dans certaines localités 
du midi de l'Europe *. On ne peut pas dire qu'elle existe à l'état 
vraiment sauvage, mais les botanistes s'accordent à la consi- 
dérer comme une modification du Pavot appelé Papaver seti- 
gerunij qui est spontané dans la région de la mer Méditerranée, 
notamment en Espagne, en Algérie, en Corse, en Sicile, en 
Grèce et dans l'île de Chypre. On ne l'a pas rencontré dans l'Asie 
orientale ^ ; par conséquent, si c'est bien l'origine de la forme 
cultivée, la culture doit avoir commencé en Europe ou dans 
l'Afrique septentrionale. 

A l'appui de cette réflextion, il se trouve que les lacustres de 
l'âge de pierre, en Suisse, cultivaient un Pavot qui se rapproche 
plus du P. setigerum que du somniferum, M. Heer * n'a pas pu 
découvrir ses feuilles, lïiais la capsule est surmontée de huit stig- 

1. De Nadaillac, 2, p. 69, qui cite Touvrage classique de Bancroft, Tke 
native races of the Pacific staies. 

2. Willkomm et Lange, Prodr. fl. hisp.y 3, p. 872. 

3. Boissier, FL orient.; Tchihatcheff, Asie Mineure; Ledebour, Fl. rossica, 
et autres. 

4. Heer, Pflanzen der Pfahlbaiiten, p. 32, fig. 65, 66. 



320 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS GRAINES 

mates, comme dans le setigerum, et non de 10 à 12, comme dans 
le Pavot cultivé. Cette dernière forme, inconnue dans la nature, 
paraît donc s'être manifestée plus tard, dans les temps histori- 
ques. 

On cultive encore le P. setigerum dans le nord de la France, 
conjointement avec le somniferum^ pour Thuile d'oeillette *. 

Les anciens Grecs connaissaient très bien le Pavot cultivé. 
Homère, Théophraste et Dioscoride en ont parlé. Ils n'igno- 
raient pas les propriétés somnifères du suc , et Dioscoride - 
mentionne déjà la variété à graines blanches. Les Romains cul- 
tivaient le Pavot avant l'époque républicaine, comme le prouve 
l'anecdote sur Tarquin. Ils en mêlaient les graines avec la farine 
dans la panification. 

Les Egyptiens, du temps de Pline ^, se servaient du suc de 
pavot comme médicament, mais nous n'avons aucune preuve 
que cette plante ait été cultivée en Egypte plus anciennement *. 
Dans le moyen âge ^ et aujourd'hui, c'est une des principales cul- 
tures de ce pays, en particulier pour l'opium. Les livres hé- 
breux ne mentionnent pas l'espèce. D'un autre côté, il existe un 
ou deux noms sanscrits. Piddigton indique Chosa et Adolphe 
Pictet Khaskhasa^ qui se retrouve, dit-il, dans le persan Chash- 
châsh^ Tarménien Chashchash et l'arabe ^. Un autre nom persan 
est Kouknar ^. Ces noms et d'autres que je pourrais citer, 
très différents du Maikôn (My)îctov) des Grecs, sont un indice de 
• l'ancienneté d'une culture répandue en Europe et dans l'Asie 
occidentale. Si l'espèce a été cultivée, dans un temps préhisto- 
rique, d'abord en Grèce, comme cela paraît probable, elle a pu 
se répandre vers l'est avant l'invasion des Aryens dans l'Inde ; 
mais il est singulier qu'on n'ait pas de preuve de son extension 
en Palestine et en Egypte avant l'époque romaine. Il est possi- 
ble encore qu'en Europe on ait cultivé premièrement la forme 
sauvage appelée Papaver setigerum^ usitée par les lacustres de 
Suisse, et que la forme des cultures actuelles soit venue de 
l'Asie Mineure, où l'espèce était cultivée il y a au moins trois 
mille ans. Ce qui peut le faire supposer, c'est l'existence du nom 
grec Maikôn, en dorien Makon, dans plusieurs langues slaves et 
des peuples au midi du Caucase, sous la forme de Mack *. 

La culture du Pavot a augmenté, de nos jours, dans l'Inde, à 
cause de l'exportation de l'opium en Chine, mais les Chinois 

1. De Lanessan, dans la traduction de Flûckiger et Hanbury, Histoire des 
drogues d*oriqine végétale, 1, p. 129. 

2. Dioscorides, Hùt» plant., l. 4, c. 65. 

3. Pline, Hist. plant,, 1. 20, c. 18. 

4. Unger, Die Pflanze ab Erregungs und Betaûbimgsmittel, p. 47; Die 
Pflanzen des alten JEgyptens, p. 50. 

5. Ebn Baithar, trad. ailein., 1, p. 64. 

6. Ad. Pictet, Origines indo-européennes, éd. 3, vol. 1, p. 366. 

7. Ainslies, Mat. med. indica^ 1, p. 326. 

8. Nemnich, Polygl. Lexicon, p. 848. 



PAVOT 321 

cesseront bientôt de chagriner les Anglais en leur achetant ce 
poison, car ils se mettent à le produire avec ardeur. Plus de la 
moitié de leur territoire cultive actuellement le Pavot*. L'espèce 
n'est nullement spontanée dans les régions orientales de l'Asie, et 
même, pour ce qui est de la Chine, la culture n'en est pas an- 
cienne ^. 

Le nom Opium ^ appliqué au médicament tiré de la capsule, 
remonte aux auteurs grecs et latins. Dioscoride écrivait Opos 
(Otcoç). Les Arabes en ont fait Afiun ^ et l'ont propagé dans 
l'Orient, jusqu'en Chine. 

MM. Fliickiger et Hanbury * ont donné des détails très 
développés et intéressants sur l'extraction, le commerce et 
l'emploi de l'opium dans tous les pays, en particulier en Chine. 
Cependant je présume que nos lecteurs liront avec plaisir les 
fragments qui suivent de lettres de M. le D"" Bretschneider, datées 
de Péking, 23 août 1881, 28 janvier et 18 juin 1882. Elles don- 
nent les renseignements les plus certains que les livres chinois, 
bien interprétés, puissent fournir. 

« L'auteur du Pent-sao-kang-mou, qui écrivait en 1552 et 
1578, donne quelques détails concernant le a-fou-yong (c'est 
Afioun, Opium), drogue étrangère produite par une espèce de 
Ying sou à fleurs rouges dans le pays de Tien fang (l'Arabie) et 
employée récemment comme médicament en Chine. Du temps 
de la dynastie précédente (mongole, 1280-1368), on n'avait pas 
beaucoup entendu parler du a-fou-yong. L'auteur chinois donne 
quelques détails sur l'extraction de l'Opium dans son pays natal, 
mais ne dit pas qu'il soit aussi produit en Chine. Il ne parle pas 
non plus de l'habitude de le fumer. — Dans le Descriptive 
Dictionary of the Indian Islands by Crawfurd, p. 312, je 
trouve le passage suivant : « The earliest account we bave of 
the use of Opium, not only from the Archipelago, but also for 
India and China, is by the faithful and intelligent Barbosa ^. He 
writes the word amfiam^ and in his account of Malacca, enume- 
rates it among the articles brought by the Moorish and gentile 
merchants of Western India, to exchange for the cargos of Chi- 
nese junks. » 

c( Il est difficile de fixer d'une façon exacte l'époque à laquelle 
les Chinois commencèrent à fumer l'Opium et à cultiver le Pavot 
qui le produit. Comme je l'ai dit, il y a beaucoup de confusion à 
propos de cette question, et pas seulement les auteurs euro- 
péens, mais aussi les Chinois de nos jours appliquent le nom de 

1. Martin, dans Bull. Soc. d'acclimatation, 1872, p. 200. 

2. Sir J. Hooker, Flora of hritish India, 1, p. 117 ; Bretschneider, Study 
and value, etc., 47. 

3. Ebn Baithar, 1, p. 64. 

4. Flûckiger et Hanbury, Histoire des drogues d'origine végétale^ traduc- 
tion française, 2 vol. in-8, 1878, vol. 1, p. 97-130. 

5. Barbosa publia son ouvrage en 1516. 

De Candolle. 21 



322 PLANTES CULTIVÉES POUR LEURS GRAINES 

Ying sou aussi bien au P, somnifeimm qu'au P. Rhœas. Le 
P, somniferum^ à présent, est largement cultivé dans toutes les 
provinces de Tempire chinois et aussi en Mantchourie et en Mon- 
golie. Williamson \JourneyH in North China, Manckuria^ Mon- 
golia, 1868, 2, p. 65) Ta vu cultivé partout en Mantchourie. On 
lui racontait que la culture du Pavot rapporte deux fois plus 
que celle des céréales. Potanin, voyageur russe, qui visita en 
1876 la Mongolie septentrionale, a vu d'immenses plantations 
de Pavot dans la vallée de Kiran (entre 47° et 48» lat.). Cela 
effraie beaucoup le gouvernement chinois et encore plus les An- 
glais, qui craignent la concurrence du « native opium ». 

« Vous n'ignorez pas probablement que dans l'Inde et en 
Perse on mange l'opium, mais on ne le fume pas. L'habitude 
de fumer cette drogue paraîtrait une invention chinoise et qui 
n'est pas ancienne. Rien ne prouve que les Chinois aient fumé 
l'opium avant le milieu du siècle passé. Les missionnaires jé- 
suites en Chine aux dix-septième et dix-huitième siècles n'en 
parlent pas. Seul le Père d'Incarville dit, en 1750, que la vente 
de l'opium est défendue, parce que souvent on en fait usage 
pour s'empoisonner. 

« Deux édits défendant de fumer l'opium datent d'avant 1730, 
et un autre, de 1796, parle des progrès du vice en question. 
Don Sinibaldo de Mas, qui a publié en 1858 un très bon livre 
sur la Chine, pays qu'il avait habité pendant de longues années 
en qualité de ministre d'Espagne, prétend que les Chinois ont 
pris cette habitude du peuple d'Assam, dans le pays où on le 
fumait depuis longtemps. » 

Une aussi mauvaise habitude est faite pour se répandre, 
comme l'absinthe et le tabac. Elle s'introduit peu à peu dans- 
les pays qui ont des rapports fréquents avec la Chine. Souhai- 
tons qu'elle ne gagne pas une proportion aussi forte que chez les 
habitants d'Amoy, par exemple, où les fumeurs d'opium consti- 
ti tuent le chiffre de 15 à 20 0/0 de la population adulte *. 

Rocou. — Bixa Oreliana^ Linné. 

La matière tinctoriale appelée Rocou en français, Arnotto en 
anglais, se tire d'une pulpe de la partie extérieure des graines. 

Les habitants des Antilles, de l'isthme de Darien et du Brésil 
s'en servaient, à l'époque de la découverte de l'Amérique, pour 
se teindre le corps en rouge, et les Mexicains pour diverses pein- 
tures *. 

Le Bixa,